mercredi 13 avril 2016

J'avais seize ans

C'était il y a très longtemps

J'étais une adolescente rebelle, curieuse et rangée à la fois, avec plein de rêves qui couraient dans ma tête : " Quand j'aurai 18 ans, je m'achèterai  une 2CV...et une tente de camping...et j'irai...".
Les murs de ma chambre étaient tapissés de cartes, cartes dites "d'état major" et puis quelques cartes routières. Mon doigt avait pointé  un site et je me disais: "J'irai au barrage de Salles Curan ". Pourquoi là ? Je ne le saurai jamais. C'était le rêve modeste de mes 16 ans mais une porte ouverte vers l'infini.

Lac de Pareloup janvier 2013
 Je  n'eus pas le temps d'avoir  ces 18 ans là. La vie me surprit et me prit à la vitesse vertigineuse qui habille  toutes les vies, je demeurai toujours rebelle et toujours rangée : des études universitaires, une rencontre, un mariage, un enfant, un métier, même deux à la fois, et l'on se retrouve quarante ans plus tard, au seuil d'une nouvelle vie, une nouvelle vie devant soi. Seule.
Plus du tout rangée cette fois.
Cependant  trotte dans ma tête cette phrase prononcée par ce qu'on nomme, dans le jargon, "un homme de l'art": "Vous avez, Madame, quelque chose que beaucoup vont vous envier : la Liberté".
Je sus très vite quoi faire de cette liberté : vivre les rêves de mes seize ans, suspendus par la vie. Intacts. Je n'avais plus depuis longtemps ni 2CV ni tente mais un petit camion aménagé.
Je pensais souvent à Salles Curan, comme un parfum de madeleine de Proust.
Cependant j'allai ailleurs vivre mes 16 ans retrouvés. En routes, en montagnes, en bords de mer, en petits voyages solitaires et aventureux, dont mon récent blog donne un modeste aperçu.

J'attendis encore dix ans avant Salles Curan,c'était avant hier. Cinquante ans après mon souhait.
Le site du barrage

 L'Aveyron (12)




















Il y a trois ans, en voiture cette fois, je fis une première et brève visite à Salles Curan et à son lac, le Lac de Pareloup. C'était un jour d'hiver, quelques flaques de neige parsemaient le paysage des Monts du Lévézou,

Dans cette région Aveyronnaise  est enchâssé ce lac de barrage qui vit le jour la même année que moi et fut achevé en 1952, recouvrant ainsi des prairies, des vallons et collines, quelques fermes et moulins, entre Rodez et Millau, à 805 m d'altitude. Il noya aussi une route et un pont à quinze arches. Une ancienne voie romaine et quelques outils préhistoriques complétèrent la panoplie.

Vidange du barrage 1993 (image web)
Le fond mis à nu : la route et le pont aux 15 arches
 Au fil du temps, Pareloup devint un site touristique avec ses 1290 hectares navigables, ses 130 km de rives découpées dans un écrin de verdure, Des campings, des bases nautiques, des sites de pêche, la vie ordinaire et séduisante d'un lac.
Il me séduisit ce jour de janvier 2013.



Un air breton

Les défunts du lac





























Ainsi dimanche dernier je partis avec l'intention ...d'aller ailleurs ! Mais...au fil de la route mon vieux rêve me rattrapa, me fit bifurquer et naviguer au jugé vers le lac de Pareloup. Au jugé car c'était tellement puissant, ce désir là, que j'ignorai la carte routière et me fiai à l'instinct : je me guidai au soleil et aux ombres sur la route, par jeu, bifurquant au gré de mes envies et intuitions  pendant des kilomètres et je parvins juste au barrage qu'il me fallut emprunter; je trouvai cela symbolique, l'aborder par la fin et aussi le fait que mon camion atteignit juste là les 373 000 km "tout ronds". Comme si lui aussi avait duré, duré, pour en arriver là.

Mon hôtel flottant 
373 000 km


Je ne plantai pas ma tente dans l'herbe fraîche mais je posai mes roues sur un parking désert , à Vernhes, sorte de hameau devenu lieu de villégiature , juste au bord de l'eau : j'avais atteint un but très symbolique . Empreint d'intensité.. Et je me posai, Contempler, écrire, savourer avec Mathurin, mon compagnon de route tout blanc et tout doux. Ecouter le bruit du vent dans les arbres et sur l'eau, le clapotis pressé et fougueux des vaguelettes. Regarder le soir qui tombe et le soleil qui chavire dans les nuages pour ne pas se noyer.


