samedi 10 mars 2018

"La Pichona" ou balade calcaire

Un dimanche matin un peu maussade m'invite à la balade de proximité.
Ce sera la Pichona, à 50 km de chez moi, une via ferrata pour débutants, contigüe à La Panoramique que j'ai parcourue le 31 décembre 2017 avec Ludo (cf mon article , clic).

La falaise en  1er plan est le décor intégral ( et en longueur) de la Pichona







Cette fois je suis seule et je ne me hasarderai pas sur la grande via en solo, c'est quand même dangereux, bien qu'à présent j'aie mon propre matériel donc n'ai plus à jouer les Mac Gyver!


Me voilà à St Paul alors que le temps s'est "enmaussadi" encore plus avec de belles écharpes de brume. Il n'y a pas de vent, j'y vais plein pot car la Pichona doit être le hors d'oeuvre d'un menu plus attractif pour moi, aller surfer sur les crêtes.
On le sait je n'aime pas que le calcaire, j'aime la pierre. Là c'est calcaire et j'ai un faible pour ce matériau.
Le décor, sa texture et sa végétation

Je m'équipe donc de mon matériel tout neuf (baudrier + longe, plus de 80 euros l'ensemble à titre d'info).








Me voilà donc au pied de la petite voie d'initiation. Sur la grande voie, deux personnes s'élèvent dans les airs, je les envie. Rencontrés plus tard ces deux messieurs m'ont dit "Si vous étiez arrivée plus tôt on vous aurait invitée à venir avec nous". Dommage.
Mais la Pichona a ses charmes que je vais savourer pendant 32 minutes.


Même si le parcours est donné pour 1 h 30 je le crois possible dans ce temps...à condition d'y faire la sieste.






Les grimpeurs parlent du fascinant parfum de la pierre, différent selon le matériau... Hélas je n'ai jamais su le sentir. Je ne suis pas grimpeuse, mais la pierre n'exhale pas à la tête du client non ? Alors, je vais essayer, dorénavant de rencontrer ces effluves.










Je m'attache pour la forme, parce que réellement il n'y a aucun danger. Il est bien plus périlleux de faire certains de mes parcours d'antan, la crête du Malaza ou l'arête de La Punta Alta. mais je joue le jeu. Carte Prudence.

Je me régale, même sur ce parcours court et aérien à la fois. D'autant plus que je ne me fatigue pas et que le danger me paraît inexistant.
En images :


Mon passage préféré

Selfie

Et au milieu coule une rivière : la clue de la Fou

La clue de la Fou vue d'en bas (Rivière l' Agly)




L'Agly , la route, le paysage vu d'en haut




Montée en sentier
La via finie, je prends le sentier en sens "anormal" soit en montée alors que c'est un sentier de descente. dans les pistachiers lentisques, chênes kermes, bruyères et autres cistes laurier. Un parfum de garrigue humide et fraîche plus léger qu'en été. Vivifiant. Un très joli sentier qui prend soudain des allures d'escalier dans la roche : il s'agit de gagner les crêtes par la muraille.
Montée dans la falaise


 C'est là que je rencontre les grimpeurs qui descendent. Ainsi la voie sera libre en haut car mon projet est illicite: je vais remonter la via ferrata en sens interdit sur toute l'arête par la longue et superbe crête.







C'est une arête fort effilée; les fossiles ont fait depuis peu leur apparition, les fonds marins sont donc bien inversés puisque plus bas il n'y en a pas.


La magnifique arête

Détail  de l'arête effilée
Au fond les Corbières et l'ouverture de Galamus
Il n'y a pas que les fossiles qui font leur apparition : la "dérangeuse" d'arêtes, de rochers et vias ferratas me saute au visage de façon brutale,  la tramontane , qui compromet mes projets.
Elle est en rafales déséquilibrantes et en plus bien fraîche. Bref elle secoue.


Chemin à l'envers

Détail de l'arête et câble d'assurage


Je remonte quand même la via en sens interdit, sans presque m'ancrer aux filins d'acier, et comme elle a été fabriquée pour le sens normal, utiliser les prises est un peu bizarre. Ainsi j'arrive à mon terminus, la croix, sans problème puisque je marche presque toujours sous le vent. Au delà poursuivre serait dangereux, la via commence vraiment là, à l'envers.


La croix s'intègre dans ce paysage éolien et aérien.



