jeudi 28 janvier 2021

Mantet- 66- Le sentier de Nyer

 Couvre feu oblige, il faut changer ses habitudes et arriver à ce bout du monde qu'est Mantet avant 18 h. Mais quelle maréchaussée irait faire 23 km (aller) de route de montagne abondamment équipée de virages et d'étroitesse pour aller contrôler? Contrôler qui des 32 habitants confinés par la nuit glacée alors que luisent les plaques de verglas ? Mais je joue le jeu, c'est une question de chance plus que de logique.

Et puis c'est si beau que de faire la route; regarder les magnifiques paysages est un cadeau. Mantet et ses vallées qui grimpent tous azimuts est un enchantement. De Mantet je ne vois rien: il faut s'arrêter au parking, le village s'étage en contrebas; seul le clocher jette son oeil curieux et ses cloches muettes sur le voyageur.

Dans mon habitacle chauffé je retrouve le sel de la vie, celle "d'avant",  celle qui me manque tant.

J'écris et je dessine, je dessine les sentiers et leurs possibilités, le long des vallées ou  les sentiers transversaux: pour demain c'est décidé, je veux du nouveau, ce sera celui que j'ai numéroté 8.

Une balade nocturne dans le village pendant le couvre feu, 10% de la population est dehors, et moi en plus. Nous sommes 4.

Pendant la nuit, la neige tombe, puis la tempête de vent sévit, tout est blanc au petit matin, le chasse neige déblaie à toute vitesse et sale dans la foulée. Un matin voilé et éblouissant m'accueille, et fait fourmiller mes jambes, j'ai besoin de marcher, pas de faire un "exploit", je suis très rouillée.

Départ au petit matin

Le sentier (dit d'interprétation) de Mantet à Nyer est très long, et inenvisageable à cette saison: 6 h de marche, 1000 m de dénivelé et 10 km. Pour un aller simple.  D'autant que c'est une rando inversée, les 1000m sont en dénivelé négatif, il faut les remonter au retour. Qu'importe je pars!  Dès le départ, ça glisse terriblement, tout est blanc et verglacé; je ne chausse pas les crampons, je réduis donc la vitesse. Il est 9 h, le sentier est agréable, le paysage me plait, je vais surplomber mes bien aimées Gorges de Nyer. 

Tenue grand froid



Tenue très grand froid : le masque anti covid
reprend du service




La neige crisse sous mes pas en une jolie chanson, la glace aussi , c'est une autre chanson.

Les animaux du jour :



Sentier d'interprétation



La randonnée est simple : des montées et des descentes, un froid vif, des bourrasques glacées, un sol incertain, des espaces dénudés découpés en terrasses épaulées de jolis murets, des forêts de conifères, des passages rocheux à franchir par de courtes et efficaces cheminées, un décor attrayant, de larges points de vue aussi rares que beaux, des rochers de taille et formes impressionnantes, un saupoudrage de neige vierge sur laquelle je fais ma trace, un ciel bleu et un soleil froid, un silence et une solitude parfaits, le chant de la rivière 400 m en contrebas, que demander de mieux pour un retour à la montagne ? Je bois à pleins poumons cet air sain, cette Liberté intense et ce retour à la vie d'avant alors que pèse la menace du 3 eme confinement. Mais c'est où ça ? Dans quelle vie, dans quel pays ? Dans quel mauvais rêve ?

Quelques pierriers


Anciennes terrasses


Murettes vers le ciel, jusqu'en haut des pentes


Tout était jadis cultivé


Ruines

Tiens voilà une belle rencontre...de loin on dirait une forteresse. Un chaos de rochers ceinturé de murs : un vaste orri et son corral attenant, un ancien site de bergers. Je visite de fond en comble, attendez moi, je reviens!


Forteresse de pierre : l'orri et son corral

L'orri ou cabane du berger



Je continue,  je reste prudente , ça glisse, j'essaie de me repérer par rapport à mes anciennes randos, je reconnais presque tout, vues d'en haut, vues d'en bas, j'ai les images dans les yeux. 



Une marmotte pétrifiée tient son bébé
entre ses griffes...imaginaire...

Passage en roches
Au fond coule une rivière : le Mantet
Sur la rive en face, mes rêves d'exploration
Sur les crêtes le Trespassats, 2039 m


En forêt, au loin le Madres enneigé

Soleil d'hiver

Un chêne à deux troncs, énorme














Le temps passe, je choisirai mon terminus: justement une très longue courbe de niveau signera l'arrêt, et un joli corral le point final. Je suis à la Pregonella, 1520 m,  mais je n'ai fait que monter et descendre même si je suis 35 m d'altitude en dessous de mon camion! 5.30 km plus loin, quand même, mais on n'est plus en été.


Le roc de la Pregonella

Vue sur le canal de Nyer


Le retour sera rondement mené, je prends des notes, dessine le parcours précis et scrute la montagne en face, très tourmentée, où un "chantier" m'attend, d'ailleurs un bref sentier s'y dessine, perdu au milieu de terrasses perdues, ce sera pour l'été.



Roc des Trespassats, entre les forteresses de pierre

Le retour a perdu son silence, le vent est violent, sa rumeur enfle, rugit, recouvre la rivière, fait vrombir et se tordre les branches des sapins et craquer la montagne, la vie d'ici s'installe. Telle que je l'aime.

Je prends un grand temps de pause dans le joli corral où, ce jour, le seul animal est un bipède heureux.

