dimanche 12 juin 2016

La garrigue enchantée

Je fais partie d'un groupe d'écriture : "Les Mots ont la Parole".(clic) Notre petit groupe (féminin car ces messieurs le boudent ou boudent l'écriture) n'a qu'une prétention : se faire plaisir. J'ai pris le train en marche, une année, je n'en suis plus descendue. Nous choisissons un thème et, chez nous, nous écrivons à notre envi.
Chaque année, au mois de juin, nous quittons nos pupitres pour faire une sortie d'une journée et, traditionnellement, c'est moi qui anime cette journée: c'est devenu un rite, je ne peux y déroger.
Un rite auquel se joignent des randonneurs du Boulou.
Mon village vu du sol
J'essaie donc de trouver quelque chose d'intéressant, hors des sentiers battus, et pour l'après midi, je me fais relayer ou non. Après la découverte des  2 sentiers Historiques de la Bataille du Boulou (1794) que nous avons faits avec Pierre, j'ai offert une balade contée dans UNE vigne datant de la fin du 19 eme siècle, puis une balade architecturale dans les rues de mon village. Cette année ce fut balade paysagère et botanique dans la garrigue proche de mon village.

Et vu du ciel
Alors : "garrigue ou maquis ?" fut la question posée. Il paraît que garrigue c'est sur sol calcaire. Donc pas ici. Je préfère cependant garrigue qui évoque ciel bleu, chaleur, cigales à profusion, senteurs exacerbées, luminosité de la roche (calcaire) au maquis qui évoque heures sombres de l' Histoire, souffrances, peur et paysages obscurs et impénétrables. Tant pis!

Vue d'ensemble : les ravins la végétation et les vignes arrachées




J'avais choisi de faire cette visite de façon non académique : pas de cours professoral, je ne suis pas botaniste même si c'est un de mes nombreux centres d'intérêt. Simplement présenter les végétaux comme les habitants fantastiques et un brin fantasques de la garrigue, avec leur personnalité, leurs vertus et leurs vices, dans un paysage fortement marqué par le cours de la vie et en voie perpétuelle de mutation.


Eglantier ou cynorrhodon
Le "gratte cul"= excellente gelée
Très énergétique en vit C








C'est ainsi que, sur un parcours de 900 m, nous sommes passés du Moyen Age au XXI eme siècle, nous avons vu se creuser des ravins, dévaler des orages, se modifier le paysage à la faveur des cultures et de leur oubli et assister, enfin, à une nouvelle mutation, celle des vignes arrachées voilà 10 ans et reconquises de façon spectaculaire par la nature. Essayer de donner vie à des lieux si familiers qu'on ne les voit plus.


Un ancien coupe feu très érodé

Donc, partons ! Dans un paysage inchangé depuis la nuit des temps car une grande partie n'a pas été bouleversée par l'homme sinon lors d'un épisode de la Bataille du Boulou, mais partons dans un paysage où la végétation a bien évolué.

La forêt non défrichée
La forêt défrichée








Je ne vous conterai pas en détail la balade ce serait trop long. Et puis il faut la vivre, sentir ses parfums, toucher ses végétaux et ses couleurs, écouter les insectes et chanter le vent s'il fait partie du voyage. Ce ne fut pas le cas et il ne joua pas les perturbateurs. L'été éclatait ce jour là de toute sa chaleur.

Un tout petit peu d'Histoire
Les épaisses forêts du Moyen Age cédèrent peu à peu le pas à la trilogie méditerranéenne, blé, huile et vin. Vers la fin du 19 eme siècle, la vigne s'implanta fortement, aidée en cela par l'avènement du chemin de fer (1853) qui aida le département des Pyrénées Orientales à se désenclaver en ouvrant la porte de l'exportation, les grands axes de communication étant jusqu'alors sur une ligne Toulouse / Narbonne / Montpellier. Cette ouverture permit la monoculture de la vigne qui vit son apogée en 1914, puis au gré de fluctuations économiques, revit une nouvelle apogée au début des années 2000.
La garrigue avait alors son territoire réduit au minima : quelques terres vraiment arides et un lacis de ravines impressionnant où ne coulent des torrents qu'en cas de pluies diluviennes. En 2006, une forte crise économique qui perdurait, laissant les viticulteurs exsangues, doublée d'une politique d'arrachage financée firent que 70% du vignoble disparut. Alors la garrigue, peu à peu reprend ses droits...vers la forêt du Moyen Age ?



