dimanche 19 juillet 2020

Le Pic de Monellet 2727 m

Un jour quelqu'un m'a invitée à comprendre que ce pic n'était pas pour moi et je n'ai pas cherché à le rencontrer (le pic!).
Pourtant il y a dix jours, en remontant la piste je suis tombée en admiration devant un fier sommet; j'ai arrêté ma voiture, ai pris carnet, crayon et aquarelles et ai "conquis" le Pic. Mais...c'était sans compter sur mon obstination car il a fière allure et m'a attirée comme un aimant.

Le Monellet vu de la piste 
Au vu de ma petite forme pour le Col Mitja, j'ai décidé de me préparer, préparation efficace même si pas toujours intelligente.
Et ce vendredi, je ne dis rien à personne, je vais tenter le Monellet. Oh, juste essayer, voir, m'approcher...Des amis m'auraient bien accompagnée mais si je rame comme au Mitja....j'aime pas ça, gêner la marche des amis !
Après une nuit glacée (5° 1736 m) je pars dans un matin glacé, peu vêtue, allégée au maximum.
Stressée, granules anti stress dans le sac !

Le décor de ma chambre : les Péric

Je pars doucement et je vais gérer le rythme, échauffement d'abord, bien calme.
Il faut, au bout de 1.7 km, quitter la piste de l'Orri et prendre résolument à gauche, une rampe qui fut chemin forestier, la forêt garde la mémoire des grosses coupes et je peux lire sur ce chemin le recul progressif de l'exploitation au vu de l'état de plus en plus dégradé de la piste. Je rencontre deux points d'eau (ruisseau) ce sera tout pour la journée. Je suis à l'ombre et je me gèle !


Dentelle végétale et Monellet ensoleillé
La piste finit au bout de 1.3 km et un sentier bien marqué prend le relais, ponctué de vieilles coupes à la tronçonneuse et de cairns, mais l'erreur est quasi impossible.



Il aura la vie sauve!

La piste déjà encombrée par la repousse

Tout petit panneau sur  un arbre, trop discret

Ravages hivernaux

Au bout de 500 m, je débouche sur un espace nu, une pente immense, des éboulis infinis et la silhouette majestueuse du menu du jour. Les Clots de Monellet et le pic éponyme.


Il se dévoile enfin : impressionnant !
 Pour moi, le buffet d'entrée va commencer, c'est lui qui me stressait. Je gère ma nutrition, il me faut des forces pour avaler cette immense pente de 451 m de dénivelé proche des 30° et proche de 1 km de long. Ce sera vitesse lente et crabot mais quand enfin le soleil vient à ma rencontre , ça me booste!
La pente est très raide, un mur, je vais au piton en haut

Jardin d'été

Très parallèle à la pente, je veux le gravir par cette longue arête une prochaine fois

Le Monellet, sa face nord et son arête à gauche

Paysage dans mon dos, Cerdagne et Capcir

Une idée de la pente, le sentier y est rectiligne donc raide!

Je viens d'en bas, le point orange

Le plus dur est fait, je suis en haut, 2589 m, vue imprenable sur la Haute Carança, sa ceinture de pics, la vallée de la Riberole, le Canigou et le Malaza .

En haut ! Piló de la Xemeneia (2595 m)  et Canigou en fond, puis la mer


Haute vallée de Carança et lac. Pic d' Enfer bien pointu
le lac au zoom

 A présent il n'y a plus qu'à suivre la crête jusqu'au Monellet, je sais que j'y arriverai, ma hantise était la pente!

Le trajet à parcourir jusqu'au Pic de Monellet

Jusqu'à présent m'ont accompagnée le silence, la rumeur lointaine de l'eau et le vent glacé. Pas un humain, pas un animal, juste des oiseaux.

La crête est une arête rocheuse que je vais suivre au maximum par amour des arêtes. D'ailleurs il n'y a guère le choix hormis quelques évitements de passages exposés. Je reste sur certains passages exposés, par amour du rocher. Ils ne sont pas compliqués pour mon niveau, la prudence est de mise, c'est tout.



J'adore ! C'est mon élément


C'est aérien ! l'APN prend des risques

Cette arête monte, descend, comme un dos écailleux de saurien préhistorique dont la fière tête se profile, le Monellet. Je suis heureuse et concentrée, le bonheur est à portée de mains si on peut dire, puisque c'est du rocher!
J'ai usé mes forces dans cette pente, je continue à user dans cette arête effilée.
Et lorsque j'arrive au dernier col, 2640 m, il me reste soit grimper l'arête pour le pic, soit prendre le sentier escarpé évitant l'arête aérienne, exposée et... peut être pas de mon niveau?
Alors je choisis prudence et sagesse et j'emprunte le sentier qui serpente juste sous l'arête dans un univers minéral, escarpé mais aussi un sol végétal, pente raide, avec vue imprenable sur la Haute Vallée de la Carança.

