dimanche 9 décembre 2018

"Per trancs i barrancs"...ou l'envers des crêtes et arêtes

(Cette expression catalane que j'entendais dans mon enfance semble oubliée mais elle signifiait des lieux chaotiques et ravinés.)

Voilà un dimanche après midi un peu morose. A vrai dire je me force un peu pour sortir.
Le temps n'est pas mauvais mais la flemme s'est invitée...enfin...le manque de motivation...
Il n'y a que de l'inédit et du caillou pour me motiver. Alors je cherche dans mes vieux projets...
Et c'est parti !!
Pour l'autre extrémité du département soit une bonne quarantaine de km.

Sur l'autoroute c'est vite la surprise, j'ai l'impression, tant je suis secouée par un vent furieux, de passer à l'essoreuse d'un panier à salade!



Sans vilain jeu de mots, d'ailleurs j'ai quitté ma tenue jaune.
Qui est de saison et de rigueur.

Direction la petite route entre Vingrau et Opoul.
Je pose ma voiture et enfile la tenue baroudeuse, rose évidemment, mon plat du jour sera non pas une crête sous peine d'envol mais tout son contraire, un "barranc", soit un "correc" ou un ravin en bon français.
Un ravin qui s'insinue dans une montagne de calcaire. Et qui me promet une balade sportive. Enfin je l'espère.
C'est là à gauche du petit pont
Un "correc", soit un ravin, c'est un de ces torrents que l'on peut trouver tout autour du bassin méditerranéen, à sec la plupart du temps mais pouvant sous l'orage ou les pluies diluviennes se transformer rapidement en torrent furieux emportant tout sur son passage. Ainsi mon frère dut à sa robuste condition physique d'échapper à la mort, emporté un jour par un de ces ravins en crue dont les berges, heureusement, n'étaient pas de roche comme celui ci.






J'entre dans le lit du ravin, espérant être protégée du vent fou et je le suis relativement. Les berges sont abruptes et tourmentées, faites de calcaire coquillier, incrusté de fossiles sans grand intérêt.








Toute la partie soumise à l'érosion de l'eau est lisse, creusée de cuvettes arrondies, tandis que les murs rocheux de chaque côté sont hauts et rugueux. Ce calcaire est très abrasif.




Certains passages s'apparentent à de mini gorges que je pourrais franchir si je ne craignais de mettre les pieds dans l'eau.





Ce n'est pas le silence qui m'accompagne, le vent mugit tout là haut, mais c'est le calme, la solitude pour ne pas dire l'isolement. Des murettes construites par l'homme endiguent le lit devenu plus large et délimitent des parcelles naguère cultivées. Ensevelies dans la broussaille.


Il y a même une curieuse bâtisse semi ruinée, au dessus du lit, dans les gorges, adossée au roc, peut être un peu troglodyte, mais je ne m'y aventure pas. Tout ce qui n'est pas à l'air libre m'angoisse.













Dans le lit qui est un musée géologique, poussent des peupliers, genévriers et buis. Les peupliers gardent encore des feuilles blondes, chez nous, elles s'attardent jusqu'à mi décembre.


Buis

Une grotte à mi hauteur: les drôles d'yeux sont des feuilles de peupliers


Mon relief préféré
 Je remonte une alternance de passages étroits et de lit plus large, ce sont les murs rocheux qui donnent le ton. Des murs qui invitent à la grimpe mais si le soleil est là haut, le vent y est aussi, qui mugit.




Ciel bleu tramontane
Finalement, au terme d'un parcours peu sportif j'arrive à une confluence où une vigne finit de mourir. Le paysage change, les pins envahissent des rives bien plus douces, j'ai achevé le passage chaotique, un peu déçue de sa brièveté. Je m'aventure un moment mais le demi tour s'impose, rien à voir.




Quelques mares subsistent dans le lit élargi

Le sentier file dans les bois
Alors je refais le chemin à l'envers et, pour pimenter la chose, j'escalade un peu. Quand mes mains peuvent empoigner la roche, c'est le bonheur qui frappe à la porte de ma balade.

Quelques mètres au dessus du ravin


Tiens donc ! 2 pitons d'escalade : pourquoi ?
Assez incongrus faut l'avouer


Je n'irai pas là haut : ça secoue trop !



Le ravin vu de mi hauteur










Le vent a changé de cap, il remonte en râlant le lit du ravin et balaie les murs rocheux où je suis secouée comme un prunier. C'est dangereux.














Je m'accroche bien, le temps de saluer une petite fenêtre, d'examiner les environs, de renoncer à aller plus haut, jusque sur la crête .Où le soleil est comme un appel. Car tout le trajet est dans l'ombre, une ombre encore douce, l'hiver n'est pas arrivé.


Petite fenêtre ouverte sur le monde
du lit du ravin
Toute petite la fenêtre
Dans ce décor, sous la puissance du vent, j'entends une roche qui claque par intervalles irréguliers, mais je n'arrive pas à la localiser. Euh...tant qu'elle ne tombe pas sur ma tête...


Quel soleil en haut, mais quel vent !!

Je reviens tranquillement à mon point de départ, voyage à l'envers qui révèle comme toujours un autre décor, voilà un vieux projet remis au goût du jour et accompli.

Un décor que j'adore...Et le gilet jaune a viré au rose

Dans le soir qui tombe comme poussière d'or, je quitte le site : ne fut ce que pour cet instant, cela valait la peine de secouer sa torpeur !






NB : renseignements donnés par une lectrice et confirmés par Géoportail, il s'agit du ravin nommé "Correc dels Vivers" et de la grotte "Cauna de la Nantella"






lundi 3 décembre 2018

Voyager avec son chat...une expédition ?

Evidemment je ne parle pas du voyage qui consiste à emprunter un trajet allant du point A au point B, sans contours ni détours. Ce que je ne minimise pas bien au contraire, car, dans ce cas, le chat n'est pas toujours candidat. Et peut faire du trajet un chemin de croix.
Non je parle du voyage avec un chat candidat, qui va jusqu'à le réclamer parfois.


Ariège : voyage avec mes chats, 3 novembre 2018

                                                 ........................................................



Qui n'a pas voyagé avec son chat ne sait pas ce que c'est - évidemment - et surtout n'imagine pas ce que ce peut être. "Ouh là là !!" est en général la réponse. Pour qui n'a pas voyagé comme pour qui a voyagé, d'ailleurs.
Le premier ayant une angoisse terrible de la chose; le second une connaissance terrible, facile, éprouvante ou comique; je n'ajouterai pas les superlatifs....
Et puis il y a le 3 eme dont je suis, qui en écoutant sur son autoradio "Il est où le bonheur" de Ch Mahé, se dit que le bonheur est aussi de voyager avec son chat.


Voyager avec un chat est un compte. Voyager avec deux ne double pas forcément le compte. C'est exponentiel, selon le lieu, le moment, l'humeur. L'humeur de qui ? Mais de chacun bien sûr, chacun des trois. Jusqu'à présent j'ai pu préserver la sécurité. La leur, la mienne, celle de mon camion. Ah oui, car nous sommes 3 + 1.
Voyager avec son chat sous tend, légalement,  chaque chat enfermé dans une cage. Bien sûr je ne le fais pas. Imaginer mes deux sbires enfermés sur 400 km, autant les laisser à la maison!



Vous me direz : "Quelle différence avec des enfants, ou avec des chiens ?". Je ne sais pas; j'ai eu un enfant en OR, mué en un ado moins facile à emmener, on a alors descendu une marche du podium. Quant aux chiens, je n'en ai jamais eu.
Ariège, novembre2018

Je me souviens des 2 enfants que nous étions mon frère et moi, nantis de parents baroudeurs (je proviens de ça tout s'explique): au vu de notre comportement en voiture, franchement il leur eut été préférable d'avoir 2 chats!Car deux enfants en voiture c'est pire que chat et chien: vaut mieux avoir les originaux, je dirais. Originaux nous le sommes restés mais ce n'est pas le sujet.
Voyager avec son (ses) chat (s), c'est : ne rien oublier, litière, pelle, croquettes et nourriture.  Et du sopalin à profusion. Mais aussi 2 sacs de transport : imaginez, vous tombez en panne, que faites vous de ces deux irréductibles aventuriers ? On ne peut partir avec un chat sous chaque bras, vous devenez fou, eux aussi.

Pays de Sault, Août 2018

Aulus les Bains, Ariège
Escalade, Aude : Mathurin en solo libre, sans assurage !

Savant mélange, terrible discordance. Il faut aussi harnais (de préférence) ou collier et laisse, sans jamais perdre de vue qu'en cas de souci, le chat, tel un boa, se débarrasse de sa vêture en un tournemain, restant nu comme un ver velu.

Bien harnachée

J'en ai fait l'expérience : un chat m'a échappé et a grimpé dans un arbre, ainsi entravé. Je me voyais déjà en séquence nocturne d' escalade, lorsque le félin est redescendu tout nu. Remarquez il m'a fallu mettre en place un échafaudage et escalader quand même pour récupérer les attributs de cet irréductible sujet : Lison.
Voyager avec son (ses) chat (s), c'est ...Que du Bonheur, voyons !

