vendredi 3 février 2023

Albères, magie blanche au Neulós

 Raconter cette balade d'exception est difficile car tout est dans les sensations, les émotions et surtout les images. C'est donc celles ci qui seront privilégiées.

Le Neulos au zoom  (voir photo ci dessous)



Le Pic Neulós (à gauche), l'Ullat et le San Cristau depuis la plaine 
de Montesquieu des Albères


Après des journées et des nuits de froid, de vent, d'hiver tout simplement, banal, classique, un hiver d'enfance retrouvé, je pars fouler la neige et braver le froid du sommet des Albères, le Pic Neulós et ses 1257 m, en ligne de crêtes frontières entre France et Espagne. Modeste par l'altitude, ce pic est un belvédère, ouvrant sur la Mediterranée, la plaine du Roussillon, mais aussi la Baie de Rosas, la plaine de l' Empordà, sans oublier les lointains bleutés des Pyrénées et le majestueux Canigou. Oui, là haut, il y a tout, plus ce que notre sensibilité peut y rajouter, et plus encore quand la météo s'en mêle. Là haut, les vents peuvent être si puissants que même à quatre pattes, on ne peut avancer, venus du nord ou du sud, rivalisant de fureur, là haut la neige peut faire rage et la brume vous envelopper d'un opaque et cinglant manteau. Là haut on peut s'y perdre,  mais aussi on peut y retrouver son âme, tant la magie est grande, fut elle blanche.

Le givre s'est réinstallé dans la nuit

ça roule bien et ne glissee pas

Je démarre du Col de l'Ouillat, 938 m, alors que le petit parking regorge déjà de véhicules, que les manoeuvres sont malaisées sans équipements et que la forêt s'emplit de cris en voie de devenir intempestifs. Je ne traîne pas et file en forêt, plus vêtue que jamais, le froid est très intense.

Bardée de vêtements !


Dans la forêt, je suis seule, mes pas s'enfoncent dans une poudreuse mal damée et plus je vais monter plus ce sera mal aisé, épuisant même. J'ai doublé mon habillement, enfilé des gants trop serrés car trop neufs, prendre des photos est quasi aussi impossible qu'à Mike Horn sur la banquise ! La banquise, j'y suis, en pente sévère, en silence, en blancheur du sol au ciel, les arbres y sont en plus et sous mes pieds ne sommeille pas un océan.


Mais quel océan de beauté ! Sortir du sentier un peu damé c'est s'enfoncer jusqu'aux genoux et je suis gourde dans ma tenue yéti.

Alors, naviguons un instant en silence, juste un peu de vent impuissant à déshabiller de leur givre les hêtres et sapins : le givre, hier soir, a refait son apparition.













Canada ? 


Une petite halte belvédère au soleil est un temps de pause bienvenu, je crapahute avec prudence sur les rochers glacés et enneigés.


Au belvédère avec vue sur le Boulou et le Canigou


Vêtue comme jamais; j'ai connu pire !


Puis je gagne la proche frontière, ligne de crêtes et Roc dels Tres Termes, 1130 m. Cet amas rocheux de modeste hauteur, plâtré par la neige, peut, avec un certain regard, prendre un air de redoutable arête : illusion d'optique ! Je l'escalade et vais m'abriter face au sud, m'abriter de la Tramontane glacée.


Le Roc modeste 


Juste quelques mètres de haut et pourtant impressionnante

Tête de chien



Du haut du Roc, le Neulós et la ligne de crêtes



Espagne (Catalunya)


Côté mer : Baie de rosas

Et côté montagnes

Le secteur n'est pas désert, le Roc oui. Pour m'en extirper, je prends un bain de neige jusqu'aux genoux, désormais mes chaussettes seront trempées.


Le jeune homme en short qui est parti en courant avec son chien n'est pas davantage au sec ! 


A présent je n'ai plus qu'à suivre la ligne frontière qui a gardé ses barbelés encore bien défensifs, elle sépara longtemps une Dictature d'une  République et aujourd'hui elle n'est plus qu'un fil distendu entre Monarchie et République, surtout une barrière aléatoire pour le bétail, avec ses failles. 


Même lieu et j'avais 19 ans




Le vent a transformé cette crête arrondie en toundra où percent la glace, la roche et la pelouse. De l'autre côté un sentier plonge vers l'Espagne mais aussi vers le célèbre puits à glace du 17 eme S , un bijou d'architecture. Certains l'ont cherché et pas trouvé, je le connais et dois quitter les trace, creuser mon sillon dans la poudreuse avant que d'aborder le monument quasi enfoui puisque creusé sous terre. Un groupe m'emboite le pas, la visite se fait un par un, je suis la dernière c'est impressionnant.


