dimanche 12 juillet 2015

Mythique Canigou : altitude 2784 (1ère partie)

Prélude à une  randonnée d'exception.

 


Le massif du Canigou vu de mon village (Tresserre)
Le Canigou est un massif emblématique, qui se dresse au dessus de la plaine du Roussillon avec une majesté à nulle autre pareille. Une harmonie incomparable que peuvent nous envier certains lieux de la planète. autrement connus, autrement prestigieux.



Trouillas

Quand une enfance a été baignée par cette vue, je crois que dans la vie, tous ceux qui s'en sont éloignés n'ont qu'une idée : le revoir. Pour les autres, ceux qui sont trop loin, c'est un manque à perpétuité.




Vu d'ailleurs, le regard perd sans doute un peu de ce côté fascinant.
Vu depuis Rodès : l'éperon du pic

Depuis Prades : le Pic et le cirque glaciaire

Ce massif est à "deux pas de chez moi" et pourtant je n'y mets jamais les pieds, allant chercher ailleurs sentiers, pics, panoramas et autres aventures.

Je me suis interrogée sur cette anomalie et une bonne petite introspection m'a permis de comprendre : c'est la peur. Ce massif me terrifie littéralement.

J'ai remonté le temps vers l'enfance - encore- et j'ai trouvé les clefs. Petite, j'avais très peur de l'orage (rassurez vous ça ne m'a pas passé ) et cette montagne au coeur de fer attirait les orages comme un aimant. De terribles éclairs la lacéraient , sur fond de ciel d'encre , avec un vacarme effrayant. Parfois même des avions s'y écrasaient on peut encore voir des débris. C'était dans les années 60, les instruments de navigation se déréglaient au contact du champ magnétique de ce massif dont les entrailles sont emplies de minerai de fer, un des plus purs existants.
Le massif est empli de témoins muets de cette époque et bon nombre de personnes âgées du département pourraient parler de leur labeur. Les lieux ont pour nom Velmanya et les mines de La Pinouse, Arles sur Tech et les mines de Batère, , Escaro, Fillols, Ballestavy, Sahorre etc....la liste est longue.
Ce fer connu en 2200 avant J C , exploité déjà en l'an -100 par les Romains ! A cette époque là, on pouvait déjà voir , in situ, des forges. Ancêtres des forges catalanes.
Exploitées vraiment dès le 12 eme siècle avec l'avènement de voies de communication, les mines connurent leur grand essor du 16eme au 19eme siècle où le déclin commença jusqu'en 1987(fermeture de Batère). Ce sont les hauts fourneaux et les mines de Lorraine qui achevèrent le fer du Canigou.
Portes médiévales d'églises très fréquentes en Catalogne (sud et nord) Fer du Canigou
Eglise de Montesquieu des Albères
Si je parle de tout cela ce n'est pas pour évoquer mes peurs mais parce que ce massif est vraiment un fer de lance - sans jeu de mots- de l'économie locale et de notre patrimoine.

Ces mines étaient accompagnées des "forges catalanes" au procédé original de traitement du minerai, lesquelles forges se trouvent dans les montagnes  ainsi que du travail des charbonniers qui fabriquaient le charbon de bois , combustible indispensable des forges et moteur , hélas, de déforestation. Le but de la forge était d'extraire, par cuisson, les impuretés du minerai.

Si j'en parle c'est qu'au cours de ma randonnée j'ai trouvé un site que peu de gens peuvent déceler et qui m'a sauté aux yeux. Je n'en sais pas davantage pour le moment. Je contemplais ma trouvaille qui tenait dans la main et le groupe de randonneurs français qui passai me dit "Vous faites la quête ?". Ma réponse les surprit, ils ne savaient même pas l'existence de ce patrimoine. Cela ne les intéressa pas davantage et ils passèrent leur chemin. C'était à près de 2200m d'altitude, au confins de la forêt.
Au retour du pic, je fouillai un peu les parages et ne vis qu'un mur de pierres et des scories sur le sentier ce qui me fit imaginer que ce site d'exploitation et de forge était loin du sentier et que le sentier était le lieu de chargement des mulets. Un jour, peut être, quelqu'un saura me dire...

Scories de forges et morceau de "loupe" de fer pur


Sur le sentier où on chargeait les mulets

Vestige d'abri ? Lieu de chargement ?

Dans ce billet, je ne raconterai pas cette randonnée. Je campe juste le décor.

Le Pic du Canigou culmine à 2784 m d'altitude. plusieurs voies y conduisent, deux seulement amènent directement au sommet : le sentier venant du chalet des Cortalets (2200m) et celui provenant du refuge de Mariailles (1730m) ces deux lieux pouvant être ralliés en voiture.


