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Vu du ciel, des falaises de 700m de haut, le cours du Verdon |

Mon écharpe de route s'enroule doucement autour du Verdon lorsque une bifurcation invite ma légendaire curiosité vers le parking du Point Sublime. Nom rêveur ...
Du parking, un sentier de randonnée conduit au coeur du Verdon. Et si j'allais y faire un petit tour ? Oh juste tout petit tour! Je chausse mes souliers de marche, je prends un litre d'eau mais ni chapeau, ni lunettes de soleil, ni nourriture. Un tout petit tour n'est ce pas ?
J'en reviendrai 7 h et 15 km plus tard, affamée, pas assoiffée, j'ai bu "le" Verdon!
Ou comment une montagnarde prévoyante peut se muer en une inconséquente "touriste"!
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| En bas tout au fond. |
Un panneau à l'entrée du sentier donne quelques explications : d'autres lecteurs m'ont précédée, je ne peux m'en approcher.
C'est bien de partir "vierge" de tous renseignements, c'est la découverte garantie. Le revers de la médaille fait passer à côté de bien des choses. Ainsi le sentier fait 14 km, j'ignorerai qu'à l'arrivée des navettes assurent le retour...et je pars sans un sou! Mais puisque je ne pars que pour un tout petit tour...Sur le sentier Blanc / Martel.
Je dévale les marches du couloir Samson, je franchis le mystérieux torrent Baou et je fonce dans la fraîcheur bruyante des gorges où m'attend ...un escalier. Et une série de tunnels, au coeur de la paroi de roche. Antre mystérieux s'il en est. Et froid.
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| Il devait y passer un canal |
Ces tunnels creusés au début du 20 eme siècle avaient pour but pharaonique de créer un canal où serait dévié le Verdon afin d'alimenter une centrale électrique . Par chance le projet fut abandonné en 1909. Le parcours est assez impressionnant, surtout si l'on pense à ce travail accompli à la seule force humaine. Des wagonnets sur rails charriaient les débris vers des orifices qui les rejetaient dans le Verdon! (Pour le découvrir en images , clic ici)
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| Le tunnel "interdit" |
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| Pour l'évacuation des débris |
Très vite je me trouve dans un grand boyau noir et froid (de 650 m de long) que la seule lueur de mon portable rend impraticable. Je perds tous mes repères. Le demi tour s'impose lorsque deux randonneurs m'incluent dans le faisceau de leur puissante torche.
L'épopée du Verdon :
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L'arche arrondie de la Baume aux Pigeons |
1905 : le ministère de l' Agriculture mandate Martel, un célèbre spéléologue, pour aller étudier une résurgence dans le cours du Verdon, dans les gorges en vue de créer l'alimentation en eau potable . Les villages et lieux habités manquent cruellement d'eau dans ce relief calcaire. Martel et un groupe d'hommes s'embarquent, le 11 août 1905, avec 3 barques de bois et de toile, des vivres pour quelques jours mais dès ce premier jour, ils sont contraints au demi tour et stoppent à La Baume aux Pigeons...que j'atteins en une demi heure !
Le 12 août 1905, ils repartent et réussissent un assez long parcours, jusqu'au "Styx" , bien qu'une barque casse, qu'ils soient contraints souvent au portage des deux autres ainsi que du matériel : un exploit! Le manque d'eau dans la rivière entrave fortement leurs possibilités de navigation.
Au sortir du tunnel,
je m'enfonce dans le sentier, l'idée du "petit tour" est définitivement écartée, je suis mise en appétit par le circuit et tant pis si je n'ai à grignoter que quelques fruits secs. La randonnée n'est pas un exploit sportif dans ce terrain.
Le sentier court à flanc de falaise, tantôt en sous bois, tantôt en pleine lumière crue et blanche sur ces roches, tantôt à plat, tantôt en rudes grimpettes, au milieu d'éboulis ou sous le couvert végétal odorant des buis, chênes, pistachiers, thym...