Enseveli, le puits à neige




La grande citerne 10 m haut, 5 m diamètre
souterraine, dans la pente du terrain
Tunnel d'extraction de la glace


Vers la sortie


Me revoici aux barbelés que je dois franchir  car la neige encombre toute cette face sud, arrachée à la face nord, c'est pourquoi le Pou de Neu (Puits de neige) avait cet emplacement stratégique bénéficiant des amas de neige; en plus il est bâti dans un creux de terrain, idéal pour l'amas de neige...qui était redoutable autrefois. Je franchis les barbelés "en mode Aubrac" couchée sur le dos et je reprends ma marche le long de ces piquets où je croque à belles dents directement ce sucre glacé: cette friandise se  croque allégrement et a le goût rare de la neige. Un délice...


Couchée sur le dos 

C'est qui le plus gelé , 

Bien plâtré face nord, un peu moins au sud

Face à moi, le Bugarach (Aude 1230 m) a revêtu sa redingote hivernale mais les trois sites majeurs au point de vue météo sont l' Aigoual (Gard, 1567 m), Le Pic de Nore (Aude 1211 m) et bien sûr le Neulós, 1257 m. Ces trois là peuvent s'énorgueillir de damer le pion à des grands et de rivaliser de férocité ! Ils savent si bien prendre un air de Sibérie.

Le Bugarach n'a rien à nous envier


Me voici presque au sommet. J'ai toujours ce paysage merveilleux et coloré sous les yeux, le vent s'est enfui et est resté l'habillement pétrifié. Les derniers hêtres proches du sommet ont une silhouette démesurément allongée vers le sud, elle ne cherche pas la lumière et le soleil, elle fuit la violence des vents du nord. C'est l'attraction du site!





Des branches démesurément allongées, poussées par la tramontane


Au sommet il y a foule; les installations sont plâtrées, du grillage en haut des tours, des rochers aux barbelés. De la pyramide sommitale aux arbres environnants, tandis qu'en dessous de part et d'autre, les plaines se prélassent dans un air presque estival. 


Sommet givré : la mer en fond


Au sommet, en fond le Canigou


Zoom sur le Massif du Canigou



Pic du Canigou (en haut et en ombre)



Contraste : zoom sur la Plaine du Roussillon et Méditerranée

Sur la mer, c'est l'été
En premier plan arbres givrés et non en fleurs
Village de Laroque des Albères et son château



Complètement givré !


Les voiliers croisent dans une eau bleue, ici, on gèle ! Tous les bruyants visiteurs s'en vont, j'ai cinq minutes bénies avant les suivants. Une boisson chaude tirée du sac, une exception dans ma vie de randonneuse et je file vers l'aval, ce sera la route cette fois, à qui je fausserai compagnie pour regagner la forêt.


Pic Neulós et Pic Saint Cristau

La route  dans la hêtraie


Aspect du GR

Pic de Bassegoda (Catalunya) 



Dans la forêt il y a foule, le sol est damé et l'air saturé de voix, finie la paix matinale. Luges, chiens, enfants, parents, brassent la neige à tout va tandis que la lune, surprise, s'accroche à une branche pour mieux se pencher sans se décrocher. 

Curieuse au bout de la branche !

Dans les trouées végétales vitrifiées de blanc, s'inscrivent la mer, la plaine, le Canigou, ce qui fait de ce décor une exception.


Retour à la civilisation

Me voilà à regret au parking endiablé, enseveli sous les cris des gosses, vite je file au restau improvisé, parfois on n'est jamais aussi bien nourri que par soi même. Pourtant le "Chalet de l'Ouillat" m'eut tentée...


Table réfrigérée



En complément :

Sur le Pic de Nore (clic)

Sur le Mont Aigoual (clic)

Et pourquoi pas ? Le Pic de Bassegoda (clic) dernière rando avant le confinement


En chiffres :

Distance : 6.7 km

Dénivelé positif cumulé : 330 m

Temps de marche : 

Et la route : 82 km AR










4 commentaires:

  1. j'aurais aimé y être, mais cette année nous viendrons plus tard. Merci Amedine. GV

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    1. Il y aura d'autres chutes de neige, c'est sûr qu'il faut être ici quand c'est le bon moment, le meilleur moment se devine "d'en bas" avec les arbres couverts de "gibrina".

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  2. Je suis de loin mais le rêve d'y être me tenterai si j'avais pas d'ennuis de sante

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    1. ah...et si les ennuis se résolvent, pourquoi pas ?

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