lundi 11 mai 2026

Hérault (34)- L'or noir de Gabian

 Gabian (121 m d'altitude) est un petit village de l'Hérault, niché au milieu de jolies vignes. Sur une superficie de 16 km2, la commune, traversée par La Thongue, affluent de l' Hérault est à  vocation essentiellement agricole, mais de grands espaces forestiers et arbustifs cernent le paysage au nord.

Paysage de Gabian proche du site pétrolifère

Si Gabian a ce côté bucolique aujourd'hui, il fut le cadre pendant un quart de siècle, de 1924 à 1950, d'une exploitation pétrolifère, qui produisit pendant ces 26 ans 20 000 tonnes de ce précieux liquide nommé "or noir". D'autant plus précieux en notre période d'actualité brûlante. La France produit actuellement 584 000 tonnes/an soit 1% de la consommation nationale. N'oublions pas que dans ce quart du 20 eme siècle, la France produisait mais importait aussi. En 1939 par exemple on produisait 50 000 t pour une consommation de 3 millions de t par an.. Aujourd'hui 256 millions de litres sont consommés en France par jour. 65 millions de tonnes/an en 2024.

Mais là n'est pas le sujet.

Gabian, s'inséra dans l'histoire du pétrole, fin 16 eme S, en 1598, lorsque fut découverte, là où se rencontrent le chemin de Fouzilhon (village voisin) et la Thongue, une source de pétrole. Le Docteur Esprit André lui consacra une thèse et le "suc huileux de Gabian" entama sa renommée.

In "Le pétrole de Gabian, mémoire d'une communauté"


Ce suc était déjà connu ailleurs pour ses vertus thérapeutiques. 

La Thongue a ses colères et détruisit la source, (La Font de l'Oli), qui fut reconstruite selon un savant drainage des eaux amenées par des aqueducs, réceptionnées dans un bassin, filtrées et rejetées, claires, dans la rivière.


La Font de l'Oli : classée Monument Historique en 2017


La Thongue


Arrivée des aqueducs souterrains


Impossible à visiter tout est cadenassé




Panneau explicatif



 La pâte huileuse et salvatrice soigna des personnes dans le monde entier jusqu'au tarissement de la source en fin du 19 eme. On avait du pétrole à Gabian et des idées.
C'est ainsi que des forages furent entrepris par la société pétrolière de Pechelbronn, en Alsace, déjà fonctionnelle depuis 1745,  pour trouver le gisement. 
Et on le trouva.
En 1924 le premier gisement, Puits N°1, révéla du pétrole à 97 m de profondeur. 

Le puits N°1


La fièvre de l'or noir est née et 57 forages virent le jour (1924/1931) dont 14 furent productifs. Une vraie épopée commença.


Les puits exploités en vert



Même site actuellement

Le pétrole est stocké dans une citerne, transporté par camions à la gare, une petite raffinerie fut créée, en 1934, tuée par la guerre, alors que seulement 4 puits fonctionnaient. Pendant la guerre, les autorités allemandes s'emparèrent de la gestion, puis la France continua ses sondages et exploitation jusqu'à l'extinction en 1950. Des cartes montrent ces recherches, cette production, ces puits, voire les sondages improductifs et en 1950 tout cessa.


Le réservoir




Chargement des wagons



Puits N° 4, on voit le cadre agricole autour






 


Les ouvriers agricoles retrouvèrent le chemin des vignes alors qu'ils l'avaient un peu déserté pour les salaires de l'industrie, et la vie humble et agricole reprit son cours lent rythmé par les saisons .
Alors aujourd'hui ? 
Aujourd'hui, m'étant garée à l'ombre d'un immense platane creux comme un derrick, craquant sous le vent du sud, j'arpente le site.



Depuis le grand platane creux


Des vignes posées à plat dans la vallée ont recouvert et rasé les puits et autres bâtiments, la colline n'est qu'une broussaille boisée où se lisent des creux impénétrables, le vent qui bouscule les pins est l'unique bruit, entortillé à celui d'un tracteur agricole, des chemins anciens pourraient dire que...quoique...la vie agricole était là bien avant, et les fermes aussi. Vous l'avez compris, il ne reste RIEN !



