jeudi 10 mai 2018

Aventure pour l'arche en plein ciel

L'an passé, en juin, je faisais connaissance avec la Serra de Vingrau, une montagnette calcaire à la physionomie envoûtante qui devait me laisser à jamais conquise. Et curieuse d'une arche en plein ciel qui se découpait au sein des falaises d'escalade, sitôt emplie pour moi de mystère et d'une furieuse envie d'aller à sa rencontre. Oui mais comment ?



Cela ne devint pas une obsession mais un projet solidement mûri qui gardait sa part de mystère puisque personne ne pouvait me renseigner. Dans mon petit univers restreint je ne me donnai assurément pas les moyens. Les randonneurs ne savaient pas, un ou autre grimpeur ignorait, non l'arche mais l'éventuel sentier. Au bout de 11 mois j'en étais presque au même point, n'ayant progressé que sur deux points : il y a un sentier de descente des grimpeurs, et une chaîne ancrée dans la paroi permet la désescalade d'un pas difficile.
L'arche
Car cette arche haut perchée est peu visible et, de plus, le secteur est très accidenté : l'éventuel sentier est très caché entre les falaises, ce n'est pas une saignée visible comme les autres. Même les vues aériennes sont d'une parfaite discrétion, à cause des ombres portées :tout pour attiser ma curiosité.

Arche : secteur du Petit Dru
et l'éventuel sentier bien caché

Dans ce cas une seule solution : partir à l'aventure !
Ce que je tente ce dimanche 6 mai.Il n'y a pas grand chose dans ma "gibecière" : un casque, une corde, de l'eau, des fruits secs et un short. Un pull aussi.
Le chemin sera court mais énergivore.







A 10 h 37 je prends le sentier qui monte dru vers la vallée sèche du ravin  des Collets. C'est calme, il n'y a aucun grimpeur, peu de bruit venant de Vingrau et de son vignoble proche. Aussi je savoure le chant du coucou qui m'accompagne à travers buissons et fleurs. Le sentier s'enfonce dans ces taillis en grimpant fort toutefois, je n'ai pas commis l'erreur de partir en short. Parfois c' est si encaissé qu'on pourrait progresser les yeux fermés.

Tout est neuf, chaque buisson a ses jeunes pousses, chaque plante ses fleurs colorées, c'est une moisson de couleurs et de parfums

Soudain le vent du nord se lève et tout change, je me serais passée de cet encombrant et dangereux compagnon . Le pull prend du service.






Dans mon dos, le paysage et la route d'où je viens

 J'arrive au verrou rocheux qui, tel un chicot, marque le seuil du ravin. Ce ravin a une particularité que l'on rencontre souvent en terres arides : son lit plus ou moins étroit est barré de murets rocheux qui font une série de gradins.

Le verrou rocheux et la plaine de Vingrau / Tautavel
Murs de soutènement pour éviter les éboulis ou bien délimiter des cultures (autrefois)
Ce paysage récurrent en terre de Corbières comme en Espagne permettait de retenir les terres arables, l'eau ou du moins la fraîcheur du sol et ainsi les paysans pouvaient cultiver : les vues aériennes sont très éloquentes. Un cabanon au toit de tuiles rouges, devenu petit refuge, est le seul témoin de cette époque . C'est face à ce cabanon que se trouve ma belle arche qui darde son oeil de ciel vers moi.





Vue aérienne

Je quitte le sentier "civilisation" et je grimpe au pied de la falaise, cherchant le départ de l'éventuel sentier de désescalade que je vais bien sûr prendre en sens inverse; il n'y a rien que cette arche cachée à ma vue et une paroi rocheuse...où je devine une chaîne qui barre le mur d'un trait sombre et rectiligne. C'est là, j'y suis  !! Oui mais..

L'approche





Je range les bâtons dans le sac et m'élance sur la paroi : escalade fort facile, il y a de quoi loger les pieds. Les doigts s'ancrent dans n'importe quelle fissure. Je vérifie sans cesse que je suis capable de redescendre ce que j'ai escaladé car je ne doute pas une minute de l'échec de ma tentative, face à ce terrain inhospitalier à souhait...mais au moins entrevoir l'arche me dis je.

Hélas, arrivée presque en haut de la chaîne, le pas d'escalade est trop haut, je ne loge pas le pied .
Avec un peu d'obstination j'y arriverais mais je manque de confiance en moi et rebrousse chemin après avoir tenté un passage sur le côté.
Et bien l' arche est perdue pour moi : piètre aventurière !
Aventurière prudente...il me manque l'agilité et la témérité de la jeunesse. Rien d'autre.

Et puis c'est un parcours de descente, pas de montée !

Au pied du mur : je vais grimper jusqu'à la chaîne

Il m'en manquait du chemin !! Mais je ne m'avoue pas vaincue ....
A postériori, j'ai une autre idée, pour aller voir de plus près 


je me glisse entre les rocs ou je les escalade
Je ne rebrousse pas vraiment chemin pour autant et je vais baguenauder au pied des falaises, pendant un moment. Je crée mon sentier dans les éboulis, les buissons et les rochers au pied de la muraille, me retrouvant parfois dans des lieux étonnants, des sortes de marmites de géant bien arrondies et sauvagement maculées comme des grottes préhistoriques : ces traces colorées pourraient servir à des peintures rupestres !
C'est fascinant : nulle vie, des végétaux remarquables, genévriers centenaires et tourmentés, buis et même des fleurs.

je me glisse entre les végétaux (buis ici)

Vais je dessiner ?
Cela fait une mousse noire

Dos au mur : va falloir mettre le casque !

