mardi 11 août 2015

La vallée suspendue

Un jour, il y a longtemps, en revenant d'une randonnée hivernale, j'ai vu une vallée qui paraissait suspendue, tout à côté du Cambre d' Ase et j'ai été séduite: je me suis dit "j'irai un jour...". Je mets autant que possible mes projets à exécution et me voilà en ce 6 août en train de poursuivre un double but : visiter cette vallée assez délaissée et tester mon pied récemment blessé. Un 3ème but se précise j'en parlerai...


27 janvier 2014


Je l'avais dessinée cette vallée et peinte mais en partie car elle est discrète, amorçant une courbe donc peu ouverte au regard. Il faut aller à sa rencontre.





J'ai dormi au petit village de Planès , au pied de l'église à nef trilobée du XIeme siècle, une curiosité architecturale. (A noter que la vallée se termine par trois lobes  ou "comas").








Une piste forestière mal carrossable conduit au plus près de la vallée, je l'emprunte pour économiser mes pas.
Et j'atteins enfin le but : l'orée de la vallée.



J'entre alors dans ce sanctuaire que je nomme "vallée suspendue". 








 C'est une ancienne vallée glaciaire qui débute à 1800m environ, à la piste forestière et continue jusqu'à venir butter le cirque glaciaire de la Tour d' Eyne à la Conca, 2600m. Une vallée entrecoupée de moraines latérales, et terminée par un verrou frontal, au pied d'un majestueux cirque rocheux.
Le sentier parcourt le fond, en grimpant de moraines en petits verrous, saluant au passage l'étang de Planès, petite mare marécageuse peu attrayante.





Quand on quitte la piste forestière, on louvoie un grand moment en forêt, horizon peu ouvert mais odorant, dans lequel chante l'eau d'un torrent qu'on ne voit jamais.








Dame Lune joue sa partition tout là haut, entre deux avions, dévorant au passage la portée musicale dont elle se joue...


Je marche dans le silence et la solitude, cela me va , comme toujours.


Ce qui me fascine c'est mon 3 eme but : mon guide de montagne m'a proposé une escalade hivernale au Malasa  (dur m'a t'il dit, de quoi m'effrayer tout autant que m'attirer). Alors je suis venue voir et je vois. Une sombre et altière muraille rocheuse de près de 400m de hauteur, entrecoupée de saignées qui deviennent couloirs de grimpe en hiver avec crampons et piolets: brrrrr... Ma peur s'en va en observant tout cela; je ne me leurre pas elle reviendra au grand galop. Nous n'y sommes pas encore...


A gauche la muraille du Malasa


Mort au Malasa
Détail : le spaghetti, couloir d'entraînement
de la CRS 58

Je longe la muraille à distance respectable, le soleil la laisse vêtue d'ombre, redoutable et noire, striée de saignées , creusée de gorges, habillée de grands pans de roche brune ...inquiétante et envoûtante.

Evidemment qu'elle me tente !!!!
L'étang que je rencontre à 2200 m est une parodie lacustre : une mare encombrée de végétaux, envasée, sale...je l'espérais pour la baignade !

Photo au retour



J'aime aussi porter mon regard sur ma droite, autre muraille moins austère car baignée de lumière rousse, avec quelques couloirs sympathiques où la lune joue à venir montrer le bout de son nez, comme une invite...


















Les bergers ont laissé des traces : une jasse, un orri dans lequel il doit faire bon s'abriter et se chauffer.

De moraine en verrou, je marche; un bruit inquiétant, un pan de roche qui s'effondre en un nuage de poussière et une harde d'isards s'enfuit en faisant rouler les cailloux.

Moraine et fond de la vallée
Les trois randonneurs catalans que j'ai rencontrés ont bifurqué vers la "coma amagada" (vallée cachée)  ; nantie de leurs précieux conseils je continue. Le parcours n'est plus balisé, juste cairné mais le suivre est un jeu d'enfant.
La vallée que je viens de parcourir


J'ai quitté le fond de la vallée, suivi les cairns, négocié des virages, un peu de grimpe raide en roche, sans danger aucun et la vallée s'amenuise sous mon regard. Mon pied blessé se régale, en redemande, cela tombe bien, moi aussi !
Bien qu'il geigne un peu, il est courageux et je grimpe.
Déjà le verrou glaciaire et ses 2400m se dessinent  derrière moi, barrant le fond de la vallée d'une grande cuvette surmontée par les 2700 et 2800 environnants.
le verrou glaciaire

Les choses sérieuses commencent, c'est décidé je vais sur les crêtes, altitude 2771m, ce sera mon terminus.
Un léger vertige sur le sentier en dévers, en corniche, en rocaille glissante, c'est normal j'ai reçu un coup sur la tête récemment (elle était jalouse du pied) mais je feins d'ignorer le vide et j'imagine que je marche au bord de la mer ...et ça marche !

Oui c'est un peu haut et la mer n'est qu'en ma tête..c'est bien cela la stratégie mentale...


Je me laisse conduire ensuite sur la longue pente rocheuse, en crête; face à moi sur l'autre crête marchent les catalans, nous arriverons ensemble au sommet, comme un rendez vous parfaitement orchestré. Entre nous, dans le val aride, paissent plus de 60 isards que rien ne dérange. Les 15 que j'ai rencontrés ne sont qu'échantillon, jamais je n'en ai vus autant!


Je passe un long moment, à l'abri du vent léger et froid, à contempler :
-La vallée d'où je viens (ci dessus) et les crêtes "pelées" de la Coma Amagada
-La Tour d' Eyne (ci dessous) où je n'irai pas malgré mes possibilités aisées (pour soulager mon pied)

Tour d' Eyne 2830 m (frontalière avec l' Espagne)
-Le Roc del Boc qui couronne le Malasa (2779m) accessible seulement en escalade


Roc del Boc 2779 m

Je dessine, je prends des notes, je me restaure, c'est le désert absolu même si quelques furtives silhouettes ornent une ou autre crête dans le lointain. Seul le vent chante une chanson glacée et épisodique.


Le panorama est nu mais superbe : Carlit, Sierra du Cadi, Pedraforca, Canigou, Pic d' Enfer, Bastiments, Puigmal, Cambre d' Ase, etc...tous ces sommets fétiches que j'ai visités. Que du bonheur ! Et combien de souvenirs...

J'amorce la descente, tranquille, sereine, je ferai une longue halte sur le verrou, pour attendre un randonneur sur une pente difficile qui est peut être un marcheur chevronné, auquel cas il sait ce qu'il fait, ou un dilettante qui peut courir des risques. Alors j'attends, au  cas où....


Il me rejoint plus tard : Michel est expérimenté, il connait le terrain, me remercie pour ma sollicitude et c'est ensemble, en devisant allègrement que nous redescendrons au terme d'une belle journée.





Mon pied est douleur mais je ne lui accorde aucun crédit...il n'a pas le choix que de m'accompagner.













 Mon petit camion m'attend sagement au bord de la piste avec ses 40° intérieurs ...oh le sauna !







Avant de quitter la montagne pour la longue route , un dernier regard pour la vallée suspendue qui me faisait tant rêver et qui a perdu son mystère, pas ses charmes...ni un prochain appel...
car j'y ai déjà un autre projet ! Un rêve....de Malasa.
Pas en hiver.

Planès, son église, la forêt où court la piste et la vallée surmontée du majestueux Malasa

En chiffres :

Dénivelé environ 1100 mètres

Distance environ 17 km






2 commentaires:

  1. Super et Superbe !!!!
    Sexy les pompes ! Hi hi hi !!!!
    Bonnes vacances car c'est pour .... Maintenant je crois ?
    Gros bisous
    Chantaloup

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  2. ah oui ce sont des pompes tout terrain, elles en font des km dans les cailloux.
    bisous

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