lundi 10 avril 2017

Le sentier de Thuès à Llar

Quand on se rend à Mont Louis, à partir de Villefranche, la vallée de la Têt se resserre et la 116  remonte le cours presque entièrement sur sa rive gauche ( donc on est à droite de la rivière). On traverse les villages du fond de la vallée qui ont pour nom Serdinya, Joncet, Olette et Fontpédrouse avant d'aborder la sévère montée à 10% de la côte de Fetges.
On longe le versant abrupt et au soleil de l'adret (ou soulane) en haut duquel sont perchés Jujols, Canaveilles, Llar et Sauto.
Entre les villages du haut il y a un sentier nommé Vauban ou des canons qui vient de très loin, de l' Aude, avant de passer par les Garrotxes et d'arriver à la citadelle de Mont Louis.
Du bas de la vallée vers les villages d'en haut il y a aussi un lacis de sentiers qui étaient juste les anciennes voies de communication avant la route.
Le Pont Séjourné : à gauche l'ubac à droite l'adret dans lequel je randonne

Quand on roule , on ne voit pas grand chose : des pentes abruptes, ensoleillées et couvertes d'une végétation typique de terres sèches. Plus attentivement on distinguera des murettes jusqu'en haut des pentes qui parlent de la vie paysanne d'antan.
Ce qui échappe au regard même acéré, ce sont les sentiers et les ruisseaux. Car si les pentes sont arides, l'eau y était amenée de l'amont par des canaux en courbes de niveau.

Voilà, le décor ainsi planté, je vais aller faire un tour du côté de Llar et, qui sait ? Plus haut sur le chemin des canons. Comme je fis la boucle des 66 lacets (clic) à Fontpédrouse l'an passé.




Fontpédrouse
J'ai dormi à Fontpédrouse et aux 8 coups de l'horloge, je file rejoindre Thues entre Valls, un peu plus bas dans la vallée.
Petit canal de Thuès en bord de Têt
La balade commence en bord de Têt, pour éviter la route, en suivant un petit canal d'arrosage primesautier et frais.

Juste le temps de visiter un curieux édifice qui, parait-il était un séchoir à châtaignes!





Le séchoir à châtaignes








Je passe sous la route et attaque dru la grimpe dans un sol granitique qui se délite et a nécessité la pose de grands filets tout au droit de la pente.
Le sentier court, vire, grimpe et se cabre entre les murs de pierre taillée, parfois entravé d'éboulis . Des empreintes d'isards ou de chevreuils suivent le chemin mais on peut voir leurs passages en raccourci dans la pente : ils vont boire à la rivière, c'est dire si je ne trouverai pas une goutte d'eau.
Thuès et la "muraille" où je vais randonner


Le sentier entre les murettes
Beaucoup de murettes






La vallée s'amenuise, je prends vite du dénivelé, j'ai la forme, il fait un temps estival, la tenue d'hiver file dans le sac à dos.






Je m'arrête pour regarder le paysage et écouter. la rivière qui mugit puis se tait avec l'altitude, le bruit des véhicules qui s'amplifie puis se calme, les oiseaux qui chantent la belle saison. Sinon, c'est le silence de la montagne, fut elle moyenne montagne.
Les parfums s'éveillent avec la chaleur, je les hume à pleins poumons. Indistincts car il n'y a pas de conifères, mais ça sent bon. La terre sèche roule sous mes pas: je monte .
Je regarde luire les toits de Thuès, et se creuser l'ombre des torrents sur la montagne en face, et puis le boyau de la Carança, sculpté, fier et splendide. Je savoure la majesté de ce pont Séjourné, chef d'oeuvre du tracé du Petit Train Jaune. Le paysage familier, sous ce nouvel angle est cent fois plus beau que depuis la route. Car redessiné à petits pas.
Thuès étincelle au soleil





Le Pont Séjourné depuis le sentier





Parfois, l'usure du temps....


D'étage en étage....le passage du sentier


Toujours plus haut


Ancienne mise hors d'eau du sentier:
rigoles latérales et transversales comblées
Le sentier court dans une végétation buissonnante : thym, ciste à feuille de Laurier, euphorbes, chênes verts, pour l'essentiel. végétation de terres sèches et de semi altitude à la fois.

