jeudi 27 novembre 2025

Conflent : Villefranche, le Roc Campagna (façon militaire)

 Le Roc Campagna n'est pas un pic d'envergure mais il a un aspect vraiment exceptionnel, une approche pas évidente, et trois sommets dont le majeur (celui des cartes) est le moins chargé en altitude ...et le plus inaccessible. D'ailleurs je n'y ai pas accédé. Trop impressionnée.
Le Roc Campagna, une espèce de trident mis à la verticale sur 700 m de vide, a de quoi impressionner. 

Les étages des Rocs Campagna

Mais en ce qui me concerne il s'est fait désirer. Il y a des années que je le brigue, et trois essais loupés.

Cette fois je pars pour réussir. Et je pars seule. J'ai tout mon temps. 

J'ai décidé d'y aller par la voie la plus courte (il y en a peut être une autre mais incertaine), et la plus courte est la plus escarpée : d'anciens chemins militaires, dont un très escarpé, abimé, le moins fréquenté mais le plus grandiose c'est sûr ! N'existant pas sur la carte.

Le tracé de ce chemin avec mes points GPS


Je quitte Villefranche où j'ai dormi; le temps est ensoleillé bien qu' incertain. Je marche bien, un bon rythme, le souffle est bon, le pas vif, tout est parfait, cette fois ci il sera pour moi, ce sommet tant rêvé.

Je prends le chemin de ND de Vie, coincé en dévers entre falaises, anciennes terrasses, et filets anti éboulis.  Avant la chapelle, un sentier discret, pas balisé, s'enfuit vers les falaises et ce sera plus d'un km de décor splendide, de rude montée, de vestiges d'un très vieux chemin militaire, du 17 eme sans nul doute, survivant de l'époque du Fort Libéria, Louis XIV et Vauban. Un chemin dans son jus. Ou presque car depuis mon premier passage où ce fut vraiment de la recherche du  tracé, il a été un peu remis à flot.

Un chemin bordé de murs éloquents. 

Toutes ces pentes furent cultivées, elles abritent des terrasses (j'irai)



En haut gauche : mon but. Le reste ? je vais le longer


Le chemin militaire
Construit sur le vide






Un des passagers immobiles

Vestiges du chemin au pied des falaises




Le chemin bien étayé

Vue imprenable sur le toit de ND de Vie

Et sur Villefranche de Conflent


Ce chemin, je l'adore


Au bout de ce sentier, on trouve le vrai chemin militaire, que je crois né de la période Napoléon III qui revisita le Fort et ses défenses, chemin large, de belle assiette, construit pour transporter du matériel (canons ?). Ce chemin est beau, en balcon, bien équilibré au niveau dénivelé mais, je ne sais pourquoi, il m'ennuie ! Depuis que je le connais.

Celui ci est plus récent et de randonnée

Je vais avec joie le quitter pour un autre tronçon de chemin militaire et enfin le dernier tronçon, peu pentu mais superbe, orné de petites plaques de neige,  me conduit sur le grand plateau où se perd sa trace. Donc c'est par du chemin essentiellement militaire que j'arrive aux environs du Roc Campagna. Je suis à 1256 m d'altitude et il faut à présent...descendre ! Un pic qu'on aborde en descendant....pas banal.

Le décor est remarquable : il y passe un autre chemin militaire méconnu

qui conduit au Pla d'Auça

Encore un, magnifique


Les vallées du Cadi (gauche) avec Vernet les Bains et de la Rotja (droite) et Fuilla




Passage à gué

Il me faut trouver le départ, rien à faire, alors j'ose la descente dans la pente et les sous bois, en suivant du regard la pointe sèche de ce roc. Et ça marche, je rejoins le sentier cairné. Surprise ! Avant le roc, une grande ruine de bergerie presque suspendue sur vide. Aux alentours quelques murettes...mais que faisaient des bergers sur une terre si escarpée et ingrate surtout...

