mercredi 17 mai 2017

Mines d'Or ? Non! Mines d'Aude ...

C'était un samedi de chance qui était pourtant mal parti.J'emmenais ce jour là un petit groupe visiter les jolies mines de blanc baryte mâtiné de bleus cristaux d'azurite et d'un coup de pinceau vert de malachite.



Annie et Guy

Pourtant la pluie noya mes projets . Une chance se substitua à la déconvenue : la pluie cessa, un vent fou se leva et de façon inespérée, Monsieur le Maire de Palairac, petite commune de l' Aude (11) que j'avais précédemment contacté me proposa une visite guidée des mines. Pour une fois que je n'étais pas seule, la chance souriait. Le groupe se connaissait depuis la veille, des amis Facebook, autant dire presque inconnus. Mais chez qui le courant passait.

Un grand vent, disais-je s'était levé, avait balayé le ciel et chassé la pluie. La petite soixantaine de km parcourus, on se logea bien à l'abri d'un col en bord de route déserte, pour un pique nique convivial.

A l'abri 

Un peu plus tard, accompagnés de Monsieur le Maire, Michel Rzepecki, la visite pouvait commencer ...et quelle visite !


Monsieur le Maire et la minuscule entrée de la mine  (murée)


J'ai rarement connu après midi plus riche et plus dense. L'homme au solide passé de scientifique, ingénieur, érudit , viticulteur et autres cordes à son arc, est autant passionné que passionnant. Fin pédagogue. Je ne raconterai pas l'histoire des mines car ce fut si riche, si dense, que je ne saurais retranscrire et puis ce serait trop long. Ce fut juste un voyage sous terre et hors du temps. Depuis les romains à nos jours.


Escalade
Désescalade (Ph Josy Calvet)


Sortie de caverne (Ph Josy Calvet)


Entrée sous terre : la mine de  fer





A pas de sioux

Plafond signé ; "La Nature"

On voyagea à la fois en géologie, en botanique, en histoire, en vie économique; on fut au temps où se formèrent ces filons, où ils prirent vie et moururent, on traversa les âges au fil des galeries. On était au temps des contes, des légendes qui rejoignent parfois l'histoire, des balbutiements de la technique et des conflits entre Seigneurs. On voyagea au temps de l'occulte, des contes et des légendes et même de l'alchimie.
Des habitants silencieux et aveugles


On finit par se retrouver, étonnés, au 21 eme siècle, en train de boire un rosé de l'amitié derrière nos véhicules garés.
Mr le Maire procède à l'ouverture
de la grille






J'ai connu peu de personnes ayant à la fois cette connaissance et l'art de la faire passer sans prétention, avec aisance et simplicité, alliant pédagogie et culture.


D'entrée, Monsieur Rzepecki nous emmena à travers bois et pistes dans un paysage jadis dénudé qui bruissait de vie jusqu'en 1945. Face au mont Tauch.

Le chemin


Le décor : Mont Tauch

Des mines de fer dans les entrailles de la terre où on rentre accroupis, casqués et munis d'une torche.
Un petit voyage étonnant et vivant. D'où on ressort différents...
Un ancien chemin de wagonnets dont il ne reste rien, pas plus que de la gare et de la voie ferrée mortes avec la mine dans un village voisin. Mais que l'homme fait revivre. Face au Mont Tauch.

Galerie abandonnée


Ancien bâtiment de mine

Mur de soutènement pour les wagonnets

Plus tard, plus loin, à la Bousole, il nous ouvre la grille de la mine de galène que j'avais vue grillagée.
Dans ce coin, tous les minerais se mêlent et se colorent : plomb, galène, fer, cuivre, la frontière entre l'un et l'autre est ténue. Non loin le puits de 40 m de la mine d'antimoine est bouché mais effondré en entonnoir.


Devant la mine d' antimoine

La mine de galène (Ph J calvet)


La mine de galène est magique : un long couloir muni de galeries adjacentes où des filons furent débusqués voisine avec des bouches d'eau de la nappe phréatique, turquoise à la lueur des lampes, limpide et fraîche.  On pourrait aisément s'y laisser choir.


En avant sur le sol glissant



Nappe turquoise (ph A Bugnot)
Roche 

Et puis il y a la Canal ! La plus secrète et la plus majestueuse de ces mines.



Entrée de la Canal
La plus mystérieuse puisque personne ne la connaît. Elle est connue des Romains elle est une mine d'argent et effondrée depuis la nuit des temps donc personne n'a pu pénétrer loin dans son antre. Mais la curiosité made in 21 eme va faire appel à des archéologues. En vue de réhabiliter tout ce site minier.
La Canal se nomme ainsi car la grande galerie au contact de la nappe phréatique (la même que la Bousole) était drainée vers l'extérieur au moyen d'un petit canal en bois de quelques 50 cm de large, menant l'eau à un aqueduc qui par une chute d'eau devait mettre en mouvement des meules écrasant le minerai.

