lundi 18 juillet 2016

En Corbières avec Mathurin

C'était le 14 juillet et nous sommes allés défiler avec Mathurin dans quelques petits 
coins secrets des Corbières, qui en sont bien pourvues.

Que sont donc ces Corbières ? Un massif calcaire de faible longueur et de faible hauteur (Pech de Bugarach, 1230 m), séparant les départements de Pyrénées Orientales et de l' Aude, allant mourir doucement dans la mer, vers Leucate et La Franqui. Un massif pâle, calcaire, vêtu d'une végétation basse et odorante, propre à la garrigue. Une végétation arbustive, agressive, en lutte constante contre la sécheresse. Ce massif est entaillé de petits cours d'eau secs le plus souvent, étroits, en forme de gorges mais qui savent très bien se fâcher. En de désastreuses colères.

Corbières : "lieu où se rassemblent corbeaux et corneilles ", tout un programme. Issu de "corvaria", nid de corbeaux.








Sur les hauteurs veillent des sentinelles de pierre, confondues à la roche qui les vit  naître : les châteaux Cathares. Un lointain passé historique. Plus lointain encore un bel habitat préhistorique célèbre dans le monde entier : Tautavel. Lorsque le Roussillon fut rattaché à Barcelone et jusqu'en 1659, cette modeste montagne servit de frontière naturelle : des postes frontière et des poste de garde jalonnaient le parcours. Vous l'avez compris, qui se penche sur les Corbières avec attention n'en ressort pas indifférent. Et ne parlons pas des vins, attendons un peu...

Château de Peyreperthuse (la pierre percée)






























Quéribus 
Donc c'est en ce pays discret et enchanté que j'emmène Mathurin, ravi de prendre la route. En un petit périple fort sympathique. Pas vrai le chat ?

Moi ? je suis bien !!!

Je roule au feeling, sans consulter la carte, d'ailleurs mon copilote me fait confiance, non ?
Je connais bien cette région et je préfère nous emmener où ça me tente.


Ce sont des routes étroites qui serpentent entre vignes et collines, où se cachent de petits villages au charme discret et à l'âme rude, comme celle de ce pays qui les vit naître. Ils ont pour nom Villeneuve des Corbières, Feuilla, Treilles, Caves, Embres et Castelmaure, Quintillan et j'en passe, ils sont audois.



Duilhac sous Peyreperthuse

Les Corbières sont (ou étaient ) une terre de vins.


De belles appellations pour de belles couleurs . Déguster des vins des Corbières se fait avec le palais,certes, mais aussi avec l'oreille...Car, en écoutant bien, ce vin sait raconter de belles histoires et pourquoi pas? L' Histoire.














 Terre de vins....
Si je me noie dans un verre de vin
c'est juste le temps de la photo !

Bien sûr elles le sont toujours, cependant ce qui m'a frappée, c'est le recul de la viticulture. La friche avance à grands pas, véritable désolation.









C'est un vignoble morcelé, difficilement mécanisable donc peu rentable. Les parcelles sont difficiles d'accès, difficiles à travailler et puis, d'autres facteurs...qui ont pour nom crise viticole, exode rural, vieillissement de la population, bref je suis catastrophée de voir les champs d'herbes folles envahir les parties planes alors que sur les collines, à la différence de couleur et de densité du manteau végétal on voit ce qui fut vigne, ce qui fut abandonné et depuis quand..cette vieille vigne que j'aimais tant avec ses ceps tordus et ses marcottes extraordinaires que je voulais saluer au passage...disparue...ne vit plus qu'en mon souvenir....c'est la tristesse qui va accompagner mon périple. Même si d'autres vignes voient le jour et continuent à s'insinuer entre les bois.





Rangées de friche occupant les anciennes rangées de vigne
Rangées de vigne












Une ancienne vigne, le plant sauvage
s'accroche aux buissons
Le plant de vigne sauvage







Bois et landes ont reconquis le paysage


Les vignerons sont viscéralement attachés à leur terre et plus la lutte est importante, plus est fort l'attachement : ainsi ce véritable bunker, cerné de doubles murailles électrifiées lutte contre les sangliers dévastateurs.









Oui il leur faut vraiment du courage.
Et beaucoup d'amour.

Et cela se voit dans ces paysages magnifiques.





Château de Peyreperthuse en fond à droite

Pendant ce temps Mathurin promène son bonheur et son insouciance !





 Oui je suis un chat heureux ! Je n'ai même pas envie d'écrire tant je me prélasse, je me gave.
Oh elle me raconte tout ce qu'on voit, j'espère que ça vous intéressera plus qu'à moi , parce qu'elle me fatigue . Elle passe son temps à s'arrêter, à sortir, a faire des photos. Miaouuu, si je savais conduire je crois que je la laisserais au bord de la route !



Il pavoise devant ma côtelette qu'il commence à déguster en catimini, sur le lit à l'heure de la sieste, au volant et même sur le sol sec de la garrigue : que du bonheur !!

Allez on roule, Mathu !Et c'est moi qui conduis !

Oh que j'ai l'air malin ! "Tu as l'art de me rendre ridicule !!"


Les routes parlent aussi. Bordées de denses forêts style maquis, elles présentent à l'oeil averti de petites rampes d'accès conduisant dans la futaie opaque. Autrefois ce sont sur des cultures que cela ouvrait. Qui peut encore s'en souvenir ici ?


Quéribus




Elle nous conduisent paisiblement au gré de "l'exceptionnelle circulation" (il n'y en a pas!) aux portes de mon département: la petite route de Cucugnan à Maury, incontestablement une des plus belles, dominée par le nid d'aigle de Quéribus....



Le vignoble de Maury (appellation)





A bientôt sous d'autres cieux....si vous le voulez bien...



mardi 12 juillet 2016

Danser sur les crêtes...à plus de 2700m de hauteur

S'il est des histoires étonnantes, dans la vie, celle de ce lieu l'est . Certes c'est l'histoire d'un coup de foudre de moi à lui. Mais c'est aussi une autre histoire, plus troublante.... Un jour, voilà deux ans, j'allai "visiter" un sommet espagnol à plus de 2900 m d'altitude et je découvris un panorama somptueux de montagnes, côté France. Dix jours plus tard je décidai d'aller à la rencontre de ce somptueux site. Mais voilà, peu de jours avant, une solide contrariété me rendit si vulnérable que maladroitement je chutai, sur le parking de montagne et me retrouvai un peu plus tard, à l'hôpital, nantie de trois points de suture à la tête. Cela ne m'empêcha pas de partir le lendemain en randonnée, mais le pied moins ferme et la tête brinquebalante, je revis mon trajet à la baisse. Il demeura costaud toutefois au vu de mon état. ( Pic de la Mine, 2683 m , clic ici)

Ce projet revint me visiter l'autre jour et je décidai de le réaliser enfin. C'était sans compter avec une même contrariété, sur le même motif ! Je redoublai de prudence et c'est avec un brin de superstition que je "m'envolai" pour aller "danser sur les crêtes". Entre 2700 et 2814 m d'altitude. Dans un site grandiose.

Il est , aux confins des Pyrénées Orientales, Ariège et Andorre, un site nommé le Puymorens : un col d'altitude, une station de ski et de grandioses montagnes, que je commence à bien connaître.

La randonnée du jour, en solo, promettait de beaux horizons mais aussi une bonne condition sportive.


Le but du voyage ? Parcourir ces fortifications crénelées

Hélas, comme pour ma précédente randonnée, je me traînai dès le départ, malgré toute ma bonne volonté et mon envie : rien! Le pas lent et lourd d'un boeuf, le souffle coupé, des vertiges, je n'avançai qu'à moitié de mon rythme normal. Un rien oppressée, superstition oblige, tentée par le demi tour, j'avançai.



Lever de soleil derrière les 2547 m du Tossal Mercader
Ni le soleil qui vint me saluer, ni la perspective d'un décor somptueux n'arrivaient à me faire avancer. Seule la volonté...Dans ce désert de roches et de rhododendrons quelques marmottes joufflues émettaient de longs sifflements, seule trace de vie. Et j'avançais...Hors sentier, longeant la moraine latérale de ce vaste cirque glaciaire encombré de rocs, barré d'une lointaine moraine frontale que je rencontrerai plus tard, un pas après l'autre, le regard perdu dans ce décor un rien sinistre, mais envoûtant, je montais.

La moraine latérale, rive gauche
Joli sentier


Un chaos rocheux impressionnant et pourtant on peut le traverser

Un troupeau de chevaux sympathiques et chaleureux m'encouragea et, chemin faisant, déviant mes pensées vers des sujets motivants, je parvins à la Basse de la Vignole, l'objectif minimum était atteint.



C'est un petit lac vert, peu profond, le seul élément liquide dans un univers tout minéral, donc apprécié d'autant. Je m'aperçus alors que mon énergie était revenue . J'étudiai un moment le terrain : deux sentiers étaient possibles . Le premier, long et facile, permettait d'arriver au col par un grand détour sans surprise. Le second fort aléatoire poursuivait jusqu'au fond du cirque et là ?


Basse de l'orri de la Vignole : 2494 m
En bleu le trajet normal, en rouge, le mien


"Piste de cirque"


Mystère...J'optai pour le sentier du fond du cirque, qui n'existait peut être pas et serait donc à..inventer. Pourquoi pas ? Rien ne me semblait impossible. Et la pente semblait accessible à mon niveau.
Effectivement quelques cairns sans grande cohérence m'invitèrent à me débrouiller et j'attaquai 200 m de pente raide, sur un sol d'éboulis instables à souhait. Je m'approchai au plus près de la paroi, posant mes pieds sur l'herbe plus stable; j'enfournai mes bâtons dans mon sac, les mains étant plus utiles qu'eux et, toute énergie revenue dans cet exercice que j'aime , m'accrochant de ci delà à la paroi, Je grimpai sans effort, me retournant pour voir rapetisser le cirque et je me retrouvai étonnée au sommet. .


Montée très raide

Un aperçu de la pente et de mon chemin dans l'herbe, contre les rochers

En chemin : faut rien lâcher, tout dégringolerait 
Altitude 2722. Un vaste panorama s'ouvrait devant moi, et je fus accueillie par un immense troupeau qui pressé de me saluer, se jeta "comme un seul homme" sur la clôture électrifiée m'apportant ainsi une réponse..."Comme un seul homme" le troupeau s'enfuit en bêlant.


Au col : 2722 m . Vallée de Campcardos en fond
Et je restai seule sur les crêtes déchiquetées, ouvrant comme de grosses mâchoires aux dents noirâtres sur une bouche grise dans laquelle luisait un bonbon à la menthe : le Cirque de la Vignole, où je marchais il y a peu, petit point perdu dans un océan de rocs. J'étais arrivée ! Au sommet de mon rêve.

Basse de l'Orri de la Vignole surmontée par le Pic de la Mine : 2683 m
J'avais devant moi un avenir de découverte et de bonheur : je pouvais danser sur les crêtes ! Nulle vie, sinon des moutons partout , un lointain berger et son chien. le grand espace pour moi seule et qui fait que j'aime la montagne en solo. Regrettant parfois un partenaire qui me rendrait la progression plus reposante!

Danser sur les crêtes


Car randonner seul (e) demande de l'énergie, de la vigilance, une bonne lecture du paysage, de la carte , des nuages, une prudence accrue et une prise de décision qui exclut la tergiversation. Oui c'est une école, un défi. Davantage à mon âge.

Par chance, ma famille indifférente à mes activités de montagne donc ignorante de mes promenades ne s'inquiète pas : c'est déjà ça de gagné !



Alors pendant un moment je vais sillonner les crêtes, hors sentier, au plus près de la succession de sommets et d'éboulis, de grands rocs à franchir ou de petits bouts de pelouse ouvrant sur des abîmes, bref, j'en emplissais mes yeux. Et je vous invite en ce périple...Vertige s'abstenir !


Le trajet en crêtes et en pics, à l'écart du sentier


Je cheminais, oubliant le soleil brûlant, la faim et la soif. Quant à la fatigue elle s'était faite légère. C'est mieux pour danser, non , à la musique vive des sonnailles, sous les sunlights du ciel ?
La vue portait loin : l' Ariège, les 3000 m, espagnols ou français, les proches pics d' Andorre, et les vallées creusées d'ombre...c'était beau. Il suffisait juste de se laisser porter sur ces crêtes faciles, sans danger, même si des abîmes s'ouvraient, bouches d'ombres, dalles immenses sur lesquelles de petits coussins de fleurs roses semblaient une aberration !

Un couloir plongeant vers la mer de rocs
Au fond vallée d'Ax les Thermes (09)


Pic de les Valletes : 2814 m

Je viens d'en haut et j'ai dansé sur les crêtes
Je n'ai pas valsé dans l'abîme.




Un peu de couleur et de douceur
La roche omniprésente



Pic de les Valletes, (2814 ), le lac et le pic de la Mine (2683)

Ce fut presque une déception d'arriver à ce pic de Font Frède dont j'avais entendu parler. Déception qu'il fît le dos rond sans caractère aucun, et qu'il clôturât ainsi ce décor.

Pic de Font Freda 2738 m
 Il semblait évident que le retour serait en pente aussi douce. Les randonneurs catalans que je rencontrai me firent vite déchanter ! Car j'étais fatiguée. Et le retour, au vu du parking minuscule tout en bas là bas ...et oui, 900 mètres, une plongée abrupte dans une cascade de rocs . Ah oui j'aime la roche et bien je serai servie ! Et si je me lançai sans détour, j'eus vite l'impression d'être un mille pattes tant les genoux et les pieds commençaient à souffrir.

Un aperçu du trajet, mon camion est tout au fond, au bout du petit chemin 

Nous étions cinq dans cette descente brutale, la moins fraîche c'était moi mais je ne voulais pas les perdre, cela me facilitait la tâche de n'avoir pas à chercher le chemin; lorsque je les perdais de vue, tout devenait plus difficile. Je crois que le jeune catalan l'avait compris. Arrivée dans ce fond de vallée je vis un sentier bien tracé qui conduisait là haut. Il eut été bien plus reposant. Car j'avais un sacré périple à mon actif, contrairement aux autres!



Un dernier petit col à monter, juste de quoi couper les jambes et une nouvelle descente dans de la roche revêtue de rhododendrons, un sentier gris, vert et fuschia. Où enfin on entendait de l'eau.Cette eau qui fait cruellement défaut tout au long de ce parcours : la prochaine fois j'emmènerai le double soit 3 litres. Car il y aura une prochaine fois !







D'autres crêtes et sommets m'attendent pour danser, de l'autre côté du cirque, 
aux rivages d' Andorre. 
Là bas, tout au fond...




En chiffres :
Dénivelé environ 1200 à 1250 m
Distance 12 km environ 
Temps de marche : 6 h environ