Finalement, au hasard, je le trouve, le sentier du Campagna


Surprise ! Une bergerie


Un vaste rectangle

Bordé de murs remarquables



Dissimulée dans ce décor, la bergerie

A présent, à moi les rocs et le vide, absolu.

La route et Villefranche sont à 400 m
Ici je suis exactement à 1200 m

C'est magnifique, vertigineux. Je pose un peu les mains mais c'est un site d'exception.

Tant de fois où mes yeux se sont posés sur ce roc et j'y suis. Surveillée par les vautours, regardée par les yeux noirs des cavernes en parois, épaulée par les chênes verts et noueux qui amortiraient la chute, narguée par le Canigó en face, voilé de blanc.


Altitude 1200 : lui, le Canigó, 2784 m


En bas, Villefranche, Fort Libéria, la route, le rail et le fleuve, les vallées du Cadi et de la Rotja, les collines d'Ambulla et de Badabany, enfin tous mes lieux amis. Ah j'oubliais la mer !


Je vais au suivant, 1200 m aussi


En bas le "vrai" pic 1134 m

Mon bonheur est sans nom, le ciel s'est couvert, il fait frais, j'enfile un pull et me rends au restaurant d'altitude. 1200 m, sur vide. Une belle grotte me lance son regard noir que nulle larme ne mouille.



Le Roc Campagna m'a offert deux sommets, à 1200 m séparés par un col. Le 3 eme sommet est à 66 m en contrebas. Je pourrais y descendre mais je ne parviendrai pas à grimper cette falaise hostile. Alors je reste en haut. ça me manque.

Je n'irai pas plus bas


Cela semble impossible à escalader

Mon repas est frugal, je me nourris de la vue splendide. Je sais déjà que je reviendrai, par temps lumineux et que peut être j'oserai descendre au vrai pic, ou le saluer à ses pieds. Il y a quand même 6 km pour arriver ici ! Il se mérite . Je brigue un autre trajet, plus court; je le connais en grande partie.  A  préparer sérieusement toutefois. 


Désert et dessert minéral



Maintenant je sais : le départ, il est là. Et c'est superbe 

Le retour (même chemin), sous un temps gris et maussade est tout aussi enchanteur. J'oserai même la visite  d'un lieu anciennement cultivé, incroyable, mais finalement à deux pas de ND de Vie . Les vignes du vin de messe ? pourquoi pas !


Altitude 1230

Perspective du chemin militaire















Et de Villefranche du Conflent
Sur cette pente stérile se logeaient des vignes autrefois, en gradins


Les rencontres du jour ? Mais vous rêvez...à part rochers, chemins militaires et vautours...qui oserait ?  Du moins en même temps que moi ! Le temps dilue tout ici...


Le soir qui tombe allume les falaises


En  chiffres 
Distance : 12.8 km
Dénivelé positif cumulé : 900 m
Temps de marche : 5 h

Le trajet : 




jeudi 20 novembre 2025

Aude (11) : le funiculaire d' Axat

 Qui a entendu parler du funiculaire d' Axat ? Je n'en savais rien, pourtant je connais un peu le secteur, jusqu'au moment où une de mes connaissances, Manuel, me parla incidemment en trois phrases de ce funiculaire disparu, évidemment. Il me situa brièvement le site et je retins que cela montait très fort et qu'il y avait un tunnel de 100 m. J'allai de suite inspecter le paysage : naturellement,  le lieu était inhospitalier à souhait, une pente raide entre falaises et forêts. Le surlendemain je m'y rendis. La chasse m'obligea à reporter ma sortie à l'après midi, cela eut son importance car, en cette saison, le soir tombe vite. Je ne connaissais rien de ce "monument ferroviaire. Ce que j'ai appris depuis figurera en rouge dans ce récit

Avertissement : le récit sera un peu long et étayé de photos anciennes (années 1910) et de mes récentes connaissances. 

