jeudi 14 décembre 2017

Les routes minuscules et moi

En cherchant des images dans mes archives, j'ai trouvé des routes minuscules et mes véhicules posés dessus, incongrus, presque plus larges que la route.
Comme des champignons!



Pays de Sault , Aude

C'est quand on est au volant qu'on a l'impression de déborder de toutes parts.


Espagne

Avec le fourgon, c'est plus saisissant encore parce qu'on est un peu plus large mais surtout plus haut, donc on domine la situation. Ensuite faut la dominer aussi lors d'une éventuelle rencontre. Alors la conduite peut s'avérer "sportive"...

Montée au Larzac : Route de Paigairolles

Mais n'anticipons pas.
Je me suis posé la question qui ne m'était jamais venue à l'esprit : pourquoi j'aime tant ces routes minuscules ? Et de préférence celles de montagne, où l'on a un mur d'un côté et un précipice de l'autre. Goût du risque ? Défi lancé à mes capacités de conductrice ? Exercice pour conserver mes aptitudes au volant ? Ou simplement pour la beauté des sites et de la route ?
Car elles sont belles ces routes. Elles sont, goudron mis à part, exactement en l'état où les hommes les ont construites vers les années trente, ou même avant, reflet modernisé des anciens chemins de communication entre villages, entre vallées:  routes commerciales, routes d'échanges.
Une page d'Histoire.




Les réponses fourmillent à ma question unique : d'où me vient ce goût? Cet engouement même.
Peut être de l'enfance ?

Quand nous étions enfants, nos parents nous emmenaient à la découverte de notre département, notamment de l'arrière pays, moyenne montagne ou montagne. En ce début des années cinquante les routes étaient sinueuses, étroites, ardues et pentues. Surtout lorsque nous faisions cela avec la C4 Citroën, bien loin de son homonyme actuelle. Une camionnette poussive, avec un volant en bois ou en bakélite, mince et noueux, lourd à manier pourtant. A 6 ans j'aimais déjà la conduite automobile, mon père me passait le volant (lui s'occupant du reste, fort heureusement, vous l'avez compris) et je tutoyais avec bonheur les petites routes et les virages; c'est même là que j'ai appris à conduire. (A 13 ans il m'a passé le reste, sur une 2CV. Fallait bien franchir le pas !)
60 ans plus tard, j'ai des beaux restes et je ne voudrais pas qu'ils s'écaillent avec l'âge donc je dois les entretenir. Curieusement j'ai un petit pincement au coeur à présent, quelquefois,  lorsque que prends une des ces routes. Cela ne me plait pas ce petit pincement...Serait ce la Sagesse ??

D4 : les Garrotxes (Olette Railleu)

De ma vie à deux je garde le souvenir de routes minuscules que nous empruntions lors de nos voyages pour passer au plus près de la vie des lieux.

Devenue seule j'ai recherché ces évasions particulières que sont ces routes minuscules : Ariège, Tarn, Aude et tous les départements que j'ai parcourus. Et l'Espagne aussi. Tout le midi. J'ai à mon compteur des centaines de km de routes minuscules, de virages en épingles, de pentes énormes. Et de ravins, de précipices, de falaises, de forêts, de paysages à couper le souffle: des gorges, des déserts, des lacs, des montagnes, la mer. Les couleurs qui vont avec , celles des quatre saisons . Les averses, les orages, la chaleur énorme de l'été. Une route minuscule n'est pas juste un ruban d'asphalte bleuâtre, rapiécé, fendillé, écorné, percé, ravaudé cent fois. Non c'est des parfums, des couleurs, des sensations à couper le souffle. Celles venues tout droit de la Nature. Mais celles, plus pragmatiques, liées à la route.



Parfum de la forêt landaise
Causse : le parfum du calcaire

Senteurs de sous bois : Ariège

Pic de Bugarach: senteur de printemps

La qualité essentielle, lorsqu'on prend une de ces routes, c'est de savoir reculer aussi aisément qu'on avance. Celle là m'a été donnée en héritage. Donc lorsque je roule sur une de ces routes minuscules c'est en sachant qu'il me faudra reculer. Car si je rencontre quelqu'un, avec la rapidité qui est la mienne, avant même qu'il ait placé la marche arrière (si tant est qu'il ait envie de la passer, ce qui est peu probable) c'est moi qui ai déjà entrepris le chemin à l'envers.

Entre ciel et mer : balcon de Madeloc
Plus facilement en camion d'ailleurs qu'en voiture. C'est plus "confortable" , plus aisé, pour reculer. Les conducteurs venant en sens inverse ne sont généralement pas contents de voir un gros véhicule engagé sur la route, cela les énerve et quand c'est une femme, certains se font un malin plaisir...je n'en dirai pas plus...
Ah en cela aussi les routes minuscules sont intéressantes : une bonne approche comportementaliste de la société...

