jeudi 5 décembre 2019

Aveyron: les canoles du Causse



Ou un des lieux les plus insolites que j'ai rencontrés.....




Passer quasi sans transition de 200 km d'autoroute à une piste de terre semi immergée est un contraste des plus frappants. Il a beaucoup plu sur le Causse et les stigmates sont bien visibles.


J'ai très peu de renseignements pour arriver là puisque mes deux amis m'ont dit , séparément: "tu ne trouveras pas". Mais....mon obstination  a mis en mouvement juste ce qu'il fallait et c'est sans hésitation aucune que je stoppe après 1.7 km de marécages ! Je sais les canoles à 100 m, malgré mon impatience je me force à avaler un bol de soupe et un morceau de fromage. Nantie d'un petit sac, d'une grosse lampe indispensable et d'une cordelette en option, je file plein nord. Dans ce paysage boisé ce qui m'importe davantage est de retrouver mon camion, donc un cap à la boussole est pris et surtout une orientation avec le soleil.



Drôle de sous bois

























Les canoles, par discrétion et aussi par prudence ne sont pas indiquées. La suite de l'histoire me montrera que l'on peut y dégringoler sans presque s'en apercevoir et s'y retrouver au fond sans en avoir trouvé l'accès; non ce ne fut pas mon cas. Sur un blog ami, j'ai vu des photos et je sais que ce n'est pas un milieu rassurant pour moi, mais le défi, cette fois, plus que l'orientation, sera de survivre à mon angoisse des lieux quasi enfermés et  à une végétation d'une rare luxuriance glauque : c'est là mon angoisse!



Je rencontre une des trois canoles immédiatement et je passe sans transition d'un sous bois empierré à un petit couloir descendant qui m'amène dans la canole; une sorte de canal assez étroit empli d'arbres minces couverts de chevelures vertes de pied en cap et aux parois rocheuses également moussues et luxuriantes; une seconde d'horreur plein pot mais je me ressaisis je suis venue pour ça et je dois dépasser ma répulsion!



J'avoue que moins d'une minute plus tard je suis sous le charme...
Ces canoles sont des failles dans le Causse, très étroites, plus ou moins longues et plus ou moins hautes. Elles sont au nombre de 3 allant de quelques mètres de large à quelques dizaines de centimètres pour une vingtaine de mètres de haut : des boyaux.

Je passe à peine
Il y règne un silence sépulcral, une température plutôt tiède, un microclimat particulier et une solitude qui pourrait paraître écrasante à n'importe qui. Pourtant , parcourir ce site en solitaire ajoute quelque chose d'indéfinissable j'imagine. Aucun bruit ne me parvient de "l'extérieur", peu de lumière sauf que parfaitement orientées nord/sud, le soleil m'éblouit dès que je lève les yeux : il s'infiltre dans toute cette végétation et une lumière verte et glauque nimbe le ciel. J'ai une sensation de tiédeur, pourtant des langues de glace pendent aux mousses sur les parois.




Le sol est plat, sablonneux et tapissé de feuilles. Certains rochers sont bien coincés entre les murs; soi même on risque de subir leur sort, on ne passe parfois que de biais en étant de moyenne corpulence. Il en est même une où je ne passerai pas du tout.


Je suis fascinée ! Si la végétation est le spectacle majeur, la roche est un vrai livre de lecture: elle raconte, par ses failles, ses orifices plus ou moins grands, ses cavernes et ses abris sous roche un parcours d'eaux qui l'a rongée, taraudée, érodée. Le plus surprenant ? Dans la grande canole, une des parois est tapissée de végétation du sol au plafond, la paroi en face, à quelques dizaines de centimètres est de roche nue.

Contraste entre les deux parois


En images : la roche, calcaire

Abri sous roche




Plafond


Les yeux des canoles

Mimétisme entre l'arbre et la roche

Sous la voûte
 La grande canole est vraiment fascinante : haute de plus de 10 m et extrêmement étroite, elle n'en paraît que plus longue


Contraste entre les parois
Une fenêtre vers le ciel

Plusieurs rochers coincés




Géologiquement parlant, les canoles sont des lignes d'érosion entre des lignes rocheuses en forme de rue, du même type de formation que les reliefs ruiniformes  (style chaos pouvant répondre à un certain alignement aussi) mais cette fois, au lieu d'être des blocs épars, ce sont de véritables murailles de calcaire dont les intervalles ont été érodés

La plus spectaculaire des 3

Un très long et sombre boyau


 Et tout au bout, la canole finit abruptement par un mur, mais sur la gauche s'ouvre un antre béant dans lequel je plonge la moitié de mon corps précédé par ma lampe : une sorte de gouffre souterrain qui envoie son noir boyau vers un noir infini  d'où ne parvient aucun bruit ni aucun souffle. Jamais je n'aurais imaginé trouver un tel courage, mais ce n'est plus du courage puisque je n'ai pas peur !
Je suis subjuguée, tout simplement. Ce que je vois me fascine, je rôde, m'attarde, grimpe, touche, renifle.


