lundi 19 septembre 2016

Bugarach, un village de fin du monde

 Posé bien à plat dans un patchwork de prairies au pied du Pech de Bugarach (1230 m), Bugarach est un tout petit village de l'Aude (11). 
Tout juste 202 habitants et il défraya la chronique mondiale voilà 4 ans !

Bugarach village et le Pic ou Pech, 18 IX 2016



Bugarach village vu depuis le Pech 18 /8 /2010


Je connais Bugarach depuis longtemps mais en ce soir maussade de septembre où le froid a brutalement succédé à la canicule, j'embarque Mathurin dans mon vaisseau roulant vers la cité des soucoupes volantes ! Non je ne perds pas la raison !
L'Aude, 11, en France

Situation de Bugarach














Bugarach a une histoire qui commence vraiment au 13 eme siècle, mais l'épopée Cathare ne fait que l'effleurer, pas de faits majeurs et après la défaite des Cathares, le site appartient à un compagnon d'armes de Simon de Montfort
Au 16 eme siècle le village est plusieurs fois massacré par les Guerres de Religion entre Catholiques et Huguenots.
1713, le village est mentionné comme fortifié, un siècle après, en 1815, la carte de Cassini révèle des fortifications en bon état.
Au 18 eme siècle une page importante de son histoire s'ouvre : la Guerre de 7 ans, sous Louis XV, fait des prisonniers envoyés en Haute Silésie (Pologne) qui apprendront là bas le savoir faire des chapeliers et, revenus au pays, développeront l'activité chapelière jusqu'au 2nd Empire, où elle se déplacera à Espéraza (Aude). Ce que ne dit pas la légende, c'est qu'il y avait dès 1720 deux chapeliers à Bugarach et qu'ainsi naquit la chapellerie qui fit la fortune du village.
En 1830, le village comptait 1000 habitants, 3 chapelleries, 5 moulins et de nombreux commerces.
C'est alors qu'avec l'arrivée du chemin de fer dans la Haute Vallée de l'Aude et l'eau importante dans le fleuve Aude, l'industrie se déplaça...A Espéraza
On dit aussi qu'au 1er siècle, les Romains y exploitèrent l'or et plus tard on y trouva un dépôt d'ambre jaune.

Aujourd'hui Bugarach vit de l'élevage et surtout du tourisme que la "fin du monde" augmenta considérablement




La Fin du Monde était prévue en décembre 2012 depuis...la Nuit des Temps.
Oh c'est une vieille histoire où il est question de la Constellation d'Orion et du peuple Sumérien. je n'entrerai pas dans les détails.

Mais la Montagne de Bugarach est une exception géologique : contrairement à la logique, les couches les plus anciennes de  135 millions d'années recouvrent les couches les plus récentes de 15 millions d'années : une montagne à l'envers...Les pôles magnétiques y sont inversés et, comme la fin du monde serait due à l'inversion des pôles sur la terre, et bien Bugarach serait épargné du grand chambardement puisque dans la norme ...et les humains s'en portent fort bien !

Pech de Bugarach, face sud 
Mais...ce n'est pas tout...des extraterrestres se cachent dans les cavités de ce mont calcaire et ils sauveraient ceux qui se trouveraient à Bugarach ce jour là...

Nous les cherchions déjà (lol) en août 2010, entre copains !!





Même dans les moindres recoins !!
La fenêtre du Pech
En vain ....

Oh, ils n'auraient sauvé personne : la montagne fut interdite par 300 forces de l'ordre, le survol aérien interdit par la Préfecture et une vaste population dont 300 journalistes venus de 18 pays bien contenue !



Il ne se passa rien ...doit-on penser qu'ils furent déçus ?







C'est à ce rien que je dois de me trouver à Bugarach cette nuit. Curieuse de mon ressenti parce que je suis dotée d'un certain magnétisme...








Je suis revenue indemne, j'ai bien dormi, autant qu'ailleurs et bien que j'aie placé le Pech face à mon lit (ou mon lit face au Pech plutôt), rien ne se passa. Par contre Mathurin veilla toute la nuit, le nez dans l'entrebaillement de la porte...bon il y avait quelques matous dans les parages...

Alors voilà Bugarach tel que je le vis sous le temps maussade et le vent du nord aigre.


