dimanche 23 août 2020

De l'eau en cascades en Tarn et Aude

J'arrive à Roquecourbe (Tarn) et m'installe en terrasse du bar pour manger, ainsi on hume l'atmosphère du coin. La couleur est vite annoncée, une femme seule, ça interpelle. Et une femme curieuse, ça interroge ! Donc nantie d'un précieux sésame je prends la route et franchis les frontières du Sidobre, pour lequel j'étais venue voir de la roche : c'est de l'eau que je vais rencontrer et pas n'importe laquelle, celle des cascades d'Arifat.


Le Tarn a souffert de la canicule: des bas côtés rôtis, des arbres grillés, des terres brûlées.
Dans un paysage pâle et assoiffé, la saignée des cascades d'Arifat invite au voyage, mais il se mérite, surtout quand on fonce tête baissée et qu'on fera deux fois le trajet!
Je descends donc un sentier escarpé en sous bois surchauffés (D- 150 m) et j'arrive à la rivière qui se franchit par une passerelle mobile. Pour aller où ? Je n'ai rien vu des cascades ou presque même si le bruit est omniprésent alors je choisis l'option secrète, remonter le cours de la rivière, le ruisseau de  Bardes..


Remonter la rivière, en rocs ou en rive







Une si jolie rivière




 Assez aisé et j'arrive au terminus, la cascade y descend dans une grande vasque où patauge une famille. Ouf j'ai mon maillot et je plonge sans ambages dans une eau sombre et tiède. Belle baignade jusque sous la chute d'eau pas violente.




 J'aimerais l'escalader, c'est compliqué je n'en ferai que la moitié, je n'ai pas pris ma corde, dommage. Ce n'est pas la montée compliquée c'est la descente et bien je reste sage et nage ...


Vue prise de mi cascade...avec ma corde je serais allée plus haut (pouvoir redescendre)

Plongeon dans le vide

Il tourne inlassablement



Revenue en haut, j'apprends que le sentier fait le tour et permet des vues imprenables ! Ah oui ? Et bien je redescends sur l'autre partie, suant toute mon eau tant il fait chaud, qu'importe , après ce nouvel effort, je cherche et trouve l'accès supérieur, cette fois,  de la cascade. Nouveau bain, une écrevisse pince mon orteil ...la garce !


Sur le panneau d'info 

Sous mes yeux


Encore un bain

Le décor...en dessous se trouvent des écrevisses !
Vers l'aval,  des cascades

Il me manquera irrémédiablement les 80 m de la cascade de vasque en vasque et de saut en saut....

Mon périple en eau se fera dans le Sidobre ou de rivières en ruisseaux cachés sous la roche je rafraîchirai ma peau discrètement à l'abri des regards. Il y a des coins cachés sous rochers ou entre rochers, faut juste sautiller de l'un à l'autre....On y découvre même un modèle réduit de cascade du plus bel effet.
Sous des tonnes de rocs, cette miniature
de quelques dizaines de cm
Mais...à Burlats, une montagne domine le village à la verticale : le Paradis elle se nomme. Et dans un coin du village un discret panneau dit "Cascade du Paradis"...Rien ne l'indique sinon une dame rencontrée et m'y voilà déjà, à une encablure du village.


La montagne du Paradis 
C'est un site incongru dans ce Sidobre de "boules" granitiques. Un long chemin de schiste noir, très incliné, accueille les eaux vives d'un ruisseau. En haut, un amas de blocs, en bas, la même chose et sur les côtés aussi tant qu'à faire. Seule la cascade est nettoyée. C'est le ruisseau d'Aiguebelle. J'entreprends sous la bruine et la brume l'escalade du schiste, je regrette ma corde pour la désescalade mais tout se passera bien. En haut (30 m de cascade environ) un énorme amas de blocs barre le cours d'eau et à leurs pieds une prise d'eau pour un canal peut être désaffecté. Oh je ne peux résister : baignade !! Ce ruisseau d'Aiguebelle naît assez loin au milieu des carrières, mais , en pointillés sur la carte, il est assez inconsistant; la cascade est belle, en fortes eaux elle doit être sublime.

