samedi 18 juin 2016

"N'écris pas !!!"... ou l'écriture et moi



Du plus loin que je me souvienne j'ai toujours eu le goût de l'écriture.
Ayant lu très tôt j'ai donc écrit très tôt. Enfin cela allait de soi pour moi. Je n'alignais pas des mots sur une feuille, j'écrivais dans ma tête, de petites historiettes rondement menées, avec des phrases appartenant au langage écrit et non oral. Plus tard, collégienne, j'avais des rédactions à faire et ma mère, qui aimait écrire et m'en avait transmis le goût, se faisait plaisir en rédigeant  mes rédactions. Elle avait de bonnes notes mais au moins j'ai su , par son biais, apprendre à rédiger. J'ai toujours écrit, et j'ai autant d'aisance devant une lettre de réclamations, de protestations, de sollicitations que de...condoléances. La plume facile dit on.
Adolescente je rédigeai un journal intime au sort funeste que je raconte ici (clic)

Ma plume a dérangé. Bien plus tard. Combien de fois ai-je entendu ma belle famille et ma famille réunies me demander : "N'écris pas."


Bien sûr à une certaine époque de ma vie, une souffrance profonde m'invita à coucher mon désarroi et mon enthousiasme mêlés sur de petits carnets à spirale que je cachais. Cependant une fouille en règle les exhuma et ...provoqua un drame . "N'écris pas !!!". Ils se trompèrent de cible : "Ne fouillez pas !!" eussent 'ils du clamer.

Mes petits carnets d'alors

Et d'autres encore


Un plein carton de papiers
Je continuai à écrire, et les cachettes se firent savantes. Enrobées d'une angoisse mortelle. Enfin je trouvai un site hébergeur : la demeure de mon père.
Lorsque je me retrouvai seule, 14 ans après, je repris l'écriture. Cette fois j'étais libre de coucher sur le papier mes ressentis. Je n'étais pas assez libérée, je les cachai encore pendant plus de deux ans : je ne me suis sentie libre que le jour où je laissai mes cahiers au vu et au su .De très beaux cahiers  (clic) ...


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Mon meuble à cahiers

Le cahier Monet






















Pourquoi écrit-on et qu'écrit-on ? Et ...aussi....pour qui écrit-on ? Un ON malvenu puisque je ne peux parler que de moi.

J'écris tous les jours, quasi, mais pas toujours sur du papier. Pas trop sur mon ordinateur, beaucoup dans ma tête. Quand je roule, quand je marche, quand je travaille dans les vignes en tracteur. Je dirais que le tracteur est mon écritoire favori.
Un jour, je récupérai mes carnets à spirale avec la ferme intention de les brûler mais forte de mon expérience lamentable en ce domaine, je révisai le but et j'en fis un livre. Que je n'ai pas publié ...évidemment....

Mes textes imprimés en un ouvrage


Pourquoi j'écris ? Simplement par besoin; quand quelque chose provoque en moi une émotion, comme si je devais conserver absolument la trace de cette émotion. Oui c'est cela ...matérialiser l'émotion et la dater très précisément, à la minute près. Un chagrin, une joie, un bonheur, pas ordinaires, seulement ceux qui transcendent.

Laisser la trace pour qui ? Pour moi seule au cas où ...un jour...je voudrais revivre le souvenir...où bien si un jour il ne me reste que cela, les souvenirs, que je ne serai plus dans l'action mais dans la contemplation.

Au même titre que les dizaines de milliers de photos que j'ai engrangées et soigneusement classées.
Par amour pour la photo comme pour les mots.
Fermeture d'un des cahiers





















Dans mes cahiers, il n'y a pas que  les émotions. Au début de leur rédaction, comme je vivais sur "des sables mouvants" mes textes me permettaient de mesurer le chemin parcouru (positif) je relisais souvent mes écrits, c'était quantifier ma progression. Comme un sportif qui note ses performances. Pour me rassurer et me permettre d'avancer. Mes écrits étaient de petits textes ayant tous un titre. Avec un leitmotiv qui revient régulièrement : le bilan de mon existence . "Où en suis-je ?" se nomment ces bilans .



Il y a aussi des récits de montagne, de voyages, de scènes rencontrées dans la rue, ou ailleurs. Des portraits de personnages. Des dessins parfois. Toujours un texte rédigé in situ en montagne : conserver intacte l'émotion du moment.
En fait mes cahiers bouillonnants de vie ne sont qu'un immense congélateur...Des milliers de pages.



Montagne de Montserrat

J'ai essayé d'engranger des textes  dans mon ordinateur; je n'y ai pas le plaisir de la page écrite, du crayon (oui mon unique instrument) qui glisse sur le papier et qui reflète mon émotion du moment: écriture sage et apaisée ou tourments profonds dans une écriture bouleversée. Toujours laisser la trace de l'émotion comme si je devais sans cesse me prouver que je suis vivante.
Un des titres
















C'est marrant...j'ai toujours besoin de me  prouver que je suis vivante, que j'agis, que j'avance. Et par ma page Facebook ou mon blog, le dire aux autres. Peur peut être de traverser la vie comme quelqu'un de transparent , qu'on croise sans le voir, ni l'entendre. A moi à qui on a toujours dit "tais-toi" ou "n'écris pas". Ou encore "Tu as toujours besoin de raconter ta vie" d'un ton blessant. Si ce n'est pas "Tu es vraiment con..."Alors que je suis diserte, expansive et que j'ai la plume en verve. Envie d'exister et que mon existence soit sinon reconnue, du moins validée.

Coucher des mots sur le papier ou sur un écran me permet de rencontrer une personne que j'ai méconnue ou ignorée : moi.
Rencontres en montagne
Non contente de remplir mes jolis cahiers que je souhaiterais voir disparaître avec moi, je tiens un blog qui a un certain "succès" et dont on aime à la fois textes et images. Sauf ma mère qui me lança , le jour où je le lui dis , un "Ton père ne serait pas content !". Comme si même les défunts, depuis l'au-delà devaient me crier : "N'écris pas !".Ecrire dans un blog est, pour moi,  un exercice difficile et passionnant. Difficile car il faut que le texte soit précis, concis, plaisant, attirant, personnel sans trop, mais suffisamment pour faire passer une émotion, un ressenti, Pour susciter le rêve, l'émotion, le rire, l'envie, la curiosité. Une porte ouverte sur les petits riens de la vie. Passionnant par le goût du partage de ...l'émotion...
Pendant plusieurs mois, j'écrivis sur un second blog (clic) qui devait être davantage consacré à l'écriture mais je le cessai car je trouvais cela trop intime pour être livré. il n'avait donc plus vraiment raison d'être...Je l'aimais beaucoup cependant...
"Continuez à enchanter le monde" m'a dit une lectrice qui m'est très chère...

Jamais je n'ai pu écrire un roman. J'ai eu envie de m'y essayer. L'émotion, mon émotion, n'était pas au rendez vous. J'ai un peu d'imagination, je ne sais pas en faire usage dans quelque texte qui ne soit pas mon ressenti.

Le prochain: le 29 ème
Alors , à l'automne de ma vie, je ne cherche RIEN par le biais de l'écriture : simplement un moyen d'expression et d'épanouissement personnel comme d'aucuns ont la musique, le dessin et la création en tous domaines...Je ne cherche qu'à avoir cette flamme qui me porte et qui fait que tant que je laisse une trace , je vis et je ne m'oublie pas. Je me suis oubliée tant d'années, passées à me consacrer aux autres...














J'écris en toute tranquillité.

