dimanche 24 mai 2026

Aude, Axat, les portes ouvertes d' un insolite musée.



 Si l'on veut s'amuser, il faut aller au musée d' Axat, non pas celui de la ville car je n'en ai pas trouvé trace. Mais, ce musée hors normes où je vais emmener un éventuel lecteur demande solides jambes (et bras), solide mental, solide endurance et surtout solide motivation.

Il s'agit d'aller à la rencontre des objets laissés par les bûcherons des siècles derniers.

Il y eut ce jour là deux visiteurs nantis de ces capacités là : Eric Teulière et moi.

La 2nde salle de musée

J'avais auparavant "débroussaillé" le terrain, au sens figuré, en quelques sorties aventureuses et angoissantes. Non pas à cause du terrain, c'est mon domaine, mais à cause de la solitude et surtout de l'austérité des lieux. C'est singulièrement "perdu" et sinistre. Surtout en  hiver.

C'est pourquoi j'y ai emmené Eric, aussi féru que moi d'insolite et de hors sentiers battus pour ne pas dire hors sentiers tout court. Il aime ça et, de plus, c' est un judicieux chercheur. La tenue de rigueur est : vêtements susceptibles d'y lâcher la trame ou la chaîne, si ce n'est les deux et chaussures adhérentes faute d'être belles. Un sac, un casque, une corde, un bâton, une lampe au cas où, le GPS ne sert pas à grand chose, le téléphone est indispensable, si....

A ces conditions on peut franchir les portes ouvertes du musée en plein air. 

Le secteur est celui du funiculaire et du chemin en "tortillons" de mon avant dernier article

Nous allons donc reprendre le chemin "en tortillons". En l'examinant avec plus d'attention. La bizarre construction du funiculaire va nous mobiliser un grand moment : on y verra en filigrane le croisement des chariots montants et descendants, avec un système de passage aérien bâti en troncs d'arbres emmurés dans du béton, le moule est bien visible. On cherchera à comprendre, mais on ne comprendra pas tout.


Le mur supportant les passages de chariots
Vu d'en bas

Même lieu vu du dessus
Les 4 passages de roues de chariots
 (montant et descendant)



Suspendu sur le vide l'emplacement 
d'un des 4 troncs d'arbres

Eric étudie soigneusement













 Dommage.

Puis, depuis l'ancienne "tire" menant au ravin de Resclause, jumelée avec l'ancien chemin, on repèrera deux descentes vertigineuses menant au ravin. On essaie de descendre un peu mais il faudrait beaucoup de corde sur tout le trajet (plus de 100 m), pour s'assurer. On remonte. On reviendra peut être. Je reviendrai c'est sûr!

Avant d'aller au musée, je conduis Eric dans un site encerclé de falaises où le chemin se plut à "tortillonner", au moins sous la plume de ces messieurs les cartographes qui exprimaient ainsi les pérégrinations fantaisistes des rivières et chemins. On conjugue nos efforts pour chercher de la trace, on en trouve, plutôt rectiligne, la même que j'avais trouvée mais on pousse un peu plus haut, au ras des falaises puis dans les falaises. Vaine visite.


Passage à gué du chemin (et de la tire)


Dans les bois et les falaises

Le paysage d'en face, soit à l'identique

A présent, après une brève descente sur le ravin de Resclause, on entre au musée .


Le ravin et le début du musée
On va bien s'y amuser

C'est portes ouvertes, sur une pente très raide, semée de cailloux venus des éboulis et de la voie ferrée. Il n'y a pas de vitrines, il n'y a pas d'étiquettes pouvant nous renseigner, il n'y a aucune étagère . Uniquement des rocs où l'on évite de se tordre les chevilles et où on furète, à l'oeil nu . Une ferraille, deux ferrailles, on ne les compte plus, on les soulève si on peut, on s'évertue à identifier. C'est lourd, encombré de terre, voire de vers de terre,  une vraie chasse aux trésors ! On fait du sur place dans une lumière vert tendre, au milieu des chants d'oiseaux. 


Pour donner idée de la taille


Atmosphère

Des pièces de musée

Après la tristesse de l'hiver ici, on pourrait presque trouver l'endroit riant. En tout cas on ne manque pas de rires ; tel objet pourrait servir de plateau d'apéro, tel autre de chapeau chinois.


Histoire d'en rire

Voilà le chapeau



Pièces de musée


Mur édifié par l'homme, jardin de pierre édifié par le végétal


Des pièces du musée


Le graisseur fermé et ouvert

On dirait qu'on cherche des cèpes! Je ne rigole pas, à la fin de la journée, pour nous narguer, il sera là !

Hallucinant et peut être hallucinogène

Allez, le musée dit son dernier mot avant de partir pour la 2nde salle. Il me manquait juste un bout de câble, le voilà.

