Bien sûr vous l'avez compris, je fais référence à la famille Toisgros, entreprise de restauration française dont l'origine remonte à 1930 et qui créa un restaurant, dont le nom et la renommée se perpétuent depuis, distinctions à l'appui. C'est une autre histoire depuis mon clin d'oeil.
Car je commençai mon séjour en Serra de Montsant par trois Graus.
Sur les 18 que compte la Serra, classés de facile à très difficile.
Un grau, ici, en France, c'est un chenal entre mer et étang.
Chez moi, dans le sud de France, un grau a des racines catalanes (et latines) signifiant degré. Donc on peut trouver des Graus loin de la mer et en altitude, c'est un passage permettant de franchir brutalement une dénivellation. La Serra de Montsant, sorte de molaire érigée sur un paysage vallonné a des passages minces et effilés dans ses falaises, nommés graus..
Au tout début de mon périple, la "prétentieuse" ou plutôt la gourmande que je suis, même s'il n'y avait pas de bons petits plats à la clé, voulut s'essayer à "très difficile". Mais sitôt le désert consommé dans une pente austère au goût piquant de sa végétation, elle rabattit ses prétentions et se dit "faisons d'abord connaissance avec ce relief".
Et je m'engageai dans le Grau de l'Agnet, un chemin de rocs, d'arbres et de terre, sinon d'éboulis, traçant son sillon dans les falaises, sillon nommé GR 171, mais difficile déjà pour mes courtes jambes...oups...ça promet.
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| Le Grau de l' Agnet dans ces falaises où passe le GR 171 |
Images de la montée

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| Vue depuis le Grau, entre les falaises |
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| DErnière escalade |
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| La Morera de Montsant |
Bien sûr je l'avalai quand même, avec précaution mais sans modération et, en haut, un paysage nouveau s'offrit à moi. Collines, vallons, terres et roche grise, arbres épars, pas vraiment un dessert, plutôt un désert.
Alors je rencontrai un randonneur issu de nulle part. Petit dialogue entre deux goulées de vent frais et il ne me découragea pas de descendre par le Grau des Barrots. Bon il ne m'encouragea pas non plus, mais je retins, dans ce menu, le premier plat. C'est faisable.
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| Le trajet pour entrer dans le Grau de Barrots |
Je quittai l'homme et m'enfonçai dans la pente, puis dans les corniches remarquables, enfin,
sous la corniche, dans un étrange tunnel sans fin ni fond, ventilé d 'air frais et de silence pour arriver aux barreaux. Désescalade facile à mon avis, un pas un peu plus long où on étire ses muscles et ses membres comme un chat pas tout à fait désossé et me voilà en bas. En bas du boyau, non de la pente qui poursuit sa course. Mais je fanfaronne intérieurement ! Difficile ? pff du "pipi de chat" ! que je clôture dans mon camping car, devant mon menu spartiate, le restaurant local est fermé.
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| Entrée dans le Grau |
Images de la descente





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| La sortie |
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| La sortie vue de l'intérieur |
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| Le Grau vu de l'extérieur |
Le lendemain, forte de mon expérience, je filai bon train vers le Grau de Carrasclet. Celui-ci, je ne le savais pas encore, j'avais passé ma première soirée à le dessiner depuis mon parking, minutieusement. J'ai la (mauvaise) habitude de partir à l'aventure, me refusant de me documenter avant, pour être entièrement dans le mode découverte. C'est très excitant mais cela peut avoir de lourdes conséquences, on en jugera plus en avant.
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| Le sentier "civilisé" |
L'arrivée au pied des délices se fait en diagonale dans la pente semée d'éboulis; un fait attire mon attention, le sentier n'est que peu visible, donc peu emprunté. Cela me met "la puce à l'oreille", mais n'active pas le frein et je continue.
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| Le sentier "ensauvagi" |
Je tourne brutalement le dos à la civilisation et m'enfile dans un couloir arboré encombré surtout de gros rochers, je monte avec les mains, c'est déjà sportif. C'est l'entrée du Grau de Carrasclet.
Les bruits d'en bas me parviennent, les oiseaux m'accompagnent, un agriculteur épierre son terrain à la pelle mécanique, la matinée est étincelante et la fougue me précède.
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| Le vignoble dans mon dos |
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| La falaise face à moi |
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| Je m'insinue dans la falaise et je prends de la hauteur |
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| Un long périple en effondrements rocheux |
Soudain je me retrouve face à une muraille lisse qui barre tout ce vallon, haute de 40 m, lisse et infranchissable. Que j'avais dessinée. De loin et et pas dans sa totalité ; elle impressionne ! Que faire ?
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| La falaise ou grande muraille |
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| La falaise |
Réfléchir ne suffit pas. Chercher ? Oui si j'avais lu un topo, j'aurais évité ce flottement. Mais j'aurais évité cette joie de la découverte d'un improbable parcours qui contourne le gigantesque roc effondré que j'ai croqué au crayon le 1er soir, et là, je découvre un univers glauque, une roche étonnamment striée, comme une chantilly recouvrant un sorbet de chênes verts et...mais c'est là ?
