mardi 3 mars 2015

Montserrat hors des sentiers battus



Elle m'est apparue au détour d'un virage et toute l'émotion du monde l'accompagnait




Elle, la Sierra de Montserrat...A 240 km de chez moi.

En décembre dernier j'avais convié mes lecteurs dans le monde étonnant de la Montagne de Montserrat près de Barcelone. Monde mystique, monde magique.
1er reportage : clic 
2nd reportage : clic



Cette fois, j'ai décidé de pénétrer au coeur de ce monde mystérieux, en quittant
 les sentiers battus.



 On m'a dit que ce n'était pas facile , qu'on ne pouvait s'y perdre en respectant le balisage et qu'on louvoyait entre les pitons rocheux en s'aidant parfois de cordes; il ne m'en fallait pas plus pour attiser ma curiosité.
Je pars en reconnaissance à l'unique  petit refuge de la Sierra , je profite de l'ardeur d'un jour aux relents d'été et nantie de précieux conseils j'arpente le sentier très battu au milieu des fleurs naissantes.
Il y a de bien étranges choses qui se passent sur les parois : des araignées alpinistes (ou l'inverse) et des chèvres funambules au regard intense.


Et de bien étranges lueurs célestes ...
Demain sera un autre jour...me disais je avec impatience. En marchant dans un sentier de buis, chênes, arbouses, lauriers tin, salsepareille, genévriers, et autres buissons parfumés.
Et demain c'est aujourd'hui, drôle de relief fantomatique quelque peu angoissant.

Allons soyons courageuse !


Noyés de brume






















Je vais là dedans et je prie la vierge de Montserrat se m'ouvrir les portes du ciel...bleu.
3 randonneurs de rencontre en ce monde désert m'accompagnent pour mon bonheur.
Les sous bois sont denses, feutrés, silencieux, un rien sinistres.


Couloir 

Premier obstacle, une paroi assez raide à grimper en s'aidant d'une corde : je passe la première.C'est facile.
Comme un seul homme, ils n'essaient même pas...et je reste seule.

Tant pis : je grimpe . Soit sur de la roche humide et glissante, soit au pied des murailles dans d'étroits couloirs de terre et de racines. Facile.
Sur la roche les pas des randonneurs au fil du temps, ont laissé des empreintes polies et luisantes qu'il suffit de suivre : une voie lactée.

Et puis arrive l'obstacle imprévu, définitif.
Un étroit et vertical couloir à descendre en roche ; je ne sais pas faire!
Assise, immobile dans le silence intense, je réfléchis, j'attends....
Et je me résous au demi tour.




Quand je rencontre un homme et sa fillette, bardés de cordes : je lui dis en catalan mon souci, il me répond simplement "viens " !

C'est ainsi que Albert va me faire connaître une belle aventure : celle de traverser ce champ nommé Agullas (les Aiguilles) en sécurité et bonheur .

Laïa, sa fille de 8 ans est en sortie initiation; et bien Albert va en initier 2. D'âges on ne peut plus dissemblables.
L'obstacle impossible se franchit d'une manière pour Laïa, d'une autre pour moi sous l'oeil vigilant et les conseils du guide.


L'étroitesse du parcours !!!
Et l'on poursuit.Le sentier est en sous bois de chênes verts longilignes et filiformes, privés de lumière.
Des arbres qui servent d'appui, d'ancrage, de freins, de moteurs, par leur tronc, leur racines et même leurs moignons (las sabinas), toujours bienvenus pour s'y agripper.










Parfois les passages (ci-contre) sont si étroits que seule la fillette parvient à s'y glisser : nous c'est une jambe de part et d'autre.

Par chance il y a toujours une racine ou un tronc pour s'y suspendre...


Albert est très fier de Laïa (Eulalia) qui en redemande, et du plus compliqué. !

Moi, aussi, mentalement et en silence.
Je m'"éclate" c'est un cadeau de la Vierge de Montserrat, cette rencontre !


Quand le paysage s'ouvre c'est une enchantement!

On se glisse là au milieu






Les formes sont suggestives : phalliques ou résolument féminines, toutes portent un nom...même celle qui se nomme " sans nom" !

Parfois nous faisons un détour pour caresser la face nord, abrupte, plongeant droit sur la "plaine " et d'autres aiguilles où jouent des hommes araignées.




Les "Frares Encantats" (les frères au sens religieux, ensorcelés) ouvrent un autre dédale, plus difficile paraît il.
Ce sera pour une autre fois, mais pas seule.



Et l'on continue notre chemin obstiné dans ce labyrinthe : se perdre ? non, les marques sont éloquentes.
Mais seule , j'eusse cent fois renoncé : quel désert ! Personne ne s'y aventure. Et pourtant me dit Albert, il y a des chemins bien plus difficiles. Qu'est ce qu'ils me tenteraient...bien accompagnée...
Un étroit passage.
Tout a une fin: le Portell Estret (le col étroit) est là: Albert choisit de foncer dans la face nord ; nous dévalons "un canal" (un couloir) étroit et très raide vers le pied de cette solide mâchoire dans laquelle nous n'avons cessé d'évoluer. Et qui ne nous a pas dévorés...






Comme des orgues, des personnages enlacés....que sais je ?


Le sentier suit le pied de la montagne, terre rouge et buis odorants; l'été c'est la fournaise ici.

Nos chemins vont se séparer : je veux aller contempler une fenêtre ouverte sur le monde.
Gaudi s'en inspira paraît il dans son architecture.