Il manquait au musée un câble, le voilà. Et des tessons de briques et de verre, aussi

Pour ce faire, j'emmène Eric dans un site inconnu de lui. On redescend sur la route, chemin à l'envers avec ses 17 lacets et on s'enfonce dans les sous bois, direction les échelles.

 Je savais les échelles branlantes, j'ai emmené du fil de fer et des pinces coupantes, une tenaille, après le passage de la tempête Nils je ne donne pas cher de leur stabilité. Monter sera sportif : les échelles ont bougé, se sont décentrées et ne tiennent que par...miracle. Nous sommes casqués mais pas à l'abri de la dégringolade. Ni de celle des rocs voyageurs.

                                                                                               


Eric me rejoint tout en haut et je m'attaque à la réparation. Les ancrages originels sont démolis, je vais les utiliser pour stabiliser cet escalier en folie. Ce sera chose facile mais je suis sûre qu'à ma prochaine venue ici tout sera à refaire. 

Ravie : c'est réparé !

Avec armes et bagages















Alors en entre dans la vaste salle de musée en forme d'éventail.... Je ne l'ai jamais décrit dans ce blog 


Et je vous assure que ça grimpe !

 Imaginez un ravin que l'on remonte jusqu'à un étroit goulet (une cascade), occupé par 4 échelles dont une double. Le passage entre échelles et paroi est si étroit qu'il faut s'aplatir, voire se délester du sac que l'on monte à la corde. Les échelles sont si abimées par les chutes de pierres qu'elles sont branlantes et dangereuses, les échelons écrasés. Une fois arrivé en haut, le ravin s'élargit et s'ouvre en éventail dans une pente terrible où la progression est difficile. Cerné de falaises, se terminant par un mur rocheux et une très haute cascade, cet éventail vous isole du monde, des bruits et de la vie. Un instant suspendu!

Le décor dans lequel on va se loger

Pourquoi suis je venue ici un jour de novembre ? Je supposais un ancien passage de "tire", terrestre ou aérien, je voulais le vérifier. Une lourde pièce de fonte confirma alors mon hypothèse. Je veux donc emmener ici Eric, tant pour la singularité du site, (jadis fréquenté par les chasseurs, d'où les échelles) que pour voir si la pièce unique du musée ne s'est pas enrichie. Et nous trouverons cinq fragments supplémentaires : il y avait bien ici passage de troncs d'arbres. Tout le ravin de Resclause fut une "tire" géante, roulant les fûts ou les expédiant dans les airs, franchissant sans doute les cascades par la voie des airs, un mystère que le ravin nous laisse deviner mais ne nous confirme pas vraiment.





Il peine et il est content



Il attend depuis plus de 100 ans













Avec Eric nous faisons une balade touristique dans ce coin vraiment particulier avant que de redescendre les échelles, d'une parfaite stabilité cette fois. Les sacs feront comme les troncs : par la voie des airs.

Pendant que je grimpe il m'attend

Il y a deux façons de descendre. La 3 eme c'est sur la tête ?



Une cascade

Temps de pause. On cherchait à contourner
la cascade...impossible














Cette fois personne ne bronche côté alu
Eric se  sent très à l'aise à présent


Fourbus, nous regagnons les véhicules, 9 km de terrain infâme dans les jambes, une bonne dose de fatigue dans tous les muscles mais de la satisfaction au fond des yeux : non on n'est pas venus pour rien dans ce musée à ciel ouvert où aucun gardien n'a surveillé nos allées et venues, où aucune interdiction n'a contré notre curiosité.


Mimétisme en chassé croisé; même site, ils sont voisins
(à noter qu'en novembre les échelles étaient alignées)

Mais où aucune certitude n'a pointé son nez et où toutes les hypothèses sont revenues intactes. Comme nous!

Alors ? Et bien, un jour peut être...Je crois que les archives d' Axat ont péri noyées alors....trouverons nous jamais réponse à nos questions ? 

Décor toujours fascinant; je rêve d'aller là haut


Note : bientôt sur le site d'Eric sa publication que je mettrai en lien

Cartes : le secteur de nos investigations (9 km linéaires presque hors sentiers)

Plan large : 



Plan rapproché: 

Carte IGN 1/25 000







lundi 11 mai 2026

Hérault (34)- L'or noir de Gabian

 Gabian (121 m d'altitude) est un petit village de l'Hérault, niché au milieu de jolies vignes. Sur une superficie de 16 km2, la commune, traversée par La Thongue, affluent de l' Hérault est à  vocation essentiellement agricole, mais de grands espaces forestiers et arbustifs cernent le paysage au nord.

