samedi 20 juin 2015

Conversations de Bestiaire

Tout au sud de la France, le village de S...défraye la chronique. Depuis 1955, aux feux de la St Jean s'ajoute un petit feu d' artifice . Rien à voir avec le faste de certaines manifestations. Une fête bon enfant qui marque le solstice .
Cependant, en cet an de grâce 2015 voici que Les Hautes Instances Administratives Départementales interdisent ce feu d'artifice au motif que "Les hirondelles de fenêtre sont une espèce protégée et les tirs de feu d'artifice peuvent faire tomber les hirondeaux du nid...". Si des hirondelles nichent c'est que ce sont les hirondeaux de l'année précédente qui sont revenus nicher: donc ils n'étaient pas tombés du nid...On peut ainsi remonter le temps jusqu'en 1955...et l'espèce n'est pas exterminée : mieux elle aime ça puisqu'elle revient.

Mais qu'en pensent les animaux ?
Blanche photographe
On a confié le reportage à Lison, journaliste pour La Tribu du Sujet, avec Blanche pour photographe.


Lison reporter

Commençons par l'espèce concernée : les hirondelles.
"On veut bien témoigner mais en visage masqué, disent celles ci perchées au plafond d'un atelier d'artisan d'un village voisin.

Voilà 60 générations au moins que nous revenons nicher et vivre dans cet atelier .


 


 Pour rien au monde nous n'irions ailleurs. Malgré le bruit, les fumées, et les conversations souvent stériles des humains, la plus grande nuisance selon nous. Comme nous ne voudrions pas que notre artisan soit ennuyé et doive fermer son atelier nous vous parlons à visage caché..  Si vous nous
reconnaissez, chutttt....Taisez vous....

Oh, moi, laissez moi tranquille : je couve en paix !








Le serpent : nous par contre nous souhaiterions haut et fort demander aux Hautes Instances Administratives  que la circulations soit interdite sur toutes les routes et chemins du département : chaque été nous payons un lourd tribut et lâchons nos écailles dans les accidents de circulation.




Les chevaux : voulez vous bien vous taire ? Nous vivons près d'une grand route; si la circulation est interdite nous mourrons de faim : qui nous livrera foin, paille et autre nourriture ? Ah on "crin"beaucoup avec cette affaire...



Oh nous, les étourneaux, on a envahi le département depuis des années ; on a tout fait pour nous chasser des villes. Alors à présent on prend notre mal en patience . Si on n'est pas beaux, on est de fameux musiciens on imite des dizaines de chants d'oiseaux alors on fait tourner la tête, nous étourneaux, aux Hautes Instances Administratives et on continue nos gammes sur la portée musicale . Et si on demandait de couper l'électricité ? Bonne idée, on va le chanter...ou le siffler...


Ah nous, les Ragondins on est bien ennuyés. Nos confrères du Canal du Midi, chef d'oeuvre du 17eme siècle ont écrit à l'Unesco pour exiger que la circulation sur le canal ,  péniches, voiliers, navires de croisière soit déviée sur les canaux d'arrosage. Cela ne fait pas notre affaire à nous qui vivons sur ces canaux d'arrosage alors on prend des forces et on aura la dent dure!





















Croâ, crôa, qu'entends - je ?Les navires sur les canaux d'arrosage ? Scélérats de ragondins , voulez vous bien vous taire ?


La libellule...j'ai ouï dire que les travaux de l'autoroute furent suspendus cet hiver pour laisser dormir les lézards verts ? Je suis verte de rage et vais demander aux Hautes Instances Administratives de stopper le cours de l'eau du fleuve sur lequel je vis. J'ai droit au repos aussi...


Je souris à vous entendre...je vis dans la paille des chevaux...s'ils n'ont plus rien à manger faute de transports ne vont ils pas me dévorer ? Je vais écrire une supplique moi aussi, aux Hautes Instances Administratives....pour conserver  la circulation n'en déplaise aux serpents. Ah....je ne souris plus....


