dimanche 16 juin 2019

Une fenêtre ouverte sur...Maury 66

En référence aux images que contenaient les tablettes de chocolat de ma (très lointaine) enfance et qui avaient pour thème : "Une fenêtre ouverte sur le monde"...Qui s'en souvient encore ?
Et en seconde partie(clic) de cette reconnaissance faite le 1er mai :
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Donc me voici à Maury en un après midi plus que maussade de Juin en Novembre mais si j'attends qu'il fasse beau, je risque de trépasser avant. Hélas, le lendemain, ce jour, c'est grand beau..Je ne m'en plains pas. Ni d'hier ni d'aujourd'hui.

Jamais je ne me serais osée à aller là bas par vent si violent mais je me suis dit "essayons..".
Cela apporta un plus à ma balade car il soufflait puissamment le bougre !
Là bas, c'est "l'Alvèse de la Coumo del Rey" (d'alveus, latin, signifiant cavité, partie creuse dans un corps solide).



L'alvèse de la Coumo del Rey (Qui fut ce Roi qui laissa son nom ici ?)

Au zoom depuis "en bas"

Maury mûrit son terroir viticole dans une vallée schisteuse longée par deux barres rocheuses calcaires, une au sud, l'autre au nord. Au nord, veille Quéribus, forteresse sur un éperon rocheux. Au sud, trois "fenêtres" permettent un regard particulier sur ce territoire. A condition d'y monter ce qui n'est pas évident.
J'ai déjà accédé à deux, pas faciles. Il manquait à mon palmarès la dernière car je n'en ai trouvé que trois.

J'étais partie en reconnaissance un jour étouffant de mai.
Le climat est si fantasque ici.





Cette fois j'arrive directement à la citerne DFCI, côte 403 m, par une piste de 3 km.
Un petit sac léger contient une corde et, cette fois, un sécateur ! L'autre jour, marteau et burins, les randos sont variées !

Point de départ : Col de Laben 403 m

Ce jour de mai, pour un instant seulement l'arche m'était apparue comme un coeur de roche en plein ciel et je souris en me gavant, en me lestant, de petits coeurs saignants pendant ma route.






Je suis d'abord un sentier de chasseurs, en face sud, sous le vent. Un des postes de guet est solidement amarré par 4 câbles c'est dire la force du vent, le chasseur du poste 25 n'a pas envie de s'envoler !




Mes copains de rando : milans







Je commence ma montée en roche jusqu'au Poste joliment signalé sur la roche, mon terminus du 1er mai : l'aventure commence donc ici .







Une longue arête grise monte à l'assaut du ciel en faisant le dos rond, mais c'est trop simple de croire qu'on peut la suivre, elle est entrecoupée de failles donc de petits cols et de rebond en rebond, on louvoie plutôt dans les buissons où un sentier peu visible est tracé. Je dis on car nous sommes deux : j'ai invité pour ce périple une compagne discrète et invisible , elle se nomme Prudence.
Je vous emmène aussi, comme si vous y étiez !


Ma Terra Incognita du jour

Alors où me fait passer Prudence ? Car c'est elle qui guide. Non pas au plus près du vide, le vent y est très violent et le chemin peu praticable, il y a trop de buissons. La balade commence par une grimpe sévère en un petit couloir d'éboulis, ensuite ce sera presque toujours à la même altitude que je vais évoluer.

Le couloir vu d'en bas (gauche) et d'en haut (droite)

Au plus près de l'arête si je peux, sinon dans un sentier que je devine, c'est celui des chasseurs, la végétation depuis la fermeture a déjà repris ses droits. Et quelle végétation ? Des cystes, des chênes verts et kermès, des genévriers, des buplèvres, des pistachiers térébinthes, buis, lavandes, thym, romarin mais surtout des tas de "trucs piquants". Je voyage donc en mode sanglier me demandant si ce sentier est humain ou animal, jusqu'à la rencontre avec...une boite de conserves. J'ai la réponse!

A gauche; pistachier térébinthe
A droite, herbes de la St Jean et oeillets



Très courageux, ce buis ! 

J'aurai toujours Maury en ligne de mire


Une des caves de Maury


La végétation des lieux


Un des nombreux petits cols

Le parcours tantôt en versant nord avec des appels d'air et de belles vues noyées (dommage) dans la grisaille, tantôt à plat sur la crête est beau. Prudence m'accorde une fantaisie, je grimpe un peu en roche pour m'amuser, la vent claque sur mon kway j'ai du mettre un élastique dans mes cheveux, mais la chute serait plus piquante que douloureuse, il y a des buissons partout. 


