jeudi 22 juillet 2021

Ariège : le Pic de Parau 2327 m

 

Préambule : ce récit est une invitation à ne pas vous rendre sur ce site, vous comprendrez pourquoi.

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6 h 05 du matin, je traverse le Pont de Bisp et j'allume la frontale, la forêt est tellement sombre...Je pars pour une nouvelle tentative, ce sera aujourd'hui ou jamais. Faut de la motivation pour refaire 150 km de routes sinueuses pour venir ici. Et en plus j'ignorerai jusqu'à la fin que c'est un site interdit aux randonneurs !  Comme j'ai bien préparé mon séjour, la rando que je propose à mes amis le lendemain, ailleurs, sera aussi une rando interdite ! Décidément....

Pic de Parau, 2327 m, à droite

Mai 2018, même lieu


J'ai fait ce chemin la semaine dernière dans une épaisse brume, ce matin, le ciel est étincelant. Je monte rapidement les 400m de dénivelé en forêt, aucune surprise, je connais bien, mais je découvre d'autres emplacements charbonniers. Le Chourlot m'accompagne de sa chanson, le "trou souffleur" me salue d'un grand bol d'air glacé, les fleurs se sont éteintes, l'été de la montagne est là. Au passage à gué, 2 km au compteur, j'ai gagné 10 mn, preuve que ma forme est au top. 


Le pont de Bisp, j'entre dans la nuit ?

En forêt, très escarpée

Le gué du Chourlot

Une biche est toute proche, elle ne me voit ni ne m'entend, le son de l'eau et le vent contraire sont mes alliés, l'appareil photo non, la photo est du pur loupé.

Au sortir de la forêt, le paysage caché de lundi m'accueille, sommets ruisselants de soleil, mais avant qu'il ne vienne à ma rencontre, j'ai le temps de me geler. Trop peu vêtue...


7 h 28: le "tunnel de verdure", 1600 m, lieu symbolique de mon terminus dans la brume, confirme ma pleine forme, ma rapidité du jour, à présent je vais flâner un peu plus pour emplir mes yeux...

J'avais fait ce trajet en neige, un jour de mai, je découvre donc le sentier, son itinéraire, il est peu emprunté par les randonneurs, juste par bergers et troupeaux; je sais que la cabane est habitée. Après la cabane ce sera terre inconnue. Quelques fleurs sont encore du voyage, un grand ciel bleu, des vautours qui tournent paresseusement, le silence immense et je savoure cet instant de grande solitude. 


Bien pointue la Dent d' Orlu

Ou bien arrondi ce pic sans nom

Jeux de lumière et d'ombre


La rampe, photo prise au retour



"La rampe" : je me plais à donner des noms. Il s'agit d'un couloir végétal escarpé, 148 m de dénivelé que je gravis en 17 mn, le sentier fait des lacets et rend la montée confortable. Arrivée en haut, je chute brutalement sur une dalle de roche, mon dos se courbe vers l'arrière, hurle, se tait, depuis il ne me fait plus mal. Bonne thérapie, alors que je me voyais déjà en hélico !


                     

Le coeur de la montagne



La montée ensuite est longue, douce, froide, silencieuse, petits ruisseaux secs, pas l'ombre d'un mouton, mais en guise d'ombre, je la déguste froidement. Pas question de s'arrêter. Enfin j'approche du promontoire de la cabane. En neige, j'avais pris un trajet totalement différent, droit dans le ruisseau, là, une rampe oblique m'invite à une montée douce, le soleil me salue en haut, il est 8 h 45, je suis à 1998 m et la vie est belle. 3 moutons sont parqués dans l'enclos, j'imagine qu'il s'agit de l'hôpital! Deux chiens de berger m'accueillent en silence à la cabane, ils sont attachés, plus tard j'apprendrai qu'ils sont de repos, les autres sont au boulot, tout en haut, sur les crêtes, j'entends la clameur des sonnailles.


La plus belle cabane du monde
Et c'était déjà la plus belle cabane du monde
Dans le plus beau décor du monde. Mai 2018


Halte casse croûte à la cabane; 2020 m, confort de la terrasse et vent glacé, je gèle au soleil. Le pic de Parau est juste devant moi et du coup, il ne m'attire pas, j'ai envie d'aller plus loin, visiter ce cirque qui tend ses bras arrondis et se termine au col, la Couillade de Pinet.

En fond, Couillade du Pinet et Pic de Pinet

 Tant pis pour le pic, je reprend la route, plein sud, je m'amuse de ces marmottes qui tiennent un conciliabule de commères à mon approche. Magnifique montée dans un paysage qui me fascine!

Les "vamps"

La Dent d' Orlu et la cabane: quel décor !



Sur ma droite: fascination! J'hésite un moment, grimper là m'attire

L'"effilée" vue d'en bas



Drôle de caillou

Au loin; ils sont 900 au  total

 Un groupe d'humains plie le camp et me rejoindra plus tard vers le col. Une montée facile, je dépasse l'altitude symbolique de la Dent d'Orlu (2222 m), LE paysage surprenant des lieux, je sais que des grimpeurs y sont à l'ouvrage, et je foule la Couillade (le col, pas une grossièreté !) à 2227 m.