J'aurais aimé suivre le fil de l'arête mais j'emprunte le sentier, il passe juste en dessous, au plus près




Il fait bon, je suis versant soleil, protégée du vent d'ouest glacé, un vautour magnifique a tournoyé autour du pic puis est venu me survoler tranquillement avant de partir à jamais, il m'a cédé la place au sommet.








La montée du sentier est agrémentée de points verts sur la roche indiquant le chemin ce qui permet de ne pas louper le tronçon final caché dans la muraille, une vire étroite et exposée au vide, mais pas inquiétante du tout; de plus elle est équipée d'un câble que je mets mon point d'honneur à ne pas utiliser. Je le garde pour la descente !



Aspect du sentier

Sur le sentier

La vire câblée s'insinue en oblique dans la roche

Dans la vire, je m'aide des mains
Vue de la vire

 Mon nez arrive à hauteur de ciel bleu gardé par un bouquet rose sur fond bleu et une petite joubarde solitaire gardant l'arrivée du câble. Comme un péage.

Au sommet !!

La petite joubarde

















Alors, le sommet ?
Plat, couvert de gros blocs rocheux mais plat, un éperon tourné vers la mer que l'on voit au loin. Ici, on la voit de partout...

Le plat sommet 

Le Malaza et la vallée de l'Orri

La crête parcourue, le Canigou en fond ..et la mer

Capcir et sommets : Péric, Carlit etc...

le Pic Rodó et les deux vallées


Pic d'Enfer et sa majestueuse arête

Le ciel est pur et le paysage magique : doux vers l'est, finissant dans l'eau, minéral au sud, avec de belles vallées de part et d'autre de "mon" éperon et des champs de roches, d'éboulis pâles à n'en plus finir qui plongent inexorablement vers la Riberole (Vallée de l'Orri). Ah je descendrais bien par là, mais seule, si je m'use trop....Cruel dilemme que je poursuivrai encore au retour. Pour d'autres voies "sauvages".
Et cette arête si tentante qui conduit aux Pics Racó, le Racó Petit (2785 m) et le Racó Gros (2779 m)...Ce n'est pas l'altitude qui suggère les noms ! J'aurais eu le temps d'aller au moins au Petit...une autre fois peut être, car j'y reviendrai, ici. Avec mes amis...si je pars 2 h avant eux...

Suite de l'arête vers le Racó Petit et la pente que je brigue (mais je renonce)
Pour l'heure je savoure mais ne m'attarde pas.Un peu de carburant, je mange très peu en montagne, mais je me force et je prends le chemin du retour sous un soleil ardent et un vent glacial.

2727 m
Ce sera même chemin, (en effet,  l'arête est très accidentée en descente), le câble assure ma descente sur la vire car c'est assez lisse comme chemin et retour tranquille par les arêtes que j'évite un peu plus...il y a cette fichue pente à descendre !
Au départ de la descente de la la vire câblée
 Quelques images du retour :

Suivez la direction : j'ai encore une envie folle de faire un tout droit !

Je reste raisonnable !

Vallée de la Carança, j'entends très bien la rivière

Gendarmes ou tourelles ?

Coeur de Carança

Jardin d'altitude

Arrivée au cairn de départ, je m'interroge longuement...J'ai très envie de revenir par le Redoun et le Mitja  mais c'est très long et même en contournant le Redoun, j'ai peur de m'épuiser.

Au sommet du Piló de la Xemeneia
Si je revenais par le Rédoun (2677m, dans mon dos), je devtais encore ajouter du dénivelé
Ou alors le contourner...
La sagesse me dicte de redescendre par où je suis montée et, très vite, je vois que j'ai dévié : une erreur de parcours qui me fait rectifier la trajectoire, par chance j'ai le sens de l'orientation!


Là c'est droit devant !

La prochaine fois ce sera ce couloir et l'arête ouest


Le retour sera tranquille, hormis deux chutes et un roulé boulé, ces terrains sont glissants et les pommes de pin de vraies billes!

Sentier en forêt


La piste désaffectée : dernier regard sur
 le Monellet



  Un petit détour par un sentier me conduit droit au refuge de l'Orri (une partie pour le berger, une autre pour les randonneurs) et à la délassante rivière fraîche bien méritée !


le Pic Rodo depuis le refuge de l'Orri



La rivière de la Riberole (vallée de l'Orri)

Finalement, cher ami qui m'avez découragée, le Monellet est bien fait pour moi, ou moi pour lui, peut être ! Il est évident que si j'avais enchaîné les sommets ce n'était pas pour moi, pas du point de vue technique mais du point de vue fatigue, et je suis suffisamment à l'écoute de mon corps pour être raisonnable .
Mon père me dirait "Il n'y a qu'en altitude que tu l'es !"...et encore...