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| Le rocher "chantilly" |
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| On se sent tout petit et isolé |
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J'apprendrai plus tard que câbles et cordes ont été supprimés |
Euh...un étroit goulet en pente douce me conduit à une dizaine de barreaux plantés dans la falaise, que j'empoigne avec vigueur, la sortie est surprenante, latérale, sous roche, dans l'obscurité, cela reste "facile" quand soudain, une seconde falaise sans fin se dresse devant moi, verticale voire déversante, armée de minces échelons, qui ne m'inspire pas, mais alors pas du tout. Le menu prend une saveur amère et indigeste.
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| Première série de barreaux sur la falaise de droite |
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| Là ça ne m'impressionne guère |
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Et en pleine montée je mets mes jambes en opposition, je lâche tout et je prends la photo |
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| Passage semi souterrain: bloc coincé |
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| C'est très beau jusque là |
Il faut vraiment que je puise au fond de moi pour me lancer ; serai-je capable ? je pense à la via ferrata de St Paul de Fenouillet (66), bien plus coriace, j'empoigne à deux mains les barreaux et mon courage. J'oublie le vide, j'ignore les forces qui peuvent me lâcher (je n'ai pas 20 ans). La sortie est difficile, latérale, dans un goulet très étroit. Les barreaux sont plantés en général par des personnes de taille normale, et les personnes de petite taille, comme moi, en souffrent : bras ou jambes trop courts. Personne ne pense à eux...donc je ressens très fort le fait d'appartenir à cette catégorie là. Je m'étire comme un chat et parviens à sortir quand soudain !
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| Là ça m'impressionne ! |
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| Aurai-je la force ? |
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| Je savoure quand même le paysage et la grande muraille |
Quand soudain...Je me retrouve coincée par mon sac à dos ! (Plus tard en lisant les topos je verrai qu'il ne faut surtout pas passer avec le sac à dos)
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| Lieu où je me suis coincée |
Et alors là commence une éternité qui ne dura que quelques minutes oscillant entre tentatives désespérées pour me libérer et l'inenvisageable appel au 112 pour...me sauver. Mais je suis trop en porte à faux et en souffrance pour attendre des secours, je trouve une position plus reposante pour mes jambes, je me tords comme un ver (j'ai quitté le chat) pour me libérer et enfin j'y parviens, au prix d'un hématome à la cuisse et d'une entaille au coude. Alors commence le numéro d'équilibriste : ouvrir le sac, prendre la corde, assurer le sac, dire au revoir ou Adieu au bâton, jeter le sac un étage plus haut, la corde l'empêchant de filer vers le bas et pouvoir enfin me hisser à mon tour. Sauf que le barreau est trop haut, inaccessible, que les parois sont trop lisses pour trouver prise et que l'angoisse me saisit. La Providence alors me fait voir un petit anneau fixé dans la paroi; j'y loge mon index et je me hisse à la force d'un doigt : ouf, j'ai rejoint le sac, et la sortie.
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| Perchée sur les barreaux, coincée (la photo sera prise après) |
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| Du vide et la corde qui a assuré le sac |
Je tremble, je suis épuisée mais libérée.
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| Le Grau de Carrasclet et sa sortie |
J'ai droit au dessert, se balader en corniche d'où parviennent de drôles cris animaux, pour reprendre des forces, tailler un bâton dans du buis et ensuite continuer ma balade sur les collines, avec en pousse café "Tiens et si je m'offrais un nouveau Grau ?".
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| Je me délecte du paysage où j'ai circulé en me rendant au Grau de Barrots |
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| Vue plongeante sur la grande muraille et le monumental roc effondré |
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| C'est plus amusant que de se coincer |
. Car il faut bien redescendre par Grau obligé. Et ce sera le Grau d' Espinós, côté facile.
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| Secteur du Grau d'Espinós |
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| Le village de La Morera de Montsant dans son décor |
Plus tard j'aurai un petit coup de semonce d'un ami : " il ne faut jamais se tracter avec un doigt dans un anneau; si tu glisses, le doigt est amputé !!". Donc tout finit bien et je saurais m'en souvenir ...de ne surtout pas glisser au cas où, car je n'étais pas à mon coup d'essai. Et s'il n'y a rien d'autre qu'un anneau et bien je l'utiliserai !
Avant mon retour en France j'ai quand même enrichi mon répertoire, tâté de 8 graus, tous plaisants, même si bien plus faciles, caressé sur les corniches quelques câbles, bu quelques goulées d'air frais que ces couloirs appellent, et enfin ourdi de prochains projets dans ce Montsant qui n'a pas fini de me surprendre.
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| Et lui faisant face, les falaises de Montsant |
Car si j'ai franchi d'autres Graus, il en reste un, bien équipé de ferraille; et celui là je l'ai "épluché" sous toutes ses coutures sur des vidéos. Aventure ne doit pas rimer avec Mésaventure.
Situation de la Serra de Montsant entre Lérida, Tarragone et Barcelone
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