Ah mais j'oubliais !! Il y aurait aussi une sorte de triangulation ésotérique dans cette vallée avec Rennes les Bains, Rennes le Château (dont le trésor est toujours recherché) et Bugarach où un trésor serait aussi caché...ouh, ça me fait tourner la tête...le village de mon enfance aurait aussi sa chèvre en or, jamais retrouvée..




Du temps des chevaux
La moustiquaire indispensable : Bugarach
en a une collection !



Du temps d'avant




Galerie d'art dans
la rue principale
 
 Le Château de Bugarach semblerait avoir une origine imprécise; il figure dans des écrits de 1576 alors que celui dont il est vraiment fait état se trouve dans un hameau en contrebas, le long de la rivière La Blanque, au hameau de Vialasse, construit au Moyen Age sous le nom de Quier de Malet. On y voit encore les ruines.




Mur d'enceinte et restes de fortifications
du village


Revenons à ce petit matin de septembre 2016, où nous sommes donc rescapés depuis 4 ans tantôt et où elle pourrait bien arrêter de tourner, notre bonne vieille Terre, je suis là ! 
Et bien vivante ! A l'abri !

Pas pour longtemps car je file vers Rennes les Bains et d'autres aventures...aquatiques...
à bientôt !



A la sortie de Bugarach : l'étage des chênes est brûlé de sécheresse


A suivre...je vous le dis...




vendredi 9 septembre 2016

A pied tout au fond du Verdon

Vu du ciel, des falaises de 700m de haut,
 le cours du Verdon
Mon écharpe de route s'enroule doucement autour du Verdon lorsque une bifurcation invite ma légendaire curiosité vers le parking du Point Sublime. Nom rêveur ...

Du parking, un sentier de randonnée conduit au coeur du Verdon. Et si j'allais y faire un petit tour ? Oh juste tout petit tour! Je chausse mes souliers de marche, je prends un litre d'eau  mais ni chapeau, ni lunettes de soleil, ni nourriture. Un tout petit tour n'est ce pas ?

J'en reviendrai 7 h et 15 km plus tard, affamée, pas assoiffée, j'ai bu "le" Verdon!



Ou comment une montagnarde prévoyante peut se muer en une inconséquente "touriste"!

En bas tout au fond.





Un panneau à l'entrée du sentier donne quelques explications : d'autres lecteurs m'ont précédée, je ne peux m'en approcher.
C'est bien de partir "vierge" de tous renseignements, c'est la découverte garantie. Le revers de la médaille fait passer à côté de bien des choses. Ainsi le sentier fait 14 km, j'ignorerai qu'à l'arrivée des navettes assurent le retour...et je pars sans un sou! Mais puisque je ne pars que pour un tout petit tour...Sur le sentier Blanc / Martel.

Je dévale les marches du couloir Samson, je franchis le mystérieux torrent Baou et je fonce dans la fraîcheur bruyante des gorges où m'attend ...un escalier. Et une série de tunnels, au coeur de la paroi de roche. Antre mystérieux s'il en est. Et froid.

Il devait y passer un canal


Ces tunnels creusés au début du 20 eme siècle avaient pour but pharaonique de créer un canal où serait dévié le Verdon afin d'alimenter une centrale électrique . Par chance le projet fut abandonné en 1909. Le parcours est assez impressionnant, surtout si l'on pense à ce travail accompli à la seule force humaine. Des wagonnets  sur rails charriaient les débris vers des orifices qui les rejetaient dans le Verdon! (Pour le découvrir en images , clic ici)




Le tunnel "interdit"

Pour l'évacuation des débris


















Très vite je me trouve dans un grand boyau noir et froid (de 650 m de long) que la seule lueur de mon portable rend impraticable. Je perds tous mes repères. Le demi tour s'impose lorsque deux randonneurs m'incluent dans le faisceau de leur puissante torche.
L'épopée  du Verdon :
L'arche arrondie de la Baume aux
Pigeons
1905 : le ministère de l' Agriculture mandate Martel, un célèbre spéléologue, pour aller étudier une résurgence dans le cours  du Verdon, dans les gorges en vue de créer l'alimentation en eau potable . Les villages et lieux habités manquent cruellement d'eau dans ce relief calcaire. Martel et un groupe d'hommes s'embarquent, le 11 août 1905, avec 3 barques de bois et de toile, des vivres pour quelques jours mais dès ce premier jour, ils sont contraints au demi tour et stoppent à La Baume aux Pigeons...que j'atteins en une demi heure !



