mercredi 22 octobre 2014

Le Puig Pedros ou de Campcardos : 2905 m

C'est un très beau dimanche que ce 19 octobre, lumineux, ensoleillé et chaud. Plus que  l'été indien, c'est l'été tout simplement comme on ne l'a pas vécu cette année. Un de ces étés qui donne des ailes. Je pars loin de chez moi, en Espagne, avec un but bien précis qui doit joindre l'utile à l'agréable.
L'utile se joue ici, près de Méranges, sur les pentes de la montagne, à 1600 m d'altitude.



 J'ai fait 130 km de route de montagne et je prends mon repas au grand soleil de 14 h : il fait 40° au soleil à plus de 1600 m!
Je suis venue récolter des cynorrhodons des montagnes, bien ronds et charnus, dont ma mère fera une belle gelée, mon carburant riche en vitamine C pour mes randos vers les pics, les lacs et la neige.
Ils sont moins abondants que l'an passé et mon seau se remplit au prix de grande douleur : les épines de ces rosiers sauvages sont féroces.

Flamboiement d'automne

Le soir venu, je grimpe plus haut, au terme d'une route qui se mue en 6 km de piste et j'arrive au milieu de nulle part : un parking de montagne, devant un refuge, près d'un lac, au milieu des forêts, un bout du monde charmant à souhait nommé Malniu.(Le mauvais nid).
J'en fais mon nid pour la nuit, sauf que le refuge ferme, le parking se vide et que je reste absolument seule avec Lison, à 10 km de la première habitation. Cependant, pas d'hésitation: je reste. 
Un peu impressionnée quand même.
La nuit s'installe en rougeoyant et c'est le grand silence d'une nuit d'encre, sans lune, sans vent. sans bruit.
Une sérénité incroyable. Pas l'ombre d'un humain, d'un animal, d'une crainte; je suis merveilleusement bien.



Etrangement, dans la nuit, deux grosses bourrasques de vent, éphémères et virevoltantes troubleront la sérénité, venues on ne sait d'où et mystérieusement disparues. Sous un ciel piqueté de millions d'étoiles.
Un petit matin serein et frais ouvre les yeux sur ce paysage .Que je découvre dès le départ de ma randonnée, laissant une Lison endormie sous son plaid polaire.

Le petit étang, et le camion altitude 2128 m
Mon but du jour est le Pic Pedros. (Le pic rocheux)

Il a une particularité non négligeable, ce pic là. Il est situé en frontière franco espagnole et a double nationalité. Double identité et double altitude, selon sa nationalité : 2905 m ou 2915 m.

 Soyons modestes, restons sur 2905 m.
Que sont 10 mètres de plus ou de moins sinon psychologiques ?
Il est un des 4 sommets à plus de 2900 m des Pyrénées catalanes, ce sera le 3 eme à mon actif après le Carlit ( 2921 m) et le Puigmal (2910 m).
Me voici donc en route, dans un matin calme et désert, avec pour seuls compagnons les chevaux déjà au travail : petit dej équin.


Attentif au sol













A cette altitude de 2200m, la végétation est rare, la forêt a cédé le pas à la roche et aux  genévriers.
Je marche bien tranquille, d'un bon pas sur un beau GR 11 bien tracé auquel je fausse vite compagnie pour un parcours plus direct, juste cairné qui suit un torrent.




Cela grimpe raisonnablement et je dois mes jambes lourdes à la cruelle gymnastique des quatre cueillettes de champignons en rampant. L'humain décidément n'est pas fait pour marcher à quatre pattes ni  ramper !
A propos d'humain, aucun ne se profile à l'horizon, j'ignore que je n'en rencontrerai aucun .
Vers l'aval, les vallées noyées de brumes

 Dans la plaine de Cerdagne espagnole (1100 m d'altitude), les brumes matinales flottent dans l'air, s'étalent, comme pour prendre un bain de soleil.

Je suis à 2500 m environ, c'est le silence dans sa perfection, juste troublé par le torrent dont l'eau fraîche est très désaltérante. Car il fait déjà chaud. Il est 9 h 20, je marche depuis 45 minutes.
Le Col de las Molleres 2475 m est atteint et les montagnes apparaissent enfin, grandioses.


Un ruisseau dévale , que je remonte sur 200m et en me retournant je le vois se partager en plusieurs ruisselets qui se dirigent les uns vers le nord, les autres vers le sud, selon la ligne du partage des eaux et peut être aussi selon leur choix personnel? Une belle leçon de géographie court sous mes yeux.




L'an passé, à pareille époque, j'arpentais avec Camille ce grand cirque , là bas tout au fond, celui des étangs d' Engorgs.(clic)


A cette altitude, celle exactement du Canigou (2784 m), le panorama devient spectaculaire. servi par de belles couleurs dans ces lointains bleutés.


Une bien fascinante vallée me lance une invitation : pour plus tard, belle dame...


Le Pic Pedros est à portée de main: c'est le cas de le dire car il faudra grimper dans un étonnant feuilletage de dalles granitiques, ce qui me plait assez. On est bien loin des monstrueux blocs du Besiberri; ici, il semblerait qu'un jeu de cartes géant se fût abattu sous la poussée du vent.




Me voici au sommet, 2905 m, et je ne vais pas me lasser du panorama: il n'est que 10 h 30, je suis partie depuis deux heures à peine, j'ai franchi 777 m de dénivelé . Double sommet d'ailleurs ( cela justifie t'il la double altitude ?)
Au pied d'une croix penchée, hommage
d'une mère à sa fille Nuria

Soyons narcissique :)))



















Les Mollères du Pedros est un plateau d'altitude (2780 m en moyenne), semé de marécages d'où naissent des ruisseaux qui s'élancent dans toutes les pentes. Tout cela brille comme des miroirs . Très étonnants ces affleurements d'eau sur ce plateau rocailleux et sablonneux.

Les molleres del Pedros, 2780 m 

Le cirque d'Engorgs avec ses lacs et les lointains sommets andorrans


2 des lacs d' Engorgs

A cette saison, le soleil rasant empêche les lacs de revêtir leur bel habit bleu estival.

Je ne me lasse pas de contempler ces sommets déchiquetés, cette géologie colorée sur laquelle j'essaie, carte en mains de mettre des noms. Difficile exercice.




Quelques monstres crochus semblent prêts à me dévorer !


Pas farouche, la douce perdrix des neiges, déjà presque parée pour l'hiver, ne s'inquiète guère de ma présence.

Alors que fais je en ces sommets pierreux ? Rien d'autre que contempler, écouter le silence, écrire, décrypter le paysage, me repaître d'un bonheur magnifique. Et scruter, sans cesse, à la recherche d'un détail, d'une trace de vie. Un troupeau paît paisiblement sur le plateau; des isards sans doute.
Et je regarde la proche Tossa Plana de Lles (2916 m), mon dernier projet de 2900 et plus.

Il faut bien se résoudre à descendre; mon but est de prendre un autre chemin. Que je trouverai sans peine.
Ce sera une voie directe, plus courte et plus pentue que la montée.
Justement bien nommée, elle suit "la Serra de las perdius blancas" (la montagne des perdrix blanches).
Cette longue langue de terre et de rocs domine un cirque nommé le Clot de Malniu que j'aurais pu descendre en à pic, 150 m de dénivelé quasi vertical,

Le Clot de Malniu  (le trou de Malniu)

 mais je n'ose pas prendre de risque en fonçant directement dans ce fond de vallée.



Je me console en profitant de la vue aérienne des étangs de Malniu et du Mal, ainsi que du Castell dels lladres (le château des voleurs !)

Entre les 2 étangs, le château des voleurs : 2540m

Je ne serai pas en reste, je l'aurai ma descente quasi à pic : je plonge en voie directe vers le petit lac près duquel m'attend ma Lison.

Vu d'en haut 
 Un peu plus tard, vu d'en bas, mon chemin plongeant vers le petit lac.
Fait étonnant, il y a enfin les parfums de l'été, ceux que je cherchais vainement en août : les conifères exhalent  leur puissant parfum : j'adore.

Vu d'en bas
Au passage je rafle le dernier cadeau de la montagne : un cèpe de 500grammes.




Et me voici auprès de Lison qui n'a pas bougé de sous sa polaire et m'offre son sourire ensommeillé : mais oui, elle sourit !
Allez, Lison, on fait quelques pas...histoire de se réveiller et dégourdir ses pattes...



Et on file ; la route est longue , qui mène à la maison.



En chiffres
Dénivelé 777m
Longueur 7 km
Temps de marche...un peu plus de 3 heures.
Courte balade...Mais si belle !




Je vous invite sur mon 2nd blog à aller écouter la tramontane (clic) la nuit
bien à l'abri dans ma maison .

vendredi 17 octobre 2014

Moi, Arsène, félin filou...






Personne encore ne me connaît, je n'appartiens pas à la Tribu du Sujet.
Ni à personne.
Je suis chat sans famille.

Mais non sans histoire..

Un jour, il y a au moins deux ans je suis arrivé chez Elle.
Elle m'a accueilli, nourri dans son jardin car ma sauvagerie m'interdisait de mettre un pied dans sa maison. Pas dans son jardin.

Elle m'a bien accueilli, mais pas ses chats.

Elle m'a appelé Arsène, m'a nourri et m'a parlé.

On ne m'avait pas habitué à ça, moi chat SDF.

J'étais un grand blessé à l'époque parce que derrière mes deux oreilles deux gros abcès coulaient.
Ah oui ! Me soigner ? Elle aurait bien voulu mais fallait pas m'approcher.
Plus tard j'ai su que son "véto" avait dit "Il mourra d'une septicémie, c'est classique".
Ouais... je ne suis pas classique.

Elle ne supportait pas ça : ces deux plaies qui saignaient. Quelle sensiblerie ! Un chat guerrier en a vu d'autres.


Sur cette photo je suis guéri. J'ai saigné pendant plus de 2 ans. Quand je guérissais, je me grattais et ça recommençait.
Que voulez vous ? ça grattait!

Elle et moi on s'aimait bien mais je suis un nomade.
Alors je suis parti chez Lui, plus bas dans la même rue.
C'était pire. Il paraît que si j'avais su compter j'en aurais trouvé entre quinze et vingt.
De quoi ? mais de chats, voyons.
Il m'a nourri, comme Elle, m'a hébergé et m'a si bien nourri (steaks) que j'ai guéri. Comme vous avez pu voir.
Pourtant j'ai été très malade....
Alors l'autre jour j'ai eu envie d'aller chez Elle car on ne s'est jamais oubliés.
Quand Lui s'en va en week end, c'est Elle qui s'occupe de nous. Et le contraire marche aussi bien.
Alors en ce matin, puisque vous savez tout, je suis chez Elle.
Sauf que ses chats ne sont QUE 6 et pas habitués au passage. Ou aux visites.
Alors voilà :
Je suis sur Sa terrasse, j'implore du regard, je demande juste à entrer.



Elle dit oui.
Mais....


Regardez celui là.




Moi, je suis Mathurin.
Cékiça ?
Ouste, file, ...et je suis poli !!!Grrrr




Bon, d'accord, t'as rien compris ?
Stratégie militaire : ça s'appelle combattre à front renversé...T'as rien vu ? je suis derrière toi et je t'attends au virage.




Je louche , ok , mais ça converge : et vers qui ?




Attends mon Matu, j'arrive : cékiça ? Ilfaitkoilà ? non mais...!!!(((


Elle, elle surveille, preuves en main. je l'implore du regard.


Mais je n'entre pas, car dans la salle à manger devinez quoi ? Blanche est là; avec de ces yeux !!!







le gauche...
le droit...
c'est pareil...
        et
c'est pas mieux!
Tandis que moi, comment peut on résister à ce regard là ?
Elle n'y résiste pas.



Tiens voilà l'autre, Farine et son grand appétit.
Elle me mangerait peut être ?
Vaut mieux filer doux....



Elle a les yeux jaunes du crocodile de Katerine Pancol. J'aime pas ça.



Et puis...y a l'autre, là bas, celle à qui Elle dit quand Elle s'en va : " Syrah, tu gardes la maison !"
Et qui obéit. Et qui garde. Et qui râle mais qui garde quand même.
Et qui est fière quand Elle dit "C'est bien Syrah, tu as bien gardé!".
Et qui malgré ça fait la gueule...

Ben cette Syrah, elle me tourne le dos.
Parce que...


Parce que s'il exagère, Arsène, je te le course au passage qu'il s'assomme entre les barreaux du portail.
Je GARDE, MOI !





Ben....mais...en manque un ...l'est où ?










Je suis là ...j'ai peur moi....Suis caché dans le noir, moi...Moi ? Mais oui, Blizzard !



Oh que j'ai peur !!!

mardi 14 octobre 2014

Du fond des bois...suite.

Nous en étions restés là...ou presque car j'y suis revenue, accompagnée cette fois, d'amateurs.


Tous était comme hier, calme et paisible... Enfin presque : un Canigou un rien "volcanique" veillait sur nous.



Mais on l'a vite oublié, cachés au fond des bois, rampant, avançant à quatre pattes, enfin, la routine.
La routine fut aussi une vaste cueillette, plus de 20 kg, je pense.




La chanson a changé à la maison : elle avait déjà entonné le 1er couplet ce matin avec les bolets de la veille.
De ramasseur, Lison -moi-, s'était muée en bricoleur.



Un cadre de moustiquaire que j'avais construit pour ma chambre a changé de destination et s'est mué en séchoir à champignons.



Quelques heures plus tard, après la cueillette, des perles de cèpes font de beaux colliers...



Et puis il y a la méthode moderne : le séchoir électrique de Nika.
Au bout de quelques heures, ils sont prêts à filer aux civets.



La méthode ancestrale d'ici est toujours...la moustiquaire : midi et moustiques obligent.
Il m'en reste une de vieille, donnée autrefois par mon père : la voici bien remplie, un joli design...




Et ce soir, un entêtant parfum de cèpe emplit la maison du garage jusqu'aux étages.
Croirez vous ? Je n'ai pas fini : un plein seau m'attend encore.
Quant aux girolles leur destin n'est pas encore scellé.
On avisera demain!