vendredi 4 mai 2018

Rando aérienne : "Els ganxos" (les crochets) du Puigsacalm

Depuis les semaines que j'en rêvais...ça y est je l'ai faite.
Il fallait simplement, par sécurité, que roches et sol soient secs.
Le Puigsacalm, c'est cette montagne plate (relief tabulaire) qui culmine à un peu plus de 1500m, quelque part en Catalogne, du côté d' Olot, non loin du parc volcanique.
Je l'ai gravie deux fois par les chemins "normaux" il manquait juste à ma curiosité "Els ganxos", un chemin aérien qui escalade la falaise, se perd dans ses gorges ou couloirs et émerge quelques 200m plus haut...pas au bout de mes peines toutefois, je m'en apercevrai.



Le décor est planté.

Johanetes : alt 606 m
Celui de ma nuit est Johanetes, toujours aussi désert, plaisant et original avec son embryon d' angélus à 3 heures du matin, comme si l'église lançait à la cloche un "Chuuutt, tais toi voyons !"Un fort vent a soufflé toute la nuit, cela me garantissait du beau temps. Du moins l'espérais-je.

7 h 15, je quitte le village et prends le sentier tout proche. Sûre de moi, je marche allègrement; j'ai négligé le morceau de carte que j'aurais pu loger dans  mon APN mais...mon sentier ne ressemble pas à celui que j'avais visité sur internet. Le doute m'envahit : le sentier montait très fort, pas celui ci. Enfin je rencontre un traileur et là, le verdict ! Je me suis trompée de sentier. 173 m de D+ pour rien .
La forêt retentit un moment de mes jurons en catalan, plus efficaces, tandis que je dévale le chemin à l'envers.




8 h 08, me revoilà au village et au bon départ : ah oui, ça grimpe vite, fort, sous couvert végétal. Sentier plutôt rectiligne, sous les chênes verts. J'ai la forme et la colère est un bon moteur; je mettrai vite le frein à main, je m'étouffe un peu. Le sentier a le charme de la nouveauté, il faut franchir des petites barres rocheuses, la montagne s'annonce ainsi . Des terres rouges, des rochers gris repeints en rouge à la faveur des pluies et des ruissellements, des arbres vert foncé et aucun panorama. .Mais lorsqu'il ose se montrer c'est la plaine verte et jaune et les villages ocres.


Barres rocheuses



La Vall d'Enbas

















Le vent est toujours là, le ciel voilé de gris, et je grimpe. Des cris dans la jungle : un groupe de jeunes catalans est à mes trousses, je me cache, j'ai honte de mon pas lent. Les arbres se sont estompés, la muraille est là. Impénétrable hormis deux saignées : els ganxos. On peut monter et descendre par chacun donc je choisis la montée vue sur youtube : "Els Ganxos Nous" (les crochets neufs") qui datent quand même de 1953, à peine plus jeunes que moi.



1198 m




Les catalans se sont arrêtés au bas de la muraille, au "barret" : c'est un rocher en forme de béret, qui, avec le temps, s'est un peu décoiffé.


Pause énergétique
 Avec les Catalans, on échange quelques mots sympathiques et je glane des renseignements . J'ai bien géré mon grignotage et je m'enfonce seule dans les murs. La canal Fosca , le couloir sombre. Sombre, il l'est, humide un peu, le soleil n'y ose jamais ses rayons. Je m'y sens bien, même pas à l'étroit: quelques faciles passages métalliques, les catalans m'ont rejointe, pour la photo bien sûr; il est très difficile de s'y photographier soi même.


Vers le bas

Dans l'action (auto photo)

faut pas avoir un fessier trop ample !


Grimpe en roche

Le passage le plus osé est celui-ci : un peu de contorsions, quelques prises à gratter du bout des chaussures, de bonnes tractions sur les bras et c'est passé, je refile en tête.















Soudain j'entends la cloche ! Pas celle de Johanetes tout en bas, mais une autre, un peu malmenée car chaque grimpeur se plait à l'agiter : je l'ai manquée! Je redescends vite fait et j'attends mon tour. Pour plonger mon regard dans un à pic vertigineux et agiter la demoiselle.