En chiffres :
Dénivelé positif cumulé : 1210 m
Distance : 14.6 km
Temps pour le sommet : 4 h 30
Temps total de marche 8 h 11' (marche lente dans la pente et sur les arêtes)
La route : 170 km AR

En rouge trajet aller retour
En bleu, variante au retour, pour la rivière




11 commentaires:

  1. "A travès de les montanyes el cami es llong"très beau pic sur chaine non moins belle ,les jeunes et forts font celle_ci d 'une traite , toi petit à petit ( l'oiseau fait son nid ),d'autres comme moi admirent..La question est :on part seul ou pas dans ces hors-chemins ?perso ,après opération d'une valve mitrale j'ai perdu un peu la confiance et je m'en réfère aux conseils des anciens ,malgré que le solo apporte une connaissance de soi et de la montagne unique , on en revient grandi !comme tu veux ,tu "choises "

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    1. Tu as bien compris que mon terrain de prédilection est le chemin hors chemin et le chemin avec moi. Partir seule m'est souvent vital mais partir quelquefois accompagnée a ses charmes, mon seul souci, qui me fait faire le choix de la solitude c'est que je suis lente car je manque cruellement de souffle et j'ai une peur de gêner qui me stresse encore plus. On me dit "on t'attendra" et ils m'attendent ...et je peine pour eux...Dans ma nouvelle vie je suis née en montagne et quelque part, pour moi c'est la Mère. J'ai aussi besoin de me lancer quelques défis à cause de mon manque maladif de confiance en moi...oh je suis un cas...et je me dépèche...qu'est ce qu'il me reste? 5 ans ? Merci de ton passage sur mon blog

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    2. alors il faut te hâter ,lentement ..

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  2. Encore un beau récit et de superbes photos. Bravo Amédine tu m'épates. Sportive ça c'est sûr ! Amoureuse de la montagne et...de ses difficultés...qui ne le sont pas pour toi...Raisonnable ça bien évidemment il faut que tu le sois. Merci encore pour cette balade en montagne...J'ai moins transpiré ..que de le faire en vrai !!! Bonnes balades encore et régale-nous. ASP

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    1. Oh si elles existent les difficultés et surtout le stress avant de les rencontrer, ensuite j'assure. pat la force des choses je serai de plus en plus raisonnable mais tant que je peux, en marge, je cultive encore la déraison...Merci de ton passage ASP

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  3. Ah le Monellet, quelle fière allure ce pic vu depuis les Clots.
    Un bel exploit à ton actif Amédine.
    Je trouve très intéressante ton idée de monter par le couloir SO des Clots puis par l’arête Nord Ouest du Pic. Mais arrivé au sommet la problématique est celle que tu exposes reste t- il assez de carburant pour monter les 2 Raco’s …
    Alors je crois que l’approche optimale est de monter par la vallée de la Valleta et de prendre pied sur la crête par le fameux Pas del Porc, la montée est plus longue, mais plus graduelle. Ensuite la crête jusqu’au Monellet via les 2 Raco’s ne présente pas de difficulté spécifique hormis le passage cablé.

    Pour le retour, pour changer, il est possible de descendre droit depuis le pic dans le pierrier pour aboutir vers la cabane de la Grimauda (ça passe bien) ou de tenter l’arête et le couloir que tu as repérés.
    (pour la sécurité mieux vaut quand même être plusieurs…)

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    1. très contente de ton point de vue ! Donc 1) la descente par où je voulais la faire se fait très bien : ok, bien reçu ! 2) je partage ton point de vue, j'évalue la sortie du couloir à 2300 m donc il me resterait encore la grande pente (plus de 400 D+) de l'arête en parallèle à celle que j'ai faite ce qui revient au même niveau usure. Et me laisserait aucune énergie ou si peu pour le Racó. 3) j'ai étudié cartes et vues aériennes et j'ai tiré la même conclusion que toi, l'aborder par l'autre sens donc le Pas del Porc. Tes conseils me sont précieux y compris le fait d'être accompagnée peut être pour cette balade là, mais j'ai toujours peur de gêner avec mon manque de rapidité. J'ai à faire dans ce secteur !! Je sens que je vais y passer du temps. A bientôt et encore merci

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    2. Amédine, nous sommes peu nombreux à partager ce gout de la découverte du hors sentiers.
      Moi cela vient du regretté G.VERON et de la HRP qui a inspiré ma découverte des Pyrénées.
      Alors c'est un plaisir partagé d'échanger avec toi sur nos expériences.

      NB: Si tu es toujours intéressée par le Prat de dalt et les Trepassats, j'ai publié la rando ici :
      https://canromi-randos.blogspot.com/2020/07/roc-des-trepassats-en-boucle.html

      Amitiés

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    3. Oui, j'irai voir, car je garde en réserve cette balade, je quitte un pu la forêt pour des espaces moins étouffants mais je ne perds pas de vue la suite de mon "exploration carancéenne", merci pour tes précieux conseils et pour ton aide !

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  4. CC... Merci de ce nouveau partage, de cette nouvelle randonnée !
    C'est magique ;)
    Beau w-e, gros bisous, gros câlins à tes Félins

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    1. Coucou ! Merci de m'accompagner sur les cimes :-)) Mes félins vieillissent, entre 15 et 20 ans ! sauf la petite, 4 ans (j'en ai 5 en tout); bisous je retourne m'envoler !

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