Le paysage bascule, entre sud et ouest, des lacs y sont nichés, ancien cirque glaciaire, dominé par les pics de Pinet, Ouxis, La Greulière, la Baylière et même la pyramide du Cimet. Je les découvre ainsi que ce lieu qui m'était inconnu. Je m'offre un petit voyage lacustre, petites mares semi asséchées ou bel étang sans nom, la baignade ne me tente pas. 









Les randonneurs filent vers d'autres cieux et je reviens vers la Couillade; ma décision est prise, je vais au Pic de Parau. Un sentier file dans la pelouse, je construis le mien pierre à pierre, sur l'arête. 

Le Pic de Parau, tout proche



Une jolie arête débonnaire qui ouvre sur des points de vue magnifiques : tout le cirque de Parau où la cabane est minuscule, cirque sans lac ni ruisseau en eau, alors que le cirque voisin est un chapelet de perles d'eau. Etonnant contraste; c'est pourquoi l'immense barrage de Naguille qui montre son visage y est logé. 93 hectares d'eau, 71 m de profondeur, c'est un ancien étang reconverti pour la production d'électricité. 3 h de marche sont nécessaires pour l'atteindre depuis Orlu, montée escarpée, en forêt, je devrais quand même la tenter un jour.





Depuis ma crête qui ondule doucement, je suis fascinée par les roches déchiquetées, les couloirs escarpés que je pourrais descendre puisque ce sont mes terrains favoris; de petit col en promontoire, j'arrive au pied du pic, un dernier effort, 117 m m'attendent. J'ai franchi la barre des 1200 m de dénivelé, qui étaient au menu du jour, mais je suis dopée ! Ma dope se nomme "Passion Montagne". 


Trajet en crête



L'"effilée" vue d'en haut




Mes voisins

Graphismes 



Du côté d' Ayguelongue

Barrage de Naguille

Faut trouver sa voie


Et c'est parti : sentier ou pas sentier ? D'ailleurs cela y ressemble si peu...Alors ce sera arête, sauf lorsque des pins enchevêtrés m'arrêtent. Et je grimpe comme en une danse : pieds, mains, prises...des plumes oubliées par les vautours me caressent le nez, fin duvet doré ou grosses rémiges sombres, ces messieurs dames m'observent de loin, je vais déranger leur perchoir, j'y suis, un cairn tout rond, un paysage à 360 °, enfin un autre rêve de réalisé...Je n'ourdis pas encore le prochain. 

Il m'attend en haut



Et je valse

Sommet en vue

Et enfin la Dent est plus bas que moi


Le site de la cabane , en bas, est une maquette miniature posé sur tapis vert, le silence est de rigueur, des thermiques valsent entre ciel et vallée de l'Oriège, à En Beys, valse lente et harmonieuse. Oui, le mot Harmonie convient bien à mon décor, sensation de plénitude, de perfection. La Dent d' Orlu, toujours aussi "carnassière" me fait face, c'est la curiosité du coin. pas âme qui vive, silence des crêtes et des vallées, c'est toujours difficile de reprendre la route. Ce Pic de Parau, sans grande altitude ni envergure, est comme souvent en Ariège, une belle récompense car l'approche est très longue. J'ai parcouru 8.2 km pour en arriver là. Le trajet minimum compte 6 km.


Sur du velours


Le bal des thermiques

Le couloir sous le pic ne me tente pas, il est empli de barres rocheuses et mes vieilles jambes manquent un peu d'équilibre. Tranquillement je reviens sur mes pas pour rejoindre le vrai couloir. Pour descendre de mon perchoir, je choisis le sentier, une esquisse de trajet qui donne le choix entre cheminées croulantes, gispet glissant ou végétaux comme cirés ! Prudence arrive à grand pas.


Quoi que ce soit, ça glisse !

Désormais, je vais suivre le sentier, sans surprise, qui me conduira à la cabane de Parau. Je plonge dans la combe.

Plongée en descente



Plongée

Vue d'en bas


 Le berger et son aide, fort accueillants, y sont, ainsi que deux randonneurs. Je prends place sur la terrasse, un petit casse croûte bien mérité. 

Les bergers offrent le café, sirotent un muscat, et nous annoncent tout de go que notre rando est passible d'amende ! Quoi ?? On a évité des tas d'amendes pendant la pandémie, je fuis la nouvelle vague qui a mis mon département en écarlate et ici, à 2000 m d'altitude je suis passible d'amende ?? Les gardes peuvent faire preuve de tolérance, face à notre bonne foi. Parce que nous sommes respectueux de la montagne. L'explication est très simple : nous sommes dans une Réserve, sur un sentier non répertorié ni balisé, donc interdit aux randonneurs. 

Le berger nous renseigne

Et bien, ce Parau que je poursuis depuis 2017, me réserve (c'est le cas de le dire) l'inattendue surprise!

Le retour se fera sans encombre, même chemin, genoux usés, du soleil plein les yeux et la peau, avec un goût encore plus prononcé du Bonheur. On sait ma prédilection pour l'interdit, même s'il est fortuit !


Couleur soleil, décor Dent d' Orlu


En chiffres

Dénivelé positif cumulé : 1320 m

Distance : 14,10 km

Temps de marche : 5 h 33

La route : 150 km aller simple.



Le trajet

Zoom sur le site