Mathu derrière la vitre et le reflet de Nina à l'avant du camion

Des petits pelages, des fourrures douces, des yeux vifs, des oreilles attentives, des pattes douces, un pelage plus soyeux qu'à la maison (le pelage du chat heureux), une confiance sans limite, des réponses miaulées à vos questions posées, de jolis dialogues.  Et la curiosité, les papilles, pupilles et vibrisses en éveil. Ou alors un sommeil confiant au fil des km et des heures. C'est les soirées dans la torpeur du chauffage et les nuits blottis sous la couette, les câlins sans fin, l'envie de dégourdir ses pattes, les questions-réponses bizarres mais intelligibles, la ronron thérapie à l'infini.

On s'amuse ou on somnole en se chauffant devant "le poêle"

On se chauffe

Les repas : euh...ça c'est le mien !!

Dégourdir ses pattes fait partie du programme, c'est la partie la plus difficile : jamais 2 à la fois et toujours en laisse, bien harnaché, le sujet. Car il a la patte leste, l'envol rapide et l'obstination d'un âne. Heureusement un chat ne pèse pas un âne mort. Mais ses réactions sont imprévisibles : le chat est très craintif et un rien le panique; alors c'est le sauve qui peut. Le danger est partout, même au ciel, avec des oiseaux de proie qui n'en feraient qu'une bouchée . J'ai connu ça, le chat solidement harnaché s'est débarrassé de tout et a filé se cacher sous le camion. Avant que j'aie fini par comprendre. Et voir le faucon en surplace à la verticale de nous.
Car une chose est certaine : avec nos félins il faut bien savoir que celui qui est lourd, ne comprend rien, et a un cerveau lent, c'est bien l'humain!

Petite route d' Ariège

Le chat ne cherche jamais à plaire à son maître, seul le contraire est vrai.
 Le chat fait ce qu'il veut, où, quand et comme il veut.



Voyager avec son chat c'est savoir le laisser dans le véhicule : le temps d'un restau, d'une visite, d'une rando. Quelques minutes ou quelques heures, cette éducation là se fait en douceur, sans générer la peur.

Attente ...

On me surveille...

 Ainsi Lison était très confiante, Nina et Mathu gardent un fond d'inquiétude, je les retrouve parfois cachés, mais sereins. Je les emmène moins souvent et je les abandonne moins longtemps (euh...parfois plus de 5 heures quand même). Mais lorsque je les abandonne, je ne m'attarde pas et presse le pas, même en rando. Leur sérénité passe avant tout. Leur confort aussi.
J'ai un fourgon aménagé, la clef de la réussite est là. Je ne ferais pas cela avec une simple voiture.





Voyager avec son (ses) chat (s), c'est aussi des rires, des fous rires! Je ne sais s'ils sont réciproques, je me plais à le croire.
Car ce sont des gosses qui se disputent, qui se battent, qui se boudent et se réconcilient, sans larmes, sans cris. Alors je "fais la police", l'air sévère et le rire plissé au coin des yeux. Ce sont des scènes de jalousie pour s'approprier mes genoux. Deux chats sur les genoux pour conduire...chut ! Faut pas le dire ! Je suis vigilante; oui avoir des chats en voyage multiplie la vigilance  en tous domaines.

Sur mes genoux en conduisant. Nina était plus petite, alors: ça contenait.
 Ils dorment, rien ne les dérange

Mais la pire catastrophe c'est quand le chat se sauve et part à la découverte . Le chien revient, le chat, je ne sais pas. Autrefois je laissais Lison entrer et sortir à sa guise mais un jour, prise de peur, elle s'est cachée et avec le bruit de la rivière je ne l'entendais pas. Moment de panique ! Je l'avais aussi trouvée en train d'escalader une falaise ! Donc mes deux, je les surveille comme lait sur le feu. Non voyager avec mes chats n'est pas de tout repos.


La bouderie

La dispute





















Malgré tous ces aléas, finalement, mes plus beaux voyages sont ceux que je fais avec mes chats.
Ils regardent les beaux paysages, sont attentifs à la route, essaient dans les villages traversés, au retour, de reconnaître le nôtre, respirent les parfums des fleurs et de l'humus, écoutent les oiseaux et ont ensuite plein de choses à raconter ! Je me plais à le croire...Sinon pourquoi redemanderaient-ils à venir ?

ça passera ? 


Cool tranquille !