Pour s'amuser; il y avait des éboulis pour éviter
Des buissons même en arête


Sommet 552 m





Un parcours trop buissonneux à mon goût, rien à voir avec celui très aérien de la 2nde arche, où l'on peut s'éclater en roche. J'arrive au sommet, "peinturluré" de jaune criard. Un sommet plat, venté et un beau belvédère: la mer au loin, les Corbières et puis ceux qui sont absents dans les nuages, Canigou, Bugarach : le décor est amputé.






Par contre je devine, à ma mémoire des lieux vus d'en bas que mon arche n'est pas loin.
Je continue donc tantôt en roche avec quelques petites désescalades tantôt en sentier, des multitudes d'iris ont fait leur apparition, en fleurs ce doit être magnifique.


Quelque part , proche: l'arche . Je reconnais les dalles qui y mènent en tout droit depuis en bas

J'aimerais monter par là



Soudain, "ahhh" ! Je me trouve dans l'arche !



Comme pour la seconde, c'est l'effet surprise ! Et quelle belle surprise! Mais alors cette fenêtre ouverte, face au Grau de Maury, col dans la barre rocheuse du nord, près de Quéribus, quel appel d'air cela génère ! On dirait que je vais m'envoler. C'est un moment magique; la structure de l'arche elle même, comme une anse de panier, semble fabriquée de mains d'homme. Prudence m'invite à m'approcher pour la photo souvenir, sauf que de l'autre côté c'est le vide abrupt. Toutefois je m'aventurerai de l'autre côté, abandonnant Prudence, et je franchirai aussi l'arche par le nord. Au moins en profiter !


L'arche qui semble maçonnée
Le Grau de Maury en face

Enfin ! Je suis contente, je l'ai découverte en juin 2018

De l'autre côté une plongée
dans le vide !

Les falaises en face nord












En face nord, telle qu'on la voit depuis Maury
Le voisin d'en face 






Maury s'inscrit dans l'arche et à ce moment là une grande musique monte à moi, c'est fête au village.



Maury, surprenante vue aérienne

Je vais encore continuer après l'arche histoire de visiter au maximum et de voir si on peut monter sur les crêtes par la face nord. Cela paraît possible mais l'arche est inaccessible une muraille de pierre la défend naturellement. On ne peut pas y accéder par le bas. Sauf en escalade.


Faut voir sur place, cela se grimpe t'il en varape ou non ?
Je prolonge ma route, en direction des antennes sur une courte distance, par curiosité et c'est beau, relief accidenté, falaises imprenables, couloirs de roche. Le vent a redoublé de violence. Dans ce site superbe je vais faire une non moins belle trouvaille : une pièce de bois de genévrier qui inspire mon côté artiste. Pas trop grande heureusement car je vais la charrier jusqu'à la voiture!

Un passage original : le sentier entre une haie
de chênes rabougris



Iris




L'austère face nord

Amphithéâtre de genévriers


Un rayon de soleil dans la vallée, 400 m en contrebas (route d' Estagel)



S'il faisait beau, j'écrirais, j'ai mon cahier dans le sac, mais l'âpreté du temps nous invite, Prudence et moi, à revenir sur nos pas, par le même chemin plus difficile à retrouver, heureusement j'ai une bonne mémoire visuelle de quelques détails, car à un moment donné je me sens complètement "perdue".


Battue du vent sur le site des battues (chasse)

 400 m en contrebas, le petit train rouge
des Fenouillèdes

Le retour

Et hauteur grandeur nature
Et c'est en toute sérénité que je regagne ma voiture, le vent faiblissant doucement, la porte du Grau de Maury "s'étant refermée" .

Mon trophée de chasse, j'en ferai une lampe 



En complément , le récit de la rencontre avec les deux autres arches de Maury, en 2 clics


Les 2 autres arches de Maury


30 juin 2018 : aventure pour l'arche perchée
10 novembre 2018: un coeur en plein ciel


mardi 11 juin 2019

Ariège : balade dans le coton

Pour ce WE de Pentecôte je choisis l' Ariège : j'ai besoin d'eau, de fleurs, de verdure et de retrouver "mon" Ariège surtout. Bien sûr c'est loin là où je vais (400 km AR) , de toute façon tout est loin, là bas. Et surtout pour pénétrer au coeur des montagnes. Je ne sais rien de l'enneigement, je ne sais rien de la météo ou presque, je sais que la route sera longue, la balade aléatoire et ma destination belle puisque je la connais. De l'Ariège je ne connais pas les pics, je n'en ai grimpé aucun et j'aimerais bien commencer.

