jeudi 10 août 2017

L'insolite à Sorède (66) : le transbordeur

Sorède est un village au pied des Albères.
Je ne décrirai pas les Albères, je les ai évoquées plusieurs fois en mon blog au cours de randonnées .

Par contre, j'ajouterai que derrière son rideau épais de feuillages, cette montagne est un livre ouvert sur le passé. Il ne conte pas UNE mais DES Histoires, éclectiques, inédites et originales.
Ne vivons nous pas dans un département à cette image ? Eclectique et original ?


L'originalité du jour, elle est multiple.
D'abord faut être fou ! Pour organiser une rando dans cette montagne en plein "cagnard" estival.
Bon ils ont une excuse : l'un est Breton, alors de la pluie et de la grisaille il en a marre et l'autre est Belge il a donc la frite. Les deux chti's qui voyagent avec nous sont excusables aussi, grand Nord oblige mais nous, les 3 du sud ? Fous vous dis-je...

Alors nous voilà au départ et comme je suis à l'ouest bien qu'allant au sud j'ai oublié mes chaussettes! Je randonnerai nu pieds dans mes vieux tennis plutôt que dans mes grosses chaussures, c'est pas anodin, je reviendrai les mollets fusillés. Et une cheville tordue. Et un bleu énorme et ...
Les Albères c'est pas haut, c'est pas loin mais ce sera une "Sacrée Rando" !

Sur les traces du transbordeur. Dont je n'ai jamais entendu parler, moi la native des lieux. Mais je vais découvrir le mystère in situ.
René notre guide a pris comme thème le transbordeur mais débordera largement sur le patrimoine autour, nous faisant pénétrer dans un site riche d'histoire, de vie et d'activités. Conté avec talent et compétence. Sans prétention: un régal.
Un des vestiges du transbordeur enfoui dans la végétation
Pas à pas atteignons la Vallée Heureuse, au dessus de Sorède qui prit ce nom avec l'urbanisation fin des années 70 mais qui recelait un patrimoine minier : le fer et les forges catalanes. Qui dit forge dit fer, dit "martinet", l'imposant marteau de forge mu par la force motrice de l'eau. Un aqueduc conduisait l'eau de la rivière à la forge et la précipitait avec force pour mouvoir cet énorme marteau.
La Forge : Le bâtiment et sa version moderne
Les anciennes écuries et le marteau de forge dit "martinet"
La rivière c'est le Tassio que je ne connaissais pas : un sacré havre de fraîcheur dans cette montagne sèche. Comme l'est sa voisine Massane. Des surprises partout!

Le Tassio

On grimpe vite en sous bois : c'est la chênaie (chêne vert surtout ici) relayé plus tard par la châtaigneraie puis la hêtraie; c'est l'ordre incontournable on n'arrivera pas assez haut pour les sapins.

Rapidement on se trouve sur un ancien chemin muletier pavé par places et soutenu de beaux murs de pierre : nous ferons connaissance du transbordeur. Qui exista entre 1936 et 1954.
Le chemin muletier 

Le transbordeur est un circuit aérien de 3.6 km de long qui convoyait le bois de hêtre du haut vers le terminal d'arrivée à la Vallée Heureuse (près de la forge). Un circuit de 7.2 km AR avec un câble de 21 mm de diamètre qui passait sur des pylônes munis de roues. Le principe exact du ski et des remonte pente sauf que là c'était descendant pour le faix.
Il fut construit par des Russes spécialiste en la matière.

Il y a une vingtaine de pylônes ainsi répartis sur les 3600 m, entre la côte 188 (m) et la côte 700 certains très hauts d'autres bas ou rapprochés, en fonction des vallons et collines , avec une ou 2 stations de chargement intermédiaires.

L'originalité du système c'est le freinage ! Bien sûr il n'y avait pas de frein moteur: la ligne ne fonctionnait pas à l'électricité mais par gravité. Quand le bois arrivait vers le terminus, le préposé du bas téléphonait au préposé du haut qui actionnait le frein à main. Fallait que le téléphone fonctionne bien...mais en cette 1ere moitié du 20 eme c'était plus sûr que nos réseaux modernes....
Celui du haut actionnait la grand roue bardée de métal et de cuir et le câble ralentissait.
Un autre système sophistiqué et simple à la fois,  au bas du circuit, assurait la tension du câble en fonction de la charge qu'il portait, pour garder une tension constante.

(On pense que le circuit comportait des lignes adjacentes dont il ne reste rien car les pylônes auraient été en bois.)