La grotte qui plonge dans le vide et dans laquelle je me penche



Assise dans l'embrasure de la grotte, à ma gauche la canole , à ma droite  le boyau souterrain
 Je suis subjuguée par ce que je ne vois pas mais imagine : le travail de l'eau sur des millions d'années, qui a façonné cela, sculpté ce paysage unique.
Je quitte à regret, je reviens à la surface en escaladant une paroi peu haute et me retrouve à l'air libre comme si je venais tout droit des entrailles de la terre. Le sentier suit la grande canole sur son sommet, tout plat et c'est au terminus, au dessus du gouffre que je m'aperçois qu'un imprudent pourrait faire un sacré plongeon ! Car du haut ON NE VOIT RIEN de ce fabuleux paysage d'en bas.
Je quitte le site, regarde le soleil bien en face et bien qu'il ait bougé un peu sa course dans le ciel, je retrouve mon camion là tout droit devant moi.
Le Causse et mon camion derrière les arbres
Mais ce n'est pas tout. Les environs sont riches d'un patrimoine étonnant, dont je ne verrai quasi rien car disséminé dans les forêts : des grottes et des arches. Près du site, une vaste grotte de 60 m2, fouillée en 1964, révéla un habitat paléolithique  de moins 70 000 ans à moins 30 000 ans. Fouillé dans les années 80, on trouva que c'était un site occupé du printemps au début de l'automne par des chasseurs qui y avaient installé un atelier de boucherie ! Des restes d'ossements sont au musée de Millau, chevaux, ours, hyènes, rhinocéros, cerfs et lapins...Et oui, la planète était "réchauffée" en ce temps là. Des outils, pointes et racloirs étaient aussi sur le site. Les chercheurs ont conclu que les canoles étaient de véritables pièges utilisés par les chasseurs pour traquer les animaux.
Je ne saurai trouver, malgré ma balade dans les bois environnants qu'une grotte conduisant à une source souterraine filant en un petit ruisseau tout aussi souterrain, grotte bien aménagée pour y récupérer l'eau. Quel fabuleux pays souterrain inconnu est ce Causse !

Du fond de la grotte

De retour au camion, je m'offre enfin un petit repas et reprends la route vers d'autres aventures, fort aériennes cette fois, un peu plus au nord.
                                                                                                                               A suivre....

Je dédie ce récit à Dominique Clément qui a ainsi ajouté un plus à la Liste de mes Envies ainsi qu' à André.


Lundi 2 décembre 2019
En chiffres
Altitude 680 m
Distance parcourue : Canoles, 1.7 km (dans et autour)
                                   Grotte : 1.9 km

Route : 215 km pour les canoles et 73 pour l'étape du soir soit 288 km



8 commentaires:

  1. Bonjour Lison. Extraordinaire ! J'avais entendu parler de ces canoles, mais jamais vu et encore moins visité. Moi, qui suis un peu claustrophobe, qui ne supporte pas une fenêtre fermée même à la saison fraîche... J'admire ton courage et ta curiosité.
    Grâce à toi, je continue à apprendre. Amitiés.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mais avec plaisir Pierre, je redoutais pour les mêmes raisons que toi mais la magie des lieux prend le dessus. Dans ma prochaine destination, faite le lendemain, tu vas t'envoler avec les vautours sur les corniches. Mes amitiés aussi

      Supprimer
  2. Un voyage hors du temps ! Très étonnant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bien résumé. C'est un grand jeu de lumières aussi.

      Supprimer
  3. Passer le cap des angoisses pour se retrouver dans un endroit fantastique, tels sont les défits d'Amédine Merci de nous enchanter Bises Chris

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Défis que Chris partagerait volontiers...me trompai-je ? Bises

      Supprimer
  4. Il me semble ne pas avoir vu de photo de la canole la plus accrobatique ...il faudra y retourner ...��

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. AHHH??? Là tu m'intrigues...mon retour est prévu au printemps, mais, tu sais, la liste de mes envies est renouvelable à l'envi.Merci à toi, si j'y retourne je te le dis

      Supprimer

Votre commentaire: