C'est au delà de la frontière que j'emmène mes lecteurs : sur le versant sud des Pyrénées, dans la Alta Garrotxa catalane, faible altitude et forts paysages. Des falaises calcaires, des vallées encaissées , des gorges aux eaux vertes, des chênaies épaisses, des chemins muletiers, des passages frontaliers chargés d'histoire(s) et la magie est à chaque pas.
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| Sant Aniol : el gorg blau |
Pour y accéder, on franchit la frontière au Perthus, on prend la route rapide Figuères / Olot ou bien on musarde sur des routes buissonnières et, à Argelaguer, on file direction Tortellà et Sadernes, dernier village de la vallée de Lierca.
La surprise sera pour la vagabonde que je suis, navigant toujours sous le signe de la liberté, de se trouver devant l'obligation d'avoir réservé à l'avance (et par internet!) le parking. Mais il existe des personnes sympathiques et le gardien du parking suppléera à mes carences. Un grand merci...
J'ai, la veille de ma rando, commencé à "dégrossir" le trajet, il est tard, il fait un temps gris et je vais parcourir 7 km à pied, pour commencer à reconnaître les lieux. Je croise des cohortes de randonneurs. Le lendemain, nantie de ma réservation, je vais pouvoir tracer ma route, j'ai déjà décortiqué un bon morceau car ma curiosité n'a ni frontières ni heures
C'est une autre chanson, le lendemain, la tempête de vent du nord que j'ai fuie en France a su me retrouver, je vais très vite sur la petite route, surveillant les arbres qui se tordent. Et devant mon camion, à l'entrée de Sadernes, un gros arbre vient juste de s'effondrer sur la route! Je file chercher de l'aide et pendant que l'arbre se fait tronçonner de main de maître, je surveille ceux qui surplombent mon camion et qui se tordent. Me voici enfin garée à l'abri du ciel, au milieu du parking. Le gardien me déconseille la rando, mais j'y vais. La tramontane violente, je connais, mais, avec autant d'arbres, va falloir randonner les pieds sur terre et les yeux au ciel !
Finalement, j'adore. La montagne hurle, mugit, rugit, se plaint, se tord, mais tient bon. La rivière est devenue muette, hier elle grondait. J'ai l'impression de longer un aéroport militaire, pourquoi pas le pont du Clémenceau ?
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| Les grandes orgues de la montagne qui mugit ! |
Je marche sur la piste qui dessert une partie de la vallée. Cette piste remplace un chemin muletier escarpé qui, dans les gorges, ne devait pas manquer d'air!
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Aujourd'hui : entrée du défilé de " Passant d'en Roca" |
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| Du temps du chemin muletier |
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| La piste |
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| Défilé de Passant d'en Roca |
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| Même lieu : le chemin muletier |
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| Et toujours la beauté des vasques |
Des randonneurs m'ont doublée, je les croise, ils m'incitent au demi tour, mais je poursuis. Forte de leur conseil: il n'y a pas que des branches, des pierres tombent aussi. Mais la chance est avec moi, malgré les tourbillons de poussière dans les gorges. Je retrouve les lieux de la veille sous un autre ciel. Ces gorges sont un passage pittoresque, assurément. Des façades de pierre percées de grottes, des arbres cramponnés comme des grimpeurs, des falaises d'escalade, je suis fascinée. Un ancien poste de garde, nommé "Castell de Sespasa" les surplombait autrefois,
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A la vitesse d'un cheval au galop la poussière vient m'assaillir |
Il n'y a presque personne sur la piste, cela me convient. Malgré la tempête, c'est un délassement de marcher sur un chemin et de n'avoir pas à fureter pour chercher un passage dans mes pentes habituelles, entre glissades et escalades. Un site sans nom indique une ancienne carrière; une autre se trouve dans les montagnes. Cette région est un livre de lecture géologique, calcaire, granit, dalles et autres roches très compactes.
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| Site de "la pedrera" |
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| Les dalles de la carrière |
Le moulin de Sadernes, (0.3 km) rénové est barricadé; son canal d'amenée, original et invisible, que j'ai débusqué hier dans les falaises et les gorges est suspendu, aérien ou creusé, il longe la piste, bien au dessus de la rivière (la Lierca) étonnant quelquefois . Sa prise d'eau demeure un mystère, un jour j'irai voir, si je ne me noie pas !