Et repartir sans lambiner, pas en tête cette fois. Les catalans me précèdent. Enfin je débouche à l'issue du couloir pour retrouver promontoire rocheux, à pics vertigineux, sans cloche.


Gardiens de pierre au dessus d'un à pic vertigineux


 La cloche ,elle est à Sta Magdalena que je laisse à ma droite, le chemin qui m'attend est très long.

Sta Magdalena (1ere mention au 10 eme S)
 J'ai choisi de faire d'une pierre deux coups, prendre le sentier en corniche jusqu'au Pas del Burro, le passage de l'âne. Ce sera long, pas souvent en corniche, quelquefois armé de main courante en fer, plaisant d'abord, fastidieux ensuite : une succession de montées et descentes à casser les jambes, quelques jolis points de vue, fort fleuris, puis un passage interminable en hêtraie.

Au dessus de moi, de la roche, en dessous, également
le sentier est à flanc de falaise






Passage en corniche et dévers sécurisé


Points de vue sur la vallée


 Avec pour compagnie les fleurs de printemps, gaies, colorées et les oiseaux.



Epuisée : au Pas del Burro




Soudain l'épuisement me prend; il s'est invité à l'improviste et me laisse épuisée,cassée, sans forces, au pied d'une éprouvante montée. Je panique quelques secondes puis forge mon mental : rebrousser chemin ? Ce sont ces montages russes épuisantes. Continuer ? Une sévère grimpe me conduira quasi au sommet, je n'aurai plus ensuite qu'à DESCENDRE ...le choix n'est pas cornélien. Je grimpe; j'arrive au Pas del Burro (Pas de l'âne), séchée mais vivante. Le reste sera dans mon esprit, simple formalité jusqu'aux "ganxos vells". Belle erreur, mais pas une horreur.


Le Puigsacalm coiffé de grappes humaines
(vue prise du sentier  en corniche) 
Je dédaigne le Puigsacalm coiffé de grappes humaines, je retrouve les Catalans qui font le chemin à l'envers du mien , je suis un chemin tapissé de fleurs, désert et plaisant, voire reposant , je m'offre un détour par le Puig desl Llops et je contemple tous les sommets enneigés des Pyrénées, un superbe écrin, entre hiver et printemps.

La hêtraie tapissée de fleurs



Jardin naturel



Montagnes enneigées (ici le Canigou)

Puig dels Llops (Loups)

Tout au bout du pic avec vue sur
 la Vall d'Enbas

J'entame alors la descente vers les Ganxos.
Et quelle descente !!  Du raide, du mouillé, du glissant, du désert, sous le couvert étouffant des végétaux, je croise des rivières de roche lisse et mouillée, je désescalade des roches, j'ai l'impression de me perdre dans cet étouffoir, je n'ai aucun repère, j'angoisse un peu mais surtout, envers et contre tout, ne pas remonter.

Rivière de roche
Sentier de fleurs

Et, miracle, je parviens là où me conduisaient toutes mes espérances : au Col de Johanetes. Les Ganxos vells sont juste voisins.
Col de Johanetes
Ah les Ganxos Vells ! Quel poème !



Ils ne ressemblent guère aux "ganxos nous" : plus longs, cela a l'aspect d'un ravin sec, boisé,  très pentu, rocheux, pas difficile mais exigeant le pied sûr. Les catalans, qui ont fait la boucle en sens inverse de la mienne me rejoignent comme en un ballet bien synchronisé et me disent que je suis loin d'être lente, qu'on aurait pu faire route ensemble. Bon le relief ne favorise pas les records de vitesse !
Morphologie du ravin

Je continue en tête, ça y est voilà les ganxos, les crochets et rampes de métal, c'est sportif et je descends avec aisance; j'attends les catalans pour la photo, plus parlante avec des personnages. Cette fois je n'arrive vraiment pas à m'auto photographier.



Les Ganxos (crochets)  et la manière
 de descendre

Moi (auto photo)

On s'accroche à la rampe...

Et on descend à reculons
en cherchant des prises pour les pieds


Dernier tronçon
Les Ganxos vells se terminent sur un sentier qui rejoint aisément le "barret", achevant ainsi une boucle : mes pieds malmenés commencent à protester et moi à ralentir.




