jeudi 29 octobre 2026

Espagne, Aragon : la "Cañada Real de los Roncaleses".

 Quel titre bizarre ! Intraduisible ? Non. Une "cañada" est un chemin de transhumance. Réal ? Royal bien sûr. Et les "Roncaleses" sont les habitants de la vallée du Roncal, ( torrent issu des Pyrénées ), vallée ouvrant sur la France par un col des Pyrénées Atlantiques, la Pierre Saint Martin.


Rouler sur la Cañada sans le savoir

Le décor géographique est posé.

Le décor paysager est à venir. Sur les hauteurs de la vallée au nord de Vidangoz, à 1428 m d'altitude, partait un chemin de transhumance direction le sud. 135 km plus loin, le chemin terminait son cours aux rives de l'Ebre, un des fleuves majeurs d' Espagne.


Vallée du Roncal : le chemin passait bien au-delà des crêtes à gauche de l'image

Pourquoi parlai je ici de ce chemin ?

Parce que je l'ai découvert sur les cartes plus ou moins anciennes à mon retour de voyage, parce que j'ai croisé ou suivi son cours sans le savoir à plusieurs reprises et surtout parce qu'il m'a faite rêver. Rêve auquel s'ajoute la frustration de l'avoir manqué.


La cañada, double trait en pointillés

Plus que le Camino de Santiago que je croise régulièrement, il me laisse une faim de regrets.

Je crois que je serais capable de le suivre. Sur site. 135 km ? et alors ? Si on me récupérait à l'arrivée. Et si je partageais ça avec quelqu'un. 

Alors, faute de ça, je vais vous présenter ce curieux personnage. En images au fil de ce récit, avec les paysages que j'ai approchés.

Actuellement, il est référencé GR 13, que l'on parcourt en 6 étapes (davantage vu mon âge). Non mais je rêve ? Je me projette !

Ensuite, il est surtout porteur d'une Histoire. C'est un très très ancien chemin de transhumance conduisant les troupeaux des moutons depuis les zones montagneuses estivales de la vallée du Roncal jusqu'aux zones de pâture plus douces, en hiver, des Bardenas (de mai à septembre). Jusqu'aux rivages de l' Ebre.

Le site de cartographie IGéaMap.com permet, avec des nombreuses cartes d'époques différentes, de situer quasi l'intégralité du parcours. Un puzzle envoûtant.

Dans la réalité, sur site, je n'ai pas vu grand chose car je ne savais pas. Mais je peux visualiser certains décors et cela me laisse pantoise. 


Le chemin venait des pâtures, loin là haut. Vallée du Roncal

En imaginant ces troupeaux dans la poussière, le piétinement, les sonnailles, les bêlements, les cris des bergers à cheval ou pas, les chiens qui rassemblent, et puis le climat, les intempéries, enfin l'ambiance.

J'ai vaguement pris connaissance de ce parcours après mon bref et riche séjour dans le Désert des Bardenas. 

Monument au berger, entrée nord des Bardenas

Ce pastoralisme est vieux d'un millénaire. Chèvres et brebis quittaient les montagnes et se rendaient dans le Désert où ils arrivaient aux environs du 18 septembre. Une fête perdure de nos jours. Le monument au Pastoralisme, près de Carcastillo en reste le symbole.


Les bergers allaient d'étape en étape, 6 en tout, bivouaquant aux feux de camp, et cela continue car la tradition veut que encore quelques 100 000 animaux transhument, contre 500 000 autrefois. Beaucoup en camions mais quelques centaines à pattes, pour perpétrer la tradition. Nuits à la belle étoile, repas frugaux, veillées nocturnes, et, arrivés dans le désert, à présent très cultivé, 80 bergeries et près de 300 cabanes hébergent hommes et animaux. Des retenues d'eau de pluie ont été créées et le pastoralisme vit ici sept mois. 

Un pont de transhumance vallée du Roncal



Toujours vallée du Roncal


Un aspect des chemins de transhumance
en milieu montagnard, vallée du Roncal

Le trajet, revu et corrigé au fil des ans, emprunte certaines routes départementales, la moitié de la chaussée est dévolue au bétail. C'est très réglementé.


Ici, sans le savoir j'ai croisé la Cañada, on la voit, en terre, à gauche


Dans les Bardenas, c'est une autre Cañada
la Cañada de la Cuesta (et c'est plat )



Un des points d'eau conçus pour les troupeaux

Si on suit le trajet sur les cartes, matérialisé par deux lignes de pointillés et le libellé "Cañada Real de los Roncaleses" ce trajet se perd par endroits. Mais il est des indices pour se remettre sur la voie : "Cova de los Roncaleses" ou "Barranco de los Roncaleses". Ce chemin emprunte des crêtes, des ravins, passe par des monastères, croise un fleuve par "Puente de los Roncaleses". Faute de l'avoir suivi à la trace, j'ai lu les cartes, décodé les reliefs, et regretté de n'avoir rien compris sur le terrain.


Lumbier et son pont restauré sur l'Irati
Celui-ci j'ai la preuve que la transhumance l'empruntait





Sur la route les animaux faisaient halte
aussi sur les retenues d'eau

Mais....j'ai un projet et les projets ça donne du souffle.


Un petit coin de Désert avec référencées, cabanes, puits, mares (balsas)
et, en pointillés doubles, le chemin

Même lieu sur la carte de nos jours


Et la surprenante vue aérienne avec le chemin visible à droite


Alors pendant de longs moments, j'ai alterné sur mon clavier cartes, photos aériennes, et ce trajet devient évidence, avec quelques zones où il est frappé d'amnésie, et puis des sites clés et fabuleux : Torres de Peña, Sierra de Leire et son monastère, et puis peut être ce Campo Real ou ce bord d' Ebre  avec ce "paso de ganado" aux rives de Tudela. Des accès difficiles non par le relief, mais par la distance à pied, et je me sens pousser des ailes pour visiter des tronçons.

Allez revenons sur terre !


Désaffectée pour les touristes, et autres, l'authentique Cañada Real


Je m'y suis promenée sans savoir


Dans les Bardenas, j'ai vu des bergeries modernes, blanches, cernées de clôtures, j'ai vu les anciennes abritées des vents du nord et fondues au paysage, j'ai vu une cabane et j'ai marché sur une piste délabrée dont j'ignorais qu'elle fut une portion de cañada. J'ai roulé sur une piste qui fut cette Cañada Real et fait une halte auprès du monument du berger. Voyageuse ignorante.


Ancienne bergerie, peut être encore utilisée actuellement


Abritée et fondue au paysage mais en service encore

Je n'ai rien compris et j'ai effleuré,  comme on soulève le couvercle d'un piano, qu'on caresse les touches avec des sons discordants, sans savoir en tirer une mélodie.


Plus très très loin sont les rivages de l'Ebre et dans ces lointains blonds et pâles passait la Cañada

Un jour...peut être très bientôt, j'apprendrai la partition de la Cañada et sa mélodie.






mardi 27 octobre 2026

Espagne : Aragon. Un peu de montagne pyrénéenne ?

 Bien sûr l' Espagne des Bardenas, du Somontano, des confins des Monegros et autres régions du Rio Cinca m'a enchantée. Comme m'enchantèrent naguère toutes les régions de ma jeunesse, sans exception. 

Mais...la montagne m'est essentielle, c'est ma goutte d'eau dans le Désert. Alors je tourne le dos aux terres blondes et sèches de cette saison et je file vers les Pyrénées.


Je vais m'offrir à petits tours de roue  les piémonts, les vallées étroites et encaissées, les prairies lumineuses, les étranges crêtes et arêtes inaccessibles au commun des randonneurs, les vallées où bondissent des torrents, enfin les images classiques de montagne. Ici je ne peux briguer aucun sommet, aucune grimpette, aucune arête, mais quelques friandises hors sentier ou bien un parcours classique, soit vers un ibón (étang) soit vers un col. Ou un refuge. Ici on se déplace de refuge en refuge. Dans l'écrin des montagnes. Dans nos Pyrénées catalanes, où les reliefs ont l'air de douces collines, on peut grimper presque partout où on veut. Jusqu'à plus de 2900 m. Ici, comme aux Bardenas, c'est aussi "plaisir des yeux", non par interdit, cette fois. Qui peut oser se jucher sur les guère plus de 2000 m de la photo ci-dessous ? 

