Nyer :j'y ai effectué quelques balades et il restait un projet en suspens, à faire entre amis. Ce triste dimanche gris, je me décide sur un coup de tête, et je file vite "là haut", avant le couvre feu. Il nous empoisonne la vie celui là! Ce sera balade solo, lundi.
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| Dans ce décor, un improbable sentier |
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| Dans ce décor : plan large |
Nyer est un petit village que 6.7 km séparent de Mantet à vol d'oiseau mais, par la route, il y a environ 35 km et pas des plus commodes. En pleine construction, la route directe est tombée à l'eau des crues en 1940 et les sentiers "directs" nécessitaient un grand nombre d'heures. Bref, tout y est compliqué. J'ai beaucoup crapahuté dans le secteur et il me manquait
ce
sentier oublié des Moreries qui se perd quelque part dans un relief tourmenté. Comme il s'est peut être perdu sur le terrain? Qui le connaît encore, hormis les chasseurs ? Existe t'il toujours ? Allons voir....La brume est très présente, une ouate qui devrait disparaître.
Départ altitude 724 m. J'ai passé beaucoup de temps à chercher ce début de sentier, un soir, donc mon départ ce matin est aisé. A quelques mètres de mon camion en plus. Le sentier attaque dur sur une pente ardue, qui était autrefois façonnée de cultures en terrasses. D'où ce nom d'Eirola (= petit terrain plat sur une pente ). Le sentier est bien tracé et les premières terrasses font leur apparition. 863 m (0.68 km). Je m'enfonce en forêt, le sentier est bien moins lisible, vaguement cairné, les terrasses sont nombreuses, pourvues de jolis murets, envahies d'arbres et de broussaille. Il fallait "en vouloir" pour travailler ici. Les bruits de Nyer montent à moi, c'est la seule vie d'ici et j'ai bien compris que je n'en rencontrerai pas d'autre.
Montée d'Eirola en images:
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| Nyer, le château, 16 ieme siècle |
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| Nyer dans la brume, vue générale |
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| Autrefois c'était cultivé |
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| Les terrasses de l'Eirola |
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| La végétation de l'Eirola |
Côte 974, je perds le sentier. Je vais passer de longues minutes et des aller retour pénibles à le chercher. Bénéfice, je débusque un joli cortal aux solides murs, cadeau à mon errance.
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| Anciens murs |
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| Ancien cortal d'en Brial |
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| Jeux de brume et lumière |
En désespoir de cause je décide, au vu de la carte, de faire un tout droit en forêt que je balise de 3 rubans avant que d'atteindre une série de bornes, signe de "civilisation". Et je découvre le sentier. 1033 m, 1.89 km. Où était il donc passé ?
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| Signalisation |
Le sentier part résolument à gauche mais dans la ouate je ne vois rien; je sais que je me trouve à flanc de falaise dans un site escarpé; aucun danger de vertige, je ne vois rien mais dès que le voile se déchire, c'est grandiose: au dessus de moi ce ne sont que falaises colorées et escarpées. Le sentier est étroit et glissant, tout est mouillé, il passe au milieu des bois de chênes dès que la roche le permet. Ancien sentier d'exploitation agricole, il est étroit mais bien soutenu par des murs grandioses. C'est sauvage. Dans la ouate, je n'entends que les bruits de chantier du village, en bas et la rivière, je domine les gorges. Que je ne vois pas.
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| Un aspect du sentier |
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| Entrée dans la réserve naturelle |
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| Les premières violettes (1000 m) |
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| Un sentier escarpé et pas très carrossable |
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| Ancien mur, vu d'en haut |
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| et vu d'en bas |
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| Le sentier quand il devient boulevard |
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Mon décor de rando, sauvage et grandiose
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Très vieux chêne vert
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1121 m, (2.81 km), je rencontre les premiers murs du site du Ravin dels Horts (ou als Ors). C'est le premier site anciennement cultivé du parcours. Un ravin plonge vers le Mantet, ici toutes les pentes ne sont que plongées raides et arborées. Brume ou pas, on ne voit rien. Mais avec l'hiver, les arbres dénudés me permettraient quelques coups d'oeil. Juste à côté du ravin un ancien cortal présente de beaux murs élégants et incurvés. Son petit voisin, un orri, ne peut accueillir qu'une personne et encore, toute recroquevillée! Le ravin ne coule pas ou si peu, la source l'alimente. Y avait-il jadis des jardins comme l'indique ce nom d'Horts? Quelques murettes le laissent à penser, il doit y avoir aussi des vestiges de petits canaux.
