dimanche 26 juillet 2026

Aude, Axat, "le mur des suppositions"

 On pourrait aussi dire, ironiquement, "le mur des cons" parce qu'il faut l'être un peu...beaucoup...pour aller affronter ça.


Les échelles conduisant dans un monde secret

C'est toute une histoire et ça n'a pas commencé aujourd'hui.

Depuis que Manuel Gracia m'a indiqué l'existence de ce funiculaire datant du tout début du 20 eme S j'ai fait de ce secteur mon terrain de chasse, facilité par le terrain de chasse des vrais chasseurs.

Seul notre gibier est différent. Seule ou avec Eric Teulière j'ai moultes fois arpenté le site, à la rencontre de la voie ferrée, des pistes ou "tires" anciennes de l'abattage du bois, des anciens chemins d'accès à ces sites; je ne dis pas que la montagne d'ici m'a livré tous ses secrets, je dis qu'elle ne m'a pas tout dit. Tant pis! Je lui ai décroché des secrets, elle m'en cache des tas, je resterai sur ma faim.

Il nous restait un site à parcourir, le plus difficile car un mur rocheux se dressait, qui nous semblait impossible à franchir. A moins d'aller le cueillir un matin au repos. Ce que nous avons fait. Parce que ce site était juste au coeur d'une investigation et c'était le maillon manquant.







Ce site je le nomme "le monde secret" car hormis nous et les chasseurs, il n'est pas visité. Il est fermé par un étroit goulet , une cascade du ravin, un puits de roche lisse . Il n'y a rien, en apparence, mais...

Notre dernière incursion sur le site date du mois de mai. Un peu plus tard, avec Jenny, une autre inconditionnelle des parcours "chauds" nous avons essayé le chemin à l'envers, depuis le funiculaire, avec une descente de 110 m à la corde avant que de trouver un vide effrayant, de quoi ne jamais l'oser. Même à la corde.

Donc ce jour, avec Eric, nous choisissons de finaliser notre projet, chemin à l'endroit; Jenny ne peut se joindre à nous, dommage. Elle n'eut pas déparé dans ce mur des...

Pour ce faire, on traverse les Gorges de St Georges ( Axat, Aude), on se gare à la sortie et on se laisse aspirer par le taudis végétal qui cache un sentier de chasseurs et une ancienne piste, au débouché du Ravin de Resclause.

Gorges de St Georges, Axat, Aude

Ce ravin nous fascine depuis en haut. Il est doté de 4 cascades, on rêve de marcher entre la 2nde et la 3 eme, Mission Impossible. On l'espère ce jour, donc notre projet est double; pour les cascades je le dis de suite, ce sera impossible toujours.

Donc dans mon dernier récit datant de mai, on remonte le ravin, on franchit la 1 ere cascade, goulet étroit doté d'échelles branlantes que j'avais rafistolées et aujourd'hui, surprise, les chasseurs sont venus consolider les échelles et même en ajouter une, elles ne bougent plus. Merci !! On monte en sécurité cette fois.

Les échelles avec la nouvelle en premier plan

Eric s'apprête à monter; les sacs sont hissés 
à la corde















Le grand cône de déjection, au dessus, est rendu difficile par la sécheresse qui accentue le côté escarpé et le facteur glissades. Pas facile ! 

Sécheresse


Elagage dans le cône




Montée ardue en haut du cône













Et nous voilà au pied du mur que nous n'avions pas testé. On était trop fatigués et pas assez équipés.



Le mur !

Cette fois nous avons des cordes, mais pour la descente. Et au fur et à mesure que nous allons grimper (35 à 40 m), sans difficulté faut l'avouer mais avec beaucoup de prudence (les rocs s'arrachent comme de vieilles dents), nous installons nos cordes en double autour d'un arbre pour sécuriser la descente. Les mètres de corde se déroulent alors que nous montons. C'est un couloir étroit qui semble avoir été taillé dans la roche, un fond incurvé, assez lisse, des côtés plus rocheux, un parcours parfait pour expédier des troncs d'arbres. Je choisis un côté et Eric le milieu, de toute façon chaque caillou qui se décroche ne s'arrête plus. Un de nos casques fera ainsi une descente magistrale !