En rouge, ce que j'ai appris après la balade (les sources sont citées dans le texte)

Vue prise depuis la voie métrique et le petit tunnel

En fond d'image, le site où se trouve ce funiculaire...



Je trouvai rapidement le point de départ après une sévère montée le long d'une ancienne carrière qui a dévoré la base du funiculaire et donc tout ce à quoi il servait.

Mis en service au tout début du 20 eme siècle, en 1906, ce drôle d'engin servit à descendre les énormes troncs d'arbres tranchés tout là haut dans les forêts. Il fut abandonné 15 ans plus tard. Pour raisons économiques. Je ne savais rien de cet engin et je partis à l'assaut de la pente, redoutable au delà de mes espérances. Mais j'étais en mode découverte et ma curiosité n'en fut qu'aiguisée. Quelques jours plus tard, j'invitai mon ami Eric Teulière à venir avec moi refaire le parcours et le compléter. Entre temps, l'un et l'autre, nous nous étions documentés (soit pas grand chose) et surtout j'avais un plan succinct . Et de surcroit mon expérience de cette première balade.

Carte postale ancienne (1912) version colorisée Site Quilhan.com/métiers du bois.
L'arrivée du funiculaire et déchargement du bois 

Me voilà donc en cette première approche en solo en train de monter la partie funiculaire à proprement parler. C'est un long plan incliné à très forte pente. Tout au fond se trouve un pilier entier et les ruines de deux autres .

C'étaient les piliers soutenant la partie aérienne terminale (en quadrillé sur la carte postale ci dessus; beaucoup ont disparu; ces piliers permettaient un passage aérien).

Ce moyen de transport des troncs d'arbres ou grumes issus des forêts de sapins n'utilisait pas de locomotive, pas de véhicule tracteur, juste des câbles mus par treuil, et freinage car le transport ne se faisait qu'en descente. Il y eut d'ailleurs déraillements et incidents pour ne pas dire accidents.

Les deux rails à voie métrique ont été ôtés, les traverses en bois aussi, il ne reste que des pièces métalliques de fixation. Une poulie oubliée et nulle trace de ligne électrique qui exista, mais cela je ne le savais pas. Pour construire ce plan incliné il fallut creuser la falaise, faire un passage en tranchée, d'autres en comblement, soutenus par des murs. 

Le crénelage servait à passer les rails
Le pilier supérieur du pont aérien



Le grand pilier supérieur


Poulie du câble, oubliée

Fixation  des traverses en bois















La voie du plan incliné en remblai


Et en tranchée

Sur les plans et documents la pente serait de 65%. Personnellement, ayant remonté un couloir d'alpinisme à 55°, je l'évaluai à 48°. Soit un peu plus de 50%. 

Plus tard, je fus en possession de ces documents issus du site Quilhan.com/ métiers du bois. J'observai longuement en détail ces cartes postales anciennes. Le fonctionnement, le mécanisme et...l'habillement !

Les grumes, liées entre elles, étaient descendues sur1.224 km
par ces chariots reliés entre eux. J'admire le courage des
4 passagers !


On aperçoit en fond le plan incliné du funiculaire,
une sacrée rampe

Arrivée en haut, en un petit col de terre noire, le paysage sinistre me sauta à la gorge : un circuit rectiligne de voie ferrée peu escarpé, construit à flanc de falaise avec des murs impressionnants parfois, ou taillé en tranchée dans le roc, un petit pont aérien, un tunnel de 51 m de long : tout un ensemble aérien, vertigineux, au sol encombré, dans un paysage de forêts et de falaises dans l'ombre froide; seule touche de couleur, l'automne flamboyant sur des hêtres . Pas un bruit, pas une présence animale ni humaine hormis une trace de débroussaillage récent, il faut avoir le coeur bien accroché pour promener sa solitude là haut.