Gorges de Galamus


Dans ces conditions une règle est d'or : dès qu'on entre sur une route minuscule, en plus d'observer le paysage , il faut surtout repérer les zones de croisement. Et évaluer la distance de l'une à l'autre. C'est en cela que conduire sur ces routes me fascine : en plus des sens visuels et olfactifs il faut de l'anticipation, de l'attention, de la concentration. Tout le corps est en éveil, c'est passionnant.


Construction dans le vide: Galamus 


Même chose : route des Garrotxes

Mes plus beaux souvenirs sont ceux du Parc Régional des Grands Causses. De profondes vallées entaillent ce plateau aride , la Jonte, le Tarn, la Dourbie et pour passer de l'une à l'autre il y a des routes "normales", amples et bien balancées et puis des routes minuscules, presque oubliées, celle des hameaux et villages, empruntées par les gens du cru. Bien sûr je les ai toutes parcourues et pour pimenter la chose, dans les deux sens, car les sensations et les difficultés sont absolument différentes.

Vallée du Tarn : une de mes préférées

La descente est plus difficile que la montée. N'oublions pas, la pente est conséquente.J'ai le souvenir de quelques unes "taillées" dans les villages en ces temps anciens, mais pas adaptées à la circulation moderne : on passe très juste avec un fourgon, entre les maisons. Rétroviseurs repliés parfois. Ce qui pimente la chose.


Traversée fort étroite


Plus qu'étroit !

Je ne fais pas que passer, je suis en visite : je m'arrête, je prends des photos, je ramasse des pierres, une fougère, je cherche des champignons, j'observe les fleurs, le paysage, des vestiges du passé enfouis dans les taillis,enfin c'est mon livre de lecture.

Les lacets : j'adore et je les compte !

Les tunnels aussi j'adore

C'était Lison


Je conduis rarement de nuit sur ces routes là, car...je n'y verrais pas pour reculer. Mais j'aime y conduire de nuit  : on peut y voir une faune sauvage extraordinaire, avec un peu de chance!

Ce soir là 2 chevreuils et un lièvre : route de Sansa

Par temps de pluie c'est plus délicat; si je pose mes roues sur un bas côté je sais que j'aurai du mal à m'en sortir. Ou n'en sortirai pas. Cela m'est arrivé, en Ariège. Alors pour ce faire j'ai dans mon coffre une bonne bêche, deux paillassons et une corde...Au cas où...

Le plus délicat : les bas côtés humides,
je n'en sors pas : Ariège
Oui ces routes minuscules sont une mine de possibilités . Ou du contraire avec pas de chance!

Quand je voyage, je les cherche, je les repère , je les espère et je m'y lance.
Toutefois pour conclure en espérant vous avoir donné envie de vous y "frotter", je vais vous présenter la "pire".
Elle se trouve en Lozère, et relie Le Truel dans la vallée de la Jonte au village de St Pierre des Tripiers, sur le Causse Méjean. J'avais alors un ami en cette région et il m'avait dit, avant de partir à la chasse en ce matin de septembre: "Surtout ne prends jamais la route de St Pierre des Tripiers avec ton camion ni en voiture, d'ailleurs". Il vivait dans le secteur et la connaissait bien, pour la parcourir à vélo. Evidemment...j'avais 9 ans de moins, aujourd'hui je serais plus raisonnable. Je filai bon train au Truel après repérage sur la carte et me lançai sur la route.  Je revois encore ce départ et je me souviens m'être dit "Alea jacta est", je ne pouvais plus faire demi tour.

Route de St Pierre des Tripiers : Lozère
J'ai gardé de ce périple pas très long, le souvenir de la plus ardue des minuscules routes que j'aie jamais faites. Une étroitesse remarquable, des précipices vertigineux et surtout les épingles tellement serrées que je devais faire plusieurs manoeuvres pour les négocier. Oui un sentiment d'exaltation doublé d'angoisse, j'en conviens ! Mais quelle route ! A couper le souffle. Au sens propre d'ailleurs si on manque une manoeuvre! Car ces épingles, en plus d'être serrées sont très pentues...Brr, oui j'ai eu de sacrés frissons d'adrénaline ! Je n'ai croisé personne en ces petites heures du matin et c'est bien la SEULE que je n'ai pas cherché à faire en descente. Ni à refaire, comme les autres.
Et pourtant...combien de fois en ai je eu envie depuis...mais je n'ai pas -encore- franchi le pas. Pourtant...Si je l'ai faite une fois je peux la refaire, non ?
Ce jour là j'étais tellement concentrée que je ne pensai pas à photographier...
Je dois donc y retourner !

Rude montée et épingle serrée
Route de St Pierre des Tripiers

Plus tard, l'ami me passa "un solide savon" et me conta que plus d'une fois il avait du sortir d'un mauvais pas un conducteur tétanisé au volant : abandonner son vélo, conduire la voiture pour mettre en sécurité l'effrayé et revenir récupérer son vélo...au pas de course !
Cela je crois me fit froid dans le dos, plus encore que le mince ruban d'asphalte ....


