Les Bardenas, disais-je dans mon précédent article, c'est une Histoire d' Eaux. Des eaux qui se sont usées à user un relief né de l'eau marine qui hébergea son socle durant des millions d'années. Des eaux qu'on voit rarement, c'est un désert, mais dont la valse lente ou la valse endiablée continue son inexorable travail d'artiste, de sculpteur.
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| Méandre du désert |
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| Visage de ravin |
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| Décor pour un ravin , le ravin de Cortinas |
C'est dans le royaume de l'eau que je vais m'enfouir, celui qui ne fait pas partie du guide de tourisme, celui qui n'a pas le prestige de ces valeureux reliefs à la conquête du ciel, celui des ombres et de l'envers du décor, celui pour qui j'ai eu un réel coup de coeur.
Le Royaume des Ravins.
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| Vue aérienne |
Les Bardenas, c'est un désert plat, hérissé de forteresses de pierre et de terre, avec sa géographie de champs qui s'insinuent dans tous les coins entre les reliefs. On peut marcher pendant des heures sur ces champs moissonnés, tapis de chaumes sur tapis de rocs lissés par les eaux.
Et puis jaillit un trou, petit ou moyen, des trous où les tracteurs enfoncent la roue quand ils n'évitent pas soigneusement. Car ce trou cache des choses !
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| Petits trous |
Les champs, c'est un petit sillon que la pluie a tracé, venu des reliefs avec une force certaine.
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| Un peu plus profond |
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| Petits sillons |
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| Jusqu'au petit gouffre en formation |
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| Et même grand gouffre |
Alors ma curiosité va suivre ces sillons. Au bout de quelques mètres cela devient fossé tortueux et profond, puis tranchée sinueuse, puis gouffre. En quelques mètres, une dizaine parfois, petit sillon est devenu canyon.

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| Et au final, canyon |
Et c'est un décor en creux qui sabre le paysage, mais pas en ligne droite, oh non, au gré de la géologie, de la pierre, ce sera méandres, virages, courbes, escaliers, sauts. Le petit talus de 50 cm qu'on a descendu devient muraille de 20 m où il faudra trouver un couloir, une faille pour remonter à la surface tout là haut.
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| Méandres, falaises et recherche du lieu pour descendre |
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| Les falaises aussi sont ravagées |
La récente pluie a fabriqué des mares, de couleur jaune ou ocre, un sol de glaise où le pied glisse, des parties sèches comme des écailles, un serpent souterrain ondulant où se love parfois un serpent, un vrai, la couleuvre d'ici, dite à échelons et qui refuse de me laisser passer. Je n'insiste pas, je contourne. Dans les ravins on peut aussi escalader. Il y a des confluences étonnantes, où l'on s'insinue, le coeur un peu serré, il y a ce ruban de ciel là haut, gris ces jours ci, et puis il y a surtout la fantaisie.
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| Visage classique du ravin des Bardenas |
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| Couleuvre à échelons |
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Les falaises sont hautes On arrive à trouver un passage pour descendre
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| Il a plu récemment |
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Mais en bas on ne peut pas toujours passer En plus, le sol est très glissant |
Le ravin peut rester assez étroit ou alors dans un espace plus vaste, s'élargir, devenir boulevard, moins seyant, avant que de croiser la piste qu'il peut dévorer en un instant. C'est un monstre qui peut enfler et aller remplir les "balsas" si bleues sous le grand bleu.
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| En route vers la piste ou le lac de retenue, la "balsa". |
Je n'ai pas parcouru des km de ravins, mais ce voyage dans le ventre des Bardenas est à coup sûr le grand coup de coeur.
Dans ce ventre brun ou ocre ne domine pas le caillou. Domine la terre et la terre c'est malléable, friable, c'est la matière du sculpteur, d'autant qu'ici c'est de la glaise.
Où la main raffinée de l'eau a créé à tout va.
Il y a le sol, qui montre la puissance et le trajet du courant : classique.
Et puis les parois que l'eau a sabrées de pieds en cap en draperies, dentelles où les racines végétales ont l'air de guirlandes.
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| Les falaises rongées |

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| Dentelles de terre et de racines |
On trouve des couloirs, des escaliers et des tunnels, des puits aussi, comblés d'épineux venus des champs, des boyaux où ramper donne un soupçon d'adrénaline avant que de s'enfoncer dans la falaise en de vertigineuses citadelles.
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| Paysage classique des falaises |
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| Voyage au coeur des ravins |
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| Toboggan argileux |
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| Puits creusé dans la falaise |
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| Epineux comblant les puits |
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| Pont fragile ou pas |
Des arches ouvertes sur le ciel, que sais-je encore ?
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| Far West |
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| Oui c'est de la glaise |
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| Une bien curieuse arche |
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| Autre aspect |
Il y a des jeux d'ombre et de lumière, des couleurs irréelles et...des cadavres !
L'envers du décor, c'est le ventre des choses indigestes. Une mâchoire figée d'un rictus pour l'éternité, une colonne vertébrale, un pelage couleur terre, un corps tordu figé dans la glaise, emmuré vivant et ressortant peu à peu de la tombe au gré de l'érosion. C'est le plus effarant du voyage.
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| Colonne |
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| Un rire éternel |
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| Pris au piège |
Sur les pentes luisent de grands éclats scintillants : des plaques de gypse fragiles sous les doigts. Le désert en regorge de ces fragments. Dans les ravins ce sont des plaques. Parfois on voit, en haut la silhouette d'une forteresse de terre et de pierre, on peut voir quelques touristes qui regardent en l'air. On ne me voit pas et je me fais oublier.
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| Dalles de gypse |
Comme je fuis le monde, mes périples en terre profonde n'ont pas de témoins. Ils m'offrent le coeur battant, la peur de rencontrer un animal et n'avoir pas d'échappatoire, mais l'envie de voir, de poursuivre le chemin, est lancinante. Quand le relief forteresse plonge directement dans le ravin, on a l'impression d'être très profondément enfoui, le ciel est si loin là haut et barré de murailles .
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| Un lacis de ravins |
Un arbre insolent et vert tranche par sa rareté. C'est fascinant à chaque pas, j'avance, retenant mon souffle, il faut que j'écoute, surtout. Oui, un voyage étrange qui m'emmène dans un antre confidentiel.
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| Solitude verte |
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| On dirait un oued saharien |
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| Puits de lumière céleste |
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| Un relief d'exception |
J'ai manqué la Bardena Negra, celle plus massive, encore semée d'arbres. Je me suis faite piéger par les pistes toutes interdites, venues de la périphérie. Il faut savoir l'accès unique, depuis la route, et partir...à pied. Sur des km. Je n'ai pas eu ce courage là, une bonne 15 aine de km aller retour m'attendaient pour les Pilatos et le Rincón del Bu. Et leurs ravins. Un but de prochain retour.
La Bardena Blanca où j'ai évolué sur terre comme sous terre m'a enchantée. Et puis il faut garder une part de rêves et de regrets non ? N'est ce pas le sel de la vie ?
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