A présent je sais que sous cette friche se cachent les fondations de bâtiments disparus


Occupé par les vignes, le site pétrolifère. Sous les arbres de la colline, sans doute aussi


Le grand platane creux et mon camion, au loin; j'ai les pieds sur le pétrole

Dans la colline il y eut, je pense, quelques forages, invisibles sous les taillis


 J'use mes yeux, mes jambes, je n'ai ni pétrole ni idées au final et je bats en retraite vers la Font de l'Oli que je n'aurais jamais trouvée sans Google maps, comme si Gabian bien enfermé derrière les murs du 1er mai, se dérobait à ma curiosité.
Il me reste un brin de déception, une envie de revenir après lecture de vieilles cartes et surtout faire connaissance avec le musée, ultime témoin de la fièvre de l'or noir en Hérault.
Même si l'Hérault est devenu un des rois du pétrole avec sa raffinerie de Frontignan, c'est une autre histoire, celle des temps modernes dépourvus de charme mais non de profit.

Sources documents : divers documents sur Google

En bref : situation de Gabian, Hérault, dans le cercle jaune







Aude, Axat, fantaisies cartographiques en chemin

Il y avait au 18 eme Siècle un art consommé pour les cartographes de représenter chemins, rivières, montagnes, d'un lieu à un autre. Bien que ce soit des ingénieurs militaires, comme La Blottière et Roussel, la poésie et la fantaisie n'étaient pas exemptes de leurs cartes, pour mon plus grand plaisir même si parfois "je m'y arrache les cheveux" ou j'y "perds mon latin". Mais en même temps cette fantaisie me fait sacrément chercher sur le terrain. Cette fantaisie a pour nom courbes représentant tout chemin et tout cours d'eau, comme dans les dessins d'enfants.

Secteur du chemin dont je vais parler


Les ingénieurs du cadastre napoléonien ont fait des relevés bien plus scientifiques et si j'ai parfois relevé des erreurs criantes sur le terrain, la cohérence reste de mise.
D'ailleurs le cadastre actuel a repris leur tracé et ainsi je peux naviguer au cadastre sur le terrain avec mon écran, à quelques mètres près je suis sur la bonne voie. Sur le site IGN. Qui fera peut être rire dans un siècle.
Le chemin que je vais présenter dans cet article n'est cadastré qu'en partie et rectifié par rapport à la carte d'état major, inspirée sans doute de levés antérieurs. Voir ci-dessous.


Un peu, beaucoup, de fantaisie

Par contre ce chemin ne figure pas sur la carte du 18 eme de Roussel et La Blottière.


Le chemin devrait se trouver entre le I et le E

Mais que leurs cartes étaient belles...Ci-dessous le Défilé de Pierrelys (Aude).



En vertu de cette carte, j'ai retrouvé deux chemins (un peu fantaisistes dans leur parcours sur carte)




Pas de date mais une échelle en toises
1 toise = 1.949 m

Ce ci dit, j'ai découvert le chemin en question après ma visite au funiculaire d'Axat (clic ici), en novembre dernier. J'ai épluché la carte exempte de funiculaire, évidemment, vu sa date de construction (début 20 eme"), mais sur la carte d'état major se dessinait un chemin "en tortillons" soit en forme de lombric se tortillant au sortir de terre. Comme le paysage est empli de falaises, je me voyais déjà le retrouvant, semi ruiné, et dansant sur le vide, entre précipices et murailles calcaires. 
Lors de notre sortie suivante sur site, avec Eric Teulière, après avoir épluché voie du funiculaire, tires (chemins de débardages), sous bois et reliefs, on rencontre, au retour,  un sentier nettoyé et balisé par les chasseurs, plutôt confortable et plein de lacets. Alors je comprends : c'est le fameux ancien chemin "en tortillons". Sur sa partie inférieure, en 17 lacets exactement. Une visite de la carte m'apprend que nous avons aussi parcouru la partie supérieure, squattée par la voie du funiculaire.
Finalement, aujourd'hui, je peux dire qu'en 4 visites, je l'ai parcouru en entier de la route actuelle D117 au col de Bouich. Soit sur plus de 4 km. Il a été récupéré et modifié par des utilisations ultérieures à son dessin sur carte.