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| Chatons de saule |
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| La drôle de végétation du Ravin dels Horts |
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| Murettes dels Horts |
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| Cortal dels Horts |
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| Le même vu de dessus |
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| Minuscule orri |
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| Atmosphère... |
Je poursuis mon chemin, c'est envoûtant et sinistre, mal carrossable malgré la faible pente, une succession de montées et descentes glissantes : l'herbe, le mauvais état, la roche, tout y contribue. Je vais lentement, ajoutant des repères ponctuellement. Le schiste cède le pas au granit.
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| Houx |
1149m (3.76 km) je croise un second ravin, bien différent, presque effrayant! Je vais en chercher un moment la sortie. C'est un boyau glacé, encombré de blocs de granit moussus, tout est moussu ici. Enserré entre de hautes falaises rocheuses, large de quelques mètres, humide et glacé, avec un filet d'eau qui se perd dans le sol, de grands arbres sombres et austères, il me tarde d'en sortir en même temps que je suis fascinée.
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| Atmosphère du ravin sans nom |
Je le remonte sur une centaine de mètres, des cairns sont là et enfin, un passage dans la falaise, presque en escalier permet de s'évader de ce ravin sans nom. J'entre dans le secteur des
Tailladetes, dont le nom signifie escarpements rocheux, précipices. Sur le terrain on ne peut que s'en apercevoir! C'est une série de falaises transversales à mon chemin, le sentier les traverse par de petits cols entaillés peut être même par l'homme et se fraie un passage dans un décor que le soleil réveille; je marche au dessus de la brume qui s'effiloche, c'est magnifique. Je découvre tous mes décors familiers des précédentes randonnées. J'adore cette façon multiple de voir les lieux.
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| Collection de mousses |
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| La sortie ! |
Les Tailladetes sont incultes mais boisées, elles aussi plongent vertigineusement vers le Mantet qui louvoie dans les gorges. C'est un lieu stérile qui m'interroge : que les hommes d'autrefois allaient donc loin pour cultiver quelques arpents de terre dans cette caillasse omniprésente!
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| Du rocher, des petits cols et des arbres |
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| Atmosphère sulfureuse |
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| Un sentier parfois bien marqué |
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| Des lointains cotonneux |
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| Le Madres 2465 m |
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| La rive droite émerge |
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| Relief escarpé |
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| Austérité |
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| Et douceur printanière |
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| Aspect des Tailladettes |
Insensiblement, j'ai quitté les Tailladetes pour Prunedós (pruniers) : le sentier y est davantage perdu, juste sous de grandes falaises tourmentées, il me faut vraiment beaucoup de concentration pour le retrouver, le cairner, et y retrouver une trajectoire cohérente ; ça glisse plus que jamais, un épais tapis de feuilles de chênes masque le sol caillouteux et manque m'expédier au tapis plus d'une fois. Je suis d'une lenteur prudente. Pas âme qui vive sinon des oiseaux. Je me sens bien, détendue, à l'aise, ce travail d'orientation me plait. Mes sens sont en éveil. Je "travaille" carte et smartphone (google maps) en main. Bien sûr pas trace du moindre prunier !! Ce parcours ressemble étrangement au "Cami Carboner" de la Carança. Qui lui aussi, se perdait dans les bois. Et plongeait dans les gorges.
Paysage de Prunedós...des chênes
Moreries est à présent mon parcours : des muriers ! avec un peu d'imagination on peut penser qu'il y en eut, voilà très longtemps, du temps du cadastre....En guise de murier je vais trouver....Une source, deux petits ruisseaux en pointillés, et aussi...