Ma rencontre avec le Diable des Falaises
Genévrier centenaire ou plus
Finalement, je me plais bien dans cet univers odorant quelque peu hostile, abrité du vent et je décide de retourner à la civilisation : le sentiment de ridicule m'envahit soudain. Que fais je là ?? Je cherche quoi ??
Et soudain je trouve : alors que j'amorce la descente dans des éboulis, une tache bleue attire mon regard et je découvre ce que je n'ai jamais vu, des fleurs extraordinaires dont je vais à la rencontre.
Exceptionnelles de beauté. Avec un parfum léger et suave. Aucun des randonneurs du jour ne les verra, elles sont là pour les grimpeurs.



 Des campanules carillon.
Ce sont elles qui m'attirent vers le haut car elles montent à l'assaut de la falaise et me montrent un chemin que j'eusse ignoré peut être, un sentier de grimpeurs.


J'enfile le casque et me voilà partie entre roches, murs et éboulis.



















S'il n'y a rien à boire, ici, il y a de quoi manger!
Et les aromates qui vont avec !
Beurk ! Je déteste




Elles existent (ailleurs) en rose
Dans mon dos : le chemin parcouru (sentier, éboulis puis mur rocheux)

D'autres végétaux plus discrets se logent dans la moindre fissure créant d'exceptionnels jardins où la roche remplace la terre , c'est assez féerique : arbres, arbustes, plantes , fleurs tout le monde se plait dans cet hostile univers. Moi aussi...euh ai-je été une plante des garrigues dans une précédente vie ? Une plante épineuse sans doute!

Jardin de roche


Vingrau





Vingrau et la vallée du Verdouble , au loin Tautavel
Le Canigou est enturbanné de nuages

Je grimpe avec allégresse : c'est jour de fête ! Pour une fois toute trace d'essoufflement a disparu je réalise à quel point toutes mes randonnées sont invalidées, malgré leur dureté, par cette "infirmité" cardiaque . C'est un petit miracle que je savoure: comme ma relation à la montagne en serait modifiée si je ne souffrais de cela...!

Au sommet, je suis accueillie par le vent qui décoiffe et secoue, et le sourire de la montagne en prime.


Cependant, même si je suis passée ici plusieurs fois, il y a toujours quelque chose qui a échappé au regard : la tour de Tautavel  me fait un petit signe bleuté.
Cette tour du 10 eme siècle était une des nombreuses tours à signaux de cette région située sur un lieu de passage et de conflits de territoires. Elle était un des éléments d'un ensemble de tours mais celle ci, à 498 m d'altitude, tout au nord  du département actuel, avait un jolie surnom :

L'espionne du Roussillon !



Il ne me reste plus qu'à redescendre : ce que je fais ...en montant...Le sommet, le pylône rouillé fidèle au poste, quelques crêtes avec vue sur mer et étangs noyés d'eau et de brume, un vent fou et froid, qui punit le short au fond du sac, un petit couloir de descente , une incursion sur quelques crêtes voisines encore plus époussetées par la tramontane , avec vue sur vignes  (les dernières survivantes) et le sentier fleuri, enfin qui me ramène à bon port à 13 h 57 .
J'ai manqué l'Arche, mais pas dit mon dernier mot...


En effet, ces régions arides désertiques et désertées ont vu en quelques décennies reculer leur agriculture  de façon spectaculaire: en témoignent les vues aériennes séparées d'un demi siècle :

Pour preuve ce même lieu qui correspond à la photo ci-dessus.

Sources : Géoportail


Allons, pas de nostalgie... pour descendre, voyons la vie en rose cette fois !




Les chiffres du jour : 
petite balade de 400 m de dénivelé, très musclée quand même !




7 commentaires:

  1. très belle petite randonnée .J aime bien merci encore j aime bien bises

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    1. La prochaine tu la fais avec moi ? Direction l'Arche ! Bises

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  2. Je ne peux presque pas marcher aujourd’hui (bricolage souvent à genoux...) ta balade me ravit ! Belles fleurs et serre de Vingrau que j’adore, c’est vrai que cette arche avait attiré mon regard plusieurs fois, elle me paraissait inaccessible pour le randonneur, tu me prouves qu’elle donne du fil à retordre mais tu la vaincras c’est sûr ! La tour de tautavel est magnifique aussi, il y a un circuit qui passe par les carrières qui est super. Ce paysage désertique et aride est très beau. La montagne t’a fait un clin d’oeil en te faisant un sourire ! Merci ce récit bien mené, bises Amedine, j’ai des crampes aux doigts avec tous ces bricolages.

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    1. TU sais je te comprends : l'aménagement du kangoo m'a conduite à la clinique !! (carpien) et oui on a perdu nos 20 ans depuis longtemps...En rando je le sens. A 40 ans cette arche ne m'aurait pas posé ces problèmes mais je suis tenace, à tort car c'est vraiment de l'inutile. Justement le circuit dont tu parles est ce celui qui mène à la serra de Vingrau à Tautavel là où il y a les antennes. Car j'ai commencé à flairer quelque chose là bas. C'est triste d'avoir 20 ans dans sa tête et 50 de +++ dans le corps. J'ai fait des travaux d'homme toute ma vie, j'en fais encore. Bisous et bonne continuation, beau boulot

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    2. C’est un circuit qui part de Tautavel, qui monte à la tour en passant par un château en ruine et le retour se fait par les carrières de Tautavel, il ne va pas à Vingrau. Je ne connais pas celui dont tu parles.
      Il faut s’y faire, on vieillit mais il ne faut pas se plaindre certains à notre âge ne bougent plus. Sempre endavant !

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    3. Tu as bien raison !! La tour j'y suis montée mais pas en partant de Tautavel; fa temps...quelques 10 ans avec des scolaires. Je pense y revenir

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  3. Magnifique balade !
    Je continue à tourner les pages ;)
    Bisous

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