Du bas vers le haut. Mauvais aperçu de la pente
Cascade du Paradis

Tout en  haut, prise d'eau et énormes rochers

Photo bizarre : je suis en haut et il semble
que je suis au bas de la cascade !!
 Je garde en ligne de mire la cascade du Saut de la Truite, proche aussi, une cascade bifide, partagée en deux par un rocher en forme de truite échouée, tête en bas, sur un beau granit cette fois, bien pâle et lissé.

Le saut de la truite en 2 cascades



Même vue avec la truite surlignée

























Il pleut et le lieu n'est pas désert mais je le connais, j'y avais promené mon pied nu car abîmé en 2015. Le Lignon, affluent de l'Agout vient de loin et traverse le Lac du Merle. Arrivé à "la Truite" qui n'a rien à voir avec le vrai poisson , il se jette en deux branches de 25 m de haut . Pas question d'escalade avec cette pluie fine, je grimpe donc par un sentier afin d'arriver sur le perchoir avec point de vue imprenable. Je vais me livrer à quelques jeux d'eau, baignade sous roche pour me protéger de la pluie (lol) , remontée sur les schistes glissants, dans l'eau ou non avec Prudence en invitée. Que du bonheur. Je ne m'en lasse pas, je n'ai jamais le temps de sécher !!

Haut de la cascade avant le saut dans le vide

L'eau coule sous  un pont naturel
où je me baignerai

Promenade aquatique sous la pluie


Tout en haut de la cascade, promontoire sur vide

Petite marmite de géant deviendra grande
Quel paysage reflètera t'elle alors?

Abritée de la pluie !

Je rejoins mon camion traversant l'immense glissement de terrain du 11 mai : impressionnant.

L'immense éboulement de mai 2020



Le Tarn compte sans doute d'autres cascades...elles m'attendront...le Tarn se découvre à petits pas, au fil de l'eau, au fil du temps, ne soyons pas pressée...
                         
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Pourtant sur la route de mon retour, je vais choisir un détour pour revoir la cascade de Cupserviès, dans l'Aude, sur le Rieutort. Ses 90 m (chiffre qui me surprend) tonitruent et j'ai quelques fois dormi au son de son rythme échevelé. La route qui conduit au minuscule village est plus qu'étroite. Cette fois il ne sera pas question de descendre à la cascade; Cupserviès s'est barricadé ! En 2009 j'avais trouvé le sentier, déjà inaccessible à son départ; c'était un sentier envahi de broussailles pour décourager quiconque, mais le reste était propre. Sur mon carnet je l'avais noté très escarpé et je n'avais pas escaladé les parois abruptes car ma petite Lison toute jeune m'avait chapardé les lunettes et en avait fait deux crèpes ! Après un bricolage j'avais pu rouler mais j'y voyais mieux que maintenant !!
Donc malgré ma bonne volonté, impossible cette fois d'y accéder. On tentera par le haut la prochaine fois....


La cascade ce jour
Cupserviés village tout petit


















Février 2010



















                  Images d'archives :juillet 2009 avec
                              une Lison de 3 mois



Juillet 2009


Juillet 209, petit bout de chat


Et vue d'en bas :






Et oui, tout cela est bien interdit à présent....

Bilan : petit voyage (700 km) dans le Tarn mais très riche en surprises et belles rencontres




jeudi 20 août 2020

Le Sidobre (Tarn) , de roche et d'eau

Préambule: près de Castres, dans le sud est du département du Tarn, le Sidobre est une région extraordinaire. Un massif de granit vieux de 800 millions d'années, d'une superficie de 500 km2, rongé par l'érosion en surface, offre dans d'immenses forêts très escarpées, un panel de roches aux formes étonnantes; quelques circuits pédestres permettent de les découvrir, les autres garderont leur mystère... L'exploitation du granit en nombreuses carrières fait de ce site le 1er producteur d'Europe.