A travers la grille : ici on n'entre pas


On verra l'aqueduc, la base de la chute étrangement incluse dans un moule de calcaire fait par l'eau elle même.

Le dépot de calcaire fait par la chute d'eau au fil des ans
(combien ? Mystère)

On verra la mine fermée de la Canal, sa galerie noyée qui fournit l'eau au village et même une étrange chose : l'emplacement d'une grosse porte qui ne fermait que de l'intérieur. Un mystère auquel demeure étranger Louis 14 qui, dit on, vint en personne voir cette mine. Mais...il s'y serait passé de bien étranges choses pouvant conduire à l'alchimie. Le réel rejoint la légende dans les vieux grimoires et les vieux bâtiments de la région. Dont nous ne saurons rien de plus bien que Michel Rzepecki aiguise notre curiosité et laisse planer le mystère...
Affaire à suivre...Dans le futur ?

Quoi qu'il en soit c'est les yeux et les oreilles pleins de merveilles que nous reprenons le chemin du retour...mais de nouvelles portes s'ouvrent à nous par le biais des connaissances de
Michel Rzepecki..et je ne dirai pas comme un célèbre animateur du temps jadis "Bonjour Monsieur le Maire" mais ..."A bientôt, Monsieur le  Maire"....



A bientôt !  Les amis aussi..



jeudi 11 mai 2017

Camporeils et Solitude

Pourquoi associai-je ces deux mots ? Parce que ma montée aux lacs de Camporeils s'accompagna d'une longue réflexion sur la solitude. Réflexion très positive toutefois. Et pas du tout triste




Il faisait très froid et j'étais vêtue d'été , oubliant que la montagne est en décalage avec la plaine.
Donc fallait oublier le froid, le vent et se réchauffer l'esprit : quoi de mieux qu'un bon sujet ? Va pour la solitude me dis-je puisqu'elle était omniprésente, depuis que j'avais quitté mon village la veille à midi.
Bon j'avais mon chat ! Ma Nina...
Nina et le Cambre d' Aze

Tout avait commencé la veille avec le bonheur ineffable de revoir les montagnes, le Cambre d' Ase majestueux face auquel j'avais posé mes feuilles de papier et mon crayon. Instant de solitude prolifique, poursuivi à Formiguères devant un vin blanc et mes feuilles de papier..
Ecriture devant le Cambre d' Ase
et au café à Formiguères, près du torrent


Puis au soir tombant je gagnai la station de ski déserte et solitaire, bien être s'il en fut face à un superbe décor.













La douceur du soir qui tombe



J'étais prête, dans le gel matinal à gagner les hauteurs si seulement la piste le voulait bien. Farouche, la piste, déterminée, moi, le camion passa et je m'étonnai plus tard de ne pas voir d'autre véhicule là haut...Peut être avais je été téméraire ? Mon vaillant camion avait adhéré au projet...comme au sol. Mieux valait ! Il avait même trouvé devant son nez un mur de neige ; on avait reculé, fait demi tour sur la piste , quelle aventure ! Somme toute banale quand on va dans les lieux où je vais; ce n'était pas la première fois.


Faut se réveiller !

Faut se concentrer















Donc je me mis en route à 7 h 45 dans un froid matin étincelant et venté.


La neige était déjà présente et si je n'emmenai pas les raquettes ce fut juste pour ne pas me charger : mon projet serait celui que m'autoriserait le sol. Crampons et piolet étaient du voyage, c'était  plus sûr.


Dans la forêt, le sol était inégalement revêtu de congères qui faisaient des dos d'âne sympathiques et durs : c'était gelé. A découvert les pistes étaient de longs rubans uniformes, ne manquaient que les skieurs. Les plaines tout en bas étaient revêtues d'un manteau de laine bouclée, la brume, tandis que tous les sommets visibles étaient encore bien blancs.

Mer de brume sur l'Aude, le Madres, 2465 m, étincelle



En forêt sur une piste de ski ; j'ai froid

Au sortir de la forêt, m'attendait la Serra de Mauri, toujours différente d'un voyage à l'autre. Ce paysage pourtant monotone sait s'habiller de variété selon l'heure, le temps, et peut être le regard qu'on y pose.
Sur la Serrade Mauri
Au fond le Morters



Justement mon regard n'est pas rose, je ne suis pas encore présente à mon décor, je suis ailleurs, la joie et le bonheur habituels sont absents : n'aimerais-je plus autant la montagne ?
Pour tuer cette inquiétude, je songeais à la solitude, à son empreinte dans ma vie, cette solitude que je cultivais déjà à 5 ans à la "petite école", puis au lycée plus tard, à l'adolescence. Solitude consentie, recherchée et productive.
Dos aux Péric (Serra de Mauri)

