dimanche 2 novembre 2014

Cimetières

(Les images qui accompagnent ce texte sont extraites d'albums argentiques pour la plupart,
d'où leur médiocre rendu)
Montalba le Château -66-
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Est ce avouable de dire qu'on aime les cimetières ?
Et bien, je l'avoue, du plus loin qu'il m'en souvienne.

Je n'ai que l'embarras du choix, les cimetières sont en chaque ville,chaque village et même bien des fois, au delà de tout, dans un coin perdu de campagne, ou de montagne, au milieu de nulle part.
Montesquieu -66-


Je les aime pour diverses raisons:
Pour le silence, le calme, la quiétude, le recueillement.
Pour la poésie qui émane de bien des tombes.
Pour les pages de lecture et les photos, les noms et les dates.
Pour l'architecture des tombes, des simples tertres ou des caveaux.
Pour les histoires qui sont esquissées et celles que l'on peut imaginer.
Pour les rancoeurs qui sont exhalées.("Pourquoi tant de haine" ai je lu sur une tombe)
Pour les croix penchées, maladroitement forgées, qui évoquent les gestes de qui les a créées.
Pour...Pour...il n'y a pas de limites à mon amour...

Du plus loin qu'il m'en souvienne, au cours de mes balades ou de mes voyages, j'ai poussé la porte d'un cimetière et j'ai fait un voyage dans le voyage, un voyage dans le temps.


On ne revient pas indemne d'un cimetière, il y tant de mots qui émergent du silence, tant d'histoires entrevues, dont on se saura jamais...
Palairac - Aude-
cimetière et son pêcher fleur

Je n'ai qu'un regret, dans toute cette histoire : être trop âgée pour rencontrer des témoins du passé qui m'auraient raconté...On m'en a raconté, je n'ai pas noté, j'ai oublié...


Trilla -66-
Sans doute le premier mort
de la guerre de 14 (Novemebre 1914)

J'ai souvent dormi, au cours de mes pérégrinations depuis que je vis seule, dans de petits villages, aux portes d'un cimetière (enfin dans mon camion!) et goûté au silence de la nuit que nul voisin ne trouble.
J'ai même visité un cimetière de village la nuit...






100 ans séparent ces deux morts, tout à côté
l'un de l'autre dans le cimetière
Un bébé et un homme illustre

émaux

Plaque de cuivre gravée
Croix forgée et décorée

Très ancienne couronne de perles





Je n'ai pas le goût du morbide, ni de la mort : j'aime tant la vie !
De tous "mes morts", il en est un seul qui me soit proche : mon père.

J'entretiens sa tombe par goût de la vie, cette vie dans laquelle il mordait à belles dents malgré ses 86 ans.
Cette vie dans laquelle je mords avec les mêmes dents.
J'ai fait de sa tombe un lieu de vie où il ferait bon s'asseoir, avec un livre, un verre de vin, au milieu des fleurs et des plantes vertes, où il ferait bon converser ou dessiner, peindre peut être aussi, écrire...
Mais mon père, ce n'est pas dans ce jardin que je le retrouve. C'est en montagne que je lui parle.



C'est en montagne que je lui raconte la vie d'"en bas"; il m'a longtemps répondu.
Pendant plus de deux ans il m'a accompagnée.Et il m'a répondu. A la façon dont répondent les morts, par signes. Comme un infirme qui n'a que son regard pour s'exprimer et qu'il faut savoir lire...
A présent il est singulièrement silencieux.
Alors je lui pose souvent une question dont lui seul a la réponse, celle qu'à mon tour j'aurai un jour.

" Pendant combien de temps les morts accompagnent ils les vivants, avant de partir
 pour d'autres cieux, ou une autre vie ?"


Petit cimetière et église sous la lune
Cirès (Haute Garonne)
Cirès la nuit

Cirès le jour

Prats Balaguer -66-

En Auvergne

Dans mon département existe une région nommée Hautes Aspres, altière, isolée, sauvage, 
dans laquelle de nombreuses chapelles et leur petit cimetière envahi d'herbes et d'iris racontent 
qu'autrefois, la vie, n'est ce pas, ...


Mais il  existe aussi les cimetières d'ailleurs, d'un ailleurs si différent d'ici. je pourrais en citer mille, je ne retiendrai que les fascinants cimetières marins, Sète, ou Luarca sur la côte Atlantique espagnole.

Luarca

Et l'inoubliable cimetière de Ouessant , fabuleuse île Bretonne, où aux approches de Toussaint, on nettoie et on cire, oui, on cire au cirage noir, les tombes, en attendant les fleurs venues du continent...et le sable ! Ce sable fin que l'on répand et ratisse entre les tombes. Un cimetière où les disparus en mer sont plus nombreux que les défunts.
Alors une petite tombe rappelle leur souvenir, la "proella" (= pour l'au delà), à laquelle est attaché tout un rituel que je ne vous conterai pas.



Allez, on se quitte sur un sourire ?
Nos défunts qui aimaient la vie autant que nous le valent bien....

Puylarroque (Quercy- France)




16 commentaires:

  1. Bonjour chère Lison!
    J'aime les cimetières dans le Sud!
    Mais je ne suis pas été la dans la nuit!
    Tu es adorable!
    J'espère tu vas bien et je te souhaite une bonne semaine!
    Je t'embrasse fort!