Le terminus de ma (longue) route, décor saisissant : le pic d' Enrodat (au zoom)

Donc pour commencer, il faut partir. Samedi soir, pas le courage, je pars donc dimanche matin et, premier obstacle à Quillan (Aude) qui me vaudra un grand détour : c'est la course de côte. Le détour est beau certes...et  ça m'est déjà arrivé...
Me voici à Ax les Thermes
. Tout commence par un arrêt en terrasse, comme d'hab', pour respirer la ville que j'aime, un bain de pieds dans les eaux (très) chaudes (45 °, 77° à la source) et ensuite une bonne pizza à Les Cabannes car c'est là que tout va vraiment débuter.
Pour arriver à destination, c'est une longue et étroite route de 20 km à partir d'Aston, dernier village, route de montagne avec 16 lacets, qui rejoint les barrages de Riète et de Laparan : l' Ariège profonde, pentes plus qu'escarpées, verdure engloutissante, rivières bouillonnantes, fleurs, c'est l'Ariège "mouillée".D'ailleurs le temps est maussade, "grisouilleux"...aïe...la route se termine dans une débauche d'eaux variées et j'ai la surprise de trouver la piste de terre bien goudronnée, c'est un bon point. Quand j'arrivais de nuit, jadis, ces derniers km étaient sculptés par mes phares ce qui facilitait la navigation entre les nids de poule. Autre surprise, l'anarchique et minuscule parking a doublé de volume, bien ordonné, parfait. Le paysage n'a pas changé,  magnifique: c'est l'Ariège au coeur d'eau et à la peau de rocs et pelouses où paissent de grasses vaches. L'image de la montagne. Avec des pentes impressionnantes.
Le décor de mon hôtel roulant : Pla des Peyres, 1699 m

Il est 14 h 30 et je pars avec mon petit sac pour aller écrire au bord de l'eau. Je pourrais aller voir "mes " lacs , pas très loin mais je garde ça pour demain ainsi mon projet de pic aux environs pourra peut être se réaliser. D'ailleurs j'ai le pas lent et le souffle court, la pizza est en trop !
Le pic de Rulhe, 2783 m, inaccessible pour moi sans doute mais...il m'attire
Je marche, je marche, j'avais donc oublié qu'il y avait autant d'eau ? Je me dis que les vraies Pyrénées commencent ici, en Ariège. Je remonte la Coume de Varilhes, avec,  face à moi, le Pic d' Anrodat (2730 m) et dans mon dos l'impressionnant Pic de Rulhe (2783m), j'écris dans ma tête et discute avec les pêcheurs qui redescendent, je glane quelques renseignements. Faut pas leur parler de pics, ils aiment pas ça, ça grimpe trop ! D'ailleurs ils ne savent même pas leurs noms. Mais tous les lacs et tous les sentiers oui.

Comme ces pics me paraissent inaccessibles...(Un beau couloir pour Ludo)
J'arrive ainsi, en flânant (et digérant), à la passerelle que j'emprunterai demain et je continue un peu au bord du torrent échevelé . En Ariège, il y a les torrents et puis les ruisseaux qui descendent à la verticale le long des pentes, issus de lacs invisibles. Ils grossissent les torrents; à cette saison on ne traverse qu'aux passerelles.




Je redescends et lorsque j'arrive près de mon "gîte", je découvre avec stupéfaction que mon portable a disparu. Oh j'ai vite compris, ma poche est trouée et il est tout en  haut, là où j'ai regardé l'heure. ça alors !! Ce n'est plus une flânerie mais une allure TGV qui me ramène là haut où, posé sur l'herbe, il m'attend ! En silence, il n'y a aucun réseau là bas.Cela me vaudra de belles vues sur les montagnes qui se coiffent de brume. Et un sentier pour moi seule. Sans compter une séance couture !

La brume arrive à grands pas

Pic de Ransol 2731 m

Les pentes en Ariège


Ce sont d'énormes blocs d'effondrement 
(Pla des Peyres, soit des rochers)


Ruisseau de l'étang noir de Cabaillère


Le soir tombe, les vaches remontent et la brume descend, descend...Je connais ce temps ici, un orage est annoncé et demain ce sera grand bleu. Je peux même manger dehors en admirant un paysage rétréci et en observant l'eau, il n'y a que ça . Je suis loin de la Cesse à sec de la semaine passée !
La pluie fine et silencieuse se fond à la nuit noire et c'est bercée par l'eau, et porte entr'ouverte, que je dors. Si bien.