Une succession de montées et descentes entrecoupées de petits cols rocheux et me voici tout à coup dans un paysage tout nouveau, totalement différent qui, peut être justifiait à lui seul ce sentier : je suis abasourdie! J'entre dans une immense hêtraie, magnifique, pas abîmée, aux longs fûts gris pâle grimpant vers le ciel, alors que le sol est tout noir, couvert d'une terre meuble où gisent des morceaux de charbon. C'est une immense charbonnière, en pente brutale, dans laquelle devaient être façonnées des terrasses et où se faisait le charbon de bois qui alimentait les forges de Nyer. Une forge existait déjà en 1563, une seconde vit le jour, la Farga Nova à peine plus tard.
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| Ce n'est pas une table d'orientation mais un champignon |
Paysage des Moreries: la hêtraie
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Sources sur le sentier : font del bac de Moreries |
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Le site de la source sur le sentier (elle sort de la roche) |


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| Places charbonnières |
Cette immense forêt était sans doute LE site majeur de cette rive gauche escarpée avec une vie intense de charbonniers et de déforestation. Et là je prends conscience de cette similitude que je trouvais entre Cami Carboner de la Carança et ici, le transport du charbon ne pouvant se faire par la rivière, il n'y avait que le demi tour possible donc une fin au sentier. On ne s'ennuie pas dans ces lieux perdus, en décodant le terrain qui raconte si bien son histoire ! le sentier se perd sur le terrain, impossible de le retrouver, pourtant, à mon avis il n'a pas dit son dernier mot, la carte le dément. Alors, à vue, je fais un tout droit dans la pente jusqu'à la crête et j'arrive juste sur un cairn.
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| De mon perchoir terminus , la rive droite et le Canal de Nyer |
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| Le canal |
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| Le veilleur |
Un petit col bascule le sentier de l'ombre sombre au grand soleil et aux chênes, mais je m'oblige à en faire mon terminus. 1280 m (5.4 km). Pourtant il me manque si peu....Pourquoi ? Pour garder de la curiosité, avoir envie d'y revenir, y rencontrer de nouvelles choses, je n'aurai plus ce travail d'orientation. Parce que le terminus n'est pas loin et que là bas, il y a des cortals auxquels je voudrais consacrer du temps. Moreries n'a pas dit son dernier mot. Le chemin se perd dans un cortal, sur la carte. D'ailleurs, un autre moyen de lire le paysage ancien est d'avoir une carte des parcelles cadastrales, là c'est imparable! Je ne l'omettrai pas pour de prochaines recherches!
Presque à jeun, après tant d'énergie dépensée, je me restaure un bref instant puis je reviens sur mes pas.
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| Repas au petit col terminus, 5 km au compteur |
Le paysage, délesté de sa brume, est tout nouveau, un autre charme. Ce sera la nouveauté du parcours, voir enfin le décor. Et il est grandiose ce décor ! Je n'aurai qu'une surprise de taille, suggérée par Google maps, à Prunedós : il m'était impossible de le voir à l'aller mais bien en contrebas, je finis par voir un ensemble architectural de belle facture qui sera au menu de la prochaine sortie ici : j'ai repéré une ébauche de sentier, peut être y trouverai-je en prime les pruniers ? Ah oui, il fallait en vouloir pour travailler là, mais quelle paix, juste au-dessus des gorges, isolé de tout et de tous....
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| Ancien cortal Ricard (carte 1950). Sous la brume coule le Mantet |
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| au zoom |
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| L'enclos à bétail |
Le retour se fera sans encombre, scruter les repères, en rajouter, ne pas glisser, perdre et retrouver le chemin, j'arriverai tellement fatiguée au terme de cette pourtant petite randonnée (mais énorme par la concentration) que 11 h 1/2 de sommeil me seront nécessaires. Et à Nyer, on dort bien.
Le paysage dont j'ai été privée au matin.
Vraiment une rando rare. Avec un grand parfum de revenez-y....
En chiffres:
Dénivelé positif cumulé : 650 m minimum
Distance : 9.81 km
Temps de marche : 4 h 37
Arrêts (balisage entre autres) 2 h 47
Et la route...128 km AR
Cartes : en pointillés rouge le parcours
1) de Nyer aux Tailladettes
2) Des Tailladettes à Moreries (la croix rouge, mon terminus)