Sans remonter si loin dans le temps (18 eme et 19 eme S) , la garrigue était exploitée : des troupeaux de moutons, chèvres et porcs paissaient et laissaient un sol propre, dégagé d'arbustes et herbes invasifs. Plus tard, avec l'arrêt des pâtures, la nature reprit ses droits et les paysans exploitèrent autrement la broussaille : récolte d'ajoncs et bruyères vendus aux boulangers pour l'allumage des fours. Aujourd'hui la garrigue est devenue inutile, elle recouvre tout le sol d'un épais manteau de broussaille aride, épineuse, agressive pour lutter contre la sécheresse et l'évaporation.



Pourtant elle sait être un enchantement, juste deux mois par an, en mai et juin.
C'est dans ce singulier domaine que je conduis mes promeneurs et mes lecteurs.



Les arbres sont la forêt méditerranéenne : chênes verts, liège et rouvres; ils sont la charpente de cette garrigue. ce sont eux qui prennent vite le pas sur les terres devenant incultes. D'ailleurs même nos vignes cultivées sont émaillées de chênes ; les glands atterrissent au gré des oiseaux et poussent comme de la graine.

Cette forêt naissante s'étoffe rapidement de bruyères arborescentes, cistes, ajoncs, toutes sortes de genêts, et  calicotomes épineux, chênes kermes, filaires et autres résidents agressifs ou non.
Des ronces tapissent le sol, ainsi que des chardons, des graminées, et l'inévitable pelouse de brachypode rameux. Des graminées étendent leurs tiges grêles et ondulantes sur ce tableau.


La bruyère arborescente omniprésente,
précieuse pour les soucis urinaires




L'air est embaumé du parfum entêtant et lourd du genêt d' Espagne tandis que le suave chèvrefeuille, élégant et rose tente de semer ses effluves.


Quant aux autres végétaux, soit la chaleur exaspère leurs effluves, soit un froissement de doigts les révèle.

Tout ce beau monde aux vices et vertus apparents (odeurs, épines) est doté de vices et vertus cachés, leurs propriétés médicinales ou autres. C'est ainsi que je me plais à dire qu'une sélection rigoureuse de quelques uns devrait avoir le pouvoir de nous éviter médecine et pharmacie à perpétuité  et nous garantir , au passage, de douceurs (en gelées) voire de bricolage !
Mais aussi de nous expédier dans l'au delà sans ambages...
Ainsi le "Nerprun", qu'on ne remarque pas tant il est discret, est le véritable "homme à tout faire" dans cette garrigue.
Et peut vivre 100 ans !  Alors, avoir un Nerprun chez soi...
Le monde des sous bois

Le monde des colonisateurs grimpants

salsepareille & panicaut 
Tout en cheminant sous le soleil ardent, je conte les multiples vertus de ces messieurs /dames végétaux et plantes qui soignent, guérissent, protègent, etc...etc...chacun  a ses pouvoirs mais aucun n'est aussi complet que le "Nerprun" qui a lui seul...
Il n'en est pas un qui...sauf le "brachipode rameux" qui ne soigne rien mais qui est nommé "Herbe à moutons" et, adapté aux sols arides, assurera toujours la chaîne alimentaire.

Le chêne kermès, rabougri et agressif
Dorycnie hirsute




Et aussi la "Dorycnie hirsute", dernière survivante en cas de désertification qui remplacera la luzerne...on ne mourra pas de faim !

Notre avenir est assuré.

Il l'est même par le "genêt à balais" qui a un étonnant pouvoir : guérir des morsures de vipère et de cobra; la recherche scientifique le prouve. Ouf !!


Genêt à balai



Mais ...la garrigue n'a pas que des végétaux à bienfaits.
Quelques euphorbes toxiques peuvent vous jeter leurs maléfices ...enfin à condition d'aller les chercher.


Et enfin...ENFIN....elle a un petit nom charmant
Daphné...
Ne vous y fiez point : c'est une tueuse.
Tout en elle est toxique, jusqu'au parfum de ses fleurs.
Tout en elle est redoutable . elle est la Bruixa de la garrigue (=sorcière)
Je ne vous  dresserai pas la liste de ses maléfices, cela vous ferait froid dans le dos...et pire encore

Regardez la bien...mais n'y touchez point...

DaphnéGnidium

Allons , il y a tant de belles choses à voir, dans la garrigue....