Le ruisseau de Cabaillère (étang Noir)

Mon décor

Au restau,  en terrasse


Soir avalé par la brume

                                                         
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Dimanche matin, réveil très tôt, et...la brume cache même la rivière! J'attendrai l'éclaircie, me remets au lit, grasse matinée que j'apprécie, cela ne m'arrive jamais. Un bon café, quoi de mieux ? Séance lecture, écriture, bricolage : oui aussi. L'orage gronde, claque, rebondit de roc en roc et s'éloigne, déversant déluge et grêle. Mon auvent improvisé me permet, en lisant au lit de contempler la rivière sans mouiller ma couche. Quel bonheur !


Un auvent improvisé mais efficace

Pour contempler pluie et grêle sans bouger du lit

10 h je pars à pied

10 heures : il pleut, par intermittences, il bruine, c'est la purée de pois, cela ne se lèvera pas et bien je vais quand même faire un tour. Pas vraiment équipée pour ça, mais au moins entre le sentier bien tracé et le fil de l'eau je ne peux me perdre.
Et commence alors ma balade en "coton". Je croise quelques rares silhouettes fantomatiques...tout le monde descend, je monte. On me met en garde mais je rassure : je ne vais pas loin.

La visibilité, dans cette ouate qui m'étouffe un peu, oscille entre 20 et 30 mètres (mesurés aux pas). J'entends le torrent, je ne le vois pas. J'entends les vaches, je ne les vois pas. D'ailleurs je ne vois rien. Mais le peu que je perçois est magique : silhouettes d'arbres et de rochers fantomatiques, bouillonnements éphémères d'une eau grise et blanche. Les couleurs du "coton" sont blanc, vert et gris.



Eau en sentier aussi

Je devrais voir ceci, en suivant le sentier, visible à gauche


Et je vois cela....









 Même quand il y a rien à voir il en reste encore et je m'attache à des détails : cette croix de quartz qui semble me dire "stop", ces perles d'eau qui scintillent en formant des coeurs de diamant, ces petites fleurs qui courbent l'échine sous le poids de l'eau, et j'allais dire ce silence...mais non, l'eau est si bavarde. Un petit oiseau vient me parler, agité et criard : "N'y vas pas, n'y vas pas"! J'y vais... mais où?...le paysage se réduit à 20 mètres autour de moi je suis dans une bulle , un peu inquiétante quand je me retourne. Car devant je ne sais pas ce qu'il y a mais derrière je sais mon chemin et il a disparu.


Croix de quartz


Un coeur de diamant liquide



On dirait le printemps en Novembre

On dirait Novembre façon printemps

Petit pin courageux et vieux


 Me voici à la passerelle, j'ai envie de continuer, j'hésite mais le ciel choisit pour moi; une brume encore plus épaisse arrive en courant poussée par un vent glacé.

Dans mon dos le chemin vers Fontargente


ça bouillonne sous mes pieds

Et c'est là que j'aurais du aller Etangs de Fontargente
Un des 3 étangs




La température s'effondre, mes bras nus frissonnent et le kway vient à point nommé accueillir pluie et grésil, demi tour obligatoire! Cela crépite sur ma capuche.

Une température de 5 °

Le panorama a encore rétréci cependant  dans ma cage de ouate, je suis bien. Cela me permet, puisque le sentier est bien tracé d'apprivoiser cet élément qui me terrifie et me fascine : la brume épaisse.





Les vaches me saluent j'entrevois quelques cornes qui ne sont pas de brume mais sont bien noyées en elle et c'est presque le nez sur la cabane du berger que je sais que je suis arrivée. Déjà ? Oui mais trempée...


Au zoom pour la reconnaître sous la pluie
Brève accalmie j'arrive, il y aura même une éclaircie
(On voit la cabane derrière le rocher) le pk est attenant
Alors arrive une fugace éclaircie qui va me permettre encore de manger dehors. Tant qu'à faire....



Bien sûr je n'ai pas vu ce pour quoi je suis venue mais ici, il reste en ma mémoire les beaux Etangs de Fontargente et leur écrin, mes souvenirs de Lison, (c'est ici que je lui ai appris à randonner), si petite, mes souvenirs de randonnée avec Wladimir, quelques belles pages de ma nouvelle vie s'écrivirent ici, il y a dix ans déjà....Comme le temps passe....
Mais faut que je rentre, la neige est prévue pour demain !


Quelques souvenirs...
De Lison;


Dans le sac ventral

J'observe 
Je plonge



Et je l'ai fait : me jeter à l'eau !
 Et de Wladimir, étang de la coume de Varilhes


J'observe....nous observons

Me baignerai ou pas ?  Alt 2200 m
Je ne me souviens plus...



En chiffres
Jour1
Dénivelé 400 m D+
Distance 8 km

Jour 2 
Dénivelé 200 m D+
Distance : 3.4 km


Route :
384 km aller retour