mardi 17 septembre 2019

Les chemins secrets de la mer

La mer, ici, a deux manières de fêter ses épousailles avec la terre de mon pays natal. En une longue plage de sable blond ou par une côte de schiste sombre, savamment découpé et rongé, nommée Côte Vermeille, que je me plais à surnommer Côte Merveille. De Vermeille elle n'a que le nom, la roche y est trop sombre pour avoir la moindre tonalité de rouge mais lorsque des pans de falaise s'effondrent, alors c'est un coeur de rouille qui plonge dans les eaux cobalt ou turquoises.

Du côté de Banyuls sur Mer 66
Le soleil levant peut aussi allumer des feux sanglants, mais pour ce faire, il faudrait les admirer depuis le large.
Mon grand large du jour sera une portion de côte d'une centaine de mètres d'envergure où je vais découvrir des trésors cachés.
Je suis partie pour explorer un peu au masque et au tuba avant que de prendre mon repas perchée sur les falaises, au menu de l'après midi ce serait Sentier Litttoral.
Ce serait...
Le Sentier Littoral qui court entre la frontière espagnole et Le Racou, premier bastion rocheux, est l'ancien Sentier des Douaniers. La France en compte plus de 4000km dont 32 ici. Le Sentier littoral est devenu lieu de randonnée, balisé et beau au possible. Je l'ai en partie parcouru, il me manque le tronçon Banyuls Cerbère. Le pays voisin a aussi le sien.
En ces lieux il est doublé sous la mer par un petit Sentier Maritime, dont je veux conter l'histoire et la beauté, je l'ai effleuré récemment.
J'arrive donc en fin de matinée au point de départ du Sentier Littoral et là je suis immédiatement séduite par la beauté du site : tout en bas, des eaux de couleur remarquable, au pied des falaises m'invitent impérativement.




Un sac à dos, mes affaires de bain, un masque et un tuba, mon petit appareil numérique kamikaze et me voilà partie au hasard: trouver un accès de descente. Il suffit de suivre une ébauche de sentier dans la végétation sèche et griffue et me voici dans un "couloir" rocheux que je descends aisément. Un des sentiers secrets de la mer. Tout le monde n'y a pas accès, il faut avoir le pied sûr, le vertige absent et le goût de l'aventure. C'est comme à la montagne ! Un pan de falaise s'est effondré révélant le coeur saignant d'un chaos rocheux et je louvoie entre d'énormes blocs, comme sur ces montagnes où je navigue.




J'atteins enfin les rochers noirs, déchiquetés, érodés, creusés, tranchants à souhait, bordés par une frange végétale rose et c'est parti. Ici pas d'hésitation, on entre dans l'eau d'un coup. Par contre par mer à peine agitée, le danger de drossage sur les rochers est grand.




La roche normalement érodée

Le milieu ambiant

Zone d'amerrissage
Immédiatement, le silence de la mer vient à moi alors que mon regard se perd dans un bleu inimaginable, ou un vert, c'est selon. Les fonds sont gris, exempts de végétation, pas la moindre  posidonie qui est le 1 er maillon de la chaîne de vie sous marine. Mon regard est cependant captivé, tellement c'est beau. Quel calme, quelle sérénité, bien que je sois peu à l'aise dans ce milieu-là. Certes ce sont de grands espaces qui s'ouvrent mais je suis habituée aux grands espaces aériens, aux altitudes; j'ai un peu la sensation d'étouffer, avec le temps cela viendrait. Je ne cultive pas cette expérience là, je pense que mon goût pour la photo en serait le moteur. Mes photos sont nulles; abrité dans son sac étanche, mon APN est d'un maniement malaisé et tout ce que je vois va m'échapper : les centaines de poissons immobiles et colorés, en dessous de moi, que rien ne dérange, les millions de bulles qui éclatent en choquant contre les récifs au moindre mouvement de l'eau, ces fééries là seront absentes de mes photos. Mais tant pis, je nage, je virevolte, je regarde...j'ai peur aussi, je ne suis pas à l'aise ! Mes remontées sur mon récif perchoir me valent quelques estafilades, des coupures, la roche est un rasoir.
En images nulles, mon chemin secret aux portes de l'immense réserve marine :




La vraie couleur 


La surface


Je remonte lorsque je commence à avoir froid; un drap de bain sur mon récif me sert de repère je les perds vite les repères ici.