Avant de terminer, une petite note gaie, et moqueuse:

En 10 ans de vie solo, j'ai laissé entrer - brièvement- deux hommes dans mon existence, soit en ma maison. Le premier , voilà 10 ans, fouilla consciencieusement (encore un !) mon ordinateur et je lui signifiai son congé, sans ambages. Le second, voilà un an, ne supportait littéralement pas que j'écrive , que je laisse "une trace" et fouilla consciencieusement le smartphone qu'il m'avait offert. Je lui signifiai donc...son congé avec son smartphone (re virginisé) en cadeau de retour...

L'avantage avec mes chats , c'est que je n'entends jamais : "Tais-toi" et surtout "N'écris pas" !!
Et que lorsque j'écris ou je "blogue" ils font cercle autour de moi. Comme pour entériner leur accord.
Quelle que soit leur couleur !

Syrah

Mathurin

























Pourtant...Pourtant....
Ils savent apposer sur mes textes leur coup de griffe...pas vrai les félins ?

C'était Lison qui se cachait dans mon carton


A Pierre Carabasse, parce qu'un jour on a parlé de l'écriture.

7 commentaires:

  1. Bonjour Amédine, merci pour ton texte et ta dédicace. Tu connais ma démarche face à l’écriture, elle est totalement différente de la tienne (j’étais terrorisé devant la feuille blanche). J’ai commencé à écrire un peu tardivement, vers 55 ans, motivé par une « grande amitié », et devant un clavier d’ordinateur. Depuis que je suis à la retraite, je crois que ce qui me motive n’est pas l’écrire, mais le besoin de communiquer. Dans les entreprises, où j’ai sévis longtemps, mes grandes joies étaient justement toutes ces rencontres avec mes collègues et autres personnes de passage, ainsi que mes participations à des associations.
    Je reconnais que j’aime lire, continues donc à nous régaler avec tes écrits.

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    1. Oui je sais que nos démarches et nos thèmes sont différents mais pas nos émotions et tu écris de très belles choses pleines de sensibilité. Ce qui fait le charme c'est de confronter les différences. je te souhaite belle et longue vie en écriture. Je t'embrasse

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    2. Au fait, j'ai noté avec satisfaction "L'avantage avec mes chats , c'est que je n'entends jamais : "Tais-toi" et surtout "N'écris pas" !!". Cela me rappelle une réplique de Mme Sardoux mère à la personne qui l'interrogeait, "Je préfère mon chien !"...

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  2. Oui Amédine Heureusement Vous ne Les avez pas écouté :) Grâce à Votre Ténacité Nous avons Le Bonheur de Vous Lire :) Je pense que de toutes façons Il ne pouvait en être autrement ( C était écrit ) ;)
    Calinous aux Minous Bisous à Vous :)

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  3. Comme je te comprends, Amédine, écrire tes émotions, qu'elles soient tristes ou joyeuses. Pendant plusieurs années, j'ai tenu un journal intime, et puis je l'ai détruit, car trop intime, et je ne voulais pas que des yeux indélicats s'y posent. Maintenant, j'écris sur mes blogs, j'écris mes émotions, mes tracas, mes soucis, mais aussi mes joies, mais en n'oubliant pas de censurer ou de masquer légèrement, toujours pour la même raison. Mon père écrivait beaucoup, il nous a d'ailleurs laissé des cahiers fort intéressants, où l'on peut retrouver notamment des dates de naissance d'aïeuls, des anecdotes, des émotions aussi. Mon père était un homme très sensible, il y a laissé aussi des moments de sa vie qu'il n'aurait peut-être voulu que l'on connaisse. D'où ma prudence avec mes écrits.
    Merci pour ce joli billet qui me parle, Amédine. Je t'embrasse.

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  4. Coucou ... Quel beau billet plein de sensibilité !!!
    Ecris, écris, encore et toujours ... jusqu'à la fin, si tu le peux ... tes voyages, tes pensées, tes Félins ... ta vie.
    J'ai feuilleté, lu, tes autres pages ...
    Douce soirée, Bisous, Câlins à tes Félins, Pensées pour Lison

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