Paysage de Gabian proche du site pétrolifère

Si Gabian a ce côté bucolique aujourd'hui, il fut le cadre pendant un quart de siècle, de 1924 à 1950, d'une exploitation pétrolifère, qui produisit pendant ces 26 ans 20 000 tonnes de ce précieux liquide nommé "or noir". D'autant plus précieux en notre période d'actualité brûlante. La France produit actuellement 584 000 tonnes/an soit 1% de la consommation nationale. N'oublions pas que dans ce quart du 20 eme siècle, la France produisait mais importait aussi. En 1939 par exemple on produisait 50 000 t pour une consommation de 3 millions de t par an.. Aujourd'hui 256 millions de litres sont consommés en France par jour. 65 millions de tonnes/an en 2024.

Mais là n'est pas le sujet.

Gabian, s'inséra dans l'histoire du pétrole, fin 16 eme S, en 1598, lorsque fut découverte, là où se rencontrent le chemin de Fouzilhon (village voisin) et la Thongue, une source de pétrole. Le Docteur Esprit André lui consacra une thèse et le "suc huileux de Gabian" entama sa renommée.

In "Le pétrole de Gabian, mémoire d'une communauté"


Ce suc était déjà connu ailleurs pour ses vertus thérapeutiques. 

La Thongue a ses colères et détruisit la source, (La Font de l'Oli), qui fut reconstruite selon un savant drainage des eaux amenées par des aqueducs, réceptionnées dans un bassin, filtrées et rejetées, claires, dans la rivière.


La Font de l'Oli : classée Monument Historique en 2017


La Thongue


Arrivée des aqueducs souterrains


Impossible à visiter tout est cadenassé




Panneau explicatif



 La pâte huileuse et salvatrice soigna des personnes dans le monde entier jusqu'au tarissement de la source en fin du 19 eme. On avait du pétrole à Gabian et des idées.
C'est ainsi que des forages furent entrepris par la société pétrolière de Pechelbronn, en Alsace, déjà fonctionnelle depuis 1745,  pour trouver le gisement. 
Et on le trouva.
En 1924 le premier gisement, Puits N°1, révéla du pétrole à 97 m de profondeur. 

Le puits N°1


La fièvre de l'or noir est née et 57 forages virent le jour (1924/1931) dont 14 furent productifs. Une vraie épopée commença.


Les puits exploités en vert



Même site actuellement

Le pétrole est stocké dans une citerne, transporté par camions à la gare, une petite raffinerie fut créée, en 1934, tuée par la guerre, alors que seulement 4 puits fonctionnaient. Pendant la guerre, les autorités allemandes s'emparèrent de la gestion, puis la France continua ses sondages et exploitation jusqu'à l'extinction en 1950. Des cartes montrent ces recherches, cette production, ces puits, voire les sondages improductifs et en 1950 tout cessa.


Le réservoir




Chargement des wagons



Puits N° 4, on voit le cadre agricole autour






 


Les ouvriers agricoles retrouvèrent le chemin des vignes alors qu'ils l'avaient un peu déserté pour les salaires de l'industrie, et la vie humble et agricole reprit son cours lent rythmé par les saisons .
Alors aujourd'hui ? 
Aujourd'hui, m'étant garée à l'ombre d'un immense platane creux comme un derrick, craquant sous le vent du sud, j'arpente le site.



Depuis le grand platane creux


Des vignes posées à plat dans la vallée ont recouvert et rasé les puits et autres bâtiments, la colline n'est qu'une broussaille boisée où se lisent des creux impénétrables, le vent qui bouscule les pins est l'unique bruit, entortillé à celui d'un tracteur agricole, des chemins anciens pourraient dire que...quoique...la vie agricole était là bien avant, et les fermes aussi. Vous l'avez compris, il ne reste RIEN !



A présent je sais que sous cette friche se cachent les fondations de bâtiments disparus


Occupé par les vignes, le site pétrolifère. Sous les arbres de la colline, sans doute aussi


Le grand platane creux et mon camion, au loin; j'ai les pieds sur le pétrole

Dans la colline il y eut, je pense, quelques forages, invisibles sous les taillis


 J'use mes yeux, mes jambes, je n'ai ni pétrole ni idées au final et je bats en retraite vers la Font de l'Oli que je n'aurais jamais trouvée sans Google maps, comme si Gabian bien enfermé derrière les murs du 1er mai, se dérobait à ma curiosité.
Il me reste un brin de déception, une envie de revenir après lecture de vieilles cartes et surtout faire connaissance avec le musée, ultime témoin de la fièvre de l'or noir en Hérault.
Même si l'Hérault est devenu un des rois du pétrole avec sa raffinerie de Frontignan, c'est une autre histoire, celle des temps modernes dépourvus de charme mais non de profit.

Sources documents : divers documents sur Google

En bref : situation de Gabian, Hérault, dans le cercle jaune