vendredi 15 novembre 2019

D'un causse à l'autre : les Grands Causses (Episode 1)

Du plus loin que je me souvienne, j'ai aimé les Causses; j'ai du les découvrir tôt, avec mes parents baroudeurs. Plus tard, je ne me suis pas privée d'y faire quelques incursions mais c'est surtout depuis ma vie solo que je les ai mieux appréhendés : à pied, en voiture, à VTT, sur les plateaux, dans les vallées, au fin fond des villages et hameaux, je crois qu'il n'est pas une petite route que je ne connaisse. Même lorsque je crois en découvrir une, quelque chose la rappelle à mon souvenir. J'ai même survolé le Causse en planeur. Mais je ne prétends pas les connaître, je les ai effleurés, j'ai rencontré des personnages, des sites naturels grandioses, j'ai vécu des aventures hilarantes, dramatiques ou envoûtantes, j'ai conféré sur le Causse ...et je n'en connais quasi rien. Il y a toujours cet appel auquel je ne résiste pas longtemps...Les Grands Causses, parc naturel créé en 1995 regroupent 7 Causses majeurs, j'ai une affection particulière pour les Noir, Méjean, Larzac et un peu moins pour le Sauveterre, bien plus loin, car il ne résiste pas, dans mes voyages, à la magie des gorges du Tarn qui y font barrière. Toutefois en ce petit séjour de trois jours j'y ai fait une incursion.

Vallée entaillant le Causse
J'ai emmené Nina dans mon aventure, elle a été vite partante. Pourvu que Mathurin ne soit pas du voyage...Pourtant elle laissait le confort d'une maison chaude et son lit sur le radiateur.

Le copilote
La première partie du voyage de près de 700 km (AR) se fait par autoroute, plus de 200 km, autant au retour, on gagne du temps. Ensuite c'est vagabondage au gré des envies. Cette fois j'avais un projet : un site protohistorique vieux de 2700 ans. C'est une autre Histoire. Que je conterai .

Alors direction le Causse Méjean mais je choisis de traverser le Larzac et le Noir, histoire de rajouter à mes Amours. Chacun est séparé de l'autre par de vastes failles creusées par les rivières : Jonte, Dourbie et Tarn, "terminus tout le monde descend" que je regrimperai pour aller faire une caresse au Sauveterre. Je suis très impatiente au volant, j'attends une sorte de Terre Promise , dirait-on !
Le Larzac je le connais bien; à cette saison il est plus que vert, les céréales d'été poussent dru, jolies taches dans le froid glacé et glaçant. Je quitte l'A 75 juste après le tunnel, je naviguerai désormais entre 700 et 1000 m d'altitude sur des plateaux désolés battus des vents glacés que rien n'arrête.
C'est le plus vaste et le plus au sud de tous les Causses.

"Mon" Larzac en images :


Paysage de Causse
Nina est curieuse du Larzac
La Vis et le Vissec  (même rivière et deux noms différents), affluent de l'Hérault
Lit des rivières, un paysage à l'infini
La Vis est une extraordinaire rivière dont une partie du cours est souterrain , alors elle se nomme Vissec, et l'eau réapparaît en une énorme résurgence, avant de parcourir le renommé Cirque de Navacelles. Elle ne sert pas de limite entre deux grands Causses mais délimite un petit "sous Causse", le Causse de Blandas. (A noter que Causse prend une majuscule depuis le 19 eme siècle)




Village de Vissec (à droite et dans le méandre 

Village de Vissec



Je ne m'attarde pas dans le Larzac, j'ai de la route, le temps est maussade et la nuit tombe tôt. Toutefois j'ai le choix de différentes routes et le passage par Nant, logé au fond de la vallée de la Dourbie s'impose car c'est beau. Nant est dominé par une forteresse de pierre, mais le joyau du village est la halle (1706-1707), très romantique avec son tapis de feuilles de platanes .

Nant : fausse forteresse de roches

Nant, la halle

La halle




Tout est calme désert, voire "mort" en ce jour de novembre; l'été c'est extraordinaire de vie. Morte saison...Je longe la Dourbie pendant un moment, dominée par de curieuses forteresses de calcaire.
Un modèle d'équilibre !il se nomme "Le communal"
Tout près se trouve "le roc qui parle".

