vendredi 13 juillet 2018

En duo pour trois Puigmal

Il manquait à mon actif le Puigmal de Sègre et le vrai Puigmal de Llo, dans ma randonnée "puigmalienne" précédemment contée. Qu'à cela ne tienne : en montagne on est sûrs  que si l'objectif est repoussé à une date ultérieure, il ne fera point faux bond. On peut compter sur sa présence.

Nous sommes deux ce matin  et mon projet initial n'a pas survécu à la tempête d'eau et de grêle de la veille: on ne remontera point le ruisseau de Coma Dolça et ses longues et fines cascades. En hors piste on serait vite trempés comme des soupes. Ce sera sentier pour tout le monde.

Mon partenaire de rando donne d'emblée le rythme, la cadence et les consignes : ce sera pas lent et régulier, sans aucun arrêt . Je ne dis rien mais dans mon fort intérieur c'est panique : "Comment je ferai pour respirer et calmer tous les 40 pas mon coeur endiablé ?"
Je ne dis rien et je marche.
D'abord il faut perdre 70 m de dénivelée et descendre au bord de la rivière jusqu'à trouver un point de traversée. Elle est grossie par l'orage de la veille , finalement je ne choisis pas la méthode "marcher sur l'eau" et, nu pieds, je traverse. Ma nuit fraîche dans le kangoo connaît un prolongement réfrigérant.

Descente vers la rivière d' Err : altitude 1950  m
 Alors commence le sentier, au milieu des vaches débonnaires et des genêts purgatifs peu gustatifs pour ces Dames. Très odorants. Mouillée, la montagne n'est qu'un soupir. Les pins à crochets emplissent l'air d'un parfum âcre et subtil, celui là même que j'ai pu respirer un moment porte ouverte sur la nuit avant de refermer, il faisait froid.

On remonte  au milieu des vaches et des genêts
Et on attaque la montée. Le rythme est plus lent que le mien, mais d'une régularité de métronome tant et si bien que je respire, que je parle (aussi) et que mon coeur reste calme et sur son quant à soi. Les 50 ans d'expérience montagnarde de mon guide sont une excellence ; je compare mentalement avec ce que je fais...ouah j'ai beaucoup à apprendre. Mon défaut est d'être toujours pressée même quand je ne le suis pas et même en montagne.

La défunte station d' Err Puigmal : point culminant 2660 m
Les seules haltes rapides seront les haltes photos . Cet homme est un vrai dromadaire des montagnes : il marche, parle et avance sans le moindre à coup. Il ne mange ni ne boit, bien qu'il parte à jeun, comme moi, et avancer avec lui est agréable. Habituée à randonner seule, c'est une nouvelle approche et un nouveau regard sur la randonnée. J'ai l'impression de retrouver Camille

La Matte : on entre en forêt

Le sentier est abandonné, on traverse une magnifique forêt de pins et enfin le paysage devient vierge de toute végétation hormis la pelouse. La journée est sereine, lavée par l'orage. le panorama est superbe : le massif du Carlit, le Madres, la Cerdagne et ses villages , la Serra del Cadi, un horizon de pics et de névés surplombant les vertes pâtures. Et des fleurs à cet étage de végétation !
Vue vers la Cerdagne et la Serra del cadi

On a quitté l'étage de végétation : plus de 2300 m

A présent on marche en crêtes et on y restera jusqu'au retour : crêtes douces, lisses, avec de petits rochers et des sommets qui se déclinent discrètement : la Pic de Coma Dolça, le Puigmal de LLo (le vrai) . Aussi discrets sont les habitants des lieux . Des isards, beaucoup d'isards, et même un couple de perdrix des neiges qui troque sa tenue blanche d'hiver contre celle, brune, d'été. Pas farouches ces lagopèdes. La pelouse s'est muée en caillasse, ce sera le menu du jour cuisiné à la sauce brune. Quelques fleurs osent même y pousser !


Le caillou s'installe 

Vrai Puigmal de Llo: 2767 m

 La montagne est surlignée, quadrillée, en une étonnante géométrie, par la grêle de la veille. Depuis que nous avons quitté la forêt, elle est posée au sol en petits tas de billes .
Mon guide : en fond le faux Puigmal de Llo, 2801 m

On passe sans s'arrêter au Puigmal de Llo, puis au 2nd où j'étais l'autre jour. Rapidement je prends quelques photos et je file rejoindre mon guide qui n'use pas les freins!
Le temps est resplendissant, c'est au nord sur le Carlit que ça bouillonne.

Le grand névé et la géométrie de grêle

Les névés du Madres

Notre vrai objectif est le Puigmal de Sègre
La montée y est plus qu'agréable. Après avoir traversé un champ de lauzes, on attaque la montée rocheuse à souhait, avec des vues sur la vallée de Llo et le Val de Nuria, de part et d'autre de la frontière.  On est en frontière et c'est beau. Certes pas désert non plus. Il y a même à quelques mètres une famille mouflons à la curiosité attisée.