Les inaccessibles reliefs (Secteur Refuge de Zuriza). Vallée d' Ansó

Après avoir tâté du terrain, goûté du paysage, crocheté mes doigts sur du calcaire, je décide juste de partir au hasard. Il est hors de question de dormir sur un parking de montagne, l'analphabète n'a même pas d'excuse : c'est...


J'ai visité systématiquement les vallées d' Ansó, de Hecho, plus tard du Roncal, c'est celle de Aragüès del Puerto, qui, par hasard, m'invitera à la marche. 

Arrivée au parking du Refuge de Lizarra, je prépare mon sac et je regarde les panneaux, ce sera le Col de Bozo. Pourquoi ? Pourquoi pas ? Le relief tourmenté que j'entrevois est le moteur du jour.


Le Refuge de Lizarra


La rando sera brève, un parcours pas très long et un dénivelé de débutante, mais je suis juste là pour saturer mes papilles.

Aucun souci d'orientation, c'est le GR 11 autant dire "un boulevard", et pas suffisamment d'énergie pour aller tâter de la roche hors sentier si loin de chez moi. Au risque de me rompre les os . Il y a quand même, dans mon camping car, un chat qui compte sur moi et qui compte pour moi.

Personne sur le chemin dans la prairie. C'est une piste qui ondule et conduit à une petite cabane refuge, la Cueva. Le décor est planté et plantureux, le parcours reste à découvrir.

Refugio de la Cueva

Le sentier regarde les pics mais ne les touche pas. Des sites d'escalade ou de spéléo varient le menu, perso, j'aurais pu juste quitte le sentier, aller jusqu'aux falaises, grimper un peu, ou profiter d'un couloir, gagner le col par un chemin de traverse, mais j'en suis incapable, je ne comprends pas pourquoi mes jambes sont de plomb, mon souffle est court, mon coeur s'affole, l'usure me dévore, je ne peux davantage marcher en montagne que sur le plat pays des Bardenas. Je n'ai pas encore compris que j'ai depuis le départ un passager clandestin : le covid. Qui trois semaines après, me terrasse encore.


Dalle d'escalade


Et il y a foule

J'arrive très péniblement aux 2060 m du col après un insurmontable dénivelé de 500 m, seule l'envie de "voir ce qu'il y a derrière le col" pousse un pas après l'autre.


Col del Bozo 1996 m

Le col ouvre sur des lointains bleus, une vallée verte à fond plat où serpente un ruisseau, en vue du refuge suivant, il ouvre sur des pics où la roche a un relief et une couleur de neige. Le sentier se divise en deux au col: vers Canfranc ou vers Candanchu. 10 km les séparent, sur la route du Somport. Par les sentiers, le chemin est d'une impressionnante longueur, les reliefs à couper le souffle au vu de la carte. Moi, je n'ai que les hors d'oeuvre, en décor et pourtant...


Les bleus du col


Barranco de Lagüer, direction Canfranc


Dans ces vallées de montagne
se trouvent des dolmens

Pico Llena del Bozo 2497 m



Autre morphologie de roche


Direction Candanchu


C'est surtout à la descente que je vais les apprécier ces reliefs car la lumière est changeante, les nuages mouvants. Les buis s'habillent d'ors et de rouille. Partie avec la grisaille du matin je reviens dans une extravagance d'ombres et lumières,  les décors passent pas toute la palette du gris perle au blanc immaculé. Le paysage semble danser.




Il y a quelques mastodontes sur le chemin


Un jour il s'est détaché




Les couleurs et lumières changeantes



Les buis flamboient


J'ai tout loisir à la descente, nantie d'une bribe de souffle, de me pencher sur des dolines, sur des gradins de pierre où bondit un filet d'eau, qui sait devenir cascade aux heures d'orage ou de fonte, j'explore un ravin, je monte me percher dans une grotte qui n'est autre qu'exsurgence parfois, petites curiosités toutes simples pour une toute simple randonneuse.


                                                                            
Doline

Cascade en escaliers






Recto 

Verso



A bientôt !


Ce n'est rien comme rando, un montagnard ne lui donnerait même pas le nom de rando, mais c'est la lumière qui randonne au gré des reliefs et des paysages. Et c'est elle qui a fait de cette balade sans prétention une perle d'exception.