Me voilà, tout juste rentrée de l'Hérault, invitée à rejoindre le Défilé de Pierrelys, dans l' Aude, un des lieux qui me sont les plus familiers, en compagnie de trois hommes dont Eric, un de mes amis. Je ne connais, pas les deux autres.
Destination les hauteurs du Défilé, soit la pointe des Murailles du Diable. A plus de 950 m d'altitude.
Le Défilé de Pierrelys étant une des gorges de l' Aude, creusée entre deux falaises calcaires, aux environs de Quillan, Aude (11).
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les Murailles du Diable |
Par commodité, Manuel nous embarque dans son 4x4, dès le Col de Campérié, sur les pistes direction les forêts des Fanges, de la Comtesse et Forêt Noire. Le temps est maussade, style purée de pois, avec des langues de brume qui estompent les grands arbres longeant la piste détrempée et boueuse. Les forêts sont dévastées, les troncs gisent au sol, tronçonnés, les gros engins sont sur place, la faute en est au changement climatique, Manuel nous explique pourquoi. Il connait cette montagne comme sa poche, chaque arbre, chaque chemin, chaque roc. Les grottes et les avens cachés aussi. Ce sera notre guide pour le belvédère où nous allons.
Nous laissons le 4x4 sur une petite place ronde, en forêt, et on emprunte un sentier sur près de 2 km, au tracé assez rectiligne entre rocs, buis et grands arbres, le panorama est inexistant. De toute façon, la brume rôde. Et le froid humide aussi. Nous sommes à 1000 m d'altitude.
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Les buis renaissent, dévorés par un insecte |

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Point d'eau pour animaux |
La pierre est omniprésente. Les mousses aussi.
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C'est le sentier |
On arrive au belvédère mais, hélas, le point de vue sur la vallée sera très fugace malgré notre perchoir à pic sur un vide de 600 m.
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Plateau de Quirbajou ensoleillé |
Par intermittence, on voit la route et le fleuve tout en bas, le plateau de Quirbajou, tout en haut, et des portions de falaise. Non je n'enrichirai pas ma connaissance des falaises, les Murailles du Diable prennent un plaisir diabolique à se dissimuler, quant au Trou du Curé, il n'est pas plus visible que par temps clair, pudiquement caché par les falaises.
Toutefois les vues les plus impressionnantes sont depuis la route et le fleuve, ou depuis le Belvédère du Diable (images ci dessous).
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Le site des Murailles du Diable, la route et l' Aude (fl) en bas, depuis le Belvédère du Diable Notre rando tout en haut (image d'archive) |
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Trou du Curé et murailles du Diable |
Mais j'ai le temps de reconnaître ce bord de route où j'ai stoppé tant de fois pour user mes yeux sur les murailles. Je ne vois pas la pente de Belvianes où j'ai tant cherché (et trouvé) le chemin désaffecté voilà près de 2 siècles et demi, mais je vois des pentes invraisemblables hérissées de dentelles, ces mêmes dentelles qui me fascinaient depuis en bas.
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Les tours crénelées du Défilé de la Pierrelys |
C'est la première fois que je vais en haut, tout là haut, sur cette rive droite et je suis ravie malgré la frustration de voir si peu. Il fait froid, je crois n'avoir jamais été autant vêtue pour une rando. Les lumières et couleurs que veulent bien dévoiler les écharpes de brume sont aussi fugaces qu'élégantes. C'est un bal masqué.
Nous sommes montés pour observer une muraille, non pas verticale mais presque horizontale, celle ci née de l'épierrage d'une vaste zone d'environ 4.5 hectares, cernée de lignes de crête. Ancienne pâture ? Autre ? Système défensif venu de la nuit des temps? Ouvrage ancien assurément, recouvert par la forêt. On arpente cette sorte de digue orientée Nord Sud, de près de 170 m et de plusieurs mètres de haut, sur laquelle les chasseurs ont érigé quelques tumulus pour leur activité.