 Pourtant c'est au pas de course que j'aborde la partie rectiligne et pentue du trajet, avant d'entrer en sous bois. Il me tarde de rentrer, il fait chaud, j'ai soif et je rationne, 1.25 l c'est trop peu dans ce type de parcours (d'ailleurs arrivée au camion, je boirai plus d'1 l tant je suis altérée). En été , prévoir au moins 3 l.
Le retour en forêt est plaisant, malgré la soif, la chaleur et la douleur. Finalement je terminerai nu pieds, je ne peux plus marcher! Alors,  je croiserai une dernière fois les Catalans, en voiture, sur la route : ils rient de mes pieds nus et de ma démarche en canard mais me font de grands signes amicaux.

Tenue estivale , même pour les pieds !

Il ne me reste plus qu'à me restaurer et filer : 123 km plus loin, l'Hermione m'attend pour lever l'ancre .
Une journée, au final, bien remplie, comme je les aime, physique, sportive, vivante et séduisante.
Paradoxalement , si c'est une journée énergivore, elle m'emplit d'énergie pour les jours à venir. Quelques courbatures aux quadriceps seront au rendez vous ainsi que sur le dessus du pied, une nouveauté !
Et...l'envie d'y retourner...

En chiffres: 
Temps de marche : plus de 7 h
Distance : 15 km
Dénivelé : plus de 1300 m

En jaune : le trajet erroné du départ
En rouge le trajet de la rando
En bleu, le trajet commun au retour avec celui de l'aller

11 commentaires:

  1. Merci Amédine pour ce voyage virtuel, il nous tarde de le concrétiser, en espérant que ma forme soit au rendez-vous et surtout le temps ! Vous êtes une vraie championne ! J'ai en prime la chance de rédiger le premier commentaire et de vous féliciter pour cet exploit ! Bravo ! Christelle

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    1. Merci Christelle, quand vous voudrez y aller si vous avez besoin de renseignements plus concrets vous me les demandez. Moi je me suis renseignée avec les blogs, sur internet et puis par Youtube qui m'aide à préparer des randos musclées. Ainsi j'ai en vue un sentier encore plus musclé dans le Verdon; celui là il se monte mais ne se descend pas !Trop dangereux. Alors j'en rêve...Merci pour votre commentaire et votre visite. Amitiés

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  2. Encore une qui m'a fait rêver. Merci Amedine bises

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    1. Et oui, elle m'a fait aussi rêver celle là..et j'ai d'autres rêves, tu verras, au fil du temps...j'ai pas mal de route pour eux . Bises

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  3. ça alors ! Tu nous surprends toujours autant par ton audace. Entre rando et Via Ferrata, voilà une destination singulière bien contée.

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    1. Oui c'est surprenant mais loin de l'alpinisme...un soupçon de varappe, de via ferrata, de la marche, de la "voltige" c'est un parcours bien varié qui n'engendre de monotonie que dans la hêtraie pourtant superbe; mais j'aime les horizons dégagés. Et à 1200/1500 m c'est râpé.

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  4. Attirants ces ganxos, ça donne envie de les gravir. J’avais fait une rando dans le canyon d’Ordessa où il y avait des clavetas, c’etait du même genre j’avais trouvé que c’etait très ludique. Merci pour ton récit et tes photos, c’est très plaisant. Bises Amedine.
    Je me suis déconnectée accidentellement, pas facile de me reconnecter....

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    1. Josy c'est faisable à la journée, je veux dire en partant le matin même; route facile jusque là bas; avec mon camion une petite heure 1/2 en voiture un peu moins (mais plein de radars) tu grimpes et tu peux ne faire que les ganxos , en y ajoutant un sommet. Déjà musclé ce parcours plus court. Une Pedraforca en somme pour comparer. Bises

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  5. Avec toi, c'est comme si, j'étais à tes côtés !
    Merci pour cette très belle balade.
    Je continue de tourner tes pages !
    Bisous, câlins

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    1. Ah mais j'aurais bien aimé t'avoir à mes côtés...on se serait régalées comme on dit ici ! Bises

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