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    1. Ah ma chère Géli, ta visite est toujours une grande joie; alors un jour, ou plutôt une nuit, si tu rencontres un cimetière poétique sous la lune, pousse sa porte... Tu ne seras pas déçue, tu marcheras sans bruit, comme pour ne pas déranger...Je t'embrasse et n'oublie pas ! Pousse la porte...qui grince souvent.

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  2. Coucou Lison. J'aime aussi me balader dans les vieux cimetières. Et ça m'attriste un peu que les tombes soient "relevées" pour laisser la place à d'autres. Ce sont des morceaux d'histoire qui disparaissent. Lors de mon périple à Vézelay, j'ai photographié une vieille tombe : la personne qui reposait là avait connu la Révolution française ! Merci pour ce billet :-) Bisous.

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    1. Oui, on ne peut s'empêcher de pénétrer un peu dans leur vie; sans doute aimeraient ils cela. On pense qu'après la mort on n'est plus rien. et ce sont des gens qui ne nous sont rien qui nous inventent une autre vie : un cycle sans fin... Bisous

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  3. J'adore moi aussi les cimetières. Ceux de la campagne, les petits cimetières. Il n'y a rien de morbide à cela.
    Je regarde moi aussi les tombes, je lis les inscriptions et j'imagine quelquefois ....

    Mon père m'a donné à moi aussi quelques signes et maintenant plus rien. Alors je pense et cela me paraît logique que nos défunts sont retenus par notre chagrin.
    Dès que tu as fais ton deuil, ils sont libres, délivrés et ils peuvent partir pour une autre vie, un autre univers ....
    En quelque sorte, lorsque tu as accepté la mort, tu donnes la liberté.

    Il m'arrive bien sûr encore de penser à lui et d'avoir même une petite larmichette, mais pas des crises de sanglots et d'hystérie comme j'ai pu avoir.
    Je pense qu'il en est de même pour toi ...
    Merci pour cet article et pour ces très belles photos.

    Bisous
    Chantaloup

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    1. je crois qu'ils nous accompagnent dans le deuil, nous guident vers la sérénité et dans une pirouette s'en vont nous laissant un peu rêleurs, beaucoup frustrés, vaguement sereins et terriblement curieux : où sont ils donc allés ??? bisous ma Chantalou

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  4. C'est bien de réhabiliter ces lieux que d'aucuns fuient (et je suis de ceux-là).
    Cela me fera peut-être les regarder différemment...
    Et c'est vrai que tu sais par ailleurs que j'ai du mal à revenir sur les tombes des êtres aimés...
    Je t'embrasse bien fort, Lison, bonne journée !

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    1. Oui, je sais...Pourquoi les fuis tu, ceux où ne sont pas tes êtres chers; fuir ou ignorer ? Rejet ou indifférence ? Bisous

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  5. Os cemitérios aqui são diferentes, talvez por ser na cidade, são lugares frios, movimentados e perigosos também.
    Achei muito bonito o cemitério com vista para o mar.
    Obrigada pelas belas imagens.
    Beijos
    Adri

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    1. Nas cidades e nos campos sao muito diferentes la no sul de Francia. Mas alem eu gostaria ver...Beijos

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  6. Mais tu as une vraie collection photo là… Moi aussi j'aime les anciens cimetières, mais… plus tôt len journée :)

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  7. Je suis en retard Lison.
    J'aime les cimetières, depuis toujours. Tous sont émouvants mais j'y vais toujours pour toutes les mêmes belles raisons que les tiennes et que je n'aurais pas su si bien exprimer.
    Lorsque nous arrivons dans un village, nous (Antoine est comme moi) cherchons l'église car bien souvent le cimetière la jouxte. Sinon nous essayons de le trouver.
    J'aime imaginer les histoires et j'aime toutes les tombes des plus humbles aux plus riches.
    Pour cela l'Italie (j'y reviens) est pour nous le paradis si j'ose dire.
    Et j'ai une vraie passion pour les cimetières marins surtout la nuit.
    Gros bisous Lison.
    Belle soirée

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    1. Donc plein de points communs entre nous, Mireille et c'est bien pour se comprendre. Gros bisous.
      Je ne connais pas les paradis italiens, mes voyages en Italie sont trop lointains.

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  8. Ton billet me touche beaucoup, j ' ai la même approche des cimetières .Tu en parles avec beaucoup de douceur et poésie.
    Douce soirée, bises Lison

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  9. Mais quelles belles photos ! J'adore surtout celles que vous avez prises des pierres tombales. Vous avez dit que le cimetière d'Ouessant était inoubliable. Pourriez-vous nous expliquer pourquoi ? Moi j'aime bien prendre des photos, et j'aimerais bien en prendre quelques-unes dans un cimetière. Merci de ce partage.
    http://www.sebastianoaiello.com/fr/monuments_et_urnes.html

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    1. Bonjour Clarice, merci d'avoir fait ce beau voyage essentiellement dans le sud de la France, à travers "mes " cimetières. Il n'est pas difficile d'aller photographier dans les cimetières, en général on ne vole l'image à personne et c'est désertique. Ouessant ? parce que c'était loin de chez moi, en une île, un paysage pas familier, celui de la mystérieuse Bretagne insulaire, parce que c'était dans cette étrange ferveur des veilles de Toussaint où l'on rend hommage aux défunts. parce qu'on leur refaisait un décor à tous ces défunts dont la plupart reposent en mer. plus qu'un hommage aux défunts c'est un hommage aux absents.Poussez donc la porte du cimetière de mon village de l'extrême sud de France sur ce lien:
      http://balades-lison.blogspot.fr/2013/11/petit-cimetiere-du-grand-sud.html

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