mercredi 2 octobre 2019

Le Puig de Castell Isard, 2633 m, par son arête nord/ouest

Le Pic de Castell Isard entre l'étang du Lanoux et le fier Pic Carlit, est une sorte d'incongruité. Ce n'est certes pas son altitude (2633 m) qui lui confère sa particularité, mais plutôt son aspect. Tout seul, posé comme une molaire dans une bouche édentée, il trône au milieu de cirques glaciaires, entouré de lacs et laquets allant du bleu au vert, et cerné dans ses environs d'une couronne de pics assez prestigieux : Carlit, Ximeneas, Grave, Coma d'Or, Pedros  et j'en passe. Allant du noir d'encre au beige étincelant.


Photo du 15 septembre 2018
Ce Castell Isard ne ressemble à personne, isolé et fier. C'est en cela qu'il m'a attirée, et ce, depuis longtemps. Je lui devais bien une visite. Plusieurs chemins y mènent, le plus court étant par le Lanoux. Et ce, à partir du barrage, par un chemin que chacun peut créer à l'envi. Car de chemin il n'y en a pas. C'est ce que je ferai en ce matin du dernier jour de septembre: il suffit d'une carte et d'une pertinente lecture du terrain. Mais revenons en arrière...

La veille je m'installe au Passet, étang paisible auprès duquel les nuits sont belles. Une nuit sans lune, des milliards d'étoiles suspendues au dessus des montagnes. Les cerfs ont longuement bramé à la tombée du jour, je les espère pour la nuit mais ce sera silence.


Un réveil trop tardif, une fatigue féroce due aux vendanges difficiles, un dos en colère, je ne démarre qu'à 8 h 08, mécontente de moi. Dame Cruralgie s'est invitée, je lui adjoins Dame Prudence et nous voilà parties pour un voyage qui sera long. La chaleur est intense, au bout de demi heure je suis en nage, pour la 1ere fois de l'année : le soleil de mars ou septembre est féroce en montagne.
Pourtant que la lumière est belle, et le silence religieux, troué par les brames des cerfs et deux hélicos qui cherchent..qui ?



Etang du Lanoux, petite pause et le vrai voyage va commencer. Le Castell se profile, c'est de loin son plus harmonieux visage. A moi de trouver le meilleur chemin; le relief, par ici, est sans originalité : des barres parallèles. Des barres de roches séparées par des couloirs d'herbe et, éventuellement, par la profonde saignée d'un ruisseau qui a emporté la terre. Je commence par lui, sa falaise, le Rec dels Forats, puis je lui fausse compagnie, je m'engage dans un couloir et j'arrive ainsi sur le plateau ondulé, couvert de pelouse jaunie et brûlée, le Castell, imposant est devant moi. Une belle molaire ! Sertie dans la roche.

En images : Le Castell Isard et le Rec dels Forats







La cascade des Forats et la montée sur sa rive


























Devant moi le Castell Isard et la dorsale grise que je choisis d'emprunter

Un petit lac permet au Carlit de se baigner

Je sais l'arête que je convoite à l'opposé mais je suis impatiente et cette longue dorsale grise me captive, alors ne perdons pas de temps et lançons nous! Oh je me traîne, je sue, je souffle et je souffre, alors c'est le pas lent que je monte sur le dos du saurien. En fait ce n'est pas une arête mais des arêtes, parallèles elles aussi, séparées de couloirs herbeux où il doit être facile de monter, mais je veux du caillou.





Rencontre animale à l'oeil vif

Le caillou c'est du schiste en dalles verticales, ce qui offre des prises et de la solidité. Du relief et du jeu. Je vais ainsi grimper , passant d'une dorsale à une autre, cela crée une arête continue. Je savoure le paysage et l'énergie que je dépense. Presque pas de vide, aucune ivresse du vertige, ni celle du danger, mais un chemin magnifique qui vaut par le décor.


En action : le seul qui risque c'est l'appareil photo
posé en équilibre, le pauvre !

