jeudi 2 mai 2013

4ème balade en vignes

Pour mes deux très vieilles vignes, les documents portent la date de 1905.
Mais il sembleraient qu'elles fussent plus anciennes.
Et certains ceps vérifient cette hypothèse.



Ce monstre griffu, aux crocs acérés pourrait avoir été planté avant la fin du 19 ème Siècle!
Partons à sa rencontre, vers 1890...
Tout petit, il est né d'un sarment de vigne qui a été planté dans le sol, comme ses voisins, comme tous ses congénères en France et ailleurs dans le monde, depuis l'Antiquité.
Le petit sarment a pris racine et au bout de quelques années a donné sa récolte de raisins.

Ainsi "mon cep", planté dans cette vigne, au bord d'un chemin de terre chaotique et caillouteux a entendu le pas lourd des chevaux, le pas lent du laboureur fatigué, le sifflement du train à vapeur, dans le lointain, vers la côte, le toussotement des premiers moteurs à explosion,  et le carillon des cloches du village tout proche lors de l'armistice de 1918.


Un peu plus tard, dans ce 20eme siècle, il a vu disparaître les chevaux au profit des chevaux vapeur des premiers tracteurs agricoles: il doit sa vie aujourd'hui au fait d'avoir été planté dans une des rangées paires de la vigne ! Les impaires ont été arrachées pour laisser le passage aux tracteurs agricoles!




Aujourd'hui, ce digne survivant d'un autre âge entend, sur le chemin devenu route,  le passage pressé des voitures silencieuses, et aussi le vol rapide des avions, le TGV et la sourde rumeur de l'autoroute tous deux si proches.
Mais toujours les mêmes cloches du village.

Il est une infime partie du vignoble de la commune.

Milieu du 19 eme, sur la commune, quelques dizaines d'hectares de vigne disputent le paysage aux blés, aux oliviers et aux pâtures: bois où paissent chèvres, moutons et porcs.

Aux portes de 1914, la commune compte 800 hectares de vignes, l'apogée, puisque aujourd'hui, crise viticole oblige, il ne reste que 200 hectares.
En effet, l'arrivée du chemin de fer, en 1853, avait accéléré la propagation du vignoble pour l'exportation du vin.



Cependant revenons en ce 19 eme siècle où se joua partout la sombre histoire de la viticulture.




En 1863, à Roquemaure, dans le Gard, apparut une maladie, qui décima les vignes, ne fut identifiée qu'en 1868 mais se développa inexorablement, ravageant ainsi tout le vignoble français et européen jusqu'en 1919: le phylloxéra.
C'est un insecte ravageur qui s'installe sur les racines et asphyxie la souche.
image internet: l'insecte parasite

Nos ancêtres, désemparés essayèrent tout: dans les zones inondables du midi, ils noyèrent pendant de longs mois les ceps, ailleurs ils essayèrent aussi les produits chimiques, injection au niveau des racines de sulfure de carbone ou badigeon des ceps avec un mélange de chaux vive+ eau + naphtalène + huile lourde de houille. Rien n'y fit. Seuls les sols sablonneux avaient une action de préservation du vignoble (ma vigne). Ou bien plantation de ceps hybrides (j'en ai aussi quelques échantillons) qui résistaient mais donnaient du mauvais vin.
Alors, l'Europe entière arracha ses vignes. Et vit la ruine sans précédent de ses vignerons.

Cependant, il existe dans le Gers, à Sarragachies, une petite vigne plantée en 1820, témoin rescapé de cette époque, dans le vignoble "Côte de St Monts", classée depuis 2012 monument historique! Avec des ceps avoisinant les 200ans !

Et petit à petit, l'Europe replanta son vignoble.


 (Toujours mes très vieux ceps)


C'est ainsi que fit son apparition le porte greffe américain, un plant de vigne sauvage destiné à être greffé par l'homme selon la qualité voulue.
Aujourd'hui, il n'existe pas un porte greffe, mais des porte greffe.

Ce porte greffe, un simple sarment de vigne mère improductive est planté dans le sol et, au bout de 3 ans environ reçoit le greffon, dans la vigne même, des mains d'un greffeur expérimenté.

Depuis une vingtaine d'années, cette opération se fait en pépinière et on plante directement le petit cep en  greffé soudé
Sa durée de vie est moins longue que celle des vignes d'autrefois.
Selon la région, le climat, le sol, etc...le porte greffe est déterminé .


Toutefois, le phylloxéra n'est pas éradiqué: il existe encore, mais en sommeil.

En 1980, il attaqua le vignoble de Tokay en Turquie et en 2006, il sévit en Australie.

Mes petits ceps plus que centenaires que je respecte, tourmentés et beaux me content toute cette tragédie à laquelle ils ont échappé par miracle, et chacune de leurs blessures, infligées par les sécateurs de mes ancêtres, au cimetière depuis longtemps, sont une cicatrice laissée par l'histoire de ma famille.


 Je vous laisse les admirer...



Voici des plaies de taille antérieures à 1914.










Un jour, bientôt, je ferai un sentier découverte dans cette parcelle: je lui dois bien cet hommage car je pense être la dernière de la "dynastie" familiale ...

8 commentaires:

  1. Super boulot !
    Bonaparte

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  2. Merci! Peut être cette vigne existait-elle déjà pendant la campagne de Russie à laquelle vous survécûtes !

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  3. LIson bonjour je repasse lire et regarder tes photos plus tard je t'embrasse

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  4. LISON je ne connaissais pas cette maladie à Roquemaure tu vois c'est trop sympa de venir te lire
    BISOU

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  5. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  6. LISON bonsoir je viens de me fouler la cheville donc je passe car je vais rester un moment sur le lit rire

    Je viens de lire tes lignes tout en regardant ces superbes photos et je vois que tu as de superbes souvenirs
    Je vois bien ces petits ceps et je trouve qu'ils sont si beaux
    Puis lorsqu'on vit dans la vigne comment ne pas l'aimer et lui parler
    COmment rester indifférente!!!! ce n'est pas possible
    Ta famille a laissé des traces et beaucoup d'efforts aussi
    Car avoir des vignes n 'était pas de tout repos au contraire
    C'est de plus un travail pénible un travail ou tu dois te lever et partir t'occuper de tes ceps* toute la journée ( qu'il pleuve ou qu'il fasse très chaud) il fallait y aller*
    Je viens d'en apprendre ce soir et j'adore ton récit ta vie aussi
    Des souvenirs qui font mal *
    Mais que tu gardes dans ton coeur*
    La vigne pour moi doit être dans nos paysages elle doit y vivre et survivre aussi
    Je sais que tu l'adores et je l'aime aussi
    Merci beaucoup LISON je te souhaite une belle soirée

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  7. Merci de nous avoir conté l'histoire de tes vignes, Lison, cela m'a beaucoup intéressée. Et comme ces photos sont belles ! Il y a de la vie dans tes petits ceps, cela se voit ! :-)
    Bonne soirée à toi, et bon dimanche.

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  8. Ces ceps sont magnifiques. De petites oeuvres d'art...

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