lundi 18 juin 2018

Toute cette eau....Les Bouillouses

Il y avait beaucoup d'eau en ce mois de juin. Bien trop d'eau venue du ciel , qui nous faisait oublier le bleu du ciel, le bruit du vent et la chaleur du soleil.
Chaque jour était novembre même s'il ne faisait pas froid; cela en était désespérant.
Entre averses sporadiques et déluges momentanés, j'appelais cela "la mousson catalane".
Et si je le mets à l'imparfait c'est juste parce qu'hier, soleil, vent et ciel bleu sont revenus.
Mais déjà, ce jour, novembre a repointé son nez et une averse a furtivement glissé sur la campagne .

Sous la pluie et la grêle réunies
Voilà une semaine, je décidai , malgré le temps maussade, d'aller aux Bouillouses, ce site si charmant tout au bout du département. Un épuisement comme j'en connais parfois est un bon moteur pour partir : me reposer, ailleurs, devient une nécessité .
Je pris la route avec quand même l'espoir d'une petite balade dans ce que l'on nomme "Désert du Carlit", une sorte de plateau cerné de sommets et émaillé de lacs, un ancien cirque glaciaire évidemment. Plus d'une dizaine d'étangs auxquels s'ajoutent des "basses" soit des étendues marécageuses à 2200 m d'altitude. je comptais pousser mes pas vers les Coll Roig, sur ce plateau dont une grande partie m'est inconnue.
Je déchantai fort vite, la grisaille ne lâchait rien.
La pluie rattrapa ma route et m'accompagna sans faillir. A Mont Louis, cette eau venue du ciel s'orna de jolies petites billes blanches : le grésil.

Cambre d'Ase sous le déluge

St Pierre / la Cabanasse strié par l'averse

Les lilas rappellent que ce n'est pas l'été

Je commençai à douter mais l'envie de Bouillouses fut la plus forte.
Que d'eau !!

Monument à Emmanuel Brousse
En fond le Cambre d' Ase

La route étroite sur 13 km longe la rivière La Têt, née aux Bouillouses mais cette fois, c'était une belle rivière tantôt calme et large, tantôt bouillonnante et endiablée, comme si elle avait le Diable aux trousses. Le ciel s'étant calmé, je m'octroyai un moment de repos/écriture au bord de l'eau, mais personne ne s'attardait en ces lieux pourtant très plaisants ...oui, sous le soleil revenu me saluer pour me laisser imaginer que...peut être...  Que nenni, oui !

Un peu de soleil dans tout ce vert et
sur l'eau froide

La Têt

Repos au bord de l'eau



La Têt endiablée

Moment de rire : elle refuse de s'écarter
Je dois la pousser avec le camion
Les Bouillouses croulaient sous la grisaille qui me laissa entrevoir quand même deux Péric chapeautés et sur leur gauche la Serra de l'Orri et la vallée de la Llose bien enneigée encore.



Les Péric maussades  et à leur gauche, vallée de la Llosa

Avant le barrage : années 1900
Tandis que grondait au loin le tonnerre, des gouttes de pluie rendaient encore plus sinistre le paysage, les eaux noires du lac et les Péric qui, après m'avoir saluée d'un grand coup d'ailes, devait disparaître à ma vue pour le reste du séjour.

Au centre, la noire Serra de l'Orri et ses 2711 m


1955


63 ans plus tard
la petite fille de la barque a vieilli

Autre temps des barques
Mes grands parents étaient enfants à cette époque là

Je me promenai un moment dans un paysage franchement et fraîchement désolé, étant presque la seule habitante des lieux. Un pêcheur courageux et éphémère, un campeur gelé, quelques filles et femmes seules venues certes pas chercher l'été ou l'âme soeur, ne s'attardèrent guère sur la digue du barrage, véritable belvédère. Les lieux de vie étaient fermés à l'exception du Bones Hores où je ne suis jamais allée, je m'en aperçois en écrivant ces lignes.

Chalet Hôtel des Bones Hores

Imperturbables, vaches et chevaux donnaient de la sonnaille sous les averses fines et pénétrantes.



Toutefois, après la balade, je me réfugiai dans l'abri bien chauffé de mon camion, dont j'émergeai pour le repas du soir au petit refuge CAF où Christophe concocte des repas magnifiques. La tablée n'était que de 5 mais conviviale, c'est aussi le charme des lieux.