Alors je vais entreprendre un autre chemin, tout aussi secret, je vais arpenter les rochers et les falaises. Drôle de balade entre ciel et mer, où je suis seule, pas plus intrépide que sur les arêtes, juste un peu plus dépaysée. Je me déplace en oblique ou latéralement, m'aidant des nombreuses prises solides de ce schiste ajouré comme un gruyère et tranchant comme canif. Je me dis qu'en prenant le temps on pourrait ainsi faire des kilomètres d'un parcours inédit, somptueux, dangereux, original, dévoilant à petits pas la côte dans ses moindres recoins.
Cette falaise là je la grimpe quand même , puis j'atteins une roche "pourrie" qui s'effrite sous mes mains et que je finirai par désescalader prudemment, cela devient dangereux. En haut je dirai : quelle bonne idée, une corniche m'eut empêchée de sortir, quel univers montagnard en miniature !!

Balade entre ciel et mer



Lisse ou corrodé, le trajet aérien

Mais quelles somptueuses vues me vaut ce parcours....






14 h c'est restau en terrasse. 








Ensuite je repars à la découverte d'un ou autre de ces chemins secrets qu'il faut débusquer dans la broussaille, à l'écart du Sentier Littoral. Ces esquisses de sentier suivent au plus près la falaise et sont discrets car dangereux : un pan de roche pourrait s'effondrer, on verra tout à l'heure les surprises qu'ils peuvent recéler!
Quelques petits couloirs se dessinent, certains trop ardus, j'en choisis un de facile et je découvre un petit figuier qui regarde la mer, il doit y avoir une source intermittente. Donnerait-il des figues salées?

Chemin secret, petit couloir entre les falaises



Un petit couloir à la descente aléatoire ;
pas pour moi
 



Graphisme de roche, violence des plissements



A elle seule un paysage, la roche

Sculptures à l'infini
Arrivée au bord de l'eau, je découvre une grotte haut perchée dans la falaise et je vais m'y loger pour lire et contempler la mer. Je descends me baigner, je remonte mais comme elle est dans l'ombre, je déménage pour aller me promener. En falaise à nouveau. Ce n'est pas de l'escalade, c'est de la randonnée latérale en roche, au plus près de l'eau, très sympa comme rando, cette rand'eau!





Chemin en falaise
 Soudain au détour de mon trajet, j'aperçois une grande grotte, haute de plafond, dans laquelle s'enfonce la mer (calme ce jour); des débris parlent de la violence des flots et je m'enfouis tout  au fond d'où la vue sur mer est remarquable. Cependant, quand on marche sur la falaise...il  y a ce vide en dessous de nos pieds , et on l'ignore!!

Voilà pourquoi je parle des chemins secrets. On ne voit ceci de nulle part, c'est juste quand on y arrive que ce magnifique trésor se dévoile, la mer garde jalousement ses secrets; que c'est beau !
Je n'irai pas plus loin, je pourrais, il me faudrait marcher sur la falaise d'en face, parcours malaisé.

La grotte marine

























Je remonte donc sur les hauteurs, au grand soleil de cette fin d'été, les paysages sont si beaux d'en haut . J'ai le choix des couloirs, ce sera le même. A mi chemin je caresse une longue et mince arête dorée de soleil, je regarde les bateaux glisser au large, les fonds marins sont d'une rare transparence, je suis en bordure de la Réserve Marine de 600 hectares, site privilégié s'il en est.
La mer reste pour moi un patrimoine que je dois re découvrir à chaque fois, ce n'est pas mon milieu de prédilection et pourtant, quand j'y suis, qu'est ce que je l'aime ....Un univers inquiétant et fascinant à la fois, où je me sens moins "comme un poisson dans l'eau" qu'en montagne, un univers qui pourrait m'apprivoiser, peut être. Sait on jamais...quand je ne pourrai plus marcher?