En images, le parcours

                                                                                 

Un énorme mur, ici il y avait un passage aérien
mais surtout un site incompréhensible

Le petit col en terre noire, terminus de la rampe


Incompréhensible car voici le haut du mur !



Et le bas du mur



La voie s'élance vers les hauteurs





Le petit tunnel de 51 m






En face(2nd plan), le sommet des falaises des gorges de St Georges



La voie et son tracé

A propos de ce tracé c'est une voie d'exception car ce trajet de funiculaire a quelques courbes de 100 m de rayon ce qui est rare  : 




J'appréciai la sortie avec Eric que l'on pimenta de nos commentaires et surtout d'une balade annexe, celle de la "tire" ou chemin de débardage qui précéda le funiculaire. C'est une autre histoire, riche également. Mais seule, je m'aventure dans l'inconnu, je ne sais rien ce jour là.

J'arrivai à une belle tranchée, coupant net une impressionnante falaise qui plongeait, verticale, dans le ravin en contrebas, mais toujours pas "le tunnel de 100 m". Le parcours sembla s'achever dans le haut du ruisseau qui m'avait rejointe, je me faufilai dans le ravin et je me trouvai face à face avec un immense mur!

Le grand mur barrant un ravin et ouvrant sur le tunnel de 117 m

Quel ouvrage ! Il se logeait entre deux sévères falaises et présentait tout un appareillage de pierres, piliers et une plate forme que j'escaladai. C'est alors que je le vis...le tunnel ! 

Bas du mur

Haut du mur















Une bouche noire que j'atteignis; j'allumai mes phares soit mes deux lampes et, la trouille au ventre, je descendis cette rampe de 117 m, au sol strié de traverses de chemin de fer lesquelles portaient toutes une double saignée, le passage des câbles. Quelques ruines de ferraille rouillée enjolivaient le décor....Une belle descente qui aboutit dans le lieu le plus austère du trajet, deux éboulis au delà de la sortie. J'étais totalement désorientée surtout que mon GPS perturbé par le tunnel me situa en un lieu invraisemblable, bref je ne cherchai pas davantage  et revins sur mes pas. Une partie de la voûte étant effondrée je ne m'attardai pas. Revenue à l'air libre, je visitai un peu ce drôle de plan incliné flanqué de piliers mais je n'allai pas plus en amont car la voie continuait et le soir tombait.

Tunnel : 117 m
Les traverses en sapin


Traverses et passage des câbles

Un peu plus détendue à la descente je fus surtout attentive au paysage, grandiose, mais aussi à mes pieds. Le sol encombré et recouvert de feuilles mortes était un traitre en puissance.

Visage de la voie

Grandiose décor en face


On peut admirer la hauteur des murs de soutien 
de la voie !


Je redescendis le grand plan incliné fort malcommode et essayai, arrivée à la carrière, de décrypter le langage des vestiges de piliers, et de la suite du parcours qui me conduisit quasi à la route.


Vers le terminus, non loin de la route


J'avais vu, il me restait à apprendre...presque tout.

Le retour avec Eric fut bien plus sympathique. A deux, c'est autre chose! Nous avions la journée et l'avons utilisée à tout décortiquer! La voie, nous la parcourûmes en entier et je compris tout ce qui m'avait échappé  La sortie du grand tunnel n'était qu'à 20 mètres du parcours, ce que j'avais pris pour un tronçon de voie était en réalité la "tire" (mais j'ai appris depuis, que ce serait aussi le tracé de la voie avant la construction du tunnel - source Inventaire ponts et viaducs détruits et/ou disparus-) et au final, parvenus au grand tunnel, nous continuâmes jusqu'à la toute extrémité supérieure du parcours soit 250 m de mon point d'arrêt précédent.

J'avais dans mon bréviaire, soit mon téléphone, ce plan, que je consultais. Et quelques autres documents.

