samedi 5 septembre 2015

C'était il y a si longtemps...ou la rencontre

C'est l'histoire d'une rencontre ....

De mon parking de montagne (cf mon billet précédent), je dirais même de mon lit, je vois dans le vert des forêts, sur les flancs de la Sierra d' Ensija (2312 m), un grand chaos rocheux auquel je n'avais jamais prêté attention; il m'intrigue, comme jeté là par une main excédée. La nuit, il brille étincelant sous la pleine lune, tel un nuage de brume. Au couchant il s'allume de rose.

La Sierra de Ensija et le chaos rocheux dels Graus

Els Graus


Ma curiosité est attisée et sur la carte je lis : "Els Graus" dont l'altitude varie entre 1500 m et 1600 m.
C'est sur la carte que je découvre "Village médiéval de Palomera" tout à côté.
Il ne m'en faut pas plus, j'enfourche ma monture, trouve la petite route et me pose sur un parking.
Le paysage est résolument  forestier, doté d'un parc d'animation dans les arbres et d'un  bon nombre de tables d'orientation: le lieu est chargé d'histoire , celle des mines de charbon mais aussi de ce village médiéval. Dont il ne reste rien à priori.
C'est à sa rencontre que je vous conduis.
Juste à côté dels Graus et de son ensemble de terres ravinées aux vives couleurs.

Terres ravinées adossées au chaos rocheux
Un sentier se perd dans les bosquets de buis, je le suis mais aucune indication n'est donnée. Soudain le "village" surgit des frondaisons. Il est perché sur un éperon rocheux, à portée de mains.





Le site et la Pedraforca (2500 m)


Et inaccessible à la fois. Je devine des pans de murs faits de gros blocs calcaires , en surplomb du vide mais comment y va t'on ? Je pourrais m'en passer, certes, il n'y a rien à voir. Mais mon opiniâtreté légendaire...me fait trouver un sentier qui s'enfonce dans les buis à l'âcre senteur, descendre dans le lit d'un ruisseau humide et remonter sur le flanc rocheux du promontoire. Juste dans le silence épais des sous bois rarement visités.
Pans de murs prolongeant la falaise et servant de muraille défensive :
les anciens murs des maisons


 Je débouche sur le promontoire et je comprends mieux: cet éperon est une île cernée de ravins et ruisseaux, secs en cette saison.


Image Web, capture d'écran: le site cerné de ravins

Je parcours les lieux, ce qui est vite fait vu la petitesse et l'étroitesse du site...On n'y logerait pas une maison aujourd'hui !!! Des lieux étonnants par leur situation au milieu des bois qui ne devaient pas en être sans doute en cette lointaine époque.

Mur de maison

Alors j'imagine, tout en marchant et en cherchant : j'imagine des masures serrées les unes contre les autres, des gens humbles et mal vêtus, grouillant en ces lieux, s'affairant entre les maisons ou alors, plus vraisemblablement un poste de garde surveillant non pas l'imposante Pedraforca, mais, peut être un des nombreux "chemins du sel" entre les mines de Cardona et l'autre versant de la Sierra du Cadi, la France, l'Andorre...C'eut été très vraisemblable. Ce que les gens d'ici nomment "Els camis Cardoners" que j'ai parcourus dans la Sierra du Cadi.

Plus tard, de retour à la maison la magie d'Internet remettra les choses à leur vraie place et remisera l'imaginaire au placard.

Palomera était entre les 12 eme et 15 eme siècles un village de 27 maisons carrées ou rectangulaires , édifiées sur ce site de 84 m de long par 24 m de large, juste 2016 m2...une maison d'aujourd'hui avec jardin ! Plus de 100 habitants jadis.