A Vernhes 








La nuit fut tempétueuse, juste comme je les aime. Comme dans les montagnes parfois, la tempête fut là. Un vent du sud, puissant et hurlant dans les portières, secouant l'eau de toutes parts mais m'empêchant de l'entendre alors qu'elle était à mes pieds, secouant ma chambre aussi.. Un ciel piqueté d'étoiles, la lune qui brillait sur l'eau, un paysage liquide bleu et argent: c'était magique. désert mais tellement serein.


Le début de la nuit

Je me réveillai plus tard, sous le crissement de milliers de gouttes de pluie piquant la carrosserie comme des aiguilles , avec ce vent qui rendait furieuse l'averse. Ce fut une belle nuit malgré toute cette agitation.
Au matin, Mathurin et moi, nous paressâmes au lit, et même si le temps était encore au vent et à la pluie, se profilait quand même l'embellie.

L'embellie au dedans comme au dehors
Un très beau roman islandais
       
Le début du matin sous l'averse


50 ans plus tard, j'avais enfin eu mon moment hors du temps à Salles Curan, comme échappé au réel.


Le Levézou, région molletonnée d' Aveyron


Nous pouvions alors continuer notre escapade Aveyronaise...(à suivre)

                                                                  ........................................

Je dédie ce blog à mon ami des antipodes, Pierre Carabasse. 
Nos routes ne se sont jamais rencontrées, nos destins auraient pu se croiser.
 Il rencontre ses souvenirs en mes pages.
 Pour lui aussi Salles Curan, ce furent ses 16 ans.(clic)







11 commentaires:

  1. Touché...
    Bonjour Amédine et merci pour cet article. Je me prépare pour une petite visite de routine à la clinique et à mon retour je mets ce texte en archives pour mes enfants et petits enfants. 16 ans, le bel âge, on pouvait rêver... et puis tout vient à point pour celui qui sait attendre... Bises

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est marrant car si je rêvais d'aventures et de voyages, seul ce Salles Curan s'était imposé à moi. Comme je crois à des destinées enfouies ou une vie reliée à autre chose d'invisible, voire une vie antérieure , en creusant un peu je trouverais (ou non) quelque chose me reliant à Salles Curan. Ce piurrait être un autre volet de mon voyage sur terre. bisous soigne toi la vie nous "éclope"

      Supprimer
  2. Une très belle note et de chouettes photos. Tu racontes bien...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci, c'est aussi parce que je ressens bien que je raconte bien. Bisous

      Supprimer
  3. Woaw Amédine Je pense que C était il n Y a pas longtemps :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Dimanche dernier Claudie. Mais mes 16 ans c'était aussi...il n'y a pas longtemps, n'est ce pas ?

      Supprimer
  4. Amédine Vos 16 ans ne sont pas loin Ma Grand-Mère est partie il Y a 50 ans et deux semaines
    Aujourd'hui même il Y a 35 ans que Papa L a rejoint Pour moi C est comme si C était hier
    J aime Bien le jeu de mots " Déjà Jadis " :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. dans 2 jours cela fait 5 ans que mon père que j'adorais est parti; je ferai juste un petit mot souvenir en blog. J'aime les mots entre plein de choses. J'y joue aussi sur facebook. Amitiés d'un jour d'été

      Supprimer
  5. Coucou ... Donner vie à un rêve ... c'est charmant et si nostalgique !!!
    Merci pour ce très beau partage.
    Je suis passée chez ton ami Pierre.
    @ bientôt pour la suite ;)
    Douce soirée, Bisous, Caresses à tous tes Félins :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bisous et merci de ta fidèle balade chez moi; les Félins sont endormis, deux surveillent ma prose:-))

      Supprimer
  6. Tu as réalisé le rêve de tes 16 ans ! C'est merveilleux, je trouve. Je le savais déjà, mais ce récit me le confirme encore, Lison, tu as gardé ton âme d'enfant ! Continue ainsi, tu es tellement vivante ! :-)

    RépondreSupprimer