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| Canal suspendu |
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| Au dessus des vasques |
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Le canal suspendu non loin de sa prise d'eau dans les gorges Site "Portell d'en Roca" |
Les ponts : celui dit "de ferro" (de fer) (1.75 km) cache sous son tablier les vestiges remarquables de son ancien visage. Celui de Valenti (2.95 km) très vieux fut utilisé par les muletiers "traginers" (soit les transporteurs d'antan, avec mulets ou boeufs). Ce pont si étroit ne permettait que le passage d'un seul animal. Ce qui n'empêchait les transports de denrées, de bois, de charbon, de farine. Et encore moins les contrebandiers. Voire les Trabucaïres, bandits des grands chemins.
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| El pont de ferro aujourd'hui et les falaises d'escalade |
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| Autrefois |
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| Pont de Valentí et l'Hostal de Ca la Bruta |
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| Médiéval |
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| La pile et son renfort côté amont |
J'ai quitté la piste (2.9 km) en haut du pont de Valenti. En bas se trouve une imposante demeure restaurée : c'était un gîte d'étape du temps des traginers, Ca la Bruta (=femme sale). Ensuite on retrouve l'ancien chemin, dit "chemin des valenciens" qui se démarque de la piste. Le vent secoue et fait hurler la montagne mais je suis à l'abri, bientôt il ne sera plus qu'un murmure, je ne m'en apercevrai qu'en réentendant le chant de l'eau de vasque en vasque.
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| Ancien chemin |
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| Passage en calade |
Ce chemin muletier traverse d'anciennes charbonnières et une bifurcation (3.57 km) mène vers Talaixa. Des passages en calades (pavage) aidaient les mules.
Parlons en de cette rivière: le Lierca est né du mariage de la Riera de Sant Aniol et de la Riera d'Escales, deux ravins de montagne. Pour moi c'est cap au nord, le Sant Aniol.
Le sentier muletier frôle une immense forge absolument invisible, mais la piste la traverse; d'immenses bâtisses écroulées, entre chemin et rivière sont envahies de ronces. C'est "la Farga" (3.6 km). Que je vais regarder de plus près. On y travaillait le fer, donc mines de fer !
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La forge ou farga (fragment)
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Au bord du chemin, dans un tas de ronces, se devine un mur que les promeneurs ne regardent même pas : mes coups de sécateurs me mènent au coeur d'un moulin, le Moli del Riu, (4.68 km),au ras de la rivière.
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| Moli del riu |
Bien que le chemin soit en général bien au dessus de la rivière, il y a des passages très bas, même sur l'ancien chemin muletier et le parcours est irréalisable en période de crues. Il faut même traverser trois fois la rivière à pied sec...ou non.
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| Passage piéton! |
Il est très beau ce chemin, mais il prend toute sa valeur au terminus de la piste (5 km). Là commence le dernier tronçon, époustouflant de beauté : beauté du cours d'eau encaissé, que l'on rejoint parfois, beauté des sous bois et des falaises et surtout beauté du chemin taillé dans la falaise, empierré par places, pour aider les mules, mais ciselé dans le roc, suspendu sur le vide, nimbé de la verdure des sous bois et du chant de l'eau.
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| Le chemin taillé dans le roc |
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| Au ras de l'eau |
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| Ou très suspendu |
Ce lieu fut choisi par certains pour quitter la voie et la vie . Dans les beaux miroirs émeraude dont certains ont une histoire bien sinistre. Dans l'un se noya un homme, en 1917, en voulant sauver sa vache, dans un autre périt une fillette, c'est "El Gorg de la Nina". Une jeune mariée de 23 ans, se noya un jour de 1890. Dans la "Bassa d'en Sobi" (5.4 km) en 1932, se suicida un homme. 20 ans plus tard sa fille en fit de même dans une "bassa" voisine, celle d'en Germanell. Bien sûr tout cela n'est pas conté sur le parcours, on ne voit que plans d'eau superbes, transparents, invitant au plongeon, à la baignade. Mais...je suis fureteuse, n'est ce pas ? Je l'ignore en montant, je le sais en redescendant.
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| Au dessus de la bassa d'en Sobi |
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| La Bassa d'en Sobi |
Sur un peu plus d'1 km, c'est féérique. Ensuite le paysage s'ouvre sur un cirque de falaises, une grande prairie que je vais visiter, au bout de laquelle se trouvent les ruines d'un immense moulin (7 km).