Terminus, personne ne descend ! Le vide est en dessous

Mon compagnon aérien


 Un coup d'oeil sur St Paul de Fenouillet gentiment enroulé autour de son coeur de village.


St Paul de Fenouillet; je suis attachée, sur le fil de l'arête

Passage facile en face sud
Un petit en cas au soleil , sous abri, et je reprends le chemin à l'envers.



Il y a deux passages exposés, un sur le fil de l'arête, un sur la face nord bien à l'aplomb du vide. Je m'assure, car, même si je n'ai pas peur, Dame Tramontane peut me bousculer sans préavis!

Passage exposé face nord, en plein vent

J'abandonne à cause d'elle mes velléités de surf sur la reste de la crête et je redescends vite . En bas je retrouve les deux aventuriers des falaises et nous partageons un sympathique apéro ! Tant qu'à faire....

La fin de la Pichona, l'arête

C'est le printemps ! 
Après le repas (et l'apéro) je m'offre un petit digestif sans alcool mais non sans piquant !
Je regrimpe la Pichona, façon chèvre, en 20 minutes, sans assurage. Je survole la voie ; le seul qui en fera les frais c'est l'étui de mon APN qui file grand train dans les falaises (où il gît encore)  tandis que l' APN, en équilibre fragile sur l'arête décide de rester ! Ouf !

l'amour à la verticale
" C'est le printemps " chantait P Perret

L'arête effilée de la Pichona

Le bois et la pierre en crête....un courageux genévrier
 qui devait être très vieux

Au final, une très jolie matinée, originale , une invitation à d'autres voyages en d'autres vias, ce sera une surprise printanière. Au delà de la frontière, avec un décor très aquatique ....et en compagnie.

A bientôt ...

C'est terrible : de chaque projet naît un autre projet, parfois je m'effraie de cela, combien d'années va t'il manquer à mon compteur de projets?
INFOS PRATIQUES: 
Niveau débutant, parcours très facile, en moins d' 1 heure
Difficultés: à mon sens aucune
Comment s'y rendre : à St Paul de Fenouillet -66- prendre, aux feux, direction "la clue de la Fou"
Le site est à 2 km
Parking 
Location de matériel au camping de St Paul (on y passe devant; s'assurer au préalable qu'il soit ouvert)




La Pichona en vert
La Panoramique en rose

dimanche 4 mars 2018

Un souvenir de montagne, Val d' Aran : " le mur" . Partie 2

Vendredi 10 août 2012 :J'ai passé une nuit de sommeil fantastique, avec pour décor des millions d'étoiles scintillant dans la nuit noire que nulle lumière ne parasitait. Je me réveille 1 h plus tard que prévu et à 8 h 30 je quitte le parking endormi. Mon voisin se  déplie de son couchage version  205 Peugeot, tel une chrysalide. Notre au revoir a le parfum d'un adieu, on ne se reverra jamais.

Je pars dans un matin frais, parfumé d'herbe, et bruissant de l'eau du torrent. Dans l'ombre. Je ne sais pas encore que je vais marcher absolument seule dans un décor fantastique. D'abord une longue prairie où coule une rivière est mon décor.





 Le lit des rivières me fascine toujours dans les Pyrénées, c'est un véritable musée géologique.

Ensuite j'attaque un véritable mur : les espagnols ne connaissent pas les lacets dans leurs randos, c'est ligne droite absolue. Je grimpe dur, le nez dans les fleurs.




Le paysage grandiose vu dans cette contre plongée est fantastique et surtout il y a plein de choses étonnantes : l'eau, jaillie des montagnes, des névés ou des lacs, se perd soudain comme la Garonne, pour resurgir plus loin, gratifiant au passage le randonneur de ses grondements sous terre (son cours y est donc accidenté) et de ses relents glacés issus de crevasses étonnantes. Peut être est ce la Garonne ?
Là d'où je viens
De l'eau gronde sous terre et
crache un souffle glacé jailli de ces
orifices profonds

Drôle de paysage fascinant s'il en est. Dans mon dos, la grande prairie s'amenuise de façon encourageante !
Sous mes pieds grondent par intermittence d'invisibles torrents souterrains, c'est impressionnant dans ce silence immense. Et tellement mystérieux...


10 h 40 j'arrive à l' Estanhet de Pois, 2050 m; il y a 2 h que je marche et j'ai parcouru 580 m de dénivelé et 3 km...je ne marchais pas vite à cette époque !!

Arrivée à l'étang : il se mérite !