Le plan de la voie : site " Inventaire ponts et viaducs détruits et/ou disparus"

Partie haute : en amont du grand tunnel

Un des piliers de la partie supérieure de la voie


Témoin de l'électrification


Un des passages en remblai qui supportait un pont



Même lieu


Admirons au passage l'agencement des murs....





 Sur ces 250 m, on comprit que la voie avait volé de l'espace : il est si étroit l'espace que la voie a colonisé la "tire" devenue inutile. il y a sur ce parcours un étrange pont aérien où Eric découvrit une ancienne pièce en porcelaine de ligne électrique.  Donc ce funiculaire fonctionnait à l'électricité ! On le devina mais on ne l'apprit que plus tard. 

En effet, sur cette carte postale  (1915 ? ), prise du fond de la voie, même de la rive opposée de l'Aude, on voit la ligne électrique (plus le plan incliné, le pont aérien, et le terminus de la voie) .

Extrait du site Quilhan.com


Notre terminus correspondait au point de départ du funiculaire, à 900 m d'altitude, qui déroulait ensuite son 1.224 km jusqu'à la côte 430 m. A ce point de départ arrive aujourd'hui une belle piste carrossable venue de Salvezines (vallée de la Boulzane) et Le Caunill. Jadis, tous les troncs ou grumes convergeaient ici, venus des hauteurs environnantes, 1300 m d'altitude. Et étaient expédiés par voie ferrée en bas, vers les "ports" (on nomme ainsi les sites de réception, qu'ils fussent fluviaux ou terrestres). Axat, toute proche, à la sortie des gorges St Georges, avait plusieurs scieries. Mais on parle surtout des forges de Quillan. Forges dont l'activité métallurgique cessa fin 19 eme cependant l'activité de sciage y perdura longuement au 20 eme. L'industrie du bois était florissante, la Société Ader & Cie trustait une grande partie de l'exploitation forestière et si le funiculaire n'était pas encore en service en juin 1905, il était déjà un autre projet, par la même compagnie, un transport par câbles venu des hauteurs soit environ 4 km de ligne. (Journal de l'Aude, 11 juin 1905 - Source Eric Teulière).

Ce point de départ, tout là haut ne nous montra qu'un ensemble de 4 piliers, une plate forme, et notre plan fort simple laissa davantage supposer que vérifier. Y avait-il un système de grande roue avec un frein ? A quoi servaient les piliers. Et ce gros monticule de roche, servait il à quelque chose ? Que de questions sans réponses...ce sera le lot de cette journée fertile. La réponse me parvint alors que je rédigeais cet article, par un nouveau document d' Eric...quelle richesse que ce secteur. 


Terminus de la ligne : 994 m d'altitude

Explications succinctes : 


Un emplacement de plate forme sans doute utilisé
pour une roue avec câbles et frein



Extrait du plan, terminus

Nous ne saurons pas tout. Nous l'apprendrons plus tard, avec cet extrait de livre publié en 1993


1993


Dans cette journée commune, vous avons détricoté un peu plus la montagne : suivi en intégralité une ancienne "tire", supplantée par la voie mais aux départ et arrivée communs et même, miracle ! retrouvé un grand morceau de l'invraisemblable "chemin en tortillons" figurant sur la carte d'Etat Major, que je suis allée plus tard essayer de retrouver. Et si je n'ai pas retrouvé la partie manquante, c'est parce qu'elle a disparu mais, muette dans les bois escarpés, elle m'a livré son secret que je conterai peut être...

Maintenant je sais....

Mais de cette voie ferrée nous ne savons pas tout...et le saurons nous jamais ? 

Merci Eric d'avoir partagé avec moi ce moment d'exception....

Ce récit est un hommage aux hommes du passé, bâtisseurs éblouissants, et aux bûcherons qui ont fourni un travail de Titan

Légende de ce plan : 

en rouge, la voie de chemin de fer, en bleu le chemin de la carte d'état major, en blanc, la tire soit chemin de débardage