Un matin plus loin après une nuit de repos que la chanson des averses effleura à peine, la brume rôdait autour du lac, sur le lac, se permettant parfois une escapade noyée de ciel bleu mais revenant à la charge, décidée à ne pas lâcher un pouce de terrain .

Calme et silence 

Le Barrage année 1904 et 2001 m d'altitude

Construction du barrage: 1903 / 1910
Je continuai ma lecture interrompue par la pluie : depuis 2017, un grand livre de métal raconte au fil de ses lourdes pages l'histoire de la construction du barrage; une fascinante épopée très joliment contée.

Le livre du barrage


Le livre dans son décor (ou ce qu'il en reste ce matin)

La brume s'obstinait , m'enveloppant comme si je fusse devenue fantôme, aucune perspective de balade à moins de m'y fondre, de m'y perdre.
Au parking : en 1ere plan, le déversoir du barrage
coule à pleins flots


Sagement je décidai de rentrer. Comme le déversoir du barrage trop plein,la Bouillousette, cette étendue marécageuse rarement noyée était devenue telle que pouvaient la voir les constructeurs du barrage lorsque les lieux étaient deux zones marécageuses en ces années 1900.

La jolie Bouillousette

Les pins à crochets pleurent leurs larmes de pluie


La route étroite et bordée des (mal) odorants genêts purgatifs que je nomme "le soleil d'or de la montagne" offrait en ce matin quelques jolies perspectives d'accidents : des pêcheurs pressés, comme si le lac dut s'évaporer, montaient à toute vitesse imaginant la route déserte.

La route construite en 1903



Mimétisme


Je laissai la route à ses brumes et à ses chauffards, la rivière à ses gros bouillons tonitruants et filai vers ma plaine, 95 km au delà, toujours noyée de grisaille, évidemment.







En projet sur mon 2nd blog : la construction du barrage, inspirée par "le grand livre du barrage", à consulter in situ, devant l'Office du Tourisme des Bouillouses




vendredi 1 juin 2018

Un souvenir de montagne avec Camille : le mur (de neige) !

Ah Camille !
Un poème que cet homme là...
Je l'ai décrit ici (clic), pour ceux qui ne le connaissent pas, cela mérite lecture.
Sinon le mur ne serait pas le mur...

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 Ah, le mur...
C'était un jour de juillet 2013; je connaissais Camille depuis 4 mois à peine, nous ne nous étions pas revus depuis notre rencontre en mars.
Voilà qu'il me proposa une randonnée en montagne, la première que nous allions faire ensemble.
Deux parfaits inconnus.
Faut dire que randonner avec Camille sans le connaître (et il y a une première fois à tout) est un risque qu'on prend à la légère, revêtu de la méconnaissance du personnage !
Camille, c'était : ou on prend la main et on sauve sa peau, ou on la lui laisse et on est en péril !
Je ne savais rien de tout cela...Je lui laissai la main...

Nous avions rendez vous en plein coeur des montagnes ariégeoises, sur un parking au bout d'une piste. Nous n'étions même pas sûrs de nous reconnaître et c'est moi, la non physionomiste (infirme devrais je dire) qui reconnus le petit homme sec et son véhicule "gourbi".
Mais nous étions ravis de nous revoir.
Il devait être mon guide le lendemain et j'étais confiante devant ce vétéran des montagnes...
Ah...j'ignorais que mon Destin ne devrait sa course qu'à la Bonne Etoile mais certes pas à l'homme...
N'anticipons donc pas...

Je regarde mes photos de ce jour là, dont je ne mettrai qu'une infime partie sur ce blog : c'est une profusion de fleurs !
Botaniste émérite et modeste, il me les présenta toutes et je me souviens de ce crayon et  ce bout de papier où je notai, en élève studieuse, les noms correspondant aux photos jusqu'au moment du savant mélange qui me fit perdre le crayon...et la tête.!!
Qu'importe, mon album est coloré ...je joindrai un pêle mêle ...muet.
Mais venons au fait !
Après une nuit sereine devant le petit refuge habité, je laissai Lison, camion et inquiétudes.
En route pour le Laurenti, un des bijoux ariégeois, un lac.