D'autres arêtes se profilent, de plus en plus relevées au fur et à mesure que je m'élève, tentantes comme un fruit défendu car difficiles : efflanquées, aériennes, ce n'est plus de la randonnée, ni de la varappe, c'est de l'alpinisme. Pas de mon niveau...Et dire qu'un simple couloir d'herbe me conduirait là haut....

L'arête voisine
Détail


Mais voilà que se dessine le dessert ; une fine arête ciselée comme dentelle, posée presque à ras du sol, à quelques mètres, mais d'une beauté !! Je vais la tenter.

L'arête que je vais parcourir en entier : le départ, tout à droite est peu commode aux petites jambes

Je traverse le couloir et escalade ce fil aérien sur lequel je vais naviguer jusqu'au bout: étonnant de simplicité. Certes je marcherai rarement sur le fil de quelques centimètres mais je le suivrai tantôt sur la droite , tantôt sur la gauche, je m'y assoirai pour le fun et la photo, je vais le savourer dans toute sa splendeur. Parcours court, facile, mais si original !
Quelques moments ludiques, en images



Le fil de l'arête et à sa gauche le couloir facile
de montée

En action

Repos sur le fil

Clin d'oeil solaire

Une partie de mon trajet jusqu'ici (il manque 3.5 km en bleu sur le sentier)

Tout en bas, le ruisseau des Fées
:
 A ma gauche une féroce arête se rit de moi. A ma droite, le plancher des vaches où tintent les sonnailles et où étincellent les lacs. Ainsi mon arête me conduit au sommet et se meurt avant que de laisser la place à une autre longeant un grand vide, une vertigineuse hauteur creusée de couloirs : je suis au sommet. Fatiguée, un peu écorchée (un pas trop long m'a faite grimper sur les genoux) mais ravie : que c'est beau !

Dernière ligne droite

Le sommet : 2633 m

Je me rends alors compte que j'ai fait tout ce périple de 8 km et 900 m de dénivelé...quasi à jeun. Et je m'étonne d'être séchée ? Je prends mon repas de midi au sommet, je n'ai même pas faim. Je compte les lacs, 10 autour de moi, bleus, verts, je repère ma future piscine, je scrute les voisins. Inutile de dire qu'il n'y a pas âme qui vive !


Voilà ma piscine
En images depuis le sommet :

Coeurs liquides






Portion de Lanoux et étang  Llanoset


Cimes ariégeoises

Cirque glaciaire nombreux lacs et éboulis

L'arête que je projetais arrive ici, et bien je la descendrai.
Je ne m'attarde pas, je commence la descente mais elle est malcommode, alors pour profiter du reste de la journée, je préfère éviter et vais suivre l'arête en contrebas par une série d'évitements, en roche, en herbe, en terre, jusqu'à sa base. Bien sûr que je reviendrai un jour grimper cette dorsale arrondie, facile et sympathique !
En images :

Un genévrier tapi aux abris


L'arête  sud est


Mon chemin de descente
























Pièces détachées d'arête : un vrai magasin!



Depuis sa base , ce pic isolé, au nom mérité de Castell (Château) a plusieurs physionomies, depuis la plus élégante, la plus débonnaire jusqu'à la plus tourmentée. De la plus pâle à la plus sombre. De la plus élancée à la plus arrondie. Plusieurs facettes pour un étrange et séduisant personnage.




Un  des aspects du Pic 

13 octobre 2018, depuis la Grave

15 septembre 2018, depuis Sobirans et l'arête classique 
 Et puis je plonge côté soleil, toujours brûlant, toujours dans ce relief de barres parallèles : un cours d'eau sec pavé, typique du secteur et j'aborde aux rivages du lac sans nom nourri par le ruisseau des Fées (Encantadas). Je choisis ma plage mais une charogne l'a choisie avant moi! Ecoeurée je file à l'autre extrémité où une vache, quant à elle, choisit mes affaires de rando: bâtons et sac l'intéressent fort. Devant mon manque d'aménité, elle s'enfuit et je vais pouvoir me permettre un petit bain rapide.