Geccos, les gars, accrochez vous :Ayez du mordant, du piquant, mais faites quelque chose; il y a tant d'humains (nes) qui nous craignent que nous on veut carrément la Protection Ministérielle, On va s'accrocher, on est invincibles. Coupez un morceau, ça repousse !


Que devrions nous dire, nous pauvres araignées qui pleurons toutes les larmes de notre corps en surfant sur la toile...On est pour la protection des araignées nous qui subissons la taille, les vendanges, le labourage, le sulfatage, le soufrage, l'épandage, l'épamprage, le rognage, l'attachage....
Ah on les ligoterait bien tous, ces humains qui nous perturbent...
Peut être les Hautes Instances Administratives le feront elles ? Mais...Elles devront alors se ligoter aussi ?



Que fait-on ? Mais une manif d'insectes parbleu !Pour demander aux Hautes Instances Administratives que les prés ne soient plus fauchés, les bords de route tondus sinon où irons nous butiner ? On fait beaucoup de bruit pour être entendus, au besoin on pique aussi la machine humaine. Oh cela pourrait se retourner contre nous si on pique les Hautes Instances Administratives.....Allons plongeons ! autrement dit "mange et tais toi" (menja y calla dans la langue d'ici).


Foi de veau ! pendant que nous gambadons nos mères se concertent : elles ont l'intention de demander aux Hautes Instances Administratives que les hommes cessent de prendre leur lait et leur viande : ainsi plus de fromage, de beurre, de steacks et on en passe...les boeufs  se tiennent les côtes de rire...
C'est vache. mais on va vachement rire si les Hautes Instances Administratives nous écoutent. Nos mères ne regarderont plus passer les trains par contre des hordes d'humains affamés et efflanqués se presseront pour regarder dans les prairies les vaches qui rient.


Ridicules ! Vous êtes ridicules ! Nous on regarde ça d'en haut les Isards qui se marrent et les marmottes qui papotent !





Un peu de bon sens de part et d'autre...animaux et Hautes Instances Administratives sinon notre belle planète où nous vivons depuis des millions d'années, à force de tomber dans ces ridicules excès au travers desquels on veut nous protéger à tout prix et donc nous affaiblir, notre belle terre disons nous, finira par ressembler à cela !




Et vous les chats, qu'en pensez vous ?
Nous ? On est sensés! On ouvre un oeil circonspect sur tout cela, on reste raisonnables...






Oh et puis Zut ! Vous nous ennuyez.... 




ON DORT !!!

















Propos recueillis par Lison























mardi 16 juin 2015

La clef des champs : code D14E9-34

C’était juste un week end de météo maussade  qui m’éloigna de mes chères montagnes. Je partis à la rencontre de lieux que j’aimais, que j’avais aimés et qui me manquaient . 
Des destinations bien précises ; seul le trajet restait au gré de mes envies ou de mes coups de cœur. Perpignan, Narbonne, St Pons de Thomières, c’est fou ce que le paysage change en si peu de temps. On quitte la mer, les étangs, on traverse des vignobles et voilà que se précise la montée vers les hauteurs d’un département dont on oublie  qu’il n’est pas que villes, mer et vignobles : l’Hérault.
Le département de l' Hérault


Le haut Hérault est vert, boisé tout en rondeurs et collines, lacs et rivières, villages fleuris , routes sinueuses, fermes disséminées dans les bois, fleurs  et insectes en cette saison. L’Hérault est relié au Massif Central par une collerette de montagnes qui  ont pour nom Monts de L’Espinouse et Monts du Somail, pas très élevés puisque le point culminant de l’Hérault n’est que de 1152 m. Les monts qui m’entourent paraissent juste des collines avec leur près de 1100 m alors que je suis déjà  à 900m. C’est tout dire…
Au gré de mes envies, disais je.