La flèche amène vers le col de Bouich

J'ai cru que c'était un chemin de communication entre Axat et Salvezines,  entre la vallée de l' Aude et celle de la Boulzane.
Mais il m'a parlé ce chemin. Il m'a davantage parlé dans les lieux où je ne l'ai pas retrouvé. J'ai arpenté le site de sa partie médiane (en jaune ci dessous) 




et là, sur site, en voyant où on l'avait logé, en voyant le relief, m'a frappée l'impossibilité qu'il fut une voie de communication, et j'ai compris que c'était un chemin de bûcherons, permettant d'exploiter la forêt, de se rendre sur les lieux de travail, c'est tellement évident...
Qu'en reste t'il aujourd'hui ? De part et d'autre du ravin de Resclause, sur des pentes ardues emplies d'arbres, il reste une trace rectiligne, sûrement revue et corrigée après le 18 eme siècle. Les arbres furent abattus, le chemin se perdit dans les affres du temps, la voie ferrée et sa construction modifièrent son usage, son cours ...et sa poésie sur carte !
Il a été utilisé, rectifié, et deux tronçons (la partie jaune) se sont perdus.

A présent, de la route D117 au col du Bouich, quelques images de ce chemin ainsi que la carte pour se repérer avec la numérotation des photos.




Rive gauche: de la route au ravin de Resclause

1-Un des 17 lacets restants


2-Rectitude


     
3-Et arrivée au funiculaire




 
4-Le chemin a été accaparé par la tire

5-Sur ce passage, les éboulis issus de la 
construction de la voie


6-Passage au pied de la falaise au niveau
du ravin de Resclause


7-Au pied de la falaise support du chemin et amorce du passage à gué

Passage du ravin

8-Vestiges du passage à gué

Rive droite

9-Supposition de pavage dans la montée
Sur l'autre rive du ravin (la droite)

Les photos ci-dessous sont dans ce périmètre



10-Départ très visible du chemin en rive droite


11-Supposition du chemin sur la rive droite du ravin


12-Même lieu, revu semble t'il par les chasseurs



Rive gauche à nouveau
13-Remontée ardue et rectiligne rive gauche

Des vestiges de la voie subsistent:

Vestiges




14-Arrivée du chemin au niveau de la voie


14 a- même lieu

15- Un tronçon creusé en falaise

Du grand tunnel au Col de Bouich

16-Le chemin d'origine entre falaise et voie

16 a- Même lieu

17- "colonisé" par la voie

18-La piste actuelle qui conduit au Col de Bouich s'est substituée au chemin


19- Mais parfois le chemin subsiste, au-dessus de la piste


Je l'ai donc vu, j'ai respiré son air ancien, je n'ai pas dansé sur les falaises, je me suis tordu les pieds dans les éboulis, j'ai éprouvé le silence immense et l'obscurité des lieux toujours dans l'ombre, j'ai frissonné de solitude et vibré de la joie de la découverte.
J'ai trouvé 17 lacets, j'ai trouvé le petit passage à gué sur le ravin de Resclause, et plus secret encore, dans une côte après le ravin, sous l'humus, un vestige de calade, de pavage. J'ai trouvé dans le silence immense, avec mon imagination, les bûcherons, les boeufs ou les mulets, le chant des scies, le grondement des troncs, les pleurs de l'arbre s'abattant au sol, l'écho sur les falaises de cette vie disparue depuis des lustres. J'étais riche de tout ça dans cette solitude impressionnante.
Et, terminant ma recherche, j'ai pu dire j'ai trouvé la clef ! Ce n'est pas une blague, j'ai vraiment trouvé ce vestige.

Insolite ! Trouvé là où j'ai tout compris