Cache cache dans le Sidobre

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Pour saisir l'âme du Sidobre, entre légendes et réalité, il faut prendre le temps de le sillonner en tous sens et de l'écouter, car il a une voix.....
Je vous y emmène, c'est à 250 km de chez moi et je ne le découvre pas, je le re découvre.
Juillet 2015 m'y avait conduite après une fracture d'orteil, je l'avais sillonné nu pieds, c'est confortablement chaussée cette fois que j'y promène une jambe blessée.


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Il y a peu de touristes en cet août 2020, cela me permettra d'entendre le Sidobre. Et je serai gâtée : la chanson du vent dans les immenses futaies de hêtres, chênes, pins et châtaigniers, la chanson de l'averse là haut sur la cime des arbres, dont les gouttes ne parviendront même pas jusqu'à moi, le silence du brouillard épais qui masque le toit de verdure, ou le grondement sourd d'un torrent enfoui sous des tonnes de rochers, répercuté comme s'il se fut agi d'immenses chutes d'eau.

Au fond d'un "puits" dans la Rivière de rocs

La Rivière de Rocs
Cachée sous les rochers
au fond du puits


























Je lis en ce moment sur l'Amazonie, j'y retrouve une atmosphère. Sans le bestiaire amazonien, sinon celui fantastique, de certaines formations rocheuses : l'oie, l'éléphant, et ceux que ma propre imagination crée. Les serpents ne sont que racines et branches ou troncs tordus afin d'éviter un rocher gênant...les arbres ne réfléchissent pas toujours !!

L'oie


L'éléphant
Quelques aboiements et cris d'enfants sont intempestifs et corrosifs dans ce royaume hors du monde. Les bois sont parfois pour moi seule.

Une lumière verte, glauque, danse sur le Sidobre, enfermée dans le mur végétal du sol au plafond. On monte, on descend, sur un sol parfois glissant (j'en ferai les frais en m'étalant), glissant par la décomposition du granit en sables , par les racines entremêlées et la forte déclivité.




 Le paysage est réduit, le mur végétal est un épais rideau.



Né dans la roche
On épouse la roche



Extraordinaire parallélisme
Cela confère davantage une part de mystère. C'est beau tout simplement. le schiste, ami et voisin du granit ne se fait pas oublier, en falaises feuilletées ou en dalles de sol des ruisseaux, quand le granit a bien voulu rouler ailleurs. Alors ce schiste noir, austère , strié parfois de couleurs plus vives en lanières et rubans paraît intrus. Pas commode si on l'emprunte pour remonter un cours d'eau. Le granit est grenu, hérissé de grattons de quartz, on pourrait l'escalader sans souci sur des prises minuscules . Erodé ou vif, il reste grenu.





J'ai sillonné les bois, sur les sentiers balisés (plan en main) car en dehors c'est quasi impossible, et j'ai rencontré en plus du bestiaire, l'imaginaire de l'homme : les 3 fromages, le billard, le hamburger, le fauteuil du Diable, le mur de la mort et j'en passe, agrémentés par mon propre imaginaire  : l'arête, les yeux du Diable .
Moi j'y vois un chat


Les 3 fromages

Le chapeau de Napoléon



L'arête

L'oeuf


Petit personnage
Couverture végétale







Les rocs sont couverts de mousses où, parfois, Dame Nature a installé son propre imaginaire. Un petit personnage m'a fait un clin d'oeil au passage, je lui souris et l'emporte dans mes images. Sa vie est éphémère.











Je n'ai parcouru qu'une infime partie du Sidobre à pied (mais une bonne quinzaine de km par petits tronçons) et j'ai rencontré quelques personnes évoluant là dedans, pas incertains, chaussures de plage, s'appuyant sur un bâton de fortune ou sur autrui, chancelantes...il faut un pied de randonneur.