La grêle surligne la montagne

La grêle d'hier; en fond Puigmal d' Err 2910 m, ma dernière rando

J'ai marché sur le grand névé

Empreinte sur le grand névé (photo foncée pour le relief)
Empreinte de loup ou de très gros chien

En route vers le Puigmal de Sègre

Je me régale, pas une fois je me serai essoufflée ! Sauf quand j'ai tenté de passer en tête! Me faudra t'il un métronome dans mes randos solo pour guider mes pas ?? Je devrais essayer...

Puigmal de Sègre : un père et son fils, catalans, cherchent la sortie pour Nuria une longue route les attend. Photos réciproques et on ne s'attarde pas, le temps se gâte, les Puigmal ont fait quelques emprunts aux voisins d'en face, Pérics et Carlit et autres. ça bouillonne.

Jardin de Puigmal

Au Puigmal de Sègre: 2843 m

On salue au passage le Petit Puigmal de Sègre, excentré, où une famille belge d' Anvers s'essaie avec brio à autre chose que le plat pays qui est le sien et pour nous ce sera une descente en direct dans la pente pavée pas toujours de bonnes intentions ! ça glisse, ça roule et dévale à souhait.



Autre jardin de Puigmal

Petit Puigmal de Sègre, 2810 m
En fond Puigmal d'Err, 2910  m

Descente en tout droit dans la roche

Une dalle de 1.50 m de long

J'aime ce terrain rocheux à souhait
Le névé sur lequel je vais dévisser et le gros roc qui va me stopper
Je trace ma route vers un grand névé ce sera sympa de le descendre ! Dès les premiers pas je descends en effet ! Sur les fesses et à bonne vitesse. Forte de ma néfaste expérience, je me transforme en bobsleigh et d'un coup d'arrière train, je vire à 90° pour aller prendre à bras le corps un rocher qui va me stopper net ! Je viens d'inventer une discipline olympique, par chance j'ai la forme qui va avec!
Enfin mon "dromadaire" de guide décide qu'on va manger; avec l'estomac dans les talons pas facile de faire des pas , je marche sur ma faim .

Une bonne glissade
 Mon guide, tout nouvellement rencontré est un homme sympathique et disert, de mon âge ce qui m'évite les sprints des randonnées passées avec plus jeunes que moi . Sa connaissance de la montagne et son expérience d'alpiniste et de grimpeur sont rassurantes. Randonner ainsi enlève à la rando tout le côté un peu aventureux que j'y trouve seule , mais a ce côté reposant qui fait qu'on pourrait marcher des jours durant . Et puis c'est un partage, un échange, une convivialité. Qui me feront malgré tout garder mes randos solo auxquelles je suis attachée. Mais avec lui je pourrai faire ce que je m'interdisais . Ou qui restait dans un coin de mes rêves. Déjà la prochaine est décidée !

Mon guide dans la descente des Aiguaneix

La descente dans la vallée du ruisseau d'Err, par les Aguaneix, se fera d'un rythme plus soutenu; l'air a l'immobilité et le parfum de la pluie.


ça menace orage, on file bon train


Elle nous laissera arriver à la voiture, souffler un peu et un violent orage de grêle nous poussera intra muros vers un apéro bien mérité même s'il est plutôt l'heure du café !


En chiffres 
Temps de marche 7 h
Dénivelé env 1050 m
Distance 10,5 km environ



4 commentaires:

  1. Belle rando, que j’ai suivie pas à pas, je m’y croyais. Sympa d’avoir rencontré un randonneur qui marchait a ton rythme, les poses photos et nourriture m’auraient manquées...mais tu as fait de beaux clichés et tu n’es pas morte de faim... lol. Vous avez pu discuter, c’est l’essentiel. Il est agréable de faire tous ces sommets qui sont très proches les uns des autres, j’aime beaucoup ce côté minéral des puigmals. Il est assez rare de voir des lagopèdes, tu as eu de la chance. Un récit bien mené comme d’habitude, merci Amédine, je t’embrasse.

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  2. m’auraient manqué. Je n’avais pas relu....

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    1. merci pour ton comm je sais combien tu aimes nos montagnes fières et minérales, un peu austères parfois.J'ai rencontré après deux charmants dinosaures un dromadaire des montagnes qui apprécie aussi ce qualificatif et nous avons fait ce jour les Coll Roig (j'ai fait les 2 lui un seul) minéral au possible cet univers. Là c'est du sport ! Bises et à bientôt pour le récit

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  3. Bonjour Lison, je reconnais que ces randonnées sur les sommets, c'est pas mon truc ; physiquement, j'aurais été incapable de faire le quart de tes prouesses. Mais j'admire ton courage, ta résistance à la fatigue... et bien sur, tes photos et tes textes. Bonne continuation et pour longtemps. Bises...

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