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| Images du sentier |
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| Arbres séculaires |
Quelques arbres monumentaux jalonnent le parcours. La végétation est de garrigue, épineuse et parfumée. Des rampes en métal permettent de franchir un ou autre passage et un panneau informe " attention...randonneurs expérimentés...pas d'échappatoire...": inquiétant et attirant.
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| Ils portent leur véhicule |
Le temps passe, la chaleur est bien installée et la soif bien présente. Quant à la faim, elle me tenaille et je double rapidement un sac à dos d'où émerge le croûton pointu d'une baguette trop tentante.
Avant d'oser la mendicité !

Les paysages peu variés sont pourtant sublimes: des hautes falaises polychromes, où nichent les oiseaux, des roches tourmentées, percées, fendues, plissées,des baumes (cavernes) aux noms évocateurs (des chiens, des hirondelles), des montées raides à flanc de falaise, et ce Verdon qui coule là en bas, tantôt proche tantôt lointain, au cours encombré de rocs monstrueux mais que ne dérange aucun "navigateur".
Il pétille, étincelle, dans sa robe d'un bleu irréel, saute et court dans son lit rectiligne mais se veut inaccessible, un brin moqueur car il fait chaud et on aimerait bien s'y rafraîchir ! Toutefois baignade et promenade dans l'eau sont interdites pour préserver le biotope.
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| C'est interdit |
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| Baume |
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| Courant d'air, la porte est ouverte |
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| Une baume |

Les falaises se mettent soudain à mener grand tapage, comme si une cascade les habitait, ce n'est autre que l'écho du Verdon malicieux.
Une dure montée en sous bois étouffant semble mener au ciel d'un bleu radieux et soudain, face à moi, un immense escalier de fer monte à l'assaut de la muraille et tourne, virevolte : c'est
la brèche Imbert, deux pans de falaise appuyés l'un contre l'autre qui ont nécessité la pose d'échelles. Celles ci sont neuves, tout juste trois ans; les ouvriers travaillèrent sur place quelques mois, en hiver 2013, dans des conditions très inconfortables, bivouaquant sur place et épaulés par un hélico.
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| Montée de la brèche |
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| Une partie de la brèche Imbert |
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| Plongeon dans le vide |
Aujourd'hui, 271 marches permettent une escalade aisée...et sportive du site, vertige s'abstenir.
Du sommet, on a une vue à couper le souffle sur ce chemin de fer qui plonge dans le vide et sur le Verdon si bleu tout en bas.
Je redescends par un chemin de pierres et de terre, croisant quelques humains suants et soufflants avant que de bifurquer vers un point fort (et mon terminus à mi parcours), la Mescla
. Que les hommes de Martel avaient franchie depuis un moment déjà, en ce 12 août 1905.
La mezcla, en espagnol signifie le mélange. En provençal pareillement : il s'agit de la confluence du
Verdon (qui fait ici un coude à angle droit) avec l'
Artuby, pareillement bleu.
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| La Mescla |
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| Vue du ciel |
A mi chemin du parcours de randonnée.
Une belle plage de galets blancs commence à se peupler, c'est l'heure du casse croûte. Je m'installe à l'extrémité effilée de la plage, loin du monde et je regarde effarée cette masse d'eau courir à grande vitesse, frapper la falaise, rebondir en remous bouillonnants : un véritable jacuzzi dont on ne doit pas ressortir vivant...Si on en ressort.
La falaise est étrangement polie, vernissée, comme vitrifiée : pendant des millions d'années elle a reçu la puissance des eaux calcaires qui ont fait cette oeuvre. Et la continuent. Comme sont les parois des grottes souterraines.
Tout comme le sentier dont les roches polies par des millions de pas semble pavé de marbre. Luisant et glissant.
Si j'ai oublié les nourritures terrestres, par contre je n'ai pas omis de prendre mon cahier. Je sacrifie au rite de l'écriture, autre nourriture.