Devant moi, près de 500 m d'une autre montée rude et minérale pour atteindre la crête. Le col des Aranais, Coth deth Aranesi, 2448 m.







Se retourner est gratifiant : d'abord on voit qu'on ne fait pas pour rien tous ces efforts, ensuite, un lac vu d'en haut, en été, est une beauté . En été car la lumière l'allume d'un bleu intense, avant le noir de l'automne. Je fais connaissance avec des paysages qui vont me devenir très chers dans les années à venir : c'est du minéral à l'extrême, pâle, gris, blanc, décliné sur tous les tons, juste ce dont je raffole. Aussi blancs parfois que ce crâne . D'isard je suppose.



Dans ce désert minéral poussent quelques éphémères fleurs et règne un silence ...minéral.
Personne en vue , cela ne me dérangeait déjà pas à cette époque.
Col des Aranais : je prends un peu de repos contemplatif, la Maladetta pointe son nez, lieu mythique s'il en est avec son glacier et son Pic d' Aneto, 3404 m.
Deux randonneurs pointent aussi leur nez; ils sont du Gers et, avec leur joli accent du sud (euh j'ai presque le même) me demandent : "Vous allez descendre par le mur ?". Devant mon incompréhension ils m'expliquent...Ah ..oui...Je descendrai par le mur !
Entre deux crêtes parallèles, coule une rivière, l' Escaleta, paisiblement , se perdant dans des marécages ou des petits étangs, je vais la suivre un moment, elle vient du Glacier de Molières et va se perdre elle aussi dans le Trou du Toro ou Forau des Agualluts.











Vallée de l'Escaleta, 2332 m, en dessous du Col des Aranais (vers l'amont)

Même vallée vers l'aval

détail

Où je regrette encore de n'être pas allée, il était si proche...Quel dommage !
Au lieu de cela je remonte légèrement le sentier, en courbe de niveau, qui conduit au Lac deth Coth deth Horo (Lac du Col de Horo, 2223 m) où je compte bien piquer une tête. Hélas, trop fréquenté à mon goût, je ne me donnerai pas en spectacle.
Le spectacle, il est en mon dos, époustouflant de beauté : L'immense et unique décor de la Maladeta.
Je dirais que c'est mon premier vrai regard sur la "grande montagne". Les Alpins ou les Himalayens riront bien...

Fascinants reliefs


Un petit air de Pedraforca, non ?
C'est La Forcanada ou Mailh des Pois 2881 m



Etang de Horo : ses parages sont noirs, très noirs. Le minéral a changé de nature donc de couleur. Qui scintille au soleil. Il ne reste plus dans le décor que le blanc du glacier. Je ne sais m'en arracher, j'ai une pile de photos sur ce même thème.

Etang  de Horo



Autre perspective



Je quitte le lac fréquenté et je rencontre Fidel : un personnage que ce randonneur solitaire ! Il randonne seul pour être au plus près ...de lui même. Il tient depuis 17 ans ses carnets de route (moi seulement depuis 6 ans, en 2012) et il aime bien bavarder avec moi (en espagnol). C'est sa première sortie après une fracture du pied voilà moins d'un mois. 3 ans après il m'arrivera la même chose ..Nous discutons longtemps, il eut bien poursuivi la conversation le soir dans la vallée...Il ne pensait pas avoir affaire à plus sauvage que lui.




Dernier regard avant de plonger dans le mur

Et me voilà  non au pied du mur mais en haut du mur .












Le mur ? Une descente verticale de près de 400 m, en roches, éboulis et sentier, assistée de cordes fixes. Tout pour me plaire. Une unique spectatrice, pas farouche, me fait un brin de causette, une marmotte aux avant postes. Un reporter marmotte ? Elle ressemble à Gondine, la femelle ragondin de mon frère, apprivoisée et sympathique. Un moment de grâce....




Dame Marmotte sur son rocher perchée


Au pied du mur, facilement franchi (pas pire que son voisin de ce matin), il ne me reste plus que la douce prairie à traverser pour retrouver une Lison ensommeillée, un parking déserté et la perspective d'un bon repas dans la vallée. Car mes réserves sont épuisées...et après cela, moi aussi...

Au parking, tout en bas, m'attend ma Lison
Donc quel que fut le charme de ces lieux, si je ne veux pas crever de faim comme l'homme à la 205, il faut que je descende ! Ce sera Vielha, un repas chaud, un vin frais, avant que de m'écrouler de fatigue sur mon lit, peu m'importera le décor cette nuit là, un brin de trottoir suffira.






