jeudi 2 juillet 2020

"Cornichons donc!" à la Carança !

Après le Triathlon des Corbières, (article précédent), Sylvie, une sportive  a rejoint le groupe. Au programme du jour, les Gorges de la Carança, que nous connaissons tous mais où chacun revient puiser un bain de fraîcheur et de souvenirs.
Au programme s'affiche le"On sait d'où on part mais on ignore où on arrivera", le projet étant le Pont de Pierre et son énigmatique présence. Un peu moins énigmatique qu'autrefois mais il me manque toujours un détail d'importance, sa  date introuvable sur ses pierres.

Paysage des gorges, tout en haut
Il est 8 h 39, la Carança s'éveille, doucement, c'est mercredi.
On profite de marcheurs pour avoir la photo au grand complet, sur le pas de la porte.


Pour nous, c'est corniches! Elles sont rendues au public alors, "cornichons donc !".
La rivière n'est pas très fournie en eau, parce que le barrage situé en amont nourrit la conduite forcée de l'usine électrique. Pour la construction de ces ouvrages, en 1947, la corniche a été entaillée par un sentier quelques années auparavant, et la falaise a été percée d'une galerie conduisant l'eau aux conduites forcées.
La rivière nous la longeons un court instant avant que de franchir le pont et s'élever rapidement à la côte 998, 150 m (D+) d'un beau chemin sur lequel est gravé sur une pierre, 1898. Le chemin est antérieur. Un oisif a pris son temps, en 1898. Mais dans ce décor on peut comprendre!


Au fond coule une rivière (Carança)


Galerie pour l'eau


Fleurs acrobates



Le sentier pour la corniche est presque à plat, dans la verdure, et ponctué d'anciens ouvrages, un bassin, un déversoir, des entrés de galeries où on entend mugir l'eau qui dévale dans son boyau vers l'usine électrique de la Têt.



Le escarpements sont gigantesques et rocheux à souhait, cela pourrait impressionner bien avant d'avoir atteint la corniche. Granits et micaschistes offrent leur couleur au regard et leur texture aux doigts. Un abri aux oiseaux et un asile aux fleurs et arbres acrobates.



La corniche, verticale barrière, domine la rivière de 200 m environ, le sentier, construit à flanc est à 100 m au-dessus de l'eau et permet des vues vraiment plongeantes . Ainsi que de superbes vues sur le versant opposé.
En corniche

Je ne me souviens pas de ma première impression j'avais plus de 30 ans et étais chargée comme une mule. Récemment bien sécurisé par de nouvelles mains courantes, il n'empêche ni le vertige ni la chute d'un imprudent, mais la rando aseptisée n'a aucun intérêt.


En corniche

Alors, en nous amusant, en prenant le temps, nous "cornichons " à souhait et au retour ce sera pareil : un enfant reste un enfant! Quelque soit son âge. A nous quatre, on représente un minibus d'enfants !!
Une passerelle toute neuve  a remplacé "le cadavre" qui gît jusqu'à devenir poussière.

Passerelle de la corniche

Les deux "forasters" du groupe auront droit à une leçon de catalan, car avec Sylvie nous usons d'expressions déroutantes : "escagasser", "axurit" et sa double signification suivant même l'intonation, " s'estrabanquer" (s'estrabancar) et d'autres encore, plus colorées et imagées que le français. Alain, flanqué de trois femmes est plus silencieux que jamais mais je vois son regard clair scruter le moindre recoin de la montagne. Il s'isole dans sa bulle.

Il n'y a personne donc on chemine sans peine et c'est dans un poudroiement de lumière, un étourdissement de vacarme, la rivière ayant retrouvé son plein régime (au maximum en juin), une palette de couleurs, que l'on va remonter le fil de l'eau de passerelles en pont de singes, d'ébauche de sentier en débauche de rochers : le grand absent, très présent là haut, c'est le soleil nageant dans son bleu de ciel. D'immenses roches rouges, ocres, grises ou noires dominent l'étroit goulet; celui qui lève la tête peut être très impressionné.


Sylvie et pont de singe
Nombreuses passerelles


























Lys martagon





Vertigineux versants

Alain cherche...quoi ? 


Sylvie et Christelle


Christelle montozarbres


Les Diables de pierre






On prend le temps, vraiment on fait du tourisme fluvial mais on est là pour ça aujourd'hui !!
Nos GPS feront aussi du tourisme; le mien perd la notion de distance et les leurs nous offriront à l'arrivée un parcours ciselé comme une dentelle de Calais, les distances et altitudes battront la chamade et essaieront de nous faire perdre sinon le nord,du moins la raison! Le GPS devient fou m'a dit Ludo dans les gorges et là, plus ils sont nombreux, plus c'est une panoplie de fous !
Heureusement que nos ressentis sont sensés.






ça y est on a quitté les passerelles et on arrive au Pont de pierre qui reçoit le ravin de la belle cascade de la semaine passée; inatteignable celle là !