Mais que sont devenus nos explorateurs ? Retrouvons-les un instant...
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| Falaises d'escalade |
Donc en ce 12 août 1905, ils vont encore parcourir 7 kilomètres dans les gorges avant que de pénétrer dans l'effrayant canyon, étroit encombré de rocs gigantesques, de couloirs bouillonnants dans le parcours où se fracasse une seconde barque . Ils campent à l' imbut. Martel, découragé veut abandonner mais ses hommes s'y opposent et le lendemain, 13 août, le passage le plus dantesque du canyon est une redoutable épreuve. Les eaux du Verdon disparaissent dans l'imbut (l'entonnoir) , sous un amas de roches qu'il faut escalader, progression lente et périlleuse, qui fera abandonner une partie des hommes , à bout de force le lendemain, 14 août. C'est ainsi que Martel et un petit groupe finira par arriver à la sortie du Canyon, au petit pont d' Aiguines noyé à présent sous le lac de Ste Croix. leur chemin de croix s'achevait. La 1ere traversée est réussie, d'autres suivront.
En canoë, à pied, explorateurs, cinéaste, scouts, journaliste : la découverte des gorges s'écrira pendant de nombreuses années,
pour notre plus grand bonheur !
Les grimpeurs en ont fait un époustouflant domaine.
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| Montée à la Brèche Imbert de l'autre côté |
Pour moi c'est le retour par le même chemin, je ne me hasarde pas à continuer et revenir en stop par la route.
J'emprunte deux litres au Verdon. Et je refais le chemin à l'envers.
Sous une chaleur torride !
La descente des échelles est un tel jeu de vitesse que je manque faire un vol plané !
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| Harrassée de chaleur !Mes lunettes de soleil sont une cruelle absence |
Le chemin à l'envers devient vite périlleux : mon pied gauche, jaloux, imite le droit et la douleur, la brûlure, s'installent, féroces, invalidantes. J'ai l'impression de progresser sur deux moignons brûlants.J'en pleurerais.Je ne parviens pas à marcher pieds nus et c'est avec l'harmonieuse démarche d'un canard que j'atteins enfin le tunnel.
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| Morte de douleur |
J'espère y trouver un passeur! Un jeune suisse solitaire fera la traversée avec moi, à la lueur falote de mon portable, sa lampe a rendu l'âme ! Nous tanguons d'une paroi à l'autre, en riant, comme deux soûlards hilares. C'est terminus tout le monde descend.
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| Blanc & Martel |
Pourquoi ce nom de Blanc Martel ? Isidore Blanc, instituteur de Rougon, coéquipier d'Edouard Martel, fut délégué en 1928 par le touring club de France afin d'aménager un sentier dans les gorges, ce sentier, qui portera jusqu'en 2005 le seul nom de Martel. A présent l'erreur est réparée.
Et un beau sentier est là .
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| Pour eux aussi c'est terminus obligatoire avant les gorges |
Ce fut une mémorable journée qui ne pouvait que laisser un goût d'inachevé.
Et de revenez-y.
Alors, un nouveau projet a vu le jour, sur les traces de Martel: parcourir le sentier de l'imbut et de Vidal.
Deux sentiers techniques et sportifs : corniches, vires, escaliers de pierre, le tout avec des mains courantes pour s'assurer et la remontée du sentier Vidal si ardu et difficile que la descente en est interdite.
Dans un canyon large de quelques mètres où s'engouffre et mugit le Verdon avant de disparaître. Frissons garantis.
La partie technique ne me fait pas peur, Elle est dans mes possibilités. Ce que je crains c'est l'angoisse, la solitude, dans ces gouffres sombres et mugissants.
J'espère y rencontrer du monde.
Un nouveau défi ! Mental cette fois...
L'adrénaline fait partie du charme des voyages. elle m'est essentielle !
J'ai quelques mois pour y songer...