vendredi 2 décembre 2016

Le nez dans les fossiles

Pour ma seconde séance d'escalade, j'ai choisi de prendre un guide parce qu'une opportunité comme l'autre jour ça ne se présente pas tous les jours.
Cette fois ce sera Tautavel et ses falaises calcaires. Cela me va d'expérimenter plusieurs supports rocheux.
A gauche, vers l'aval, à droite, vers l'amont : Gorges du Verdouble

 C'est encore sans appréhension que je rejoins mon guide et nous voilà à l'entrée des gorges de  Gouleyrous, sur le Verdouble, tout près de l'habitat de notre célèbre ancêtre, l'Homme de Tautavel, moins 450 000 ans, découvert en sa caverne, la Caune de l' Arago en 1971.


Je n'ai pas avoué mon âge à mon guide de peur qu'il ne s'enfuie en courant, c'est ce qui me gêne le plus. Pas sa fuite mais mon "antiquité" même si à l'échelle de l'Homme je suis un "bébé" avec mes 66 ans.


Situation en France
Donc nous voilà dans un site remarquable, le Verdouble; cette rivière née dans l'Aude a un cours de 46 km, ponctué de virages à angles droits et de pertes des eaux, à cause du relief calcaire dans tout son cours.


Ici, elle se resserre dans une gorge étroite, courte mais splendide. Son socle calcaire lui donne des eaux d'un vert intense et des cuvettes, "marmites de géant" et autres "chaudrons" qui la font ressembler à un gruyère en plus poétique évidemment. Grimper dans un pareil décor m'enchante car je le verrai d'en haut, à la verticale et c'est un point de vue d'exception.



Donc c'est parti et cette fois j'ai des chaussons ! De beaux et confortables chaussons de cuir qui me donnent des fourmis dans les pieds ...Non pas de douleur ! Je piaffe d'envie de les essayer.

Thierry équipe la première voie et c'est avec aisance que je m'élance, ce sera le test : suis je capable ? Ne vais je pas agacer le guide ? Saurai je me débrouiller dans le calcaire ?
Pas un instant l'idée de vertige ou d'appel du vide ne m'effleure.
Et je grimpe : test réussi; je savoure plein de choses. Mon aisance, mon plaisir, la vue, magnifique  et un immense étonnement: comment arrive t'on à grimper des parois si verticales et loger pieds et mains sur des aspérités ou dans des creux si petits...voire sur rien du tout, juste une griffure du support...Mystère de la nature humaine...
A deux pas du berceau de l'humanité, mon illustre voisin d'en face, je retrouve une gestuelle animale!
J'ai franchi le test, j'ai annoncé mon âge au guide qui ne s'enfuit pas, n'est pas surpris car il a des clients plus âgés (ouf !) et qui au contraire apprécie mes capacités. Me voilà rassurée.

"Mes" chaussons, tout cuir
prêtés par le guide
Thierry équipe la voie












Je grimpe , le nez dans les fossiles!
Et oui, les falaises, anciens fonds marins, sont incrustées principalement de coquilles d'huîtres  et autres non identifiées par moi.

C'est assez amusant d'avoir face à soi, à la verticale, un mur qui fut fond marin.
On prend alors conscience de l'extraordinaire vie de la terre. Et de ses fabuleux bouleversements.
Mon guide et l'éclat vitré de la rivière
 Je grimpe avec dans mon dos un fabuleux décor; je suis concentrée et j'oublie de me retourner mais quand je le fais...wouahh...


Pendant  deux heures et plus je vais monter plusieurs voies, peaufiner les gestes et la technique, écouter et assimiler grande partie des explications, mettre en pratique autant que possible la gestuelle... Je passe après Thierry sur la voie qu'il a équipée de la corde pour m'assurer et j'équiperai même une voie, me rendant seule au sommet en première de cordée. Les voies font un peu plus de 15 m de haut et sont côtées 4.


Tenue peu sexy !

Quant à la descente...A Sorède (clic), j'avais l'impression d'avoir la grâce et l'élégance du crapaud !
Aujourd'hui,-et le calcaire n'y est pour rien- je travaille ma gestuelle car j'acquiers de l'aisance et surtout je n'ai plus l'appréhension de me "jeter" dans le vide en lâchant la paroi. Alors je peaufine la descente qui est si gracieuse chez le grimpeurs... Cela viendra.


