vendredi 2 mars 2018

Un souvenir de montagne, Val d' Aran : "le mur". Partie 1

C'était avant le blog, en 2012, quelque part (mais pas n'importe où) en Val d' Aran, Espagne.

J'ai souvent pensé à ce périple original que j'avais adoré alors je vais le conter.
Juste pour mettre "sur papier" mes souvenirs.
Il n' y a pas que les souvenirs, il y a aussi mes notes de voyage et les photos.
A cette époque je randonnais déjà en montagne mais d'une façon plus légère qu'à présent ; je n'avais pas encore goûté aux raquettes, crampons et piolets, je faisais juste quelques randonnées d'été en Ariège, sur les sentiers battus. De belles randonnées de simple promeneuse..ou presque.... Je suis passée à la vitesse supérieure en 2013. Cette randonnée mémorable en fut , je crois, le prologue.
Cet été 2012, c'était mes premières vacances de femme seule à "l'étranger" soit en Espagne, en Val d' Aran, cette région montagneuse de hauts sommets dépassant les 3000 m, pendant espagnol  des Hautes Pyrénées françaises. J'étais montée l'été 2011 à la Brèche de Roland, au Tallion (3144 m) mais là je m'essayais à l'autre côté de la frontière. En compagnie de ma chère Lison, pas du tout en règle par ailleurs. Un chat sans papiers en somme.
Tout un bonheur d'aller me frotter à une région déjà traversée et rencontrée dans "ma vie d'avant" mais pas de façon aussi profonde.
Le Val d' Aran, situé à l'aplomb de la Haute Garonne et de l'Ariège, de l'autre côté des Pyrénées, est une région particulièrement montagneuse, verte, arrosée, émaillée de beaux lacs de montagne, et de sommets élevés qui brillent de névés, de glaciers, de roches pâles et nues.




Les villages, au fond des vallées, sont sagement alignés, avec leurs façades sombres, leurs toits noirs, pentus  et étincelants, alignement impeccable de maisons face au soleil comme de noirs tournesols qu'on s'attendrait à voir tourner lentement sur elles mêmes en une inlassable course solaire...



Massif et glacier de la Maladetta en fond, à droite du clocher

Il est un lieu où un fleuve très connu , La Garonne, joue à une drôle de facétie. Elle naît en Val d' Aran, musarde entre les montagnes, décide d'un coup comme un serpent de disparaître sous terre, au Trou du Toro, pour resurgir près de 4 km plus loin, aux Uelhs deth Joeu. En fait la Garonne  a plusieurs sources dont celle ci, reconnue en 1931 par Norbert Casteret, célèbre spéléologue. Ce "serpent de Garonne" naît dans le Massif de la Maladetta, connu pour son glacier et son Pic d' Aneto, haut sommet de 3404 m qui manque à mon palmarès.
Ce jour là, je n'avais pas particulièrement décidé d'aller camper dans les montagnes mais juste rendre visite aux Uelhs deth Joeu que je connaissais. Une petite route part de la ville de Vielha et s'enfonce dans les montagnes verdoyantes du très arrosé Val d' Aran.




La rivière resurgit dans un lit de rochers, plus ou moins haut selon la saison et le débit. C'est assez amusant comme phénomène géologique. Je remontai le long du cours d'eau bondissant et écumant  en grimpant entre sentier et rochers, l'eau allait diminuant jusqu'à son absence;  la présence de sable fin et doré indiqua la source et enfin j'y arrivai. De l'eau glacée sourdait entre les rochers la.même qui s'était enfouie quelques 4 km en amont.

A gauche : la sortie de l'eau sous la roche, au point le plus haut
A droite, quelques mètres plus bas, bien alimentée par d'autres résurgences

Revenue au camion, je continuai ma route jusqu'au terminus ce qui n'était pas prévu et je fus tellement conquise par le site que je décidai d'y rester malgré mon intendance peu fournie.
Peu de chose dans mon garde manger mais l'imprévu était au bout du chemin dans ce grand pré où campaient quelques véhicules. Nommé Artigas de Lin. Altitude 1460 m.
C'est là que je fis une rencontre qui allait changer non ma vie mais mes projets immédiats et me conduire à un de mes plus beaux souvenirs.
Ce soir d'été 2012, le 9 août, je vis soudain arriver mon jeune voisin de campement, épuisé, à qui je m'adressai d'abord en espagnol avant de remarquer que sa voiture était immatriculée en Hérault.  Il m'expliqua qu'il rentrait d'un périple de 2 jours pas prévu à son programme, donc il était parti le sac quasi vide et était mort de fatigue et de faim, ayant dormi dans la montagne, beaucoup marché et pas mangé. Je le conviai sans façon à ma table qui était pauvre ; il hésita, finit par accepter et on partagea les pâtes à la tomate, le pain et l'unique verre de vin que m'avait offert un vacancier français. La solidarité en montagne c'est cela.
Le jeune homme, géologue, me conta son périple, me le conseilla, me donna son morceau de carte avant que d'aller s'effondrer roulé en boule dans sa 205, portes ouvertes pour pouvoir se déplier un peu.
Je m'installai pour ma soirée au parking, un morceau de carte en main, j'avais déjà hâte du lendemain, des rêves plein la tête.

                                                            ...............................................

Je voudrais , dans ce billet, parler des parkings de montagne, préludes à de nombreuses randonnées.
Car un parking de montagne, surtout l'été, c'est un extraordinaire lieu de vie. C'est une invitation à ce que sera demain, ou les jours à venir. On arrive, on découvre, première impression, très forte,  et on lance un coup d'oeil circulaire, regardant qui l'habite, où l'on sera le mieux, le plus tranquille avec un joli point de vue de préférence. Généralement, il est assez vide à cette heure, les "habitants" sont en randonnée. Puis il se peuple petit à petit et on y observe la vie, on regarde les arrivants, on essaie de deviner de quel périple ils viennent, on observe leur joie ou leur lassitude.

Mon tout premier parking : août 2006
Soulcem, Ariège
Il est des parkings charmants, d'autres austères, voire tristes, étroits , sans horizon, enfermés dans des sombres sapins. Il en est en bord de rivière, au milieu des prairies.

La Restanque en Ariège : merveilleux
Un des plus austères : le Randé pour le Canigou
Avec Camille on y a mis de la joie
J'en ai quelques uns à mon actif, en général je ne les fréquente qu'à la belle saison, leur préférant les villages lorsque les journées sont courtes, question de lumière. Ceux qui sont situés sous un barrage véhiculent un lot d'angoisse, surtout lorsque l'orage gronde dans les murs rocheux des montagnes.

Espagne : barrage de Cavallers, inquiétant
Girolles des bois

Aux Bouillouses avec le Land Rover (devenu camping car)

 Il en est de posés bien à plat, d'autres en pente où il faut faire un peu d'équilibre pour passer une nuit paisible. Il en est de trop bruyants ou de trop silencieux. Il en fut un de désert, une nuit, où terrifiée par un gros animal se promenant inlassablement sur le toit de mon camion, je pris la poudre d'escampette vers le proche village. Il en fut un autre où je retrouvai dans la nuit un individu assis sur ma couchette, en proie à des angoisses et venant me confier ses états d'âme...Je dors souvent la porte ouverte...pour écouter la nuit et respirer la montagne. Il en est où l'on noue des sympathies, quelques heures, le temps de partager des récits, devant un verre.

Et plus qu'un verre, au Soulcem !

 Il en est où l'on se trouve absolument seule, un peu inquiète..Il en est où l'on revient avec bonheur! Il en est où l'on chercherait en vain un compatriote, de l'autre côté de la frontière. Il en est même un où il faut espérer se jouer de la maréchaussée : camper y est interdit, c'est un des plus peuplés !(Col des Tentes - Htes Pyrénées- 2207 m)
Ainsi ce soir là, à Artigas de Lin, ce fut un beau parking, et une belle soirée de convivialité.


Au fond de la prairie : le parking d' Artiga de Lin (val d' Aran, Espagne)
1460 m


                                                                                       A suivre...la randonnée et "le mur"


6 commentaires:

  1. CC... maintenant, j'ai hâte de découvrir la suite de ton périple ;)
    Douce soirée, bisous, câlins à tes Félins

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. demain la suite...bonne soirée et bisous d'un sud de France perturbé...

      Supprimer
  2. Bonjour Lison, Lors de 2 séjours dans la Vallée de Louron, nous sommes passés par l'Espagne et le Val d'Aran pour revenir dans les P.O. Nous avons découvert une région merveilleusement verdoyante et attirante que l'on retrouve sur tes photos. Nous avons prévu d'y aller une ou deux semaines mais probablement en 2019 car pour cette année les vacances sont déjà bouclées. Y a-t-il un endroit plus propice pour faire des randonnées plutôt faciles, style fonds de vallées, car je pense surtout à Dany qui ne peut plus marcher autant qu'avant ? Elle doit subir une PTG du genou le 6 avril alors je me dis qu'il lui faudra des balades encore plus cools. Je regarde tous tes reportages et quand je vois ce que tu as fait en Espagne je suis vraiment admiratif. Hauts sommets avec la neige, en solitaire, dans des lieux un peu perdus....c'est génial mais risqué peut-être ? Enfin tu as retrouvé toute ta forme physique et c'est tant mieux. Profites-en bien. Comment se procurer la bataille du Boulou au tarif normal ? Amicalement Gilbert

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui il y a des randonnées plus propices à de la "douceur" dans un paysage merveilleux et verdoyant; je te passerai le lien d'une balade découverte au Trou du Toro ou Forats dels Agualluts, un blog que j'ai trouvé avec de superbes photos, tout le parcours y est détaillé en images. Une autre que j'ai faite perso avec des paysages superbes aussi car tout et beau là bas. Je te contacte sur FB en Mp pour cela et la Bataille aussi. Vrai que mes randos sont mysclées mais dans des paysages envoûtants , et solitaires ce qui en accroît le charme. J'ai un projet là bas pour été 18, le Tuc de Molières; il y a la voie normale et le chemin des écoliers qui me tente car il prolonge ce périple que je décris dans mon article suivant. Bonne journée, merci de ta visite.

      Supprimer
  3. Que de souvenirs tu ravives, notamment tous ces parkings de montagne, et bien sûr le Val d’Aran point de départ de notre ascension pour l’Anéto une de nos plus belle rando. C’est vrai que l’on fait de belles rencontres en montagne. Je me suis régalée de te lire, surtout en ce moment... Dès que j’ai le temps je lis la suite. Bisous Amédine tu es mon bol d’air vivifiant.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je ne t'avais pas répondu mais je te raviverai encore des souvenirs car - si tout va bien, - j'y retourne cet été, pour un 3000, le Tuc de Molières, 3010 m, que j'aimerais faire par ce parcours mais trop de dénivelé 1700 m contre 1400 par l'autre côté...ah ces années de trop au compteur...mais enfin regardons ce que j'ai et non ce que je n'ai plus. Bisous

      Supprimer