Eric démêle les ficelles

Profil du couloir


Montée dans le couloir


Passages rocailleux comme pavés

Une des 3 cordes pour la descente














On monte avec prudence, on déroule les cordes, enfin on arrive en haut du couloir et là je crie Victoire !  Je viens de rejoindre la pente que l'on avait descendue puis remontée (aux cordes ) avec Jenny. (10 mai 2026)

Avec Jenny dans la grande pente

Même pente : un noeud de 8
























Avec Jenny on était parties du funiculaire et on avait descendu la pente avec 110 m de cordes simples. Une pente boisée, genre vallon sympa et traitre à la fois car vraiment pentu, se terminant en même temps que nos cordes, simple hasard, sur un vide rocheux effarant. Un vallon suspendu.


Aspect de la pente. 110 m


Et remontée

Je suis satisfaite j'ai fait tout le parcours, mais Eric non: on continue donc la montée jusqu'au funiculaire, se hissant avec arbres et buissons.  C'est un vallon suspendu, en fait, boisé, et sombre, très sec, où l'on voit que les arbres ont été jadis exploités.

Arrivés au funiculaire, les quelques objets qui sont dans le secteur ne sont pas très bavards. Avons nous remonté une tire ou un long glissement de terrain ? Je garde mon idée de tire, mais j'en perds la certitude.

Pièces de musée

Altitude 687 m, débouché du funiculaire

Retour sur nos pas. Avant que de descendre le couloir, j'entraîne Eric au terminus du vallon suspendu : une corde de 30 m nous permet de descendre sans problème et de remonter sans fatigue, comme avec Jenny. 

On va s'amuser sur 30 m : tourisme


Panorama de la rive (haute !) du ravin

Eric se débat dans la falaise
Tourisme en crête














Là au bout on s'offre un moment de tourisme. On grimpe sur une crête qui domine les deux cascades à jamais cachées, à jamais mystérieuses, on repère un bon glissement de terrain dans un couloir. Un gros caillou lancé dans ce couloir nous offre son parcours sonore sans fin, sans fond.


Couloir vers un vide insondable

Veillés par la tortue ou le varan



Le panorama depuis notre perchoir direction l'aval du ravin et les gorges de St Georges


Retour au couloir; on rencontre encore un objet mais vu le contexte, il semble avoir dévalé depuis le haut, car il est accompagné de débris de ciment du mur.



Le musée s'enrichit !














On enroule les 30 m et on attaque la descente. Les cordes laissées sur place sont une aide précieuse et, arrivés au fond du couloir, retrouvant le casque et la terre non ferme qui nous expédierait vers l'aval sans vergogne, on réinstalle des longueurs de corde au fur et à mesure que le terrain s'écroule et s'écoule sous nos pas. 

C'est parti pour la descente



C'est vraiment aisé



On attaque le cône de déjection


Eric, on a dit debout !!

Comme ça. Et puis c'est moi qui vais dévaler



Et c'est terminé ! A jamais ? Euh...
Et ces cascades alors ? 



On rit, il y a un pantalon malmené, des jambes zébrées, puis une descente sans filet, une glissade que freine une branche empoignée au vol et enfin le franchissement des échelles, moment ludique et sans danger . Les voitures sont à quelques encablures, les deux "fous" ont rempli leur contrat et même s'ils sont bredouilles, qu'importe ? Un moment de partage exceptionnel vaut tous les trésors du monde. Même un monde réduit au Ravin de Resclause.


Le seul moment de fraîcheur


Le site de nos investigations : 
Avertissement : ceci est une non invitation à aller visiter; le lieu est dangereux et ne présente aucun intérêt pour qui ne cherche pas quelque chose de précis.