Une vie à deux ensuite, intense, mais que l'accumulation d'activités éloigna de la vie sociale, des amis. Vie à deux où l'on se suffit mais le jour où cela se termine, la solitude, la vraie, l'insidieuse saute à la gorge comme une louve affamée. Et c'est la débâcle! Je réfléchis à tout cela tandis que la Serra de Mauri égrène sa "toundra" , ses collines et ses crêtes, balayées par un vent, comme il se doit, bien glacé ! J'ai pris la tenue d'été et j'enfile par dessus mon pantalon léger mes...bermudas !! Chaud aux cuisses raides de froid. Plus tard je mettrai les guêtres.
La solitude...sur ce froid désert elle est totale. je me sens plus que jamais isolée du monde car j'ai perdu mon portable. Coupée du monde. Mais quel monde depuis ce belvédère! Jamais lassant...

Depuis le belvédère de la Serra on découvre les Camporeils (site, lacs gelés et Péric)

La solitude...je poursuis ma réflexion du jour -entrecoupée il est vrai- en descendant vers les lacs en pensant à cet immense travail d'apprivoisement, les "soins palliatifs" dont je fis preuve pendant trois ans et que je cultivai jusqu'à la lie pour mieux l'apprivoiser plutôt que de la rompre (à chacun ses méthodes) avant qu'elle devienne mon amie, mon alliée, ma bienfaitrice...Ah je pourrais en écrire un "guide" : "Vers une solitude consentie et bénéfique" par exemple...!

En bas, devant le refuge

Puis j'abandonne le sujet, la montagne m'habite à nouveau, mon esprit est requis par les pentes raides et enneigées que je descends en mettant mes pas dans les empreintes gelées de mes prédécesseurs.
Le paysage est splendide et je descends vers son coeur dans lequel bat l'eau sous la glace, celle des lacs qui commencent à dégeler en ouvrant qui un oeil bleu, qui un oeil vert.
Les Camporeils : une forêt classée pour ses essences, 12 lacs, un refuge mais aussi un site de bivouac, un lieu très prisé du tourisme de montagne. Bon cela se gagne quand même !!




Dégel



Un tributaire, ruisseau qui relie deux lacs et passerelle


J'arrivai au refuge fermé, dont la,terrasse se chauffait au soleil: une bonne collation, les crampons chaussés je redémarrai vers ce Péric (petit) qui me tentait tant.

En haut d'un mur de neige, pour jouer
Mais je renonçai vite : beaucoup de neige pour atteindre sa base, une neige qui commence à s'amollir et sera très vite une bouillie où je m'enfoncerai jusqu'aux genoux ou plus si affinités. Quand on est de petite taille, les affinités deviennent vite un handicap. Alors je rôde entre lacs et ruisseaux, entre murettes de neige et dévers glissants, entre sapins et rochers, entre beauté et beautés. Je m'amuse dans ce blanc désert à grimper des murets de neige fort raides mais fort courts, juste pour le fun. Piolet en main  pour ne pas dévisser ce qui ne me ferait aucun mal toutefois.




Je franchis en crampons, faut pas déraper


Très enneigé au site des Camporeils

Enfin à regret je quitte le monde des sapins, de l'eau et de l'abri pour regrimper sur la Serra de Mauri, une Sibérie ici.
Là je vais suivre les crêtes, histoire de prendre de la hauteur, pour descendre de longs névés soyeux et remonter des murs abrupts, piolet en mains, mais sans crampons aux pieds. J'ai un frein à main efficace. Je vois deux silhouettes humaines qui déchaussent des skis devenus inutiles, je ne verrai pas leur voiture, ils l'ont laissée en bas à la station. Je suis seule en haut. Personne n'est monté.

Serra de Mauri à nouveau

Portella de Botadiol, Pic de la Tribune etc...je ne les connais pas encore
mais ils sont au menu estival (Vallée du galbe)

Pour le fun, un mur

et pour le fun, la descente

Vers la fin du voyage, je vais entrer en forêt
En fond le Madres
Mon camion est tout petit, posé en bas de la piste qui fut une sérieuse mise en jambes au départ.
Mais là tout en bas m'attendait Nina, un déjeuner sur l'herbe, une sieste enroulée dans la polaire, de l'écriture au grand soleil, un tas de bois pour ma cheminée afin de ramener"le parfum séché des montagnes".
Au bas de la piste mon camion dans un beau décor


Puis la piste à l'envers avec ce passage "chaud" entre névé et piste rouge...un frisson car cette fois le vide est au bord de moi...
Chaud...chaud
Nina veille, confiante et ronronnante, rien ne peut donc m'arriver.

Je m'arrache difficilement à la montagne redevenue aimée.


En route....


En chiffres 
Temps de marche (et de jeux): 4h
Dénivelé positif cumulé: env 740 m
Distance : 9 km env