Ainsi je prends la clé des champs, soudain, faussant compagnie à ma route et le code d’accès n’est autre que D14 E9.
Situation géographique
C’est ainsi qu’une route minuscule qui s’enfonce dans la pénombre glauque de la forêt nous absorbe, Lison, mon camion et moi. Ce sera un enchantement : il n’y a rien à voir donc plein de petites choses qui ont la saveur de l’escapade.


Son poste favori















Je roule dans un univers de verdure intense et les chants d'oiseaux couvrent le bruit du moteur au ralenti : je roule lentement, je prends le temps.
Rien à voir : du vert à l'endroit comme à l'envers du décor.
Vert espérance, vert reposant.





Un vert qui cependant vaut son pesant d'or : l'exploitation forestière bat son plein.
Juste quelques kilomètres sur lesquels je ne rencontrerai qu'une voiture et deux piétons. Je ne sais de nous tous qui est le plus incongru : je pense que ce sera ce troupeau de pintades en contrebas de la route qui se mettront à criailler (c'est le nom) à mon approche à grand vacarme . Les vaches sont plus paisibles en gardant leurs enfants qui gambadent et les moutons broutent avec gourmandise en silence, trop affairés à cela.
Quelques clairières dévoilent un paysage molletonné où il doit faire bon se rouler, lire, bronzer...mais ce juin maussade n'y invite guère.






La route déroule son mince ruban duquel partent des impasses vers des fermes cachées dans les bois, des chemins bucoliques qui invitent à l'évasion, des ruisseaux bondissants vers une ou autre lointaine rivière. Il y a juste un village si petit (Lignières Hautes) que sitôt traversé j'ai le regret de ne pas l'avoir mieux rencontré. tant pis...je roule....

Ruisseau pétillant


La route me raconte des histoires : celle de tous ces champs envahis d'herbes folles, avec de vieux fruitiers vermoulus et des clôtures de guingois, ces histoires d'autrefois où l'on vivait ici de peu en ayant de tout.




Je cherche à voir les fermes aux noms qui chantent : Vergnelongue, la Jasse de Rescol, Bessières, le seul à découvert...coiffé d'ardoises.
Bessières
Et puis, il y a cette pluie de lumière verte, venue du ciel en rideaux, jaillie du sol en dentelles de fougères...


Fougères.






















Lumière tamisée, feutrée, translucide, jouant de la transparence et des ombres dans tous les dégradés de vert, un paysage de couleurs. Et de parfums car chaque vert a son parfum!



Ma route s'habille -presque- de vert du sol au plafond.



Cependant il est d'autres couleurs, vives, gaies, qui attirent les insectes goulus et le regard curieux.
C'est juin et ça se voit: ma route est enchantée...Pourtant, il n'y a rien à voir, ou si peu que ça ressemble à rien.



La D14E9 égrène son compte à rebours, je sais qu'elle touche à sa fin: je rencontre l'Agout, au long cours de près de 200km, affluent du Tarn.

Puis la ferme de Cacavel qui marque le terminus de la clé des champs, enfin de celle ci car il y en a d'autres au nom de code plus simple!
Cacavel entre La Salvetat et Fraisse

Un peu plus loin, le village de Fraisse sur Agout offre au visiteur une bien jolie surprise, toute en vert, comme il se doit : un hêtre " millénaire", impressionnant, caverneux et majestueux.
Un monument ! que je ne peux que présenter.

Entre ces 2 photos il manque encore
 une grande partie de l'arbre !





28 m de haut , âgé au moins de 600 ans (âge garanti par le Ministère de l' Environnement), une circonférence de 9m, il a eu un accident de parcours connu : en 1875 un terrible et meurtrier orage faillit l'abattre. Un glissement de terrain mit à nu ses racines, dégageant une véritable cavité où un humain peut se tenir assis!

Au coeur des racines !


C'est à Fraisse sur Agoût un des beaux villages fleuris de France, dans un écrin...tout en velours vert.
Comme il se doit...