Sommet de voie

La dernière voie sera merveilleuse. Bien plus haute (20 m, côtée 4 sup) , avec un vide impressionnant, une progression fantastique sur de minuscules appuis, la rencontre de quelques uns de ces genévriers des parois que je caresse au passage et même dotée un virage qui me cache le guide et me donne l'impression d'être seule au monde.


Genévrier  
















Extraordinaire matinée sous un temps lumineux, le silence, le chant de l'eau qui me parvient  tout en haut... Que du bonheur...Tout a une fin, je n'ai pas vu passer le temps. Ni stress, ni appel du vide , ni faim, ni soif.  Mais..
Fantastique décor à la verticale



























Mais il est près de 13 heures.Mon guide s'en va vers d'autres horizons ( j'ai déjà pris rendez vous pour la semaine prochaine !) et,  redescendue de mes hauteurs et de mon rêve, je m'aperçois que  j'ai faim. Quoi de plus naturel que le déjeuner au bord de l'eau : cela s'impose dans pareil décor.


Le socle de la rivière est magnifique; poli par des millénaires de crues, il est luisant comme marbre, d'ailleurs c'est du marbre gris veiné de blanc, glissant au possible, étoilé de coquillages et percé de cavités, un étonnant décor de restaurant -))


 Je peux même y contempler le monde à l'envers



Un coin de ciel bleu


Fossiles d'huîtres












Les falaises d'escalade invitent à un curieux voyage tête en bas.

Toutefois, c'est à un autre petit et insolite voyage que je vais me livrer.








Comme les falaises plongent directement dans l'eau froide et profonde, un cable a été tendu pour permettre la progression vers un ailleurs qui m'invite, évidemment.

Alors je me lance, pieds nus car cette roche de marbre ne me permet aucun appui chaussée.
Je n'irai pas bien loin: la première partie du voyage s'arrête devant une grotte aussi mystérieuse qu'inquiétante...Brrr...
Entrée de la grotte














Non sincèrement elle n'est pas une  invitation au voyage!
 Je préfère, de loin, mes acrobaties au dessus des eaux vertes. Et magnifiques. Juste un jeu que je n'eusse jamais tenté si la roche ne m'avait pas apprivoisée ce matin.


D'autres falaises m'attendent la semaine prochaine. Autre site (Vingrau), autre décor, autres aventures.

samedi 26 novembre 2016

Confluence en Ariège

Ce ne sera pas de confluence entre deux rivières dont je vous parlerai , bien que cela se passe autour d' Ax les Thermes, en Ariège, qui est à la confluence de deux charmantes rivières, L'Ariège et l' Oriège. Vous les verrez quand même. Juste ci dessous !
Ariège et Oriège


Les voyageurs sans bagages
Ce sera la confluence entre deux saisons, sans doute le dernier week end de l'année où cela fut visible. L'Automne et l'Hiver se rencontraient ce jour-là et eurent pour spectateurs Nina et Mathurin réunis eux aussi pour la première fois. Ils prendront la plume d'ailleurs, ils le valent bien.

Automne



Hiver


Mathurin : "Qu'est ce qui lui prend d'emmener Nina ? On est si bien tous les deux; va falloir que je supporte cette peste ?"
Nina : " Pourquoi c'est lui qui est sur tes genoux ? Et moi, j'y contiens pas!"
Moi :"Deux c'est pas possible, je conduis et on a beaucoup de route alors on se calme "
Mathu : "J'y suis j'y reste"

Alors Nina est partie au lit et a boudé 3 heures.
ça commençait bien !












C'était pas gagné d'aller à Ax les Thermes, à 130 km et près de 3 heures de route de montagne avec ces "deux oiseaux" pas très copains. Disons que j'ai pris des risques!!

Ax les Thermes : une jolie petite ville d' Ariège, au coeur des montagnes, qui allie thermalisme (et le charme de la ville d'eaux) avec sport, puisque elle a aussi sa station de ski (et la vivacité de la ville dédiée au sport)
Une ville de confluenceS disais-je...

Ax les Thermes (09)

Nous 2:"C'est là qu'on va dormir" elle nous a dit.

Mathurin :"On y a même dormi deux nuits et on a bien dormi tous les trois. J'ai fait -presque - la paix avec Nina. On dormait chacun d'un côté d' Elle, parce qu'elle nous tenait chaud comme ça."