Et de solides épaules !!



Je porte 780 tonnes !!

780 tonnes tenant par miracle !
Juste  par un "coin" en granit
J'y ai eu mal à une cheville, j'y ai "crevé" de soif, mais j'y aurais marché encore et encore...me cachant presque pour éviter les rares visiteurs. Car l'âme du Sidobre c'est un cadeau à ne pas partager, sur le site.
Ma plus belle promenade ? Celle, déserte, sous la pluie et la bruine, le long du Lézert enfoui sous des tonnes de rocs, une rivière de roches, sous laquelle coule une rivière d'eau avec un grondement de caverne et de début du monde. Une rivière à laquelle on accède avec difficulté mais, cachée entre les rocs, lorsqu'elle veut bien venir respirer un instant en surface, quel bain on y prend! Quelle délectation. On se rhabille toute mouillée et cette fraîcheur accompagne la marche et les sauts de roche en roche, que je m'autorise encore !


Et au dessous coule une rivière
Etrange photo sous les rocs, mon image s'évapore...effet du Diable ?
Grotte Saint Dominique

Il était pourtant au ras du sol le Diable !
Je l'ai rencontré
Les sous bois ne retentissent plus du bruit des carriers mais portent les stigmates de carrières abandonnées.

Bloc taillé abandonné

Meule abandonnée sur site




















De véritables "usines",en périphérie, exploitent aujourd'hui ce granit expédié dans le monde entier et emploient 1200 personnes. Les trottoirs des Champs Elysées, Le Worl Trade Center de Shangaï, l'aéroport de Francfort, le métro de Singapour en sont une vitrine....

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L'eau est présente, une rare source, un ruisselet égaré, des rivières bondissantes, l'averse qui ne gâte rien, et un lac, celui du Merle, où, sur des eaux (du Lignon) parfaitement immobiles, les rochers émergés prennent un drôle d'aspect ...est on encore sur terre?


Lac du Merle créé en 1875 par un propriétaire terrien



Enfin il y a celui pour qui je suis venue aussi : l'Agout, la rivière d'ici. J'ai choisi Roquecourbe pour deux nuits, un lieu tranquille dans le village, avec vue imprenable et discrétion assurée quoique au beau milieu du village de 2000 âmes. Juste contre ce fleuve qui fait, à Roquecourbe un long méandre et finit par se croiser à quelques mètres de lui-même. J'adore les méandres. 

Pour le comprendre, il faut s'y pencher avec attention. Et même le regarder du ciel.
En bleu le trajet du fleuve
 Moi , auprès du joli pont, cachée entre eau et vieilles maisons, je l'écoute deux nuits durant, une petite chute lui donnant sa musique , rythmée par le métronome des cloches proches qui osent s'exprimer la nuit...quel délice....

Roquecourbe 
Eau et vin séparés






Mais...à la table de mon restaurant panoramique 
je ne mélange jamais eau et vin !




Hôtel restaurant , en bord d' Agout
















Burlats, village voisin au joli nom de cerise m'accueille pour une nuit, près d'un joli pont et de l'Agout qui, cette fois, coulera dans l'autre sens par rapport à mon lit.

Burlats
Avec une musique puisqu'un petit rapide le bouscule. L'Agout est fait de plans d'eaux molles et de rapides sautillants. Les cloches de Burlats sont muettes la nuit et la zénitude moins belle que sous les tilleuls de Roquecourbe. Par contre le village est magnifique et vaut d'être parcouru en tous sens.
Entre Burlats et Roquecourbe, mes deux hôtels, la route suit scrupuleusement l'Agout et je consacre sur un îlot rocheux un moment au dessin et à l'écriture. Ce petit voyage est censé reposer ma jambe....en lieu et place du joli 3000 m pyrénéen auquel j'ai du renoncer.




                                                                                                     Prochain article : de l'eau en cascades