Cantobre

Un peu après Cantobre je quitte la vallée et "monte" sur le Causse Noir, le plus petit de tous les Causses (200 km2). 400 m de dénivelé. Enserré entre Dourbie et Jonte, deux rivières, deux gorges. Je ne ferai qu'une très courte traversée de ce causse, le temps de voir les Cévennes enneigées au loin, des paysages rudes parsemés de vertes parcelles et, non loin de l'élevage de bisons, ces cerfs qui broutent paisiblement. Pour qu'ils me regardent, je siffle ! Leurs bois sont impressionnants.

En images, le Causse Noir, ainsi nommé car il était jadis couvert d'une épaisse forêt de pins sylvestres qui lui donnaient une couleur très sombre





Cévennes au loin

Un causse ressemble à l'autre.
Les villages de pierre sont blottis contre leur clocher comme pour se protéger de l'ardeur du soleil d'été et des bises d'hiver. Pour l'heure c'est froid mordant. Avant de plonger dans la vallée de la Jonte, je me régale d'un petit tour en forêt où les arbres sont moussus, le sol humide et les champignons timides. L'un d'eux étoffera bien mon repas frugal ce soir!


Pêle mêle de sous bois
Meyrueis, au confluent du Bethuzon et de la Jonte est une petite cité que j'adore. J'y ai souvenir d'un soir d'automne, d'un bon repas restau, d'une jonchée de feuilles mortes; tout est identique mais tout est fermé, le causse entier ronronne d'un sommeil d'hiver.

"Chez le chat" mais le chat qui dort !




Celui-ci ne dort pas ! (Nina)

Confluence à Meyrueis

Le soir  décline, il fait gris, j'ai encore un versant à gravir (300m de dénivelé) et un Causse à arpenter alors je ne m'attarde pas mais un bon dessert va s'ajouter au cèpe, tant qu'à faire !
Ma route est pittoresque, je vais pourtant lui fausser compagnie pour une toute petite route où je vais rencontrer Costeguizon un hameau au charme indéniable.
Le Causse Méjean en images : 

"Les Bouillères" route de Meyrueis à Hures


Costeguizon: ancienne aire de battage

Musée en plein air

Dans la froideur du soir qui tombe

Derniers tours de roue
Vraiment une toute petite route qui passe au plus près de la vie mais de vie il n'y en a pas. Les agriculteurs sont auprès de leurs bêtes, dans des fermes à l'écart de la route, un berger encapuchonné garde encore ses moutons dehors, les rares hameaux sont comme verrouillés et cette vie dissimulée me va, il y a un relent d'hiver que je ne trouve pas triste, qui sied à mon besoin de solitude et de désert.
J'aime indéniablement !
Et me voici arrivée à Hures. Hures, minuscule village de quelques âmes. J'y avais dormi une nuit de gel et je rêvais de venir y passer un Noël. M'y voilà ce soir; à la lueur d'un projecteur des ouvriers s'emploient à mettre une plaque toute neuve sur le monument aux morts accolé au cimetière. Je pose mes roues tout à côté, la nuit est là, je calfeutre mon "hôtel", allume lampes et chauffage . Je trouve qu'il fait frisquet, un regard au thermomètre me stupéfie, il fait moins 4 !! Il est 17 h 30, que sera-ce dans la nuit ? Allons nous congeler, Nina et moi ? la lune est voilée, le silence sépulcral, qui ne doit rien à mon cimetière voisin et je suis à 1003 m d'altitude. La montagne en quelque sorte....

Demain m'attend une très vieille page d'Histoire.


Hures


Cocooning bien au chaud 
 Distance parcourue : 295 km                                                                                                                                                                                              A suivre.....

Pour en savoir plus sur lesCausses : clic 



mardi 5 novembre 2019

La Preste les Bains (66) :encore des eaux mais plus de ski

La Preste les Bains n'est pas une station balnéaire mais une station thermale de montagne, située tout au bout de la vallée du Tech, là où les montagnes se resserrent en forme de gorge et où coule une rivière nouvellement née, le Tech qui, au terme de 84 km,  rejoindra la Méditerranée.