Le 12 août 1905, ils repartent et réussissent un assez long parcours, jusqu'au "Styx" , bien qu'une barque casse, qu'ils soient contraints souvent au portage des deux autres ainsi que du matériel : un exploit! Le manque d'eau dans la rivière entrave fortement leurs possibilités de navigation.

Au sortir du tunnel, je m'enfonce dans le sentier, l'idée du "petit tour" est définitivement écartée, je suis mise en appétit par le circuit et tant pis si je n'ai à grignoter que quelques fruits secs. La randonnée n'est pas un exploit sportif dans ce terrain.
Le sentier court à flanc de falaise, tantôt en sous bois, tantôt en pleine lumière crue et blanche sur ces roches, tantôt à plat, tantôt en rudes grimpettes, au milieu d'éboulis ou sous le couvert végétal odorant des buis, chênes, pistachiers, thym...

Images du sentier


Arbres séculaires

Quelques arbres monumentaux jalonnent le parcours. La végétation est de garrigue, épineuse et parfumée. Des rampes en métal permettent de franchir un ou autre passage et un panneau informe " attention...randonneurs expérimentés...pas d'échappatoire...": inquiétant et attirant.










Ils portent leur véhicule


Le temps passe, la chaleur est bien installée et la soif bien présente. Quant à la faim, elle me tenaille et je double rapidement un sac à dos d'où émerge le croûton pointu d'une baguette trop tentante.
Avant d'oser la mendicité !


Les paysages peu variés sont pourtant sublimes: des hautes falaises polychromes, où nichent les oiseaux, des roches tourmentées, percées, fendues, plissées,des baumes (cavernes) aux noms évocateurs (des chiens, des hirondelles), des montées raides à flanc de falaise, et ce Verdon qui coule là en bas, tantôt proche tantôt lointain, au cours encombré de rocs monstrueux mais que ne dérange aucun "navigateur".




Il pétille, étincelle, dans sa robe d'un bleu irréel, saute et court dans son lit rectiligne mais se veut inaccessible, un brin moqueur car il fait chaud et on aimerait bien s'y rafraîchir ! Toutefois baignade et promenade dans l'eau sont interdites pour préserver le biotope.
C'est interdit


Baume

Courant d'air, la porte est ouverte
Une baume


Les falaises se mettent soudain à mener grand tapage, comme si une cascade les habitait, ce n'est autre que l'écho du Verdon malicieux.

Une dure  montée en sous bois étouffant semble mener au ciel d'un bleu radieux et soudain, face à moi, un immense escalier de fer monte à l'assaut de la muraille et tourne, virevolte : c'est la brèche Imbert, deux pans de falaise appuyés  l'un contre l'autre qui ont nécessité la pose d'échelles. Celles ci sont neuves, tout juste trois ans; les ouvriers travaillèrent sur place quelques mois, en hiver 2013, dans des conditions très inconfortables, bivouaquant sur place et épaulés par un hélico.

Montée de la brèche

Une partie de la brèche Imbert



Plongeon dans le vide
 Aujourd'hui, 271 marches permettent une escalade aisée...et sportive du site, vertige s'abstenir.
Du sommet, on a une vue à couper le souffle sur ce chemin de fer qui plonge dans le vide et sur le Verdon si bleu tout en bas.



Je redescends par un chemin de pierres et de terre, croisant quelques humains suants et soufflants avant que de bifurquer vers un point fort (et mon terminus à mi parcours), la Mescla. Que les  hommes de Martel avaient franchie depuis un moment déjà, en ce 12 août 1905.




 La mezcla, en espagnol signifie le mélange. En provençal pareillement : il s'agit de la confluence du Verdon (qui fait ici un coude à angle droit) avec l' Artuby, pareillement bleu.


La Mescla


Vue du ciel






A mi chemin du parcours de randonnée.

Une belle plage de galets blancs commence à se peupler, c'est l'heure du casse croûte. Je m'installe à l'extrémité effilée de la plage, loin du monde et je regarde effarée cette masse d'eau courir à grande vitesse, frapper la falaise, rebondir en remous bouillonnants : un véritable jacuzzi dont on ne doit pas ressortir vivant...Si on en ressort.