Les chemins de terre et pistes forestières me séduisent aussi : pour accéder aux randonnées de montagne ils sont souvent inévitables et sur d'assez longues distances; marche lente, ornières et rocs à éviter, c'est un autre type de conduite qui me plait assez. Les croisements y sont parfois plus difficiles. Donc la conduite est plus attentive. Ce qui ne m'empêche pas, en conduisant,  de fureter d'un oeil les sous bois à la recherche de champignons !

Chemin d' Espagne


Chemin des champs

Chemin du Causse

Chemin de montagne


 Mais qu'est ce que je n'aime pas alors me direz-vous ?
Conduire sur la neige ! Cela m'arrive, à corps et coeur défendant...
J'ai PEUR !



Lozère
Espagne, altitude 2000


Chemin faisant, voilà où commence pour moi la grande route....

 Route de Vingrau à Tautavel




7 commentaires:

  1. Superbes randonnées..qui donnent parfois le frisson ! Aventurière dans l'âme comme celle des pionniers ! Paysages "bio" où la nature s'en donne à coeur joie...chemins extrêmes mais où la sagesse et l'expérience de "fa temps" de conduite apportent beaucoup dans ces périples nombreux. Bravo madame ! ASP

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    1. Tu as bien senti l'essence de ces minuscules voyages à l'image de ces routes : faute de sensationnel, c'est sensations garanties; et j'aime sans conditions. Et si "fa temps", "que sigui també per molts anys ! "...ça j'y crois moins.

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  2. Bonjour Amédine,
    Passionnant, c‘est article m’avait échappé. J’ai toujours aimé ces petites routes. Adolescents, nous les fréquentions mais en vespa donc pas de problème, et vers la fin, avec un ami et la voiture de son père. Lors de mon congé en France en 1981, j’ai pris la route du col du Minier vers le col de l’Homme Mort, ensuite une piste, sur une crête, qui nous a conduit vers le Larzac : superbe ! En 1984, j’y suis retourné mais à partir du col de l’Homme Mort, j’ai pris une piste qui descendait dans les bois… et j’étais perdu. Enfin à travers les arbres j’ai aperçu des toits et puis une petite route qui nous a ramenés vers Alzon. J’aime aussi la piste qui va de Péguairolles-de-Buèges jusqu’à Arboras (est-ce toujours une piste ?). Bien sur, j’ai aussi parcouru les petites routes et chemins du Lot, pays de ma mère, où nous passions une grande partie de nos vacances en France.

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    1. ...... CET article m'avait échappé....

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    2. Pierre tous ces lieux dont tu parles, me parlent aussi, même Arboras, et Alzon et Paiguairolles et la source étonnante de la Buèges...oh je vais aller explorer mes cartes et les paysages se redessineront...J'y ai tellement roulé. Moins dans le Lot, plus loin mais aussi exploré par mes roues. Bon Noël Pierre du Bout du Monde

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  3. Nous aussi nous les aimons ces petites routes tortueuses chaotiques et incertaines .nous sommes habitués aux routes de montagne aux pentes vertigineuses et aux ravins impressionnants . Ma fille a conduit sur la petite route sinueuse étroite avec des refuges pour les autres véhicules afin de se croiser et ce précipice j'ai eu beaucoup de vertiges sur cette route .on ne l'a plus jamais empruntée .on campait sur le plateau au dessus des gorges de la Jonte ...j'ai adoré cette région les gorges du Tarn superbes époustouflantes . vertigineuses . Merci pour ce superbe récit et émotions. .tu sais pour conduire sur la neige il faut bien tenir son volant et rouler doucement sans freiner et tout roule . Une fois j'étais seule avec mes enfants (Pas d'homme avec moi après mon divorce ) et j'ai eu envie d'aller faire du ski et de la luge pour mes enfants . Je les ai emmenés à Hauteville dans l'Ain une petite station et des centres de sanatorium et de rééducation. Je suis montée une belle côté avec 5 cm de neige sur la route et une tempête de neige .j'y suis allée tout doucement je n'étais pas là seule auto à monter c'est à 1300 m et une sacrée montée. Arrivée là haut surle plateau j'ai été plus rassurée et je me suis demandée comment j'ai fait je m'en étonne encore j'étais jeune 35 ans ...on a passé une bonne journée à la neige. Mes gosses ravis .la tempête est vite passée un bon souvenir avec du soleil .et bien redescendu. J'ai eu un coup de folie quelle aventure !

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    1. Annie, on a des points communs. Parfois je me dis "Mais tu étais folle de faire ça !" alors que j'étais juste confiante ou inconsciente. je me souviens d'une virée en Pays de Sault désert, dans les forêts avec le 4x4 que Pierre m'avait prêté, je ne le ferais pas aujourd'hui, j'ai fait demi tour quand je n'étais plus rassurée. Il m'avait juste dit : conduis doucement, sans à coups et sans freiner. A la station de ski de Mijanes, Ariège, le Land est parti tout droit dans le parking, au dernier moment par un contre braquage qui m'est revenu à l'esprit j'ai évité...un coût pour les assurances !!

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