Chèvrefeuille
La garrigue disais-je est un livre ouvert: on ne saurait la conter sans tourner des pages nommées climatologie, géologie soit pluies, sécheresse, vents desséchants, et érosion des sols argileux et compacts. Nous assisterons à la naissance d'un de ces ravins qui deviennent vite des gouffres sans fond, cachés par une dense végétation, à la coupe d'un sol, ce "ventre" de la terre qui montre argiles, roches et racines se frayant un chemin vers la fraîcheur illusoire.


Je n'entraînerai pas "mes promeneurs enchantés"dans un de ces chemins creux qui sont aujourd'hui ceux des chasseurs ou des amateurs de trial mais qui furent chemins de vignes. Je les conduirai juste sous les ombrages...ils l'ont bien mérité.

Ombrages du sentier Historique

Bernard et Marie

Additif : que toutes les plantes que je n'ai pas contées me pardonnent...alors j'en aurai des pardons !!



22 commentaires:

  1. une belle leçon de sciences naturelles comme on disait à mon époque. Encore bravo !

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    1. Juste une évocation un peu plus complète sur le terrain. merci

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  2. Bonjour Lison, les garrigues me rappellent encore de bons souvenirs quand je parcourais celles proches de Montpellier (le petit Montpellier de 50.000 hbts) avec un ami collectionneur d'insectes, en particulier coléoptères. Personnellement, c'était plutôt quelques sauterelles pour ensuite les lâcher discrètement en classe... Merci pour ces photos et ce texte, demain je vais noter quelques noms de plantes. J'espère qu'il n'y a pas de cobra dans votre "maquis" !

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    1. Oh le polisson !!Pauvres sauterelles bien sûr...et pauvres profs...il n'y a pas de cobras jusqu'au jour où un polisson (tiens ça me rappelle quelqu'un ...) oui un polisson en lâchera une armée...alors nous serons armés pour le combat contre le cobra

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  3. Chez nous il y a aussi le thon le romarin et la sarriette mais j'ai retrouvé pas mal de plantes de chez nous aussi ...je vais aller de ce pas dans ma montagnette découvrir ces plantes que tu nous a si bien décrites. Quant au nettoyage de la garrigue elle se fait toujours par les troupeaux de moutons et de chèvres au printemps. .il faudra que je mette des photos de ces troupeaux très beaux à voir bises et merci encore pour ce récit passionnant...dommage que j'habite si loin je serai bien aller à votre club d'écriture. ..j'adore. .bises

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    1. je vais donner le lien du club d'écriture en additif sur mon blog. Je n'ai pas cité toutes les plantes, ni même présenté à mes promeneurs nous y serions encore ! Oui tu nous mettras ces photos sur ton site, ce sera joli: bisous

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  4. Lire le thym. ...hihihi !!! Erreur de frappe trop vite

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    1. ce n'est qu'un lapsus pas anodin ! Il y en a dans la garrigue des "thons", ceux sont ceux qui la saccagent

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  7. Tu en connais des choses, Amédine, mais cela ne m'étonne pas, tu es une amoureuse de la nature, et quand on aime, on ne compte pas ! :-)
    Merci pour ce joli compte rendu de balade. Bisous.

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    1. Très joli commentaire, j'apprécie le style. Bisous

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  8. Coucou ... Quelle belle balade ... on a apprend des choses intéressantes avec toi ... Merci !!!
    Belle semaine, bisous, sans oublier les câlins à tes Félins ;)

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    1. merci pour moi merci pour eux. Autrefois j'emmenais , le soir, mes 7 félins se promener dans la campagne. Un moment merveilleux ! A présent les maisons ont remplacé leurs terrains de jeux. Bises

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  9. Vous avez Bien Raison " Les Filles " ( J ai vu quelques Gars quand même pour Le Casse-Croûte ) d en profiter de Notre Belle Garrigue de Notre Beau Maquis car aujourd'hui ici Les Îlots de Nature se font rares :) Encore une Belle Balade Amédine toujours autant d Énergie " Per Molts Anys " :)

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  10. Calinous aux Minous Bisous à Vous Amédine :)

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    1. Et bien Claudie, si le coeur voue en dit vous pouvez vous joindre à notre groupe. Si ce n'est pas trop loin...au cas où, nous avons un petit aérodrome pas loin et depuis peu, une piste pour boeing au village ...lol...Bisous malicieux

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  11. Quel beau reportage, une fois de plus. Bravo
    Amédine. Je t'embrasse. ELZA

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    1. Moi aussi Elza; je vais t'écrire par lettre. J'ai eu tellement de travail...je t'embrasse

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  13. je vais voir le relire c'est tellement beau et vrai merci Amedine

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    1. Et oui c'est bien de chez nous c'est aussi notre âme

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