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Aspect du mur, très large et qui fut sans doute bien plus haut |
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Le mur |
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177 m de longueur |
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Le mur d'un bout à l'autre |
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Vue aérienne |
Si les sous bois épais laissent peu de place à la balade, on ne peut en dire autant des crêtes; je ne suis pas seule, donc je me tiens tranquille et ne m'aventure nulle part. Ma propension à me jucher sur le vide inquiète mes partenaires, j'évite de prendre la moindre initiative. Mais j'engrange impressions et émerveillements.
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La vallée de l'Aude et le Défilé |
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Mes rochers préférés |
Manuel m'apprend que les chasseurs ont tracé depuis ce belvédère un sentier descendant sur St Martin, alors j'ai déjà pris contact pour une visite guidée : je ne me hasarderais pas à me jeter seule dans cette pente piégeuse !
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Ah si la brume partait, quels points de vue ! Crête sud, à l'aplomb de "la pêcherie" (route) , du tunnel routier et de l'entrée du tunnel ferroviaire |
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Il se jette dans le vide, ce sentier ! |
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St Martin Lys : et le vide il y est ! |
Nous allons ensuite nous jucher sur la pointe ouest qui est comme la proue d'un navire, ouvrant sur un vide aussi vertigineux que vertical .
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Nous sommes juste sur ce perchoir (extrémité ouest) que j'ai coloré et la magie va opérer! |
Et là, est ce le Diable qui vient nous accueillir, est ce l'âme du curé bâtisseur de la route, qui nous visite ? Le spectre de Brocken englobe nos silhouettes d'une auréole irisée et lumineuse, alors que les écharpes de brume caressent les aiguilles : c'est un spectacle aussi exceptionnel qu'envoûtant.
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La splendeur des murailles auréolées |
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Spectre de Brocken |
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Eric n'échappe pas à la fascination |
J'ai du mal à m'arracher à ce spectacle dont me gratifia le secteur du Tourmalet il y a quelques années
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Une des aiguilles de la Pierrelys |
Renaud distribue un pain au chocolat à chacun, un petit déjeuner aussi irréel que bienvenu.
Ensuite je manifeste l'envie d'aller fureter dans la faille toute proche et Renaud me précède : ces failles entre falaises verticales sont typiques de ce Défilé et c'est assez impressionnant de se loger entre ces murs rapprochés, étroit couloir qui plonge brutalement dans le vide, non je ne m'aventure pas et n'en ferais pas davantage si j'étais seule.
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Dans la faille : roches grises à l'extérieur et rougeâtres à l'intérieur |
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La même faille vue d'en bas (au zoom) |
Cette fois c'est la crête nord qui a notre visite, bien moins impressionnante, peu escarpée et donnant sur des forêts denses. Je sais qu'un ancien chemin se cache là dessous, j'y ai souvent songé, il faudra que j'aille le visiter.
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Crête nord (le vide est à gauche) |
Nous revenons sur nos pas, à travers bois et forêt, dans une lumière verte née des mousses qui habillent rocs, troncs, branches, pour aller, près de la voiture, nous percher sur un autre belvédère ouvrant sur village de St Martin Lys; la brume ne lâche rien et je l'exhorte à haute voix à dégager le paysage. Alors pendant quelques secondes elle nous offre un peu de panorama mais je n'ai pas le temps de saisir St Martin en photo, trop fugace.


Notre retour se fait par d'autres pistes en passant par le Col de St Martin : le site m'est familier, je suis venue un jour ici, j'ai continué sur la piste mais sa monotonie m'invita au demi tour; je préfère les pistes en voiture, je les trouve ennuyeuses, eussent elles un beau panorama.
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Quand je dis qu'il fait froid !! |
Merci à vous trois pour cette invitation d'exception. De gauche à droite Renaud, Manuel et Eric
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Cette Pierrelys à laquelle j'ai consacré tant d'heures, d'énergie et de km (plus de 200 à pied) m'a offert un cadeau Divin, au pays du Diable et du Curé : une petite pierre, a attiré mon attention; différente des autres, lisse et terne, elle s'est révélée être cette merveille .
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Et la lumière fut! |
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Une pierre plutôt terne |
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Calcite
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Le secteur
Distance à pied : environ 5 km