Ax les Thermes est une petite ville d'eaux et les thermes sont très présents, il y a même 3 bassins dans la ville; l'eau (en général) est très chaude. On est tombés sur un des rares jours où elle est juste tiède.
La source principale est à 77 °.

On soigne à Ax les rhumatismes, sciatiques et affections respiratoires.




Nous 2 :"Elle est allée se tremper les pieds, nous on n'a pas approché nos poils...allez savoir avec Elle...

Ah de l'automne on en a "mangé" : et vas y qu'on roule et que ça tourne et que ça grimpe, à nous donner le mal de mer ou des montagnes on ne savait plus. 

On en a vu de toutes les couleurs : vous voulez voir ??? Mouaouhh..., franchement c'est beau...








 Elle est allée voir ça de plus près; nous on est prudents et surtout, on reste au chaud.
Mais vous verrez plus loin ce qu'Elle nous a fait ! Ah si la SPA voyait ça...







Nina : "Elle nous a montré un truc incroyable ! Tout le monde sait que j'adore le feu et que je contemple la cheminée: mais là c'était les arbres qui fumaient, et les rochers, et les montagnes, sauf que ça chauffait pas comme à la maison"







Et que cet âne de Mathurin il se penchait à la vitre pour mieux voir: on fait quoi s'il saute ?? 

Mathurin : "Non mais je rêve !! à force de monter au dessus des nuages, elle va pas nous faire monter là haut ?? C'est blanc, c'est bleu, ça donne froid, brrr.."

 Non on ne peut pas aller là haut, mais je vais vous faire une surprise !

Mathurin :"Aïe...c'est quoi encore ? Oh je me méfie, avec Elle. Pas vous ??"





Un peu plus loin...
Nina : "Eh, mais c'est tout blanc et puis y a rien autour, pourquoi ??"





Moi : " Parce qu'on est dans la brume complètement ...oui Nina comme de la fumée sans feu et toute froide. Et là on est dans la neige !! Ta première neige, Nina."

Nina : Ce truc blanc c'est froid aussi alors je me tiens juste sur les pattes arrière, comme toi !
L'autre courageux il a filé ventre à terre dans le camion ; quel trouillard !!

Mathurin : " Oui mais c'est blanc comme moi, j'avais peur de disparaître dedans, et que ça me dévore...oh la peur!!"





Bon allez on redescend, on se gèle là en haut.



 On préfère ça...les couleurs, ça tient chaud.

Allez on va dormir,

Nous 2: "Enfin parce qu'on est fatigués; on a passé une bonne soirée dans le camion; avec un bon repas, le chauffage, les ronrons, la lecture et l'écriture pour Elle, on est heureux et puis on s'entend bien finalement.
Quand elle va faire un tour, tous les deux on se tient compagnie."

Mathurin : "Même au lit que tout devient beau avec des drôles de couleurs"
Nina : " Qu'est ce que c'est ???"

Depuis notre lit, la nuit sous pluie
Depuis notre lit , le décor
 Nina : "Oh c'est trop rigolo, même toi tu es peint en bleu !!"
Mathurin: "Chhhut, elle ira me tremper dans le bassin d'eau chaude"
Nina : " Tu crois qu'elle le voit pas que t'es Schtroumpf ??"


Moi : " Que vous êtes sots ! C'est le reflet de la vitre ...Allez silence on dort!"
                                                                    ......................................
Sur ces deux jours, les trois aventuriers que nous sommes se seront offert de belles découvertes,
Orgeix et le petit pont que j'adore franchir en camion, juste pour le fun
en souvenir de jolies nuits, portes ouvertes sur la rivière
 De belles couleurs,  des parfums de sous bois, une belle complicité, enfin la confluence,  disais-je, de plein de choses dans ce petit coin d' Ariège que j'aime tant, ont fait de ce séjour un enchantement.







Et de ces frères ennemis deux très bons amis, enfin sagement  assis, pendant tout le chemin du retour, sous la pluie.

Mathurin et Nina , on recommencera .


ça vous dit ?

Nous : " Oh que ouiiiiii..."
Un nouvel article sur mon 2nd blog après deux ans de silence sur "la pluie" (clic), grandement écrit à Ax les Thermes.