mardi 8 novembre 2016

Deux visages pour un désert : Los Monegros (Espagne)

Oui, le Désert des Monegros, Espagne, a bien deux visages...

Monegros
Les Monegros en Espagne
entre Lérida et Saragosse

















Mais remontons d'abord le temps....

1976 : une jeune femme de 26 ans découvre l' Espagne et porte un regard ébloui sur un monde nouveau si différent de celui qu'elle a connu jusque là, sa petite région de France toute proche de la frontière. Plus tard elle a parcouru cette Espagne de fond en comble et puis aussi son pays de France, mais une part de son coeur est irrémédiablement ancrée dans cette Espagne. Elle portait un regard émerveillé sur ce pays dont elle parlait, lisait et écrivait la langue, ce pays sur lequel les études avaient ouvert les portes des beaux textes de Cervantes, Quevedo, Garcia Lorca, Perez Lujin  et autres.

1976 et 1977 : Séville, Escorial (Madrid) et Galice

Elle aima passionnément ces villes d'Histoire et d' Art, comme ces petits villages blancs, ou ocres, de pierre, de terre, ces plateaux nus et écrasés de chaleur et de lumière, creusés de canyons, ces collines d'oliviers, amandiers ou caroubiers, ces immensités d' Extrémadure où les taureaux alanguis dormaient à l'ombre ronde des grands chênes. Elle aima cette Andalousie grise et blanche, tâchée de vert, cette côte Atlantique verte et grise, frangée d'écume, veillée par de hautes montagnes blanches, et aussi...et encore...elle pourrait à l'aide de ses seuls souvenirs faire revivre des décennies de voyages.

1976 et 1977 : Luarca, Segovie, Avila et...à Santillana del Mar

Qu'il est loin le temps de ces découvertes, le temps passé à sillonner sans fin ce pays.
Elle y revint au fil des ans, elle y revient parfois encore, femme aux portes de la vieillesse, son enthousiasme n'a pas failli. Elle rêve d'y revenir enfin très fort.

C'est  ainsi que le Désert des Monegros qui la fascina voilà si longtemps la fascine toujours 40 ans plus tard.(Voir évocation dans un précédent billet ..clic)
Elle y a remis ses pas : à la fois inchangé, à la fois méconnaissable, deux visages pour un Désert...

C'était en Août 2016, juste après que celle qui "ne marchait pas", jadis, eut gravi les 3014 m de ces montages espagnoles qu'elle apprit aussi à découvrir. Une autre Espagne.

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Cette femme, c'est moi et en ce jour d'août, je remets mes roues dans les Monegros, en solo cette fois. Tout a changé et rien n'a changé; c'est une étrange sensation car le désert a changé par places, par morceaux, au gré des programmes d'irrigation qui se succèdent depuis des années. Comme des mues partielles. Des taches vertes au milieu d'un océan blond...qui lui reste tel qu'autrefois.
D'aujourd'hui


Et tel qu'hier


En 1975, les villages étaient desservis par des citernes que leur apportaient des camions...c'est l'époque où je découvrais ce Désert. Aujourd'hui les deux fleuves des Monegros, le Rio Cinca (Nord/Sud) et l' Ebre (Ouest/Est) pourvoient, par les barrages et les canaux à l'irrigation d'une grande superficie, sans cesse accrue puisque de nouveaux plans sont prévus. Je ne ferai pas un cours d'économie, je veux juste montrer ces deux visages, en perpétuelle mutation.




Les Monegros traditionnels...bien sûr mes préférés! Laissez vous aller au fil de la route. Les routes sont rares et rectilignes, je retrouve intactes mes émotions d'autrefois, amplifiées par le fait que je suis seule dans cette immensité, comme en montagne, c'est un cadeau qui m'est fait, que je me suis fait . Aussi seule qu'en montagne, routes désertes, campagne déserte, silence , souffle du vent, comme c'est étrange ...


Chaumes
Ne suis-je seulement capable que de me rendre dans des endroits d'une telle  intensité désolée ?
Chemins d'exploitation, à perte de vue, rectilignes et en terre
Je roule doucement,vitres ouvertes sur les parfums des chaumes, je roulerai ainsi jusqu'à la nuit , ou presque : halte dans un village, un verre en terrasse,  repas au restaurant, incursions dans des ruines (prochain billet) puis je m'enfoncerai encore plus au coeur, loin des routes, si rares, dans les chemins de terre puis dans les champs où je me poserai enfin pour la nuit au milieu de nulle part. Je savoure ce Désert jusqu'à la moelle.



Au matin,  je reprends la Route, le Désert me reprend, intensément. Certes, ce n'est pas le Sahara de mes rêves d'autrefois....Mais c'est un Désert !

Le moindre vallon est cultivé
C'est un peu de l' Espagne que je retrouve, l'autre Espagne, autres provinces, Castilla, La Mancha, Leon et puis le Maroc aussi...tant de régions peuvent avoir ce visage. La mienne peut être un jour ressemblera t'elle à cela, dévorée de sécheresse, vide de pluies. Privée d'eau. Elle en prend le chemin.