En bleu : Situation de la Preste  en Pyrénées Orientales

La Preste soigne les rhumatismes, les troubles urinaires, les troubles du métabolisme et depuis peu, les troubles de la prostate. Joli programme. Dans un séduisant quoique très austère décor. Ce qui en fait la beauté c'est l'architecture un peu rétro bien que modernisée des bâtiments hôteliers ou thermaux.
Anciennement hameau de Prats de Mollo, 8 km en aval, son nom est accolé à celui de Prats depuis 1956, au vu de l'essor du thermalisme.
Thermalisme officiellement reconnu depuis le 14 eme siècle : 1302. L'eau jaillit à 42 °C

Vue d'ensemble de l'établissement thermal et l'hôtellerie

Quelques images

1902



Un site escarpé et rocheux
Le Tech à La Preste
Cependant la Preste eut aussi une autre station qui connut quelques heures de gloire dès 1970 ; une station de ski. Une toute petite station qui eut sans doute beaucoup de charme mais peu de neige.
En cette époque vieille de presque 50 ans, il neigeait encore assez souvent en basse altitude, jusque dans la plaine . Les grosses chutes de neige (comme de pluie) étaient liées aux flux de sud est qui sont de plus en plus rares, au vu du changement climatique. Et ce sont ces flux qui nourrissaient La Preste.
Peu à peu le temps se dérégla mais on ne nous parlait pas encore d'écologie, de pollution ni d'irresponsabilité du citoyen. Le trou de la couche d'ozone qui connut une grande popularité par la suite avant que de se refermer miraculeusement (à l'inverse de celui de la Sécu, hélas), s'invita un peu plus tard dans les foyers. Changement climatique il y eut, comme il exista à pareille époque où lions et tigres hantaient la région. La station fut de moins en moins enneigée et finalement, en 1997 pour certains, en 2002 selon d'autres, elle ferma définitivement.
Comme pour mieux refermer une plaie on démonta prestement (cela s'imposait à La Preste) toutes les installations. En mai 2005. Je ne savais pas grand chose en y randonnant l'autre jour (billet précédent) mais je me documentai.
Ainsi en suivant une jolie piste que la végétation n'a pas envahie (les autres oui paraît-il), je cherchai en vain les fondations des machines, téléskis en l'occurrence. Plus rien. Plus un indice au sol, ni en l'air. Je ne trouvai que ceci, tout près du chalet.


1er contact avec la piste de ski
Cette station, au demeurant difficile d'accès par une route peu facile, avait très peu de pistes (2 ou 3) comprises entre 1580 et 1850 m soit 270 m de dénivelé, presque rien. Deux téléskis conduisaient en haut les skieurs et les pistes se dispatchaient sur deux destinations, soit les Conques, soit Les Forquets. Aujourd'hui il y a un joli refuge nommé les Conques  au pied des pistes, qui fonctionne l'été, les Forquets est aussi doté d'un bâtiment qui n'a pas été rénové comme son voisin des Conques.

Chalet d'été : les conques
Cette originale et modeste station était un élément d'un projet d'envergure devant relier Mantet et La Preste par un domaine skiable; ce projet ne vit jamais le jour, tant mieux il aurait souffert du manque de neige.
J'ai trouvé un récit en catalan(site miniestaciones)(clic)  daté de 2003 où le narrateur fait état de pistes envahies par la repousse de végétation, "des pins arrivant déjà à la ceinture". 16 ans après je n'ai rien vu de ces pistes sauf une très propre et une autre , étroite et rectiligne,' qui était sans doute le passage du téléski mais où ne reste aucun vestige.
Ce narrateur a publié quelques photos inutilisables et illisibles à cause du format. Mais le site est fermé, peut être ce qui le rend illisible. Bref je reste sur ma faim.

Les seules photos que j'ai trouvées sont celles-ci:

Tout fut démonté en mai 2005

J'ai bien vu cette saignée mais sans installations
Personnellement, je n'ai trouvé qu'un flamboyant automne qui donnait à ces allées une allure d'allée de château. Mais que c'était beau ! Je sais à présent que j'ai manqué quelques tronçons, que j'aurais du continuer vers le haut, mais les pistes ne s'en iront pas, par contre, j'y retournerai. La montagne, là bas, a encore quelques histoires à me conter.

En images : 
Vers le col Baix : arrivée sur la piste
principale
Vers l'amont (Forquets) presque désaffectée



Vers l'aval (Conques), entretenue

Comme une allée de château

Le passage des téléskis ? Vers l'aval

Et vers l'amont

Au zoom

Alors, un jour, peut être ajouterai-je un petit supplément d'âme, ou bien un lecteur m'offrira t'il un petit supplément d'images du passé ?


Sur mon blog et sur le thème des stations désaffectées en 66 :

- Col de Jau clic ici      (simple évocation du thème)
-  Err / Puigmal clic ici

ADDITIF : PHOTOS

De Guy Vila (photos février 2019, donc il reste des vestiges)
(La taille des photos, très réduite leur ôte de la netteté)


Départ du Téléski

La dameuse