Les échelles ? Oh non, pas de barreaux. La seule barrière du secteur est une série de falaises fascinantes et rébarbatives...un passage y existe, paraît il. Les Murailles du Diable sont proches, c'est très engageant tout ça. Et je les attends depuis des mois. Une sorte de crainte me retenait.
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| Teintées de rose un soir de juillet 2024 |
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| Secteur des échelles |
Voilà maintenant quelques années que je vais "visiter" le Défilé de la Pierrelys, entre Saint Martin et Quillan, ce petit goulet de1.4 km, enserré entre de très hautes et inhospitalières falaises calcaires, celles que l'Aude a rongées pendant des millions d'années, mettant à jour les gisements fossiles de rudistes. Apparus il y a 145 millions d'années et éteints il y a 64 Millions d'années, ces mollusques bivalves à coquille épaisse vivaient dans des eaux chaudes intertropicales et peu profondes, en solitaires ou en colonies. Eteints en même temps que les ammonites ou les dinosaures, leurs fossiles affleurent dans les falaises de la Pierrelys (entre autres lieux audois), plutôt vers la base des falaises actuelles et ne donnent ni envie d'en rencontrer ni regret de n'avoir pu les déguster!
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Je les préfère en fossiles, sinon je m'enfuis (de la peur!) |
Ce n'est pas eux que je recherche même si je les scrute en cette fin de journée mais c'est plutôt sur les hauteurs que j'ai voulu m'envoler au matin. Un chasseur, Jean Louis, m'a un jour parlé des échelles, en me les situant dans ce décor grandiose et inquiétant à la fois. Les échelles sont un sentier très escarpé, ainsi les nomme t'on en Ariège par exemple, il n'y a pas de barreaux, les mains peuvent aider toutefois. Ces échelles là sont situées à la sortie du défilé quand le paysage regarde plein nord; la montée se fera donc dans l'ombre et le couvert végétal épais. Ce couvert fut exploité par les bûcherons et des pistes étroites, rectilignes et escarpées permettaient aux troncs de descendre et aux humains une solide grimpette. Je les connais presque toutes, j'en essaie encore une ce matin de Pâques où le temps est magnifique, tiède, empli de fleurs, chants d'oiseaux et vols saccadés de papillons.
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| La piste que je ne connaissais pas |
Les bruits des véhicules parviennent à moi tandis que j'arrive au bas de l'échelle, qui n'est autre qu'un cairn indiquant "c'est tout droit et c'est là haut". Tout droit et là haut campe une majestueuse falaise que je regarde toujours avec gourmandise - et crainte- , je me vois déjà me glissant entre ses dents, dans les couloirs d'éboulis.
Mais non! les chasseurs n'ont pas choisi cette aventure là et se sont contentés de contourner sur la gauche en longeant pied de falaises et barres rocheuses enfouies dans les chênes verts.
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| le sentier des échelles, en montée |
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| Mon rêve, ma frustration |
Le sentier, balisé de rose, uniquement dans le sens de la montée est bien lisible, très escarpé, au sein d'éboulis couverts de mousse et d'arbres tout aussi habillés. C'est le vert dense où règne le parfum dense des buis.
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| Départ |
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| Mise en jambes facile |
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| Pas d'erreur, on ne peut quitter le sentier |
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| ça commence à me plaire |
Je monte lentement, regardant s'élargir le paysage entre les branches : collines, Quillan, Belvianes et Cavirac, Ginoles, falaises, c'est beau.
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Villages dans la vallée de l' Aude: Belvianes, Cavirac et Quillan |
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| Du buis sans discontinuer |
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| Dès qu'il y a du caillou je suis bien |
Soudain un bruit, mais quel animal est à mes trousses ? Euh un tee shirt rouge n'est pas du style sanglier et, à notre surprise réciproque, c'est un jeune homme qui est en reconnaissance d'un tronçon des 44 km de trail prochain. Petit échange sympathique et chacun reprend son rythme alors que le chemin s'engage résolument dans les reliefs calcaires. Je pose quelques balisages au cas où je devrais redescendre pas là car je ne connais aucun chemin de retour.
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| Le trailer |
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| J'adore ! |
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| Ma frustration: les falaises s'éloignent |
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Vu de loin, au zoom, le site un soir d'été 2024, sous les feux du couchant
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Un autre jeune homme me rejoint et déplore le manque de cordes pour aider à la montée. La pente s'adoucit, les échelles voient la cime se profiler, entre chênes et hêtres remarquables; le soleil me salue et je franchis le dernier barreau après 182 m de dénivelé pour 700 m linéaires.
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| arrivée presque en haut, en compagnie du soleil et d'un autre trailer |
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| Un des superbes hêtres |
Ici se sépare la route du trail de la mienne: je vais longer la crête (altitude 931 m), d'où la vue porte très loin et je reconnais "la muraille". Au terme d'une belle montée de 600 m.
