vendredi 22 août 2014

D'eau et de roc: le sentier des étangs.

Des girolles au menu du soir -entre autres-, dix heures de sommeil et me voilà, le coeur léger, le bagage mince et les jambes lourdes dans un froid matin de novembre, d'août, sur le sentier des étangs : cela promet d'être beau.
Et ce le sera, sans exception.
Je longe le barrage de Cavallers : 70m de haut, 360 m de digue, 1,3 km de long (1.5 par le sentier), construit en 1960, il remplaça un étang naturel et engloutit une belle cascade.


Le barrage vu depuis le bout du lac
Les falaises sont lieux d'escalade


En ce matin froid, il frissonne, frileux.
Comme frissonnent les rares promeneurs dont je suis.
Un peu de tâtonnement devant la carte, et je m'élance vers une cascade, un mur de roche (le ton est donné d'entrée), traversant plusieurs fois la rivière au gré de passerelles.

Oui, le ton est donné , ce sera rocheux, et je vais aimer.
La rivière descend de très loin, sauvage et belle, gonflée de cascades et va se noyer dans le barrage, la pauvre. S'enfouir après sa vie libre. La montagne est un vacarme de longues chevelures blanches.


Nous sommes dans un parc naturel et parmi les interdictions il en est une qui m'amuse : interdit aux voitures et motos : hum! Quelle drôle d'idée!



Le sentier est joliment pavé sur une très grande longueur jusqu'au premier étang "l'estany nègre", car il a servi au transport des matériaux pour le refuge.

cela facilite la marche et c'est beau










La roche sera le plat du jour : en dalles, en aiguilles, en amas, en blocs, en murailles, en pics, en dalles lisses comme des dos d'hippopotames : je vous laisse admirer.
C'est la musique de la montagne, qui joue la Sonate au Clair de Lune...



Les Bésiberri


 Je marche, la tête dans la lune, à l'écoute de tout ce qui vit, brille et chante : l'air, l'eau, le vent, une belle partition.

Que fais je quand je marche ?
Certes, j'avance, d'un pas régulier, point trop lent ni trop rapide. Généralement des airs trottent dans ma tête, que je peux écouter pendant de longs moments assez silencieux pour me permettre de vivre la montagne.
Parfois, j'écris, dans ma tête, souvent, même, mes émotions et sensations.
Parfois je réfléchis sur un thème.
de plus en plus je me laisse porter en ne pensant à rien.

Les orgues de la Punta Alta


Dos de granit
 Il y a très longtemps que j'ai déchargé mon lourd sac de souffrances, douleurs, rancoeurs et chagrins mêlés.
Que je trimballais sur les sentiers et que j'essayais en vain de perdre, de noyer, de fracasser sur les rochers.
Il y a très longtemps qu'ils se sont finalement envolés et c'est très bien. Comme les cendres d'un défunt.
Parfois je fais une pause écriture et dessin, mais généralement arrivée au but, pas avant.

Mais surtout, je m'arrête très souvent, quelques secondes à peine pour ne pas briser le rythme et je scrute, j'observe, je fais le plein d'images et de beauté.
Comment ne pas faire halte devant un pareil décor ?


La lune est derrière moi et j'attends son coucher tout en marchant, c'est dire mes volte face !
Le spectacle en valait la peine, c'est juste là où se trouve le but de mon voyage ici : les pics Bésiberri et leurs + 3000m. Un rêve, un défi...

Elle les effleure, s'y pose, légère...

Et s'y enfouit...
Bésiberri Nord auréolé de mystère



 Ma bulle de lune auréole mes sommets de rêve...de quoi les rendre encore plus envoûtants.



Lui, ce pin noir , a poussé à l'horizontale : quelle drôle d'idée ! Quel accident lui arriva t'il ? Alors j'imagine, en marchant, son histoire.

Il encadre la Punta d'Harlé et le Pa de Sucre
La pierre, le roc, et l'eau. celle qui fait beaucoup de bruit car elle court et saute.
L'eau est la musique de la montagne: l'une s'éteint, une autre prend le relais. Quant aux parfums, ils sont rares: le froid ambiant les a éteints. Cependant les arbres emportés et déchiquetés par les avalanches embaument la résine sèche.



Passage à gué
L'eau qui court.
Que l'on traverse à pied sec ou en sautant agilement, cela vaut mieux.


Celle qui s'étale, royale, paisible, sublime.
Ce site est un lieu de villégiature très fréquenté: familles, enfants, en font leur balade estivale. Plus ou moins bien chaussés ou équipés. Des personnes peu habituées, à la limite de l'asphyxie, au teint blafard et grisâtre, s'écroulent, harassées après la longue montée, bien au dessus de leurs forces. Cela m'impressionne.

Estany Nègre (plus vert que noir!) à 2150 m




Pics de Punta d'Harlé 2882 et Pa de Sucre 2864
Etang de Travessani





Etang de Travessani 2250 m et les 3000 des Besiberri et de Punta Alta
Oui, on revient toujours au roc, inévitablement, l'eau ne le fait jamais oublier car, en plus, il s'y reflète.


Agulles et Pic de Travessani  2755 m dominant l'étang


Pics de Punta Alta 3014 m et Comalesbienes 2993 m
L'étang où j'étais hier est derrière ces pics


La roche, tellement présente qu'on ne voit même pas le refuge:
Refugi Ventosa i Calvell 2150 m

Finalement, ce n'aura été qu'un petit décrassage de la dure rando de la veille: mes jambes sont lourdes et mon pied droit me fait si mal, qu'encore une fois je ferai une bonne partie de la descente pieds nus.
Regard effaré des nombreux promeneurs sur mes chaussures autour du cou et mes pieds nus qui filent aussi vite que chaussés sur rocs et pelouse.
Cependant le granit facilite bien la chose. Et puis j'ai l'habitude...C'est cela ou ne pas pouvoir descendre.
C'est la honte qui me fait rechausser.

A bientôt....juste en face....







En chiffres : 550 m de dénivelé,  trajet long mais somptueux.




On en mangerait, pas vrai ???




7 commentaires:

  1. Que de roches ! Merci pour ce magnifique reportage si joliment écrit ... Bravo Lison et bon WE à toi ! Biz

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    1. Merci, Anne, c'est les mêmes roches granitiques qu'en Bretagne, mais plus haut ! Bisous

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  2. Oui on en mangerait...
    Merci pour ces beaux décors, et cette lune merveille, juste délicatement posée.
    Pareil il en passe des choses dans ma tête, dans le silence, souvent des notes de musiques qui défilent.
    Bisous

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    1. Le silence ou un certain décor et c'est la tête qui voyage, souvent ps en même temps que les jambes, c'est ce qui rend la vie riche. bisous

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  3. Merci de nous faire partager ces magnifiques randonnées. Que je serais bien incapable de faire (le teint blafard, à la limite de l'asphyxie... c'est tout moi ;-) ). Tes photos sont splendides et tes descriptions sont si justes, et si bien écrites qu'on se croit presque à tes côtés... les jambes lourdes en moins.

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    1. Tu me fais rire...j'essaie de vous emmener avec moi, dans mes pérégrinations...J'y arrive? Super ! Bises

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  4. Encore une fois, bravo, Lison, et merci pour ces récits et photos si passionnants ! :-)
    Gros bisous.

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