Image Web




image Internet
Chacune de ces maisons, de 2 ou 3 pièces, était bâtie le long d'une rue unique et avait une hauteur de 2.20 m. Avec des murs larges de 60 cm, en pierres sèches ou jointoyées de boue argileuse. Certains de ces murs prolongeaient la muraille rocheuse et servaient en même temps de défense. Ce n'était pas des soldats qui vivaient là mais des familles de bergers; chaque maison avait son four à pain, son âtre, surélevé et séparé des murs, cerné de pierres, par sécurité,   une petite cour intérieure pour cultiver ou élever de la volaille. Un village lilliputien en somme. Près de l'âtre, les archéologues ont retrouvé, enfouis dans le sol, des silos à céréales. Quelques niches dans les murs, des bancs de pierre adossés aux murs, près du four ou du feu.






La pierre est omniprésente, en vastes dalles naturelles au sol et en lauzes sur les toits.





Dalles de pierre naturelle, socle rocheux du promontoire

Le sol

Dans un coin du village un grand tas de blocs témoigne soit du travail des archéologues soit de celui du temps...
Il a même été retrouvé des fosses à déchets.

Il n'y avait pas d'église dans ce village.

La particularité des lieux, que je verrai sans doute un jour, c'est que les falaises au dessus desquelles est érigé le village sont percées de grottes, dont certaines ont été remaniées avec des murs de pierre et que c'est là qu'étaient parqués les troupeaux de ce peuple de bergers.


Image blog "Centre Excursionista Aliga"
Grotte de berger un peu maçonnée

Quant au sel qui a enflammé mon imaginaire, il est vraiment bien plus proche que je savais l'imaginer : la rivière que j'entendais chanter tout en bas et dont j'imaginais qu'elle fournissait l'eau aux habitants (mais quel chemin pour y descendre !) est une rivière salée, l' Aigua Salada, qui a donné à Saldes son nom. (Une prochaine visite s'impose...)
Image Web
Source de L'Aigua Salada

La Palomera s'éteignit peu à peu, vaincue par des lieux plus hospitaliers dans la vallée, des pâtures plus aisées et des voies de communication en expansion. Saldes l'a relayé .


La Pedraforca, immuable mais se délitant elle aussi au fil du temps, 
observe cela du haut de son grand perchoir .


La Pedraforca, altière, à l'ouest, veille sur le site qu'elle a vu naître et mourir





9 commentaires:

  1. Bonjour Lison,
    passionnant ! voilà le genre de balade que j'aime. Bien sur, ce site m'a fait penser de suite à Cantobre que j'ai connu avec une seule maison habitée. Et aussi le rocher de Carabasse en Ardèche que je ne connais pas... Peut-être un jour ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Cantobre, Pierre, la première fois que je l'ai vue m'a séduite: comment n'y suis je pas allée fureter ? Je l'ai toujours vue et photographié de loin. Et si un jour je trouve un lieu nommé Carbasse, en Ardèche ou ailleurs, je te ferai profiter de ma trouvaille. Bonne ...nuit , à cette heure ci

      Supprimer
  2. Des blocs de pierre chargés d'histoire... très impressionnant... Merci à toi la voyageuse infatigable. Bisous

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je pensais hier à toi justement....Je vais aller en long voyage sur mes blogs amis...je t'embrasse

      Supprimer
  3. oui c'est impressionnant.
    très belle promenade, bisous

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le site est impressionnant en lui même; il devrait être davantage mis en valeur avec des panneaux, mais c'est peut être en cours; difficile d'accès tout de même, un peu dangereux pour des personnes âgées par exemple. Bisous

      Supprimer
  4. Très beau reportage ! Bisous la randonneuse infatigable

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Infatigable....parfois non. Ma dernière rando (a voir plus tard ) parlera de fatigue. Mais de lieux sublimes; ils se méritent parfois au prix de fatigue. Bisous

      Supprimer
  5. Tu es étonnante et très curieuse de nature, n'est-ce pas ? (sourire) Et c'est cette curiosité intarissable qui te fait découvrir tous ces si beaux endroits. Continue ainsi ! tout en restant prudente, bien sûr. ;-)
    Gros bisous, Lison.

    RépondreSupprimer