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| Altitude 931 m |
Cette muraille, orientée nord / sud, est un long cordon de pierres sèches arrachées au sol et érigées en mur large à sa base, haut, dans lequel se trouverait un vestige de porte (visité il y a un an avec un archéologue). Un site vieux d'au moins 3000 ans.
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| Vue aérienne de la muraille (IGN) |
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| Perspective sud |
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| Perspective nord |
Tout le reste de ce système défensif est bordé par...le vide et un cordon rocheux. Sur les 3.7 hectares du site, une grande partie est encombrée de rocs et de végétaux, impénétrables. par contre un grand morceau de terrain est propre et on peut y pénétrer. Ancien habitat ? J'aimerais bien faire parler ce site. Cette fois je m'y aventure après avoir parcouru la muraille sous un soleil de feu. Une vue sur le défilé, une autre sur les sommets enneigés, sur les sites du secteur que j'ai parcourus en tous sens et je vais m'installer sur un bastion rocheux pour contempler ma déception : ces belles falaises forteresses !
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| La surface et ses contours; à droite la muraille |
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| Perspective sur la vallée de l' Aude |
Nulle vie et nul bruit, humain ou animal. Un minuscule papillon insouciant me montre le chemin de survol des falaises...désolée...c'est pas pour moi.
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| Mes chères falaises |
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| Belvianes, Quillan et la falaise imprenable : mon décor de restaurant |
Le sentier de chasseurs qui traverse le site absolument plat est balisé de bleu vif et de vert fluo. Je m'offre une chute sur le genou, la douleur est vive. Aïe...la descente le sera car ce chemin plonge sans pitié dans une effarante pente. Je vois en bas, tout petit, mon point supposé d'arrivée car il y a un sentier aussi, je le connais. J'hésite à peine et je me lance prudemment car mon genou lance aussi douloureusement.
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| La palette de couleur des chasseurs |
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| Le paysage ambiant, "légèrement" étouffant |
La descente, en falaise habillée de végétal est ardue. Le balisage, vert fluo, ici aussi est seulement en sens unique donc ce sentier se descend et ne se remonte pas, c'est bon signe .
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| Plongée en falaises! |
Il va suivre une ligne de crêtes, en sous bois, offrant de rares vues.
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| En rouge la montée en jaune la descente |
Bien tracé, je l'agrémente un peu de quelques repères au cas où, puis le sol glaiseux devient une vraie patinoire pentue, c'est pas facile. Enfin, une grande flèche me pousse vers nulle part, je l'ignore et quelques vieilles marques jaunes prennent le relais du fluo pour me conduire à bon port, après 790 m (linéaires) de descente raide pour 242 m de dénivellation.
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| La palette s'enrichit |
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| Une petite ouverture en crête pour le point de vue à ne pas manquer |
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Le secteur que j'ai déjà exploré L'ancienne "route" y passait |
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| Le secteur où je n'irai jamais |
J'arrive juste à l'endroit supposé, il n'y a plus qu'à se reposer. Bain de soleil en crête de falaise, point de vue à détailler à l'envi, je scrute, je cherche, je savoure ces falaises et ces pentes qui me demeureront à jamais inconnues, c'est un moment de grâce . Le silence est troué par le chant des oiseaux, les bruits de la route et les ruades de l' Aude fort agitée.
Ce site est de loin l'endroit le plus beau . Altitude 703 m. Moment de contemplation...
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| La falaise à droite et en face : Belvédère du Diable |
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Les Murailles du Diable de part et d'autre de la pente J'ai l'honneur d'être perchée dessus, tout le monde n'y va pas. |
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| Détail de la Muraille du Diable |
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| Un des nombreux vautours |
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Premier plan : le début de la Muraille du Diable qui plonge jusqu'à la route
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| Muraille du Diable (fragment) vue de la route |
Plus tard, repue de contemplation, je vais terminer le parcours par la directissime de la piste de débardage nommée " LeTremplin". Vaut il mieux la monter ou la descendre ? Je ne saurais dire...
J'ai bien sué, sous le soleil pascal, j'ai bien noyé mon regard tous azimuts, j'ai "mangé" de la glaise, du roc et du végétal, j'ai "dégusté" mes rêves devenus réalités pour certains et surtout, à quelques détails près, j'ai bouclé ma phrase favorite : " j'ai fait tout ce que je voulais faire par ici".
C'est un point final que je pose, en gardant quelques parenthèses à approfondir ou quelques points de suspension ayant pour nom poétique "rêves". Ou plus pragmatiques : vérifications...
En chiffres
Distance : 8.1 km
Dénivelé : environ 750 m
Le trajet : en rouge la montée, en bleu la descente
En archives du blog, la balade à la muraille : (clic)
Belle grimpette en effet mais tu aimes ça !
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