 C'est le surprenant ensemble formé par la "cadireta" (la petite chaise accessible seulement en escalade) et la "roca foradada" (la roche percée) où conduit un sentier très glissant et escarpé.

Une fenêtre ouverte vers le monde et les courants d'air : où un farfelu en aile volante passa un jour de grande folie.
D'un côté




De l'autre

Une ouverture à ras du sol invite eu voyage, en rampant et de l'autre côté, une vire surplombe le monde, face aux montagnes enneigées : Canigou, Bastiments, Puigmal, Sierra du Cadi, Aneto et j'en passe, une longue dentelle blanche que les nuages estompent, délaient dans l'air bleuté.
Une vire du bout du monde où personne ne s'aventure sauf....
Mais oui : il y a une grotte, un boyau étroit à l'entrée duquel un tableau naïf invite en anglais à ..."ouvrir son coeur " : comment ne pas le faire ?





Je reste là, à réfléchir, écrire, longtemps.
Puis je descends, croisant et doublant des marées humaines, juste pour regarder cette étonnante "cadireta"
Où se reposa jadis le Diable, ce Diable qui, poursuivi par la Vierge,fendit la roche pour s'échapper !


"Où des Diables en pierre décrochent les nuages " : Brel "Le plat pays"


Un diable dans lequel je préfère voir la tête d'un de mes chats...non ?






Albert moltas gracies per aquest viatge ...me encantaria fer altre amb tu y la Laïa, cap a dintre dels  Frares Encantas...pode ser...amb sort ... Adeu !












19 commentaires:

  1. Bonjour chère Lison!
    Tu me fais rêver avec cet endroit et tes photos!!!!
    Vraiment magique!!!!!
    Merci pour ce billet adorable!
    Passe une bonne semaine!
    Je t' embrasse fort!

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    1. ma chère Géli, quel plaisir ! Et cette maison ? J'ai un retard fou en blogs mais tu auras ma visite avec bonheur. je t'embrasse avec affection

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  2. Ha estat un goig poder compartir aquest petit espai en el temps amb tu!

    Des de les muntanyes tot està més a prop i tot es veu mes clar.
    Des de Montserrat tot és més màgic i el silenci és converteix en el millor mestre.

    Si algun altre cop vols tornar a la muntanya màgica, i vols tornar ha nedar per aquest mar d'Agulles, si et ve de gust, et puc tornar ha acompanyar.

    Arreveure!!!
    Salutacions de l'Albert i la Laia!!!

    Perdona per no poder escriure en francès, però m'estimo més escriure en català que fer una mala traducció de google.

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  3. Albert !!! No se escrivir en catala nunca he aprendido pero el castellano si, entonces perdoname ... fue tambien un placer leer te : lo que dices de esta montana (desculpe no tengo la accentuacion) me encanta porque es lo que me acontece en sus bosques. me encantaria volver de nuevo contigo, me llamas y en poco tiempo puedo volver, dormir en mi camioneta y recorrer el monte contigo . Te doy mi direccion mail : amedine.mas@orange.fr Leo perfectamente el catalan no problema, y lo entiendo. Arreveure, un abraço a la Laia une nina valorosa !

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  4. Tu es, et resteras, le blog de mes souvenirs d'enfance...
    Je t'embrasse, Lison !

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    1. Et oui, tu sais bien, nos routes se croisent souvent par petites touches comme sur des tableaux. Gros bisous du sud

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  5. Les diables en pierre décrochent peut-être les nuages, mais c'est loin d'être le plat pays :-)
    Encore de beaux paysages et de belles rencontres.

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    1. Effectivement...un petit pied de nez à Brel même si ici aussi ce sont des lieux mystiques. Oui de belles rencontres. merci chère MISS MM

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  6. ils sont bien beaux et impressionnants ces gros cailloux.
    bisous
    Laurence

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    1. Et tu verras la suite Laurence, il y aura une petite suite je pense. Bisous

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  7. Un reportage absolument fabuleux !! du jamais vu...
    Bises. ELZA

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  8. Un reportage absolument fabuleux !! du jamais vu...
    Bises. ELZA

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    1. Situ me suis ElZa, il y aura encore une plongée en profondeurs dans cette Sierra, plus intense. Bisous

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  9. Bonjour Lison,
    étonnant, cette tête de chameau ou de lama à la 10ème photo, en partant de la fin. Le reste est aussi splendide, ces tours de forteresse, ces masques grimaçants, ces bustes, ces phallus et autres. Au fait, la gentille Lison faisait-elle partie de l'expédition ?

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    1. Non cette fois elle a fait la valse hésitation et je suis partie sans elle. C'est un relief qui évoque celui de Montpellier le Vieux dans le causse mais ici les formes sont compactées serrées les unes aux autres. C'est aussi marrant tous les noms qui leur sont donnés jusqu'au "sense nom" de l'imagination à court d'idées (?). Quant aux "frères ensorcelés" j'y trouve un envoûtant mystère....

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  10. Je viens de faire un beau voyage à travers ces rochers, moi qui a le vertige, je préfère voyager à travers tes photos! Merci pour cette belle randonnée, C'est magnifique!

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  11. Lison l'intrépide, Lison l'aventurière, Lison qui nous fait découvrir des lieux magiques ! C'est vraiment superbe toutes ces formes rocheuses, superbe et impressionnant aussi ! Merci ma chère Lison de nous offrir de si belles "balades". J'aime beaucoup. :-)
    Gros bisous.

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  12. Merci pour toutes vos photos certaines sont sublimes !!!

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