mardi 15 octobre 2013

Etonnantes "Trementinaïres"!

J'ai passé, récemment, un petit week end (fin septembre) de repos en Catalogne espagnole.
Ce n'est pas très loin de chez moi, ça dépayse et ça fait du bien.
J'ai vu quelques beaux paysages déjà nimbés de lumière automnale dans cette région montagneuse située non loin de Berga.
Voici quelques uns de mes coups de coeur paysagers.
Barrage de la Llosa del Cavall

Aval du barrage

Amont du barrage










De mon bivouac sur la place du village de La Coma



Harmonieux stockage de tuiles

J'ai fait un périple de plus de 600 km jalonné de rivières, de curiosités géologiques, de villages charmants, de routes pittoresques, d'une bonne cuisine, de montagnes majestueuses, 
en compagnie de Lison, bien sûr.






Josa del Cadi

Etrange géologie




La Pedraforca 2497 m

































Cependant, ma plus étrange rencontre fut celle des "trementinaïres".
C'est ici, à Tuixen, que je les ai rencontrées.
Au musée qui leur est consacré.


Autrefois, au 19 ème siècle, dans ce village de Tuixen, au carrefour des vallées de Josa et Llavansa, et dans les villages des environs vivait une population de 3000 âmes. Il y en a 300 aujourd'hui.
Situés à l'arrière de la Sierra du Cadi, ces lieux étaient isolés et vivaient en autarcie, sauf que, un jour, les femmes décidèrent de vivre autrement.
Et elles devinrent, avec l'aide des hommes des "trémentinaïres". Tout ce peuple se mit à récolter les essences des arbres: sapins, genévriers et autres, à cueillir les plantes médicinales dont une tradition vieille de plusieurs siècles leur avait enseigné tous les secrets et vertus.
8 mois de l'année étaient consacrés à cela et les 4 autres mois, scindés en tranches de deux mois, les femmes, seulement, prenaient la route pour aller vendre ou troquer leur récolte au fin fond de la province.
Situation de Tuixen en Espagne

Les routes des femmes à partir du village.


Oui, mais tout ce chemin se parcourait à pied!







Les femmes laissaient maris et enfants et par groupes de 2 partaient sur les chemins, chaussées d'espadrilles, chargées de leurs produits et n'ayant qu'un maigre bagage personnel. Elles partaient par paires, mère et fille, aïeule et petite fille, ou amies et débutaient ces périples vers l'âge de 10 ans pour achever à plus de 80 ans parfois.
C'est dire les km à pied parcourus dans une vie!

Vers la côte, les grandes villes ou le Val d' Aran, elles amenaient leurs plantes, leur science, les onguents et résines curatifs pour humains et bétail. Les hommes tenaient la maison, travaillaient les champs, se louaient pour des travaux d'entretien, étaient charbonniers, etc...Une étonnante existence.

Le petit musée qui est consacré à cette existence est très riche: costumes, produits, outils,  reconstitution de l'intérieur d'une maison où se préparaient les produits, le tout étayé par un petit film, interview de la dernière trémentinaïre qui était la seule à "voyager" avec son mari.

Ainsi était ce petit peuple extraordinaire, besogneux, actif et "sportif", ces femmes courage qui se lançaient à travers les paysages que je vous ai montrés au début de ce billet.
Bravant la fatigue, les sentiers, l'inconnu, le froid, la maladie, etc...

Le seul couple à partir ensemble

Le chargement, dans un grand sac
contenant des petits sacs

De face



Préparation des plantes mises à sécher

Intérieur de la maison



L'âtre où cuisaient les onguents

les sachets

Prête au départ

Sur le côté, le récipient en cuivre, compartimenté pour
loger les liquides et onguents

Après avoir fait connaissance de ces femmes extraordinaires, il ne m'était plus possible de voir ces beaux paysages avec le même regard; s'y superposaient des femmes marchant par deux, d'un pas vif ou lent, lourdement chargées, des fillettes exténuées, sur ces sentiers escarpés que mes yeux découvraient, en conduisant sur des routes sinueuses, certes, mais combien confortables.

Oui, mon week end de repos se muait en un voyage 
hors du temps....




12 commentaires:

  1. c'est vrai qu'on voit autrement lorsque l'on connait l'histoire des lieux. Merci pour ce beau partage, et les photos sont magnifiques, j'aime beaucoup aussi les ciels bien chargés de nuages mouvementés.
    Bisous
    Laurence

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    1. Cette montagne que je songe à aller escalader un jour était grandiose comme un volcan avec ce ciel; d'ailleurs plus loin m'attendait le déluge. Bisous et belle journée

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  2. Bonjour chère Lison!
    Un très beau parrtage d' un endroit plein de beauté et simplicité comme j'aime!
    Et des très belles photos de ce paysage!
    Mais mon coup de cœur sont des tuiles!
    Un trésor pour moi!
    C' est toujours un rêve d' avoir une maison avec des tuiles de sud mais chez moi pas possible ...
    Quel dommage!
    Et j'aime la troisième photo avec la maison et des fleurs ...
    Je te souhaite une belle journée Lison!
    Je t' embrasse!

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    1. Ces tuiles enroulées comme un chat endormi sur l'herbe au soleil m'ont enchantée. Celles qui étaient sur le toit étaient agrémentées de nombreux gros cailloux, c'est dire la violence du vent dans cette vallée. La maison et les fleurs je les voyais depuis mon lit (fourgon) sur la place du village, au pied de l'église, de la fontaine et d'un beau marronnier: mon hôtel 4 étoiles. Bisous

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  3. Un magnifique article...
    Merci du partage

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    1. J'ai pensé à toi en le rédigeant, je savais qu'il te plairait. Bises

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  4. Merci pour ce partage instructif et l'hommage que tu rends à ces femmes étonnantes et courageuses... c'est émouvant et les photos comme d'habitude nous emportent vers les lieux que tu as découverts et parcourus. Bravo Madame vous êtes un reporter de qualité. Bisous

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    1. Merci pour votre compliment Madame Fanfan! J'aurais aimé être journaliste, autrefois....je suis devenue enseignante alors j'explique aussi! Je vais plutôt à l'insolite et à l'authentique dans mes balades. Bises

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  5. Tes photos sont magnifiques. Tu en as fait un beau périple !
    Tu as de la chance d'être située près de la frontière Espagnole. Lorsque je descend, j'en ai pour 10 heures de route ! D'ailleurs, maintenant, je le fais en deux fois ...
    Merci pour ce reportage sur les Trémentinaïres. Cela a l'avantage de nous remettre en question pour certaines choses qui nous amènent à râler .... Pour pas grand chose.
    Ces pauvres femmes ! Quelle vie .... Et les petites filles aussi.
    Bisous
    Chantaloup

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    1. Les choses simples foisonnent à portée de notre main. Il y a une telle richesse de choses simples, de petits "riens" à rencontrer. Bien sûr, ailleurs, ça ajoute à l'insolite ou au poétique. Merci de t'intéresser à mes petites balades ; je vis à 15km de l'Espagne mais je n'y fais maintenant que de petites incursions sur 2 jours. je t'embrasse

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  6. Et qu'est devenue cette tradition de plantes médicinales ?
    On pourrait imaginer la reprendre sous une forme moins pénible, moins "barbare"...
    Un très beau billet, Lison.
    Je t'embrasse, très belle journée !

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    1. Ils ont créé dans ce petit village le jardin des Trémentinaïres qui est un complément du musée avec toutes sortes de plantes dans leur habitat naturel reconstitué en thèmes.Des livrets sont aussi à la vente. Je consacrerai un billet à ce jardin, bientôt ou alors au printemps; bises Norma

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