Une mince arête dorée de soleil


Lecture sur les hauteurs






Il y a tant de recoins secrets à explorer....

Que garderai-je de toutes ces belles images ? De ces moments exceptionnels où j'ai parcouru du bout des doigts et des pieds ces chemins secrets ? Sans nul doute mon chemin aquatique en compagnie de centaines de poissons de toutes tailles et couleurs, cet exceptionnel ballet immobile où nous nous observions sans crainte dans des eaux d'un bleu inimaginable strié par les rayons de soleil.


6 commentaires:

  1. Comme c’est bien écrit ! Tu réussis à nous captiver aussi bien en mer qu’en montagne, il est vrai que cette côte est attractive car déchiquetée et colorée. Les roches sont des sculptures naturelles, avec la mer en toile de fond, difficile de trouver plus beau. Nous voulons aller en bateau voir la dernière borne du GR 10 qui se trouve dans une grotte uniquement accessible par mer, nous te ferons signe lorsque nous irons, ça devrait t’interresser. Les Dinosaures t’embrassent. Merci pour ce récit. Aya va très bien.

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    1. j'ai entendu parler de cette borne 600 je ne sais plus combien et elle se trouve dans une grotte marine. Certes, j'aimerais bien la voir et aussi parcourir en mer ce trajet que je compte parcourir par voie de terre prochainement, enfin le tronçon manquant mais j'attends du grand bleu en l'air pour ce faire. Bises aux Dinosaures

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  2. Merci encore Amédine pour cette balade si bien contée et imagée. Il est vrai que parcourir ces chemins particuliers, parfois dangereux, se révèlent pleins de découvertes. Je me souviens qu'adolescent je me régalais d'aller pêcher en ces endroits difficiles d'accès, donc plus à priori, prometteurs. La roche en bord de mer peut devenir une ennemie sournoise ! Fais attention à toi..Je sais que tu as "le pied isard" et donc le "pied marin" ! En plus tu nous gâtes avec tes photos de roches convulsives semblables à des rosaces. Gracies senyora pour cette escapade face au large où l'horizon se confond avec la mer. Merci encore pour nous plonger dans ces eaux limpides...où j'ai pu remarquer qu'une "saupe" se cachait bien mal ! Bravo pour la naration et les photos..qui font ressurgir quelques lointains souvenirs. ASP

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    1. C'est vrai que tu fus un familier de ces lieux. Dangereux à plusieurs titres, je ne suis pas familiarisée avec cette roche, une chute peut être très grave et en plus ce n'est pas un terrain familier pour mes vieilles pattes. je ne suis pas "née marine" , ça glisse en bord d'eau, les vagues te drossent, c'est un univers hostile malgré le beau temps mais qui me donne envie de m'y frotter, c'est ça le problème. Je ne sais pas rester en haut. En tout cas tes compliments m'encouragent au partage futur ! Bises, cher ASP

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  3. Amédine tu devrais faire un livre de tes aventures, tu as un don !! C'est beau, c'est apaisant, tu nous transportes dans ces lieux magiques. Si le choix devait se faire entre montagne et mer, je dirais que je choisis la montagne tant que mon corps me le permet et la mer sera ma convalescence. Mais parfois le besoin se fait ressentir il faut que j'y aille m'y plonger. Bises Amédine Chris

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    1. Quel travail que faire un livre alors que j'ai déjà si peu de temps pour mes blogs !! Bon l'écriture va très vite mais la mise en page et photos au vu de la faiblesse du réseau sont un vrai coup de frein.. Tu vois les deux tortues sont aussi marines et pensent à une éventuelle convalescence ...ça alors ! En 2017 quand je fus "infirme" c'est à la mer que je fis mes premiers pas et j'ai entrepris avec elle un lien secret qui perdure. je t'embrasse, à bientôt

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