La terre, broyée est lissée

Affleurements salins
Le sel colore de blanc ces terres crues, le sel de cette très ancienne mer intérieure. Le sel né de l'eau.

Vers l'infini

Dans les coins les plus pauvres

Mais l'eau chasse le sel, l'eau chasse l'ocre et reverdit le désert; alors son nouveau visage me saute au visage, né du Cinca




Vignobles le long du Rio Cinca




 Né de l' Ebre...


Barrage de Mequinenza


Pêchers

Fruitiers

Fruitiers en bord d' Ebre

Oui, l'eau...bien sûr...Que je regarde pensive...Haut perchée sur les rivages desséchés que j'ai escaladés.




L'eau qui manque si cruellement à ma petite région du sud de France , cette absence qui en fera un futur Désert des Monegros ? Au sein duquel je vivrai ? Et que d'autres regarderont avec Curiosité ? 

A suivre : les ruines des Monegros


19 commentaires:

  1. Merci Amédine Les Parents de Mon Grand-Père Chéri étaient de Lérida :) Calinous aux Minous Bisous à Vois Pensées pour Lison :)

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    1. Ces paysages sont aux portes de Lérida, Claudie. Les régions d' Espagne sont très contrastées. je les aime.

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  2. Chère Lison!
    Quel travail de faire ce billet!!!!
    Tu es adorable et extraordinaire!
    J'aime la photo de toi et l'histoire de ce région!
    Je sais bien le désert de VAE et la beauté de ce paysage trop sec.
    Et je ne sais pas si j'aime mieux ce paysage avant ou après de l'eau.
    Le climat change beaucoup pour toi avec trop moins de la pluie et dans mon région avec trop de la pluie.
    Ma chère Lison, un grand merci pour ce billet. C'est toujours si intéressant de lire.
    Passe une bonne journée!
    La nuit dernière il a neigé chez moi. C'est aussi pas normal. Nous avons automne pas l'hiver ...
    Je t' embrasse très fort!

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    1. Pour moi bien sûr j'aime le paysage avant l'eau. Il faut savoir quand même que depuis que l'eau est installée il y a une grande production agricole (fruits, vins) qui concurrence beaucoup la production française. En ce qui concerne la neige, ça y est elle est sur les montagnes. Jusqu'au mois de juin ou juillet. je t'embrasse très fort

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  3. Amédine comme Geli J Aime Votre Photo un peu comme si Nous Nous connaissions :)

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    1. Si c'est la photo de moi, c'est une Antiquité !! Bisous

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  4. Quel contraste il y a entre ces terres et moi qui ne l'imaginais " que " désert ! Je suis heureuse d'avoir appris cela aujourd'hui, merci !

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    1. Comme je disais, ces terres qui ne sont plus Désert concurrencent beaucoup notre agriculture du sud de France... Ce n'est pas qu'à cause de l'eau, d'ailleurs, il y a aussi les coûts d'exploitation mais c'est une autre histoire...

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  5. Coucou ... Que c'est beau, mais que c'est beau ... ça me donne envie de les découvrir aussi !!!
    Merci pour ce superbe billet :)
    Douce soirée, Bisous, sans oublier les câlins à tous tes Félins

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    1. ça n'a pas la beauté grandiose du Désert Marocain que je connais aussi mais celui ci a l'avantage d'être aux "portes de chez moi". Bisous de nous

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  6. Encore un très beau billet, plein de tendresse et d'amour pour ce lieu, où tu retournes après toutes ces années.
    Merci pour ce joli récit et ces photos toujours aussi belles.
    Gros bisous, Amédine.

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    1. Mon projet lointain est de sillonner l' Espagne , le Portugal et la France à bord de mon futur camping car (pas gros)...quand je serai libérée d'obligations "familiales". Tiendrai je encore un blog ? Bisous

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  7. Alors, moi qui suis depuis un certain temps tes aventures montagnardes et qui te vois crapahuter par monts et par vaux, je vais te dire que tu ne me fais pas du tout l'impression d'être une femme aux portes de la vieillesse ! Bisous.

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    1. 66 ans au compteur c'est, qu'on le veuille ou non, les portes de la vieillesse. Mes enjambées sont moins sûres, mes douleurs plus présentes...etc.. mais je ne les écoute guère ! Bisous

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  8. Tu me fais voyager et rêver !
    Merci Amédine et gros bisous
    Chantaloup

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    1. Avec grand plaisir chère Chantaloup; bisous et à bientôt

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  9. Muchas gracias, Amedine. ¡ Siempre me agradezca leer te !

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    1. Bueno y a mi me agradece ercrivir entonces ya somos felices

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  10. bonsoir
    merci pour ce contact et se compte rendu si touchant sur cette belle region,je suis heureux deux fois cette semaine d avoir eu la chance de pouvoir lire sur une region que j aime ,et d avoir recu d une amie un livre,un livre qui lui aussi porte des belles paroles de jolis et justes mots pour parler des régions et des hommes.
    j ai recu un receuil de dessins et d œuvres de notre ami et ecrivain regrette Pierre Moustier cela m a tres touche et en plus aujourd hui les monegros,bon dimanche.
    cordialement
    andre et renee.

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