Décor typique du secteur



Ma piscine et son décor : Pics de Coma d'Or et Pedros
 S'il n'y a personne, un hélico surgit et cherche quelqu'un sur les Ximéneies. Un bain rapide mais vivifiant sur ma peau brûlée. Il me manque 8 km pour rentrer. Un chemin à tracer. Pas facile d'ailleurs car si le Rec des Encantades (les fées) s'enfuit en cascadant, je ne puis en faire autant et entre couloirs et barres rocheuses je parviendrai à l'altiplano ondulé. Là aussi je vais varier le retour et suivre le Rec des Encantadas qui ressemble à s'y méprendre à son voisin : normal, le relief a une unité. Retour facile et agréable qui m'amène juste où je le supposais, les marques rouges et blanches du GR font alors figure d'autoroute.


Les Ximéneies

Vers l'aval : je vais suivre le ruisseau


Ruisseau des Fées ou Encantadas

Le Puig de Castell Isard me gratifie d'une dernière et étonnante image : sa face la plus élégante certes, mais couronnée de l'unique nuage du ciel. Banal ? Oh que non ! ce nuage semblait être le reflet du laquet qui dort à ses pieds, un laquet en forme de X lui aussi

Le petit lac en forme de X, à ses pieds 
Le Castell Isard et son nuage en X

Le retour devait être long, douloureux et monotone, et pourtant....la Providence, associée ici à Dame Cruralgie et Dame Prudence s'invita à son tour...Voyez donc...J'écoutais dans la montagne en face bramer un cerf et rouler les roches sous ses pattes quand soudain mon regard, à quelques dizaines de mètres en contrebas du sentier, fut attiré par ceci.

Le cerf dans tous ses états ou presque

Je m'arrachai au spectacle, le retour n'était pas fini et une longue route m'attendait.











Qui commençait ainsi



Sommet du Canigou






Et termina ainsi.




En chiffres
Distance: 17.6 km
Dénivelé positif cumulé : 1000 m
Temps de marche...oh ...long...
Route : 2 h 30 et 125 km








Le trajet : en bleu, commun à l'aller et au retour, soit 11 km








6 commentaires:

  1. Coucou Amédine,
    Comme toujours tu nous offres un très beau reportage dont tu as le secret. Les analogies entre nature morte et nature vivante sont originales. Ton arête est juste à côté du couloir d'herbe que l'on avait pris à la descente. Ce château des isards ne manque décidément pas de charme.

    RépondreSupprimer
  2. Et bien oui il m'a séduite ce château entouré de gouttes d'eau et la prochaine fois ce sera ton chemin à l'endroit que je ferai; ce sera un peu plus du sérieux mais cette arête normale sera je pense dans mes cordes. Après tout elle s'évite si besoin est.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il y a tant de chose à faire que je crains que tu n'y reviennes plus. Le Font Vive attire l'oeil également.

      Supprimer
    2. Il y avait dans ma liste d'envies le Pedros : fait, le Faury : fait, le Castell Isard ; fait; il reste le Font Viva, à faire et la fameuse arête qui me fait peur...Par contre le sentier d'accès, un peu ras le bol

      Supprimer
  3. coucou incroyable cette ressemblance entre nuage et lac, tu ne rates rien. Un lieu qui ne semble pas encore trop limé par le passage intensif, un bel objectif avec une arête qui évidemment offre un beau terrain de jeu. Infatigable que tu es, tu nous feras toujours rêver. bises la tortue

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Chère tortue, je fus du style escargot je crois...non presque tortue je pense. Ce qui m'a permis de vraiment profiter du décor dont une partie était tout neuf. C'est un peu long, mais que c'est beau ! Allez y un jour quand vous serez bien installés enfin plutôt en 2020 car les jours raccourcissent. Bises à vous deux. Oui ce nuage était bref et exceptionnel, il a vite été déformé

      Supprimer

Votre commentaire: