lundi 9 octobre 2017

La cuisine du Sujet

Le Sujet (moi), retenu loin de ses vignes et de ses montagnes, se tient  un peu plus près de ses livres et de ses fourneaux. Ce à quoi la Tribu prend intérêt. Autant pour les fourneaux que pour les livres. Car la lecture rapproche la Tribu de son Sujet : Elle lit couchée ce qui sied aux félins.
Toute la Tribu participe aisément aux séances lecture.

Mais la cuisine !
Elle n'est guère férue de cuisine et ses recettes ne sont guère variées : encornets en sauce vin blanc et petits légumes, civet de lapin, daube de sanglier, tartes, de toute façon ils -La Tribu - participent activement, en tant que commis, seconds de cuisine, goûteurs ou simples soutiens. Curieux dira t'on.
 Toutefois la cuisine ne fait pas l'unanimité de la Tribu : Blanche, Syrah et Farine ne se sentent pas concernées. Bon il est vrai que Blanche est plutôt moules marinières, ce qui est parfois au programme, mais Blanche n'est adepte que de la dégustation !






Ainsi la préparation de ce civet de sanglier fit plus d'un heureux.

Un cuissot de sanglier

D'abord il y eut la découpe du cuissot : Bertille s'imposa comme commis. Un commis très attentif, voire intéressé...

Tâche ardue !

Bertille en commis
















Mais les armes  utilisées par le Sujet refroidirent un peu le commis : pensez donc, un Sujet si peu professionnel...il y a du souci à se faire!
Les armes du Sujet
Blizzard s'improvisa chef en second : observation et quant à soi restèrent de mise. Il est des chats blancs qui ne se mouillent pas.








Par contre dans la série des testeurs, ou goûteurs, ce vaurien d' Arsène, invité quand ça lui plait, piqua du bout de la griffe un morceau mariné et faisant fi du vin rouge, n'eut pas le temps de s'en aller en titubant, le Sujet veillait au grain.







Quand le Sujet s'attela à la cuisson, moment important et salissant s'il en est, Bertille qui avait bien rempli son rôle, ne daigna pas quitter le lit. Pas plus que Mathurin que ces histoires de cuisine ennuyaient. Il est plutôt dessert, voyez vous. Même si  en ce domaine, le Sujet peut devenir dangereux.


Bertille 

Mathurin
Cependant Bertille sait parfois surveiller le temps de cuisson car le Sujet sait être distrait et oublier aisément ce qui cuit. Ah ces Sujets qui font plusieurs choses à la fois !

Bertille et les temps de cuisson


Mais revenons au civet : Nina prit le relais avec sa vivacité naturelle qui la faisait sauter par dessus les gamelles dont elle vérifiait la bonne utilité.

Nina prend le relais



En cuisine  !




Blizzard, fier de son rôle de second n'hésita pas à tutoyer l'oignon qui ne lui arracha pas la moindre larme, lui faisant dire "Que ce Sujet est sensible ! Allons donc ! Pleurer pour un oignon..."


Blizzard le nez dans les oignons




















Toutefois dès que le civet fut mis à cuire à feu doux, la Tribu s'en désintéressa : on est tout feu ici mais on n'aime pas la flamme.




Ni la virginité retrouvée de la table.

C'est tout ??


Les pommes de terre n'attirent guère la Tribu: ce mets dont raffolent les Humains n'a rien d'affriolant!


Par contre  peu après, au repas de midi,  si la pomme de terre bouillie ne méritait pas l'attention, les encornets en sauce vin blanc, avec leurs petits dés de poivrons, tomates, leur pain grillé aillé à l'alléchant fumet, attirèrent jusqu'aux invités. Lesquels s'invitent d'autorité cela va sans dire.
Encornets

Edmond par l'odeur alléché

Friand d'encornets le Blizzard !




Toutefois, allez savoir pourquoi, les desserts de saison attirent davantage les félins de la Tribu : ça pétille, ça grésille tout autant, il y a de la couleur, du sucre, des parfums variés et ...on ne goûte pas .




Tarte aux figues et raisins

Avant cuisson
 Mais quel intérêt cela suscite !

On n'en perd pas une miette
Mathurin et Bertille

Dubitatif Blizzard



Même si le Danger est aux portes des fourneaux !





Pomme sauvage flambée à l'armagnac



Enfin ont confié les félins de la Tribu à leur Sujet : 
"Faudra peut être penser à se diversifier, non ? "


vendredi 6 octobre 2017

Ma première randonnée

Sous ce titre se cache une boutade.
Enfin presque...car il y a deux mois que je ne marche pas et donc que je ne randonne plus.
Quand je dis ne pas marcher c'est juste faire une centaine de mètres quotidiens, mais depuis quelques jours je rallonge le quota. Envers et contre tout.
Difficilement il est vrai puisque la douleur est toujours là. Comme un rapace.

La patience par contre n'a jamais été mon atout majeur, je pourrais même affirmer le contraire.
Alors j'ai décidé d'en avoir assez et de forcer la chose: je suis partie en "randonnée".
Juste aux confins de mon département, Les Pyrénées Orientales, entre Banyuls sur Mer et Cerbère.


Une bien étrange randonnée commencée à la tombée du soir, un de ces soirs douceur, en bord de mer, un soir d'automne parachevant en beauté une journée d'été. Il y avait les effluves de la mer, une brise sans vraiment de parfum, juste celui que l'air tiédi arrachait aux végétaux sur son passage.
Il y avait aussi le parfum un peu âcre des feuilles de vigne sur leur déclin, le parfum des garrigues environnantes, herbes sèches et inules visqueuses, si peu aimées. Que j'adore, bien sûr.






Le décor était assez extraordinaire : collines sèches et fauves tombant dans la mer, ravines et torrents desséchés, friches occupant d'anciennes vignes dont on devinait encore les murettes de schiste brun, figuiers de barbarie, chênes et herbes folles, vignes montant à l'assaut des collines ou plongeant vers la mer, et surtout, cette mer étale comme un grand lac de montagne.

Le décor : collines, friches et vignes descendant vers la mer



 La friche
La friche, encore, qui gomme cette géométrie 

La vigne...justement, de manière impromptue, je décidai d'aller l'escalader.
Oui l'escalader car la vigne, ici, grimpe vers le ciel en des pentes vertigineuses.
Ce vignoble, en nette régression, est un modèle d'ingéniosité.

Dans le moindre repli du terrain





Créé il y a sept siècles par les Phéniciens, il vit son âge d'or sous les Templiers qui lui donnèrent la charpente qui est encore la sienne aujourd'hui : terrasses, murettes, captage et écoulement des eaux en d'invraisemblables lacis de rigoles de schiste qui, par leur savante ordonnance, protègent le sol des éboulis et des ravinements à condition d'y veiller avec une attention sans faille.


Chemins, terrasses, murettes et...forte pente


Rien n'est mécanisé dans ce vignoble : le moindre travail se fait à pied, à la main, en un miracle de patience et d'équilibre. Ces sols schisteux qui se délitent en minces lamelles glissent comme verglas, brillent comme neige au soleil et gardent la chaleur emmagasinée dans la pierre bien après le coucher du soleil.


Schiste bleu

Schiste fauve






Les cépages sont rustiques et peu gourmands en eau : le grenache s'y épanouit en de multiples formes et couleurs (blanc, noir ou gris), c'est LE cépage par excellence. Qui donne des vins secs ou doux de grande qualité.
Les terroirs ont pour nom Banyuls, Collioure, de somptueuses appellations.
Cépage

Grenache noir (grappillon)



















J'ai choisi une vigne qui détonne par rapport aux autres; elle semble être une vigne d'artiste. Pour tout dire elle est unique.Tout y est parfaitement agencé, équilibré et soigné, jusqu'à la moindre citerne qui se fond dans le paysage. Pas de fausse note .

Citerne

Arrivée de l'eau dans la citerne


Autre modèle : habillée de schiste


Un petit air de hutte africaine

Je commence ma promenade dans cette pierre bleue et fauve aux tonalités métalliques qui renvoie la chaleur du jour comme une forge. Des sentiers montent en zigzaguant  entre les terrasses, sentiers muletiers d'autrefois, sentiers d'homme aujourd'hui. Entrecoupés de "rigoles" faites avec un savant feuilletage de schiste soit naturel, soit agencé par la main de l'homme.


Ecoulement des eaux
Chemin de l'homme chemin de l'eau



Chemin de l'eau en schiste naturel

L'eau passe aussi sous terre

























La vigne est dans l'ombre, le soleil a pris à cette heure d'autres chemins.

Et je monte, le pied sûr et l'oeil ravi : la mer se dévoile, de plus en plus vaste. Je vais au gré de mes envies, empruntant un sentier, coupant par une terrasse, escaladant un muret, naviguant dans les rigoles. Je me retrouve vers le ciel, sur le toit des citernes, soulevant un couvercle, me penchant sur la réserve d'eau, découvrant un casot tout en haut, avec son toit de tuiles étayées de roches .


Toujours proche : la mer


Pour le repos, autrefois, car les vignes étaient loin
et on s'y rendait à cheval


La citerne et le toit du casot




Je gravis des parois rocheuses dans lesquelles se lovent un ou autre cep buvant la chaleur.








D'autres ceps se dressent fièrement ou se vautrent comme des serpents repus. Chacun fait ce qui lui plait, dans un joyeux désordre loin des alignements de plaine. Chacun prend du ciel, de la roche, de la terre ou de la mer ce qui lui convient. On pourrait écouter chacun d'eux raconter sa vie, son histoire, seulement en le regardant.

Allongé sur le sol

Comme un bouquet

Vétuste et fier




Je monte à leur rencontre dans un silence minéral, total. Seul le bruit des lamelles de schiste sous mes pieds accompagne ma progression; j'oublie la route qui serpente et s'amenuise en contrebas. Je suis juste dans un autre monde.

L'étagement de la vigne et serpent de route
Moi qui arpente les vignes à longueur d'année et de vie, me voici dans une vigne qui me transporte dans un autre monde! A deux pas de chez moi.

Parvenue au sommet, où se love le chemin d'exploitation, la vue porte fort loin en mer; je m'assieds dans la rocaille et j'attends.
Je pourrais attendre longtemps, jusqu'à la nuit peut être. Lire, écrire ou dessiner. Tout simplement rêver...
Le chemin d'exploitation, tout en haut

J'entreprends enfin la descente, un peu acrobatique juste pour le fun, pour vérifier que mes jambes sont encore vaillantes et pourront bientôt, j'espère, me ramener sur les cimes, crêtes et sommets. Me redonner ce moral qui vacille bien souvent. Me redonner Espoir.




Vu d'en haut

Vu d'en bas au soleil du matin

Franchement : pas banale ma rando !
Même les chiffres ne sont pas banaux ! Pour la grande marcheuse que je suis ....ils sont rigolos.

PS: toutes mes félicitations au vigneron et mes excuses aussi pour avoir arpenté sa vigne sans autorisation.

En chiffres 
Dénivelé : 65 m
Distance : environ 900 m
Point culminant : 118 m