jeudi 8 janvier 2026

Conflent : le festin de pierres

 Voilà un site qui me fascine depuis un lointain jour d'été où un embouteillage m'avait fait parcourir au ralenti la portion de route à 4 voies entre Villefranche et Serdinya (66). Pour prendre mon mal en patience, je scrutai les pentes abruptes  sous le Roc Campagna. Pentes surmontées de falaises  de roche ocre percées de grottes. Un site envoûtant dont je fis ensuite le but de nombreuses "promenades", nommé Sant Père (St Pierre). Ah de la pierre on va en avoir sous tous les tons.


La promenade du jour est particulière, elle va faire fi des sentiers et conduire les pas de Max, mon jeune partenaire de rando et les miens, à la recherche d'une "directissime" susceptible de mener au Roc Campagna.

Deux jours auparavant, nous avons parcouru l'ancien chemin militaire splendide mais très dégradé, un lieu rarement fréquenté car il y est requis un bon sens de l'orientation. Max a adoré ce parcours riche de beaux points de vue mais surtout d'un patrimoine effacé de la mémoire.


Une vue du chemin militaire

Là est née une idée de directissime et nous avons scruté les pentes vertigineuses mais les barres rocheuses et les falaises ont empêché une lecture du paysage. C'est donc du bas qu'a jailli mon intuition validée par Max et nous voilà partis en ce frais matin d'hiver, du bas vers le haut.



Roc Campagna, falaises et autres délices : notre chemin ira à droite


D'abord nous traversons la base de Sant Père pour retrouver un chemin muletier que je connais. Il partait à travers vignes mais sa destination finale se perd dans des falaises, il devait, ici, être suspendu sur des murs effondrés. 


Terrasses de vignes


Le chemin muletier













Les vignes montaient à l'assaut des falaises, jusqu'à près de 700 m d'altitude

Alors nous piquons droit dans la pente une pente sévère sur une ligne de crêtes entre deux vallons : de la roche, des arbres, un sol stérile où ont curieusement poussé quelques cairns, hors chemin. Chasseurs ? Spéléos ? Les falaises regorgent d'orifices.

Villefranche  : on vient d'en bas

On va là haut, au dessus des falaises













Arrivés au pied des infranchissables falaises, nous cherchons une sortie pour éviter de redescendre et contourner plus bas . (Le lendemain j'explorerai le secteur, cela ne nous aurait guère avancés). Donc nous suivons le pied des falaises, cela va supposer un peu de sport : des pentes en dévers, des brèches dans la falaise, des murs de roche, tout ce qui me plait. La présence de Max me rassure, j'apprécie de plus en plus de partager un moment de rando difficile.  Rapidement la surprise du jour est là : une cavité à portée de mains et de pieds, une magnifique grotte, peu profonde, vaste, lumineuse, chaude, face  aux lointains sommets enneigés. Un vrai régal. Nous savourons la halte.






Le décor depuis la grotte : la route d'où l'on vient, la pente gravie

Ensuite nous poursuivons un chemin aisément décelable, à l'instinct, malgré les dévers, les falaises à escalader, les petits cols à franchir : on monte sèchement, c'est sûr.

En dévers

En grimpe


Le temps est beau et lumineux, soleil chaud et air frais, paysage grandiose, depuis le lointain Canigou et autres sommets enneigés jusqu'à l'abrupte pente tombant sur la route d'où l'on vient, un vrai escalier où poussaient jadis des vignes sur un sol pauvre et rude. Nous voilà haut perchés devant une quasi impasse. La carte est sans pitié, le relief aussi. Une falaise où se glisse Max et où j'ai peur, ou bien un goulet étroit dans un ravin que l'on ose et ça passe sans casse, une évidence logée entre murs de pierre.

Un surprenant monolithe


Je grimpe dans le ravin

Max m'attend en haut



Les terrasses sous ND de Vie


On émerge sur une pente accueillante, rêche, semée de pierres et de sévères végétaux, on se glisse sur des sentes animales, louvoyant sans peine dans un relief pierreux, barré de rocs et planté de buissons et soudain, la dernière falaise est là, facile, familière, c'est le chemin. On a réussi.


Il n'y a plus qu'à louvoyer



En évitant le dernier étage de falaises


Amplement surveillés

Petit festin face à l'immensité et c'est le retour en terre sauvage et connue. L'ancien chemin militaire, doublé de bûcheron, l'embranchement pour le Roc Campagna où nous n'irons pas, et autres subtilités à deviner.

Décor du restaurant


Nous sommes contents mais nous n'avons pas notre comptant de découvertes et là, on se lance pleine pente à la recherche d'un chemin oublié. Pire, évanoui dans les éboulis.


Et il n'y a plus qu'à descendre
Ce type de paysage me fascine, je vais en profiter

On n'en retrouve quasi rien mais on s'offre une belle descente à l'instinct, lecture de carte et de paysage, pente rude et peu hospitalière jusqu'à l'arrivée sur l'autoroute, je nomme ainsi la piste de terre conduisant au terminus. On l'a bien gagnée cette directissime qui nous a fait faire un festin : de la pierre dans tous ses états. Etat d'âme ? oui elle a une âme cette roche grise et ocre qui sait si bien nous envoûter.



On jongle entre pente et arbres, en 
cherchant le meilleur chemin


Les vestiges d'une cabane



Villefranche se rapproche



Et on vient de là haut, entre les deux étages de roche ocre


En chiffres
 Distance : 6.5 km
Dénivelé positif cumulé : environ 500 m
Energie dépensée....ahhh cela dépend de l'âge !

Le trajet : 
 En jaune celui de cette rando; en blanc celui que j'ai fait en solo le lendemain. En rouge les grottes visitées.
Les deux trajets sont à lire dans le sens inverse des aiguilles d'une montre (de gauche à droite)