La falaise est étrangement polie, vernissée, comme vitrifiée : pendant des millions d'années elle a reçu la puissance des eaux calcaires qui ont fait cette oeuvre. Et la continuent. Comme sont les parois des grottes souterraines.
Tout comme le sentier dont les roches polies par des millions de pas semble pavé de marbre. Luisant et glissant.

Si j'ai oublié les nourritures terrestres, par contre je n'ai pas omis de prendre mon cahier. Je sacrifie au rite de l'écriture, autre nourriture.

Mais que sont devenus nos explorateurs ? Retrouvons-les un instant...



Falaises d'escalade

Donc en ce 12 août 1905, ils vont encore parcourir 7 kilomètres dans les gorges avant que de pénétrer dans l'effrayant canyon, étroit encombré de rocs gigantesques, de couloirs bouillonnants dans le parcours où se fracasse une  seconde barque . Ils campent à l' imbut. Martel, découragé veut abandonner mais ses hommes s'y opposent et le lendemain, 13 août, le passage le plus dantesque du canyon est une redoutable épreuve. Les eaux du Verdon disparaissent dans l'imbut (l'entonnoir) , sous un amas de roches qu'il faut escalader, progression lente et périlleuse, qui fera abandonner une partie des hommes , à bout de force le lendemain, 14 août. C'est ainsi que Martel et un petit groupe finira par arriver à la sortie du Canyon, au petit pont d' Aiguines noyé à présent sous le lac de Ste Croix. leur chemin de croix s'achevait. La 1ere traversée est réussie, d'autres suivront.


En canoë, à pied, explorateurs, cinéaste, scouts, journaliste : la découverte des gorges s'écrira pendant de nombreuses années,
pour notre plus grand bonheur !
Les grimpeurs en ont fait un époustouflant domaine.



Montée à la Brèche Imbert de l'autre côté







Pour moi c'est le retour par le même chemin, je ne me hasarde pas à continuer et revenir en stop par la route.

J'emprunte deux litres au Verdon. Et je refais le chemin à l'envers.
Sous une chaleur torride !

La descente des échelles est un tel jeu de vitesse que je manque faire un vol plané !





Harrassée de chaleur !Mes lunettes de soleil sont une cruelle absence


 Le chemin à l'envers devient vite périlleux : mon pied gauche, jaloux, imite le droit et la douleur, la brûlure,  s'installent, féroces, invalidantes. J'ai l'impression de progresser sur deux moignons brûlants.J'en pleurerais.Je ne parviens pas à marcher pieds nus et c'est avec l'harmonieuse démarche d'un canard que j'atteins enfin le tunnel.
Morte de douleur
J'espère y trouver un passeur! Un jeune suisse solitaire fera la traversée avec moi, à la lueur falote de mon portable, sa lampe a rendu l'âme ! Nous tanguons d'une paroi à l'autre, en riant, comme deux soûlards hilares. C'est terminus tout le monde descend.




Blanc & Martel
Pourquoi ce nom de Blanc Martel ? Isidore Blanc, instituteur de Rougon, coéquipier d'Edouard Martel, fut délégué en 1928 par le touring club de France afin d'aménager un sentier dans les gorges, ce sentier, qui portera jusqu'en 2005 le seul nom de Martel. A présent l'erreur est réparée.



 Et un beau sentier est là .
Pour eux aussi c'est terminus obligatoire avant les gorges 

Ce fut une mémorable journée qui ne pouvait que laisser un goût d'inachevé.
Et de revenez-y.




Alors,  un nouveau projet a vu le jour, sur les traces de Martel: parcourir le sentier de l'imbut et de Vidal.

Deux sentiers techniques et sportifs : corniches, vires, escaliers de pierre, le tout avec des mains courantes pour s'assurer et la remontée du sentier Vidal si ardu et difficile que la descente en est interdite.

Dans un canyon large de quelques mètres où s'engouffre et mugit le Verdon avant de disparaître. Frissons garantis.

La partie technique ne me fait pas peur, Elle est dans mes possibilités. Ce que je crains c'est l'angoisse, la solitude, dans ces gouffres sombres et mugissants.
J'espère y rencontrer du monde.

Un nouveau défi ! Mental cette fois...
L'adrénaline fait partie du charme des voyages. elle m'est essentielle !


J'ai quelques mois pour y songer...