D'autres sentiers venant d'un peu partout rejoignent les alentours de ces  2 voies d'accès au sommet, en comptant aussi la voie d'alpinisme nommée Brèche Durier. Une étonnante histoire que celle ci. On verra plus tard !

Le chemin de Mariailles est long, 8.5 km, je le raconterai dans mon prochain billet mais il s'achève par le temps fort très attendu : la cheminée. Face ouest,l'accès au pic est une véritable muraille de roche qu'on escalade littéralement avec les pieds et les mains, vertige s'abstenir...et qu'on désescalade ensuite. Impressionnante et relativement facile cependant. A la portée de certains enfants. 88m de muraille verticale dans laquelle la roche a naturellement créé des escaliers. Le danger (en dehors du vertige) se présente hors été , ou par temps de pluie, ou bien...si un caillou nous tombe sur la tête, envoyé par un grimpeur. 
La cheminée : voyez le grimpeur
Voilà donc le décor étant planté, vous pourrez suivre mon magnifique périple en couleurs, bruits et sensations, voire émotions.


Tout a commencé ce lundi 6 juillet lorsque j'ai pris la route au volant du vieux Land Rover gentiment prêté et aménagé par mes soins pour la circonstance. J'avais un souvenir de longue piste assez accidentée et ne voulais pas l'imposer à mon vieux fourgon. Mes souvenirs étaient erronés, j'aurais aisément pu y monter. La prochaine fois...

Je quitte l'univers caniculaire d'en bas avec des températures au dessus de 36 ° et je roule aisément.
pourtant, au coeur des montagnes tout faillit s'arrêter là : décidément le Canigou ne m'allait pas ...et j'étais déterminée. Le Land Rover m'offrit dans un virage en épingle, à 58 km de la maison un majestueux coup de chauffe.

ça chauffe !!!

Quelques vérifications de bonne santé, une mise au vert et au frais, et demi heure plus tard je repartais, chauffage à fond pour soulager la "vieille Dame". J'avais pas froid ....
Cela fonctionna à merveille et je m'offris une des plus originales nuits , seule dans le grand parking désert, porte ouverte sur les bruits de la nuit. Il ne manquait à mon confort dans ce somptueux aménagement qu'un matelas (aïe les douleurs du lendemain) et le thermos de glaçons pour le muscat !
Voyez mon bivouac : une tente sur roues !
Sans Lison, naturellement.




Il manquait Camille avec qui on avait fait un joli bivouac ...avec le muscat.....émotion des souvenirs...

Camille en 2013, à ce parking...

Allez, une bonne nuit avec les bruits des animaux dans la forêt et on part pour 23.2 km et 1300m de dénivelé : vous me suivez ? Alors préparez vous....


On va là ! Oui , en haut !
Et il y a la muraille...Aïe...





4 commentaires:

  1. Bonjour Lison,
    jusque là, ça va... j'aurai bien aimé faire partie de l'expédition. Mais j'ai lu aussi ton précèdent article d'août 2013 et les commentaires et, là, je suis soufflé ; je pourrais dire comme ton père "pourquoi?". Mais c'est humain, "pourquoi" à 74 ans, je continue à lire, à écrire, à essayer de convaincre mes amis... qui ne m'entendent pas. Nous avons tous des passions et c'est très bien de les assumer.
    Au plaisir de te lire.

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    1. Je pourrais, Pierre, recopier la réponse faite dans mon commentaire d'aoüt 2013, elle est toujours de rigueur. Mon père s'éclatait dans ces travaux imbéciles c'était son souffle d'air pur et souvent nous les faisions ensemble. J'ai étendu mon champ plus loin, j'aime joindre l'inutile à l'agréable. Tu as pu voir dans FBook que j'avais rajouté une couche d'inutilités en allant à la plage , où je n'allais jamais , ce qui a fait dire à ma gente mère " Avec tout le travail que tu as, qu'est ce que tu as BESOIN d'aller à la mer, tu te disperses" ! Non ai je dit, c'est vrai, pas besoin ,juste ENVIE. Hier je lui ai dit "je suis hyperactive et j'entends le rester jusqu'à ma mort". En mode privé je t'écrirai un peu plus sur ce thème. Régale toi Pierre, à 74 ans et ne laisse jamais vide "la liste de tes envies".. Bisous...vois tu Camille n'avait qu'une envie dans sa liste...il en est mort, mort provoquée par lui même. A 76 ans

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  2. La cheminée n'est pas naturelle mais artificielle. Elle fut créé à coups de dynamite tout comme la brèche Durier, du nom de Mr Durier qui en a donné les consignes. Lire "Canigou : Montagne sacrée des Pyrénées" par Joseph Ribas édition Loubatières

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    1. Ah bon ?? je ne savais pas pour la cheminée; quant à la brèche si je le savais c'est parce que tu me l'avais appris. Donc tu m'en apprends encore une. Quant au livre je le lirai avec bonheur.

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