Bien sûr mon chemin est désert. Ni humains ni animaux. La montagne est pour moi seule. Le chemin est très bien tracé je craignais qu'il ne se soit perdu au fil des ans. Balisé, il ouvre sur des sentes adjacentes qui conduisaient à des parcelles en terrasses. Car ce chemin de randonnée fut avant tout chemin d'exploitation et de communication. Nos anciens avaient des jambes solides ...

Des murettes partout où porte le regard (zoom)


J'aime cette montée régulière et bien structurée, équilibrée au possible; je crois que cet équilibre faisait partie du "cahier des charges " de ces chemins de labeur: marcher à l'économie du corps. D'où les nombreux lacets. Plus tard je rencontrerai Antoine, un ancien de Llar, 87 ans et je me ferai raconter la vie d'avant.

Llar se dessine 

Autrefois, les habitants de Thuès et ceux de Llar cultivaient la montagne jusqu'à la limite des communes. Cultures vivrières mais aussi blé et avoine jusque très haut. Le Canal de Llar à Canaveilles (issu de Fetges) permettait l'irrigation, mais aussi il y avait l'enneigement plus conséquent qu'aujourd'hui et qui, à 1500 m, permettait encore en avril et mai d'irriguer  par la fonte des neiges. La montagne était verte puis blonde. De murettes en murettes. comme je l'ai vu dans le sud marocain autrefois. Llar ressemble à un village de l' Atlas: entre le couvert des arbres, il se dévoile, haut perché. 600m de dénivelé abrupt jusqu'à la vallée.
Llar se rapproche
Je passe tout près d'un ravin bien asséché mais ses environs montrent une différence dans l'exploitation du sol qui profitait ainsi de son eau. Les arbres y sont grands, il y a des châtaigniers et sans doute des emplacements de potagers et puis même une charbonnière semble t'il. La roche a changé aussi, le granit plus sec a laissé place au gneiss et à une terre plus brune.



Un lieu plus frais près d'un ravin à sec

Anciennes bornes ONF
délimitant domaines public et privé


Pâtures sous le village : il y a de l'eau


 Les premières prairies s'annoncent, larges, plates, ourlées de murailles, sous les murs de Llar. J'ai croisé la route, la vraie, datant des années 30 et je termine sous les murs reptiliens de Llar le dernier des 55 lacets qui m'ont conduite intra muros.


J'arrive sous les murs du village


Une rue 








Llar se chauffe au soleil depuis un grand moment déjà, il est aux premières loges tôt le matin.


Llar lundi dernier  aux premiers rayons du soleil
Toute la vallée est dans l'ombre

Llar est tout petit , quelques habitants qui se comptent sur les doigts de la main. On est loin des 9 familles du temps d' Antoine (une famille = au moins 3 générations).  Il me fait penser à un village d' Ariège ainsi perché, nommé Lapège à qui je trouve des airs tibétains. A Llar il y a des airs marocains. L'église, récente veille sur les neiges d'en face et la grande trouée de la Carança; la vieille église à l'écart du village n'aura pas ma visite cette fois, je préfère grimper vers l'inconnu du sentier Vauban.

Face aux montagnes

Un balcon en plein ciel


L'église (19 eme ) face à la Carança (à midi)

A Llar, je fais un insolite sauvetage : cette malheureuse salamandre n'arrive pas à s'extirper du bassin glacé et est à bout  de forces quand je la sauve, la réchauffant un instant dans ma main. Ses petites griffes agrippent mes doigts, c'est mignon...quoique salement visqueux !






Le Chemin dit des Canons porte ce nom car fin 18 eme, Dagobert l'emprunta avec les canons au cours des Campagnes de la Révolution , combats entre français et espagnols (1793 /1795).
Ce chemin venu de loin passe à Llar
Je ne parcourrai pas tout ce chemin car il est très long, jusque en terre d' Aude et que j'ai en projet d'en faire une grande rando mais je le poursuis jusqu'au plus haut de la montagne.


Très abrupt, assez large, fort abîmé, pavé par places, il court et vire dans un paysage aride, aux terres assez pauvres, envahies de genêt purgatif odorant bien que pas encore fleuri. Donc c'est la plante qui sent, cette odeur qui m'incommode un peu. Là où autrefois, du temps de la jeunesse d' Antoine poussaient blés et avoines partout.