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| A proximité de Saint Aniol |
Le canal d'amenée se termine par un grand bassin, où les femmes faisaient la lessive, avant qu'il ne plonge dans l'antre du moulin, invisible. Il s'y moulait le blé, l'orge, l'avoine et le maïs produits autour de Sant Aniol. Mais aussi, après le travail sur les grains, on y avait adjoint un moulin de sciage du bois, bois de châtaignier peu prisé mais découpé en planches tout de même. Le moulin logeait les transporteurs (8 personnes avec le meunier) et leurs bêtes, un lit rouillé suspendu en plein ciel en atteste encore. Ce moulin cessa de fonctionner en 1960. Et si les chemins de la vallée d'Aniol se nomment "des valenciens" c'est que la main d'oeuvre provenait de la région de Valence.
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| La prairie du moulin |
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| Le moulin |
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| Vestiges d'une roue |

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| Un lit en fer suspendu |
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| Il fut très grand ce moulin |
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| Le canal |
Arrivée à St Aniol, au terme de plus de 8 km, la rivière se franchit une dernière fois de façon ludique par un "pont de singe" .
Mais qu'était donc St Aniol ? Un monastère fondé en l'an 859 par les moines de l' Abbaye d' Arles sur Tech, en Vallespir, de l'autre côté des Pyrénées, fuyant l'invasion normande. Le monastère fut incendié lors de la guerre civile, la petite église fut restaurée et le grand bâtiment voisin, restauré ces dernières années est devenu un refuge où l'on peut se restaurer et dormir. Et glaner des infos (en catalan) sur un gros livre ! D'où mes anecdotes...Saint Aniol ne fut pas un village, mais une ferme, dans les environs on en trouve encore 3 , à une certaine distance.
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| 1906 et 2012 |
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Refuge de St Aniol, inauguré en juin 2025. 36 places tout confort (voir le site sur google), 2 salles à manger, Wifi. Le randonneur peut aussi consommer . A droite la chapelle vestige du monastère. |
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| Autre visage du refuge |
Le site est plaisant; j'y retrouve des compatriotes et je suis surprise d'être reconnue et appelée par mon nom. Un peu plus tard, on se retrouve dans les anciennes prairies du site, devenues forêts, à la rencontre du Gorg Blau, un joyau dans son écrin. Mais nous sommes incapables d'aller voir la cascade du Salt del Brull, le chemin est introuvable. Et pour cause : cette fois il faudrait jouer des pieds, des mains et même du bain forcé pour rejoindre ce site. En effet, il n'y a pas de chemin, juste la débrouillardise en falaise et rochers. Mais je sais où il faut passer. Dommage.
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| Gorg Blau |
Le retour peut se faire en partie par une boucle passant sur les falaises, au Saut de la Nuvia où une pauvre jeune fille préféra se jeter dans le vide que d'être contrainte à un mariage forcé ....
Décidément ces lieux idylliques sont pleins de larmes et de drames...
Je reviens sur mes pas, préférant revoir le chemin à l'envers, j'aime toujours autant découvrir les nouvelles images d'un chemin à l'envers, en jouant un peu de la nouveauté grâce à la piste. Et puis, maintenant, j'en sais les drames! Quel dommage d'aller mourir ici bas...
Je sais que je reviendrai, j'irai à Saint Aniol par le Saut de la Nuvia, j'irai à la rencontre du Salt del Brull, j'irai poursuivre mon débroussaillage du moulin, et surtout, plan en main, à la rencontre des trésors au pieds des falaises : grottes, fours à chaux. Oh! j'ai envie d'écouter ce que ce site voudra bien me conter !
Et puis, ce n'est pas un mystère ! Les eaux vertes des rivières de Alta Garrotxa s'en vont, par des chemins souterrains, alimenter les eaux bleues du superbe étang de Banyoles, à quelques dizaines de km mais par quels tours et détours y parviennent elles ? Là est le mystère...
En chiffres
Dénivelé positif cumulé : 500 m environ
Distance aller retour : 17 km
Liens
sur l'hébergement (clic)
Sur le refuge (clic) histoire d'une rénovation / fêtes etc
Cartes (du plan large au plan rapproché)
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| Le point rouge est Sant Aniol |
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| Accès depuis la route à 4 voies N 260 |
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| De Sadernes (parking) à Sant Aniol (à pied, 17 km AR) |
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