Amusement, j'escalade le corral

Vue d'ensemble du corral ou enclos

Casse croûte bien à l'abri du vent

Tout en haut des gros blocs de granit

Vue aérienne du corral

Je reprends le chemin. La neige du matin a fondu, la glace s'écoule en fins ruisseaux, un petit air de printemps glacé, fugace et coloré accompagne mon chemin, je scrute déjà un improbable sentier, en face, mais s'il ne va nulle part, il n'en est que plus attirant. Glacé, enneigé, il m'attendra quelques mois.


La vallée du Mantet, entre ombre et soleil, le Madres, 2465 m, à l'horizon



Me voilà presque de retour, je regrette finalement d'avoir fait demi tour si tôt. 

 La Prudence est mère de sûreté dit-on, mais j'aurais pu mieux faire. 11 km, rien n'est perdu. C'est une bonne mise en jambes.

Derrière ces terrasses se cache Mantet


La neige du matin a fondu, les chevaux sont toujours là


 Une nouvelle soirée à Mantet m'attend, je verrai tomber la nuit et s'éteindre la montagne, je verrai s'allumer le ciel. Belle la vue, belle la vie.



En chiffres : 

Distance 11 km

Dénivelé positif cumulé : 500 m environ


Le trajet en pointillés bleus
En rouge, le joli cortal
En jaune, terminus, à la Pregonella




10 commentaires:

  1. je n'ai pas beaucoup randonné du côté de Mantet. Ça me donne envie. Merci Amedine. Je connais le début du sentier à Nyer à l'entrée des gorges.

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    1. Oui moi aussi je le connais, en fait il ne me manquait pas beaucoup pour faire la jonction, j'ai manqué de persévérance, dommage. L'hiver atténue les capacités de certains dont je suis, parfois.

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  2. Cet endroit est tellement beau que lorsqu'on s'y rend, on ne veut plus en partir. Souvenir de randonnées magiques, j'aimerai encore avoir la forme de faire une boucle dans ce secteur, mais.... Bravo Amédine Je t'embrasse

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    1. Tu la retrouveras cette forme et je t'emmènerai dans ce que je ne connais pas encore et qu'il me reste à découvrir, le plus sauvage assurément. L'été est béni pour la longueur du jour et la facilité de la marche. Bises

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  3. Un jour sans doute naîtra de ces lignes quelque histoire d'un berger et d'une "forastère" amoureuse de la montagne...Qué sap !? Encore merci Ammédine de nous ouvrir une fenêtre d'altitude donnant sur ces versants enneigés. Assis, je t'accompagne, sans souffler, émerveillé par tant d'espace peu foulé par l'humain. Tu te régales et tu nous en fait profiter. Le dépeuplement de ces montagnes a dû commencer dès la Première Guerre mondiale je pense . Combien de ces hommes de Mantet sont morts ? Il doit bien y avoir une stèle. Tu connais tant de recoins perdus de la haute montagne jusqu'à la Côte rocheuse. Merci pour tes récits et de bien belles photos. ASP

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    1. Le berger de Mantet, je l'ai rencontré mais en ce moment il est dans ses terres provençales, un sympathique jeune homme qui, comme tous les bergers, sait des tas de choses et connaît plein de coins secrets. Le village qui a perdu le plus de vivants à la 1ere guerre mondiale est Oreilla. Le Conflent a en général perdu un lourd tribut. Tu me fais réaliser que je n'ai JAMAIS vu à Mantet ni cimetière ni monumentaux morts !!! ça alors, où sont ils ? Enquête à mon prochain séjour. Bises, merci mon fidèle et agréable lecteur

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  4. D'abord Nyer / la Resclause, maintenant Mantet / la Pargonnelle.
    Pour faire la boucle, le troisième assaut sera le bon...Comme c'est très long, tu pourrais monter avec ton "camion" jusque au Col de la Llose d'ou part le canal pour gagner du dénivelé et du temps. Pour le retour depuis Mantet, il y a donc le sentier d'interprétation, il réserve une mauvaise surprise quand on fait la boucle dans la journée. En effet depuis la Cne 1308m, il faut remonter encore presque 300m pour le Serrat de la taillade. Alors si tu regardes bien la carte tu trouveras depuis le point 1308m deux échappatoires pour rejoindre facilement le canal.
    Il y a une autre option qui peut très bien s'envisager c'est depuis Mantet monter au Pic du Très Estelles, la descente du pic jusqu'au Col de Llose est facile et rapide.
    Voilà tu sais tout.
    NB : Nous aussi on a rencontré le berger mais c'était le vieux "El Rafel" il y a 50 ans...
    Richard et Angeline Cazenove ont installé leur gite dans sa maison.

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  5. En fait je ne voulais pas, au départ, monter au Col de la Lloser mais descendre sur le canal par l'échappatoire, niveau Colits, dont tu parles, celui qui arrive à cet endroit où le sentier est construit entre des murettes, est pavé et monte comme un escalier. C'était le but de la balade, mais avec la neige sur le sentier, j'avais une vitesse plus réduite et je trouvais que ça faisait long, en fait je n'ai pas été avisée, je pouvais très bien le faire, de toute façon j'avais une frontale au cas où. Il me manque donc un petit tronçon que je ferai car j'aime les parcours achevés. Mais je ferai à partir de Nyer, en faisant une boucle, et à la belle saison . Il me manque Mantet/la Rasclause et un sentier qui se perd juste en face. J'explore ça me plait . bises

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  6. tres beau reportage dans cette vallée de mantet que j ai decouvert...et adoré...j y ai passé quelques nuit au gîte de jean cazenove et sa maman, trop bien . merci amedine,

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    1. C'est vrai que Mantet laisse une empreinte chez qui y met ses pas. Oui j'avais été surprise que tu connaisses Mantet. Des randonnées à perte de vue, une ouverture sur des lointains tous azimuts. Amitiés

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