Montée au Laurenti
Chemin facile au milieu des bois et des fleurs dans un vertige de cascades : la neige fond.

Camille dans son élément

Le Laurenti est là, limpide, parfait.




Par contre le sentier qui mène au Roc Blanc est trop enneigé et impraticable.

Tout au bout du Laurenti, le décor

Le vétéran connait une déviation et nous filons, moi en short dans la neige, lui, torse nu.
Quel bel ensemble !!

Là il est encore habillé


























On grimpe par une vallée enneigée et je prends des notes  avant que de perdre le crayon dans la neige.
Qu'importe, restent les couleurs...


Et cette méconnaissance capitale : Camille respecte les Fleurs, pas les Femmes...
Des vaches blanches nous regardent grimper...Meuh !!...Euh...réponds-je...dubitative.




Le Laurenti vu d'en haut

Des ponts de neige, des cascades, des champs de neige...balade enchanteresse et facile.
Quand soudain...LE MUR !
Le mur de neige , 150 m de dénivelé bien raide (Alt 2257 m)

Un immense champ de neige vertical se dresse devant nous, nu, blanc, effrayant. Aujourd'hui, je dirais un large couloir, autrefois je ne disais rien , juste je découvrais...
Camille découvrit que ce mur, il fallait le monter. Il avait ses crampons, il savait la montagne.
Moi je ne savais rien, simplement que j'avais laissé mes crampons au camion et que dans mon sac se trouvaient des talonnettes, plus rassurantes qu'utiles.


Talons non aiguilles
Camille en bon égoïste que je ne connaissais pas me dit "Débrouille toi avec ça, de toute façon si tu tombes, il n'y a pas de rochers, tu ne feras que glisser, c'est un tobbogan". Il feignit de ne pas voir le seul rocher de la pente, mortel au cas où...Je feignis de ne pas le voir et chaussée de mes talons non aiguilles, j'attaquai la pente avec sérénité et courage. Non : inconscience serait le mot juste. Camille zigzaguait, moi je faisais un tout droit inconscient, téméraire et efficace puisque j'arrivai en haut intacte et fort en avance. J'étais jeune , en ce temps là...63 ans !


On monte 

Je ne savais pas que Camille éprouvait une certaine volupté à mettre les femmes à l'épreuve en montagne. J'appris plus tard comment il traitait ses étudiantes...je n'en dirai pas davantage.
Ainsi le Col du Laurenti s'ouvrit à nous, avec ses 2450 m et son panorama magique. J'y étais montée un jour, sans neige, tout était changé.

Col du Laurenti  2410 m


Vallée d' Orlu

Dent d' Orlu


Etang de Baxouillade et coulée de neige



Le petit étang au pied du mur

Un panorama superbe, les fiers sommets ariégeois, les coulées de neige semblables à une partition musicale et le petit homme sec qui respectait les Fleurs et non les Femmes. Attachant toutefois. Mais...plus tard j'appris de lui l'avarice, l'égoïsme et une forme de perversité misogyne. Je sus prendre des leçons , je sus rendre la pareille...Tout s'apprend dans la vie, même la perversité.

Pelouse des cimes


Sentier du Roc Blanc

Le névé qui arrêta Camille

Ce jour là, je ne compris pas pourquoi après m'avoir fait grimper ce mur, un ridicule névé, certes long mais contournable l'arrêta.Il ne m'arrêtait point mais, polie, je restai avec Camille aux portes de ce ridicule enfer blanc . J'ignorais que l'Homme avait un vertige fou et que la roche "n'était pas son truc". Il suffisait de contourner dans le pierrier et le Roc Blanc eut été à nous.






Bref, on redescendit.
Retrouvant le Mur de neige et son redoutable rocher échoué, la vallée enneigée et tumultueuse au sortir des ponts de neige.




Le rocher vagabond















Lac du Laurenti

Camille était avare mais ne boudait point le bien d'autrui et ce groupe de roussillonnais festifs et gais nous régala de grillades inoubliables que seule Lison bouda : son ennemi légendaire était là...





Il y a des chiens !!
Plus tard, progressant dans la connaissance Camillesque, ma mentalité changea.
Paradoxalement, mon attachement à l'homme grandit, ce qui fait que je le regrette depuis....