Mais...conter ces lieux, revoir textes et images m'a donné un furieux goût de revenez y ...Pourquoi pas en cet été prochain ? (* Je l'ai fait : Pic de Molières et Bésiberri Sud, août 2018)
J'ai gardé de cette randonnée des souvenirs de lumière, de couleurs, d'éclats de lumière, de paysages somptueux, de moments de grâce comme sait en donner la nature. De par la nudité extrême de l'environnement qui, ainsi dépouillé, met en valeur le moindre élément; un lac, un sommet, un ruisseau, un glacier...même un crâne blanchi et nu...




vendredi 2 mars 2018

Un souvenir de montagne, Val d' Aran : "le mur". Partie 1

C'était avant le blog, en 2012, quelque part (mais pas n'importe où) en Val d' Aran, Espagne.

J'ai souvent pensé à ce périple original que j'avais adoré alors je vais le conter.
Juste pour mettre "sur papier" mes souvenirs.
Il n' y a pas que les souvenirs, il y a aussi mes notes de voyage et les photos.
A cette époque je randonnais déjà en montagne mais d'une façon plus légère qu'à présent ; je n'avais pas encore goûté aux raquettes, crampons et piolets, je faisais juste quelques randonnées d'été en Ariège, sur les sentiers battus. De belles randonnées de simple promeneuse..ou presque.... Je suis passée à la vitesse supérieure en 2013. Cette randonnée mémorable en fut , je crois, le prologue.
Cet été 2012, c'était mes premières vacances de femme seule à "l'étranger" soit en Espagne, en Val d' Aran, cette région montagneuse de hauts sommets dépassant les 3000 m, pendant espagnol  des Hautes Pyrénées françaises. J'étais montée l'été 2011 à la Brèche de Roland, au Tallion (3144 m) mais là je m'essayais à l'autre côté de la frontière. En compagnie de ma chère Lison, pas du tout en règle par ailleurs. Un chat sans papiers en somme.
Tout un bonheur d'aller me frotter à une région déjà traversée et rencontrée dans "ma vie d'avant" mais pas de façon aussi profonde.
Le Val d' Aran, situé à l'aplomb de la Haute Garonne et de l'Ariège, de l'autre côté des Pyrénées, est une région particulièrement montagneuse, verte, arrosée, émaillée de beaux lacs de montagne, et de sommets élevés qui brillent de névés, de glaciers, de roches pâles et nues.




Les villages, au fond des vallées, sont sagement alignés, avec leurs façades sombres, leurs toits noirs, pentus  et étincelants, alignement impeccable de maisons face au soleil comme de noirs tournesols qu'on s'attendrait à voir tourner lentement sur elles mêmes en une inlassable course solaire...



Massif et glacier de la Maladetta en fond, à droite du clocher

Il est un lieu où un fleuve très connu , La Garonne, joue à une drôle de facétie. Elle naît en Val d' Aran, musarde entre les montagnes, décide d'un coup comme un serpent de disparaître sous terre, au Trou du Toro, pour resurgir près de 4 km plus loin, aux Uelhs deth Joeu. En fait la Garonne  a plusieurs sources dont celle ci, reconnue en 1931 par Norbert Casteret, célèbre spéléologue. Ce "serpent de Garonne" naît dans le Massif de la Maladetta, connu pour son glacier et son Pic d' Aneto, haut sommet de 3404 m qui manque à mon palmarès.
Ce jour là, je n'avais pas particulièrement décidé d'aller camper dans les montagnes mais juste rendre visite aux Uelhs deth Joeu que je connaissais. Une petite route part de la ville de Vielha et s'enfonce dans les montagnes verdoyantes du très arrosé Val d' Aran.




La rivière resurgit dans un lit de rochers, plus ou moins haut selon la saison et le débit. C'est assez amusant comme phénomène géologique. Je remontai le long du cours d'eau bondissant et écumant  en grimpant entre sentier et rochers, l'eau allait diminuant jusqu'à son absence;  la présence de sable fin et doré indiqua la source et enfin j'y arrivai. De l'eau glacée sourdait entre les rochers la.même qui s'était enfouie quelques 4 km en amont.

A gauche : la sortie de l'eau sous la roche, au point le plus haut
A droite, quelques mètres plus bas, bien alimentée par d'autres résurgences

Revenue au camion, je continuai ma route jusqu'au terminus ce qui n'était pas prévu et je fus tellement conquise par le site que je décidai d'y rester malgré mon intendance peu fournie.
Peu de chose dans mon garde manger mais l'imprévu était au bout du chemin dans ce grand pré où campaient quelques véhicules. Nommé Artigas de Lin. Altitude 1460 m.
C'est là que je fis une rencontre qui allait changer non ma vie mais mes projets immédiats et me conduire à un de mes plus beaux souvenirs.
Ce soir d'été 2012, le 9 août, je vis soudain arriver mon jeune voisin de campement, épuisé, à qui je m'adressai d'abord en espagnol avant de remarquer que sa voiture était immatriculée en Hérault.  Il m'expliqua qu'il rentrait d'un périple de 2 jours pas prévu à son programme, donc il était parti le sac quasi vide et était mort de fatigue et de faim, ayant dormi dans la montagne, beaucoup marché et pas mangé. Je le conviai sans façon à ma table qui était pauvre ; il hésita, finit par accepter et on partagea les pâtes à la tomate, le pain et l'unique verre de vin que m'avait offert un vacancier français. La solidarité en montagne c'est cela.
Le jeune homme, géologue, me conta son périple, me le conseilla, me donna son morceau de carte avant que d'aller s'effondrer roulé en boule dans sa 205, portes ouvertes pour pouvoir se déplier un peu.
Je m'installai pour ma soirée au parking, un morceau de carte en main, j'avais déjà hâte du lendemain, des rêves plein la tête.

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Je voudrais , dans ce billet, parler des parkings de montagne, préludes à de nombreuses randonnées.
Car un parking de montagne, surtout l'été, c'est un extraordinaire lieu de vie. C'est une invitation à ce que sera demain, ou les jours à venir. On arrive, on découvre, première impression, très forte,  et on lance un coup d'oeil circulaire, regardant qui l'habite, où l'on sera le mieux, le plus tranquille avec un joli point de vue de préférence. Généralement, il est assez vide à cette heure, les "habitants" sont en randonnée. Puis il se peuple petit à petit et on y observe la vie, on regarde les arrivants, on essaie de deviner de quel périple ils viennent, on observe leur joie ou leur lassitude.

Mon tout premier parking : août 2006
Soulcem, Ariège
Il est des parkings charmants, d'autres austères, voire tristes, étroits , sans horizon, enfermés dans des sombres sapins. Il en est en bord de rivière, au milieu des prairies.

La Restanque en Ariège : merveilleux
Un des plus austères : le Randé pour le Canigou
Avec Camille on y a mis de la joie
J'en ai quelques uns à mon actif, en général je ne les fréquente qu'à la belle saison, leur préférant les villages lorsque les journées sont courtes, question de lumière. Ceux qui sont situés sous un barrage véhiculent un lot d'angoisse, surtout lorsque l'orage gronde dans les murs rocheux des montagnes.

Espagne : barrage de Cavallers, inquiétant
Girolles des bois

Aux Bouillouses avec le Land Rover (devenu camping car)

 Il en est de posés bien à plat, d'autres en pente où il faut faire un peu d'équilibre pour passer une nuit paisible. Il en est de trop bruyants ou de trop silencieux. Il en fut un de désert, une nuit, où terrifiée par un gros animal se promenant inlassablement sur le toit de mon camion, je pris la poudre d'escampette vers le proche village. Il en fut un autre où je retrouvai dans la nuit un individu assis sur ma couchette, en proie à des angoisses et venant me confier ses états d'âme...Je dors souvent la porte ouverte...pour écouter la nuit et respirer la montagne. Il en est où l'on noue des sympathies, quelques heures, le temps de partager des récits, devant un verre.

Et plus qu'un verre, au Soulcem !

 Il en est où l'on se trouve absolument seule, un peu inquiète..Il en est où l'on revient avec bonheur! Il en est où l'on chercherait en vain un compatriote, de l'autre côté de la frontière. Il en est même un où il faut espérer se jouer de la maréchaussée : camper y est interdit, c'est un des plus peuplés !(Col des Tentes - Htes Pyrénées- 2207 m)
Ainsi ce soir là, à Artigas de Lin, ce fut un beau parking, et une belle soirée de convivialité.


Au fond de la prairie : le parking d' Artiga de Lin (val d' Aran, Espagne)
1460 m


                                                                                       A suivre...la randonnée et "le mur"