jeudi 10 novembre 2016

Les ruines des Monegros

Pour le dernier volet sur les Monegros, je vais essayer d'évoquer la vie. Evoquer seulement car de la vie je n'ai rien vu. Ce n'était pas la saison des travaux dans les grands champs, ou le moment de la journée peut être. Plus vraisemblablement, les moissons faites, la terre est en sommeil. Quant aux céréales, elles poussent seules, elles ont leur content d'eau.
Donc c'est dans un vrai désert humain que je circule, que je me pose, que je me promène.





Quelques rares fermes céréalières parsèment le paysage, on les décèle par leurs immenses silos à grain. Mais les Monegros ne furent pas ainsi, n'eurent pas ce visage : une intense vie devait y grouiller jadis.
En effet des masures en ruines parsèment ce plat pays tous les 200 mètres environ.



C'était un désert vivant.



Loin des villages qui sont rares et en périphérie, dans ces immensités ondoyantes les hommes restaient sur place pour les travaux des champs. Rien n'était mécanisé, donc ce causse aride bruissait de vie, humaine et animale. Des troupeaux de moutons s'égayaient sur ces terres arides où pousse la végétation des zones steppiques, à la recherche de leurs pâtures. Des plantes épineuses, de l'alfa et d'autres végétaux qui me sont inconnus envahissent les bords de routes, les collines, les espaces en friche. Ces plantes qui vivent de peu, se protègent et griffent les mollets.





chardons à profusion





















Toutefois, ce qui m'attire, ce sont ces ruines qui parsèment le paysage. Plus ou moins abîmées, plus ou moins effondrées, elles racontent...


Elles racontent les vents violents et glacés du nord auxquels elles tournent le dos, elles racontent le soleil ardent dont elles se protègent par de petites ouvertures, elles parlent surtout des vents que rien n'arrête, ne freine et qui obligeaient les hommes à étayer les tuiles avec de grosses pierres.



Elles disent les salles basses et sombres où, harassés, les travailleurs aux prises avec la fournaise estivale venaient chercher un peu de repos après avoir moissonné le blé à la faucille à longueur du jour.
On pourrait même y trouver les tessons de ces cruches de terre où l'eau restait fraîche. Et ceux des jarres d'huile ou d'olives, le minimum vital de ces contrées. sans oublier les tonnelets de vin.

Elles parlent aussi du bétail parqué dans de vastes enclos.




Celle ci me dit aussi que derrière ses murs, sur une aire, se faisait le dépiquage du blé et le broyage, elle me montre sa meule cassée qui gît pour l'éternité.






Oui ces ruines parlent.
Mais si avant d'être ruines, elles furent demeures, bien avant cela il y eut la pierre. Et la terre, la paille, le bois et le fer. De quoi elles sont faites.



Dans ces steppes arides , les hommes défrichèrent les sols et ôtèrent les pierres. Ils en firent des tas ou des cordons, parmi lesquels celui à utiliser pour construire.
Des amoncellements de pierres arrachées au sol dont elles portent la couleur, plates, belles, assez grandes pour êtres disposées en "opus spicatum", technique héritée des Romains, fort en usage dans le midi de la France et le monde méditerranéen. J'imagine que cette technique permet une économie de pierres.




Actuellement les sols rendent encore de belles pierres plates devenues inutiles.





Et puis il y a les ouvertures, les ferrures forgées encore en place, les boiseries vermoulues.
C'est simple, beau, émouvant.



J'avais très envie de ramener un clou mais je l'ai trouvé bien plus beau dans son élément. Je l'y ai laissé. Enlacé au bois dont il est indissociable.











Les toitures effondrées  montent le "ventre" des bâtisses dans lesquelles je n'ose pénétrer, pas par crainte, juste pour ne pas violer une intimité qui semble encore très présente. Magie pérenne des lieux.










Oui, tous les 200 m on pourrait s'arrêter et retrouver la même poétique et pathétique beauté.
Avec juste une petite différence de matériau, de taille, d'assemblage, selon les lieux et sûrement selon l'Histoire. Histoire humaine.







Allons...je continue ma route...un jour je vous conduirai dans un autre Désert d' Espagne, que je ne connais pas, qui est célèbre, imposant, magnifique, mais...touristique...


le Désert des Bardenas.

11 commentaires:

  1. Bonne Commémoration de L Armistice :)
    Amédine Comme C est Beau :) Ce Paysage rappelle un peu Perillos Chez Nous :) J Aime Beaucoup Beaucoup :) Calinous aux Minous Bisous à Vous Pensées pour Lison :)

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    1. C'est vrai ! Bon moi j'ai commémoré l' Armistice à ma façon, en labourant ce matin la vigne de mon grand père qui a fait le Fort de Vaux entre autres et est mort en 44 des suites de 14. Voilà j'y ai fortement pensé, ce sera un de mes prochains blogs... Bisous, je pars en Ariège avec Nina et Mathurin, bon WE à vous et à bientôt

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    2. Merci Amédine Pensées pour Votre Grand-Père Bon WE à Vous Soyez Prudente avec Mathurin Nina à Bientôt Je Vous embrasse :)

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  2. J'aime ces murs, ils sont beaux, se marient si bien avec la couleur des terres mais qu'est-ce que c'est triste toutes ces maisons abandonnées !
    Merci pour ce beau reportage !

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  3. Emouvant. La vie a disparu. Je ressens cela quand je me balade dans nos montagnes et qu'apparaissent ces murets, ces maisons effondrées, témoignages d'une vie passée, intense .....
    ¡ Gracias otra vez !

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  4. Un saut dans le passé avec tout ce que cela comporte.
    C'est très émouvant.
    Gros bisous Amédine.
    Chantaloup

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  5. Bonsoir ... Très émouvants, le récit et les photos ... MERCI !!!
    Beau w-e, Bisous et Câlins aux Félins

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  6. Bonjour Amédine. J'ai apprécié "je n'ose pénétrer, pas par crainte, juste pour ne pas violer une intimité qui semble encore très présente", c'est ce que je ressens quand je visite des ruines. Je pense que ce n'est que provisoire et, tôt ou tard, ces endroits reprendront vie. Mes références : La Couvertoirade, Cantobre ; même Les Matelles, près de Montpellier, et St Guilhem-le-désert qui j'ai connu à moitié habités. J'ai eu le plaisir, au cours de mes différents séjours dans le Lot (Les Pradiers, ferme des mes grands parents), de voir des maisons dont il ne restait que les murs, reconstruites et habitées au moins pendant les vacances.

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  7. Coucou ma chère Lison!
    J'adore des murs et j'aime cette maison!
    C'est toujours triste de voir des maisons sans vie dedans ...
    C'est vraiment tres sec ce paysage!
    Merci pour ce beau billet pleine de beauté et calme et un peu de tristesse ...
    Passe un beau week-end ma Belle!
    Je t' embrasse fort!

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  8. Quel magnifique billet ! ce paysage, ces ruines, avec toute leur histoire que tu as su si bien nous conter. J'aime ces murs, ils sont très beaux. J'aime m'imaginer, par tes mots, comment cela était avant, toute cette vie, cette animation. Merci Amédine pour ce joli récit. Gros bisous.

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    1. Oui cela nait aussi de mon imaginaire mais en bonne terrienne, cet imaginaire a de bonnes fondations, comme ces masures; Bisous

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