mercredi 1 avril 2015

Un rêve de Vermicelle...

On rêve à ce qu'on peut , même à des choses bizarres...

Depuis janvier 2014 se dessinait peu à peu ce rêve là.
Grimper un couloir du Cambre d' Ase.
Ma dernière approche datait de janvier 2015, avec mon guide qui m'avait conduite en couloirs et parois dans cet ancien cirque glaciaire grandiose qu'est le Cambre d' Ase.

Ce samedi 28 mars, me voici aux portes du rêve, le rêve de Vermicelle.



Le Vermicelle est un des couloirs du Cambre d' Ase : une tranchée rocheuse habillée de neige; celui-ci est particulièrement facile, dit on,  il est un couloir d'initiation et se grimpe en crampons et piolets, sans nécessité de s'encorder. Il n'est pas encombré de rocs, comme ses voisins nommés Gigolo, Eclair ou Bougnagas.
Ces couloirs ont à leur pied un cône de déjection, amas rocheux couvert de neige. Ces cônes sont particulièrement ardus et pentus. Autant que le couloir.





Nous sommes quatre : Ludo, Carole, Marie et moi.... la vétérane (ils ont entre 22 et 32 ans de moins que moi).



En ce matin calme qui suit de grosses chutes de neige les jours précédents, l'approche sera particulièrement difficile pour moi. Et manque de compromettre mon projet.




 On marche en forêt, d'abord sur les pistes de ski puis le long de la moraine qui occupe le centre de l'ancien glacier. L'air est tiède et la neige, bien que damée par le passage, est molle.



Ludo


 Hier c'était quasi impraticable et très difficile. Pourtant je peine, je fatigue. Arrivée au pied des parois, au centre de ce cirque, je me sens épuisée et je renonce à suivre mes compagnons. Ils sont déçus et moi aussi : si près du but renoncer ?










Je les regarde s'éloigner et je réagis en vitesse...ce sera avec moi!

chemin de neige
Cascades de poudreuse
la montagne pleure
Skieurs en action dans le Grand Couloir 





















Pendant qu'on troque raquettes contre crampons, bâtons contre piolets et qu'on coiffe le casque, la montagne s'étire en un grand baillement, craque, et se met à pleurer : mini avalanche, cascades de poudreuse...Je frissonne , je tremble, j'ai peur, très peur....

Et il faut vite gagner l'ombre salutaire du couloir.

Le cône sera gravi sans encombre, malgré sa pente  et la mollesse de la neige .
Ludo aux commandes du rythme





Et on entre dans le couloir. Avec son ombre salutaire.
Mon impression, alors que j'attendais ce moment depuis des mois ? De l'émerveillement bien sûr ! Je scrute la mince langue de neige qui s'enroule vers le ciel : que ça grimpe !  Peu de prise pour les crampons, faut suivre les traces, véritables marches taillées dans la blanche neige, un peu comme si on gravissait un escalier 3 par 3 mais en s'enfonçant à chaque marche. Les piolets n'accrochent rien, ne mordent aucune glace et ne servent guère à la traction ; seulement à l'équilibre. Il faut puiser ses forces dans les jambes et non s'aider des bras. Je grimpe sans souffrir, avec bonheur. Celui, grisant,  du but atteint. Certaines enjambées sont difficiles pour mes petites jambes mais Ludo taille quelques marches supplémentaires : merci chevalier servant !
On démarre dans l'ombre du couloir

Vers l'aval


La pente : 60°





















Forte pente
La pente oscille entre 50 ° et 60 ° ce qui est déjà très fort.
Un couloir vers le ciel

Les roches sont poudrées de blanc
une dimension nouvelle de la montagne

Que la lumière soit

Progression  dans "la soupe "

Photo Marie : vers l'aval, Ludo et moi

Ph Ludo : moi en pleine action

Ph Ludo

Ph Ludo : Carole et Marie


Je me retourne rarement, le vide est impressionnant. Je prends des photos avec précaution, le moindre objet qui échappe file jusqu'au bas du couloir en un vertigineux toboggan.
On progresse dans une neige souple une vraie soupe : normal on est au Vermicelle.
Hier c'était du brassage de neige. Donc pire. Pour nos prédécesseurs.
Le couloir se grignotte au rythme lent des grandes enjambées : là non plus je ne connaîtrai ni la faim ni le froid, ni la fatigue ni le vertige. J'eusse bien continué mais déjà se profilent le ciel bleu et le soleil.

Et le terme du fabuleux voyage....

La sortie est généralement marquée par une corniche plus ou moins franchissable. Pour nous, elle est inexistante, mise à mort par les grimpeurs de la veille. Un peu à droite cependant elle existe et sert d'entraînement à une cordée.

La corniche du Vermicelle

Arrivés

Arrivée : terminus tout le monde monte

Au sommet : plus de 2700m
Armes de poing

De la crête, le panorama est splendide : Puigmal, Sierra du Cadi, Tossa Plana, Pérics, etc...coiffés de neige, étincelants au dessus des vertes vallées. le vent violent nous assaille et gâte un peu notre repas.
Pris au sec sur un rocher.

De gauche à droite : moi, Carole , Marie (ph Ludo) 

On finira le dessert en bas, on grelotte malgré le grand soleil.
D'en haut on se repaît du panorama.


Photo Marie : les cimes enneigées saupoudrées de personnages
J'aime particulièrement cette photo prise par Marie. Cette "promenade" m'a permis de goûter à un cadeau supplémentaire sur les cimes comme au long du jour : la présence de trois jeunes gens de qualité. Une belle révélation...S'il est des moments d'exception où la vie permet de croiser d'autres parcours et d'autres personnes, celui ci en fut un...Que la vie me permette de les re croiser...c'est mon souhait...
Bravo à vous trois pour ce que vous êtes...

En corniche

Corniche du Gigolo
La vue plonge dans les vertigineux couloirs fort nombreux mais s'approcher est un défi, voire un danger : c'est plongée dans le vide.
Plongée dans un couloir

Postures au sommet
Alors, le froid aidant, on s'ébroue et on reprend la route: Ludo et Marie vers le sommet, Carole et moi dans la grande cheminée plus de 300m de dénivelé, forte pente et soupe de neige.

Descente dans le grand couloir : Carole
Le grand couloir
 Au bas du Grand Couloir...on peut en voir des choses...Un groupe peine à regagner la crête et à s'extirper du Gigolo  (ci-dessous), nous sommes un peu inquiets.


le réconfort : café et chocolat
Le temps d'entendre hurler une skieuse blessée, de prendre une boisson chaude et de récupérer nos affaires, et c'est le retour, visage un peu brûlé, bonheur dans les bagages , souvenirs pleins les yeux : une belle journée d'amitié scellée dans le vertige du Vermicelle. J'en ai rêvé et j'y ai goûté....

Rêveries d'un marcheur solitaire


On descend lentement , en glissant , dans la neige molle., c'est le terme d'une très très belle journée.
Ludo, Carole et moi (photo Marie)
En chiffres : 900 m de dénivelé
                     8 km de marche en neige molle




Le Vermicelle


Déjà d'autres projets se dessinent sur ces parois...un peu plus compliqués comme il se doit....

Alors...à bientôt !


(Photo Marie)




18 commentaires:

  1. Exceptionnel ! j'en ai le souffle coupé...
    Félicitations et continues longtemps encore à nous faire rêver.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. je vais essayer Pierre : prochaine sortie le 13 avec un guide pour plus dur paraît il ...En attendant je pars vers les Gorges du Tarn pour ce week end pascal.

      Supprimer
  2. Waouhh !!!! c'est extraordinaire !!!! impressionnant !!!! vertigineux!!!!! comment peux tu faire cela ????
    Rien que de voir les photos j'ai le vertige.
    Tu m'épates, tu es très courageuse, mais soit prudente car je tiens à toi !!!
    Tu vis pleinement tes rêves est c'est génial.
    A très vite pour d'autres aventures !!!
    Bise
    Pascale

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. ça se fait tout seul avec bonheur volonté et endurance....lol
      A très bientôt pour la suite... Bisous

      Supprimer
  3. Bravo, vraiment bravo.
    Tu as bien fait de ne pas renoncer.
    C'est un plaisir très personnel de se lancer un défi et de tenir bon.
    Je suis contente pour toi, car tu fais vraiment passer ton enthousiasme et le bonheur que tu
    as de partager avec tes compagnons d'efforts et puis avec nous après.
    Donc, à la prochaine.
    Gros bisous Amédine
    Câlins à toute la Tribu du Sujet

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Avant que je renonce m'en faut plus que ça : coriace je suis...et passionnée...la prochaine se dessine...Bisous

      Supprimer
  4. merci pour ces belles photos, et ce paysage grandiose, bravo pour cette aventure extraordinaire,
    bisous

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. merci Laurence, à très bientôt, bon WE de Pâques

      Supprimer
  5. Hello Amédine,
    Très beau compte rendu d'une bien belle journée. Si je n'avais pas été présent j'aurai aimé être des vôtres, mais pour une fois, c'est moi qui était l'instigateur de cette aventure. A bientôt pour de nouvelles aventures Pyrénéennes.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah oui ça te donnerait envie d'y aller ?? Et bien la prochaine fois je t'emmène...hihi

      Supprimer
  6. Formidable ! J'aimerais avoir ta forme et ta pêche !
    Joëlle

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. dans une autre vie quand on sera plus jeunes on commencera plus tôt Joelle...

      Supprimer
  7. Bravo pour le récit de cette belle journée, je me suis régalée de le lire.
    Ce fût une chouette journée, tout était génial : les rencontres, l'ascension du couloir, la météo, la neige...
    A refaire assurément.

    Marie

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. On est donc sur la même longueur d'ondes comme on fut sur la même hauteur...toi un peu plus tu es montée au Pic avec Ludo. A refaire c sûr ...Bisous

      Supprimer
  8. J'ai fait du planeur au-dessus du Cambre d'Aze, départ le col de la Quillane, j'avais...16 ans.
    Un jour prochain, je te raconterai...
    Bises, Lison l'intrépide !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ah tu me raconteras ! Le Cambre en vue aérienne super: bravo intrépide Norma

      Supprimer
  9. Coucou l'intrépide et la passionnée ! Merci pour ce partage si haut (on peut le dire !) en couleurs et en émotions ! Quel plaisir de te lire, de vivre avec toi ces moments si passionnants ! Merci Lison. :-)
    Bonnes fêtes de Pâques, à bientôt. Gros bisous.

    RépondreSupprimer
  10. Magnifique ! Je comprends que tu y prennes goût ! Bravo !

    RépondreSupprimer