Au petit pont de pierre



Des promeneurs arrivent et là, surprise! Tous ont perdu le sens de l'orientation alors qu'il n'existe qu'un seul sentier et le quitter c'est au mieux se noyer, au pire se fracasser .De quelle carence la Carança les a t'elle dotés ?
"Où se trouve...?", ou bien "On cherche le sentier pour la corniche" disent ils en fixant les pentes verticales de la jungle équatoriale. Allons nous à notre tour nous demander si la Carança a donné asile à une cohorte de GPS à deux pattes ? On pouffe de rire en silence en prenant des airs sérieux pour renseigner après avoir décodé leurs demandes sidérantes: enfin, ici il n'y a qu'un seul chemin et aucun autre !
Soudain, en expliquant et en fixant ces pentes inhospitalières, je vois un objet rouge haut perché. C'est quoi ??? Alain se précipite et moi, je le suis dans cette pente abrupte, de toute ma vitesse possible, m'étouffant du cake au chocolat de Christelle! On ne peut manger et grimper et respirer et...heureusement que je l'ai fini en arrivant car on manque s'étouffer de rire : une passoire rouge est solidement arrimée à un arbre. Alors les deux cabrits se mettent à fureter, chercher, remonter le ravin accidenté mais rien, pas un indice, ni un chemin. On n'est plus à une aberration près.

 On continue un peu (j'ai encore cherché une date sur ce petit pont), vers l'abri de la Balmette. Sur le chemin l'orri en ruine de la Balmette est gardé par un troupeau de ruminants vautrés, des bipèdes veux je dire, qui semblent trouver indécente l'invasion de notre quatuor. On file, merci pour l'accueil !

Orri en ruine de la Balmette

Finalement le demi tour s'impose, on a chaud, faim, envie de se poser et une grande plage minérale, un gneiss lisse, poli, pâle et fleuri, nous invite au pique nique, aux pieds dans l'eau, pas à la baignade, la vitesse est supersonique. Je regrette ma corde qui nous eut permis de nous aventurer sans danger. Bien sûr on discute mais pour s'entendre la distanciation sociale est impossible. D'ailleurs on n'a pu causer que 2 par 2 sur le trajet.

A la plage (glacée)

Au restaurant et à la plage


Jardin de roche


Jardin semi aquatique

De la grande vitesse
Sylvie se montre une partenaire conviviale, qui ne dépare pas dans notre groupe : sa joie, sa vitalité, son exubérance amusante (une vraie conteuse!), son plaisir évident d'être avec nous, sont communicatifs.
Malgré cela les cris stridents d'on ne sait quels oiseaux ont toujours percé le vacarme de l'eau. Une sorte de jungle. Hauts perchés dans des arbres gigantesques.
A la Carança, ne pas lever la tête , c'est ne faire que la moitié du voyage...Il faut lancer un regard vers ces rochers gigantesques et dentelés, ces murailles redoutables, ces arbres tordus nichés très haut dans des failles de rochers et qui étoilent leurs racines pour s'accrocher et traverser le temps.
A la Carança, ne pas observer le chemin pavé, soutenu de murettes, flanqué de son petit pont, c'est manquer une partie du voyage : que font ces ouvrages dans ce site inhospitalier ?

L'étonnant chemin

A la Carança, il ne faut pas ignorer ces espaces plats, gagnés sur la rive, qui ont servi pour d'anciennes cultures et quand on se penche sur tout cela, on entend -un peu- le murmure des temps anciens quand la Carança n'était ni un désert, ni une jungle.

Anciennes parcelles cultivables

La Carança est un livre de lecture qui ne se livre pas, il faut comme en  ces livres d'autrefois, prendre un stylet et découper les pages une à une pour y avoir accès.
C'est ce que je me plais à faire dans mes randonnées ici et ailleurs.


Le retour, c'est encore feuilleter le livre à l'envers, on marche en silence dans ce vacarme;  couvrir le bruit de l'eau est épuisant alors le silence intérieur amène au recueillement.


Bruit  et mouvement d'eau


Bulles carancéennes

Fin de la corniche
Genoux et chevilles se réveillent, les mollets leur emboîtent le pas, mon dos se met en colère, un moment : le chemin à l'envers n'est ni long ni ennuyeux, on trouve encore des plaisanteries, des projets insensés voient le jour, soyons fous à notre tour, - et Sylvie s'inscrit déjà pour cette folie ! -,  les hirondelles des rochers, espèce protégée (même morte et ce, depuis 1981) mènent une danse effrénée dans la corniche, à deux coups d'aile de nous et enfin sous un soleil ardent , par la corniche du haut et son tunnel, finissons donc de cornicher en beauté !

Deux folies : folie en haut, folie en eau

Devant la "grande virgule" qui est notre point d'interrogation

Jambes noircies, transpirant à souhait, il nous fallait bien ça pour ne pas terminer carencés!


Le réconfort : ph Christelle









En chiffres approximatifs

Distance : env 14 km
Dénivelé : env 650 m
La route ; 140 km AR

6 commentaires:

  1. pour le repas ,,, vous n'aviez rien oublié ?? de la moutarde du pain du beurre ds p'tits oignons des confitures et des oeufs durs ,;;;;; la,la,la,la ,

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    1. Et la radio, le tire bouchons, mais il y avait les tomates, le chocolat, les bouteilles ...les champignons sur le chemin, et la radio!! Radio Carança, bruyante, tonitruante et pétillante mais carancée...manquaient les paroles...On attendait la pluie, on avait pas les parapluies et la pluie, elle s'est tanquée ...chez nous, en plaine...Merci de cet échange d'humour !

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  2. CC... Merci, merci de partager cette magnifique journée entre Amis !
    Belle semaine, gros bisous, gros câlins à tes Félins ;)

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    1. Le site est magnifique alors on a envie de faire connaître. Bisous !!

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  3. On a beau connaitre, vu sous un regard différent, cela apporte un supplément de découverte. Encore une très belle balade Amédine.

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    1. Faut transformer le banal en nouvelles découvertes sinon on sombre dans l'ennui du récit et ça, je sais faire...me renouveler !

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