On peut imaginer les bruits, les grincements, les cris des hommes, les chocs au chargement et à son contraire et ce fil téléphonique qui grésillait dans sa porcelaine blanche.
En images : 

Le plus grand des pylônes
Josy à l'assaut

Un pylône plus petit
La rédactrice du blog vous salue..de haut

Sous divers angles

Les billots étaient attachés avec ceci


Vue de dessous


et d'en haut


Plate forme de chargement intermédiaire sur le trajet


Le terminus de la ligne et la roue de freinage : altitude 700m
Détail de la roue  et son système de freinage en cuir


Le téléphone : éléments

Un clin d'oeil sur 2 téléphonies  Claude est très sérieux
pour présenter les avantages de chacun

Les habitations au terminus

Et les visiteurs  du jour

On peut imaginer parallèlement les troupeaux et les bergers qui se réfugiaient dans leurs abris, les charbonnières qui entamaient leur douce mort noire, abandonnées depuis peu et les mines devenues silencieuses.
En surimpression ce sont des moments économiques aussi fertiles que révolus qu'évoque pour nous René.
Abris de bergers utilisant souvent
l'abri sous roche originel

Abri sous roche naturel
Mur de soutènement d'une place charbonnière


Version moderne de la charbonnière : introduction du métal
Et sa marque de fabrique



Patrimoine minier et roche ferrique


Nous ? Nous transpirons un maximum au départ : jamais je n'ai autant sué en montagne ; l'eau court entre mes omoplates, sur mon visage, dans mes lunettes, je n'essuie pas je suis débordée. Claude est dans le même état. Puis cela passera. On s'habitue. Le corps va se régler seul, vite et bien .
Sous le couvert des arbres on est protégés de l'ardeur du soleil mais il fait chaud: ruisseaux et Tassio sont les bienvenus quand on se croise !

Rencontre fraîcheur


Le Tassio et ses "piscines"
Arche naturelle pour toile
Végétal inconnu

Une rando dans les Albères ce n'est que montées et descentes, sur une terre sèche qui glisse comme glissent les feuilles vernissées des chênes : ce n'est pas de tout repos, cela vaut presque le Canal Cristall que j'ai grimpé l'avant veille !

Dans la hêtraie

Dans la chênaie

Un lieu "bizarre":
la hêtraie mêlée à la végétation de garrigue

Une rando dans les Albères c'est un patrimoine économique qui dort enfoui et que seuls les connaisseurs savent extirper un instant, c'est un patrimoine forestier et géologique de moyenne altitude fort riche toutefois.

Il y a le patrimoine civil et religieux, voire militaire en d'autres lieux : c'est d'une incroyable richesse pour une montagne qui semble dormir sous une chape de buissons et de bois écrasés de lumière et de chaleur...euh...comme nous !


Le moulin des moines (12 eme) restauré, en bord de rivière
Le "monastère" tout petit dont il ne reste que deux murs
 est bien plus haut dans la montagne
Les restes du monastère


A découvrir sans modération et avec attention.


Merci à René infatigable marcheur/conteur et à Paul qui a si bien encadré le groupe.
Si vous voulez les retrouver : Office du Tourisme de Sorède 66




En chiffres :
Dénivelé positif cumulé : 888 m
Distance parcourue : 17.90 km
Temps de marche (marche lente car visites) : 7 h 46 


Notre circuit : fait par Claude Calvet


lundi 7 août 2017

Port Vendres tête à l'endroit tête à l'envers

Pour une fois, mon blog sera silencieux.
Sans texte...Ou si peu...
Juste une petite introduction...J'avais promis à Nina de partir en camion et elle attendait ça depuis quelques jours. Alors au soir tombé nous voici en route pour Port Vendres où m'attend une nuit sur mon quai favori.



Ce n'était pas "Quai des Brumes" mais juste un quai sous les brumes du soir qui tombait , une sorte de "Quai des Brumes sous la Lune"...

Nina était subjuguée, pourtant elle connaît...Bon moi aussi cela me subjugue à chaque fois...

L'endroit et l'envers du décor









L'envers de mon décor c'était cela : un chalutier contre mon lit !

Le croirez vous ? la mer me berce tant que je ne l'ai pas entendu partir !!!






Pourtant ça fait du bruit ce machin là avec plus de 6 hommes à bord....






4 h du mat' je me réveille dans une mer de silence...Le port commence alors à s'animer ...sans moi, j'ai pas fini ma nuit !
Un matin soleil plus tard, voilà le décor envers endroit comme "le point mousse" qu'on tricotait enfant. Mousse c'est adéquat non dans un port ?

Elle et son reflet



2 versions de la mairie
Endroit et envers du décor



Commence alors un vagabondage, un point à l'endroit, un point à l'envers...
Je vous ferai juste grâce des "parfums"...





Cordages en série



Entre les poubelles






Juste sur un quai il y en a des choses étonnantes à voir :

La "Ballade des Pendus":



Les vitraux de la mer:




La portée musicale de la mer :


Les bateaux revisités  par la mer :








Les roues de la mer:






De métal et de rouille




Les jardins suspendus de la mer :
Jardin sur l'eau

 Jardins en murs .....

Jailli du mur


Jardin en rue

verger suspendu : le figuier

Il n'a pas voulu pousser
 la  tête en bas
Couleur drapeau :


La gendarmerie............................les douanes
Et celui qui n'en est pas un mais qui y ressemble tant....


L'ancre de la mer:

Et puis, pourquoi pas ? la box de la mer !




Allons, on pourrait varier à l'infini, comme le fait la mer ! D'ailleurs je ne suis que le déclencheur de l'objectif, l'artiste c'est elle  !

Je rejoins mon parking "capharnaüm" .....et je file à la maison




D'autres prennent un autre chemin....



T'en fais pas , Nina, on reviendra!