Le chemin rencontre le canal de Fetges à Canaveilles dit aussi
 canal de Llar (à sec en ce moment)
 Les premiers conifères font leur apparition à 1600 m et la chaleur surchauffe leurs essences pour le grand plaisir olfactif. Oui la montagne est belle. Quoique déserte. Grimpe jusqu'à moi la vie de Llar et ses quelques habitants, un peu plus nombreux en saison de vacances. Cris d'enfants, aboiements et sonnailles de bétail. Llar s'ébroue de son sommeil d'hiver
Je grimpe toujours jusqu'au sommet: le chemin entre dans la forêt de pins, sombre, verte et glauque, s'enfonce sur des tapis d'aiguilles et se perd dans la pente de l'autre versant : c'est là , à 1620 m, que cesse mon voyage aller. Car je n'ai pas envie de redescendre sur l'autre versant.

Au plus haut de mon parcours

Le retour ne sera pas varié; même chemin.
D'abord je vais au restaurant: je choisis la terrasse suspendue et sa vue imprenable : Canigou, Carança, sommets frontaliers, plissements de la partie en ubac. Cela a meilleure saveur que mon repas ! Partagé avec des fourmis rouges fort alertes sur ma peau .

De mon restaurant : Llar et son décor

Même décor un peu à gauche : la Carança
où j'étais lundi dernier

De mon perchoir face à la "Sierra"....au zoom (un bon zoom...)










Enfin je me décroche de ce fabuleux perchoir, le retour est ardu, puisque très pentu.

Je descends au petit trot sur Llar où ma rencontre avec Antoine sera le cadeau du jour. Ses petits yeux bleus pétillent de malice et de souvenirs  alors qu'il attend le repas préparé par sa vieille épouse moins valide. Il me raconte la vie d'avant, et puis sa vie aussi, un peu, avec discrétion, posant juste un instant entre mes mains le chagrin de la perte de son fils.
Je lui promets de revenir, pour le chemin des canons, mais pour lui aussi.
Mais quand même...il m'apprend quelque chose d'important : dans la Carança, les habitants de Thuès allaient aussi cultiver des prairies au débouché des gorges, en amont, car la terre manquait pour nourrir les familles . Quand je vous dis qu'il me reste des choses à y découvrir....

Ensuite sous le soleil de midi pile, j'entame le premier des 55 lacets qui plonge vers la vallée.
En route ...

 Mais si j'ai les pieds en feu (faut bien avoir mal quelque part et surtout jamais au même endroit sinon on s'ennuierait), j'ai la tête dans les nuages, ceux légers, de chaleur, qui coiffent le ciel bleu et surtout dans les images de tout ce que j'ai vu.
Quand on marche face à cela, les douleurs s'évanouissent
Le Canigou devant soi


La Carança et sa parure orageuse


Une petite Nina étendue de tout son long sur le lit ne m'attend même pas, endormie comme elle l'est!


En chiffres
Dénivelé : 820 m
Distance : 10.4 km AR


(Additif : petite balade l'après midi entre Thues les Bains et Thuès entre Valls par le sentier : 3.2 Km AR et 100 m dénivelé)


19 commentaires:

  1. Magnifique
    AMEDINE TOUT LE BONHEUR EST POUR MOI

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  2. Magnifique
    AMEDINE TOUT LE BONHEUR EST POUR MOI

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    1. Merci Barthélémy car je suppose que c'est toi, si tu as marché en ma compagnie

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  3. Amédine Votre Balade au Pays de Joseph qu est ce qu Elle est Belle :) La Petite Salamandre en a eu de La Chance de Vous trouver Le Père Antoine doit penser à Vous qui L avez écouté La Haut dans Sa Montagne :) Pas besoin d aller loin Chercher Le Bonheur :) Calinous aux Minous Bisous à Vous Pensées pour Lison :)

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    1. Le bonheur est à sa porte et surtout fait de banalités. Les grands marcheurs trouveront mes parcours peut être désuets et insipides alors qu'ils sont très riches. On porte en soi un grand sac à dos empli des cadeaux que nous fait la vie. Bisous

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  4. Un petit coucou l'escaladeuse, la baroudeuse, l'aventurière, la montagnarde, les vigneronne, la Miss Chats !

    Belle ballade.

    Bisous
    Chantaloup

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    1. Merci tu as oublié une de mes activités et pas des moindres : la bricoleuse. J'ai aménagé un véhicule dernièrement et là j'équipe mon arrière cuisine. Bisous

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  5. Ouf ! Je suis en miettes et sans souffle rien qu'à lire ton parcours !-:)
    Mais tes photos sont vraiment superbes et tes rencontres humaines et animales bien émouvantes.
    Câlins à ta Tribu et bisous

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    1. Il a l'avantage de n'être pas dans le froid et la neige mais il n'a rien à envier à la déclivité de certains parcours de montagne bien plus en altitude. Oui je me suis franchement régalée. Bisous Mireille

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  6. Rando intéressante et ensoleillé en moyenne montagne avec un bon dénivelé tout de même. Belles rencontres et des paysages qui en disent long sur la vie rude des paysans de Llar. Les soldats de Dagobert on du en baver avec leurs canons sur ces sentiers escarpés ! Antoine doit attendre avec impatience ton retour, tu as dû être son rayon de soleil. Les salamandres ne vivent que dans des zones non polluées, tu as eu de la chance d'en rencontrer une et de la sauver.
    Nina ne pouvait pas imaginer tout ce que tu découvrais puisqu'elle dormait mais elle aurait pu le rêver...

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    1. En grimpant je me disais que certains passages du Puigmal (côté sud) étaient aussi raides. Parfois ces parcours de moyenne montagne réservent bien des surprises. Quand on voit la pente de cette rive de la vallée de la Têt on n'en est pas surpris. Je ne connais rien aux salamandres mais ce que j'ai lu sur Wikipédia est vraiment surprenant. A bientôt

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  7. CC... Magnifique randonnée, magnifiques photos... Merci du partage !!!
    Belle semaine, Bisous, Câlins

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    1. Belle semaine aussi. Comme le temps passe vite...on n'a pas le temps de se retourner qu'elle est presque finie. Bisous

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  8. J'aime beaucoup cette balade, pleine de découvertes et de rencontres et que dire de la salle de restaurant, magnifique ! Je ne m'attarde pas car nous partons à Rodome tout à l'heure, j'ai hâte, ça trépigne à l'intérieur comme une gamine, lol Pas d'internet là-bas donc à la semaine prochaine, bisous et caresses aux matous.

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    1. Bon séjour à Rodome. Pas plus puisque tu n'as pas internet. Bisous

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  9. Bonjour, Vous avez trouvé le fameux sentier de Thuès à Llar grâce auquel nous avons eu droit à ce merveilleux et très intéressant reportage. Rien ne vous résiste car l'envie est apparemment plus forte que les difficultés du chemin. Attention tout de même à la salamandre que vous avez attrapée à pleine main. Comme de très nombreux batraciens, leur peau secrète des toxines dès qu'on les touche et c'est un moyen de défense pour ces petites bêtes. Je n'ai jamais eu de problème avec toutes les salamandres que j'ai moi aussi remises dans le droit chemin mais j'ai beaucoup souffert d'un oeil que j'avais eu le malheur de frotter après avoir touché une reinette. Alors prudence ! Bon, je vous dis tout ça mais je suppose que vous le saviez déjà car vous êtes toujours si près de la nature...Merci encore....Amicalement Gilbert

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    1. Oui Gilbert je l'ai trouvé mais il est assez facile à trouver; de la 116 on le voit il commence par des marches en bois (rondins) cependant il vaut mieux le prendre par la rivière car cette route n'a pas de bande marche pour les piétons.Non je ne savais pas pour les salamandres, je retiens le conseil car je suis d'une folle imprudence, merci. Bonne fin de semaine. Amitiés

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  10. En te lisant ce soir, Amédine, tu m'auras donné l'envie non pas d'aller marcher dans les Pyrénées, c'est trop loin de chez moi, mais de découvrir des coins insolites de ma région, de découvrir tout ce que je ne connais pas d'elle, car la Haute-Loire est belle aussi, et je suis loin de la connaître entièrement. Alors merci pour cela ! :-)

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    1. Chaque département a ses coins insolites et ce sont eux qui m'attirent le plus; je vais rarement dans les lieux touristiques peut être aussi par phobie de la foule je dois l'avouer...Bisous

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