vendredi 23 janvier 2015

Autoroute A9 : un ruban à remonter le temps...


Une petite histoire, à vous conter. Sans grand intérêt.

C'était un jour de cette semaine, parmi tant d'autres. 
Je taillais ma vigne située en bordure de l' A9.

Les danseuses

L' A9 est un ruban de 280 km de long qui relie Avignon au Perthus et donc à l' Espagne, en croisant Nîmes, Montpellier, Narbonne et Perpignan. Et en longeant ma vigne. Au km 266. Donc près du terminus.
Un ruban à 3 voies jusqu'à Perpignan.
Cette autoroute est très fréquentée : de nombreux camions venus de l'Europe et au delà, roulent vers l' Espagne. Puis reviennent. Plus de 2000 camions / heure parfois. Donc je travaille dans le vacarme.



Malgré un superbe décor qui se dessine entre les camions.


Cependant entre Perpignan et Le Boulou, l'autoroute se met au XXL, elle s'élargit pour la 3 eme voie.
Là où je travaille : il y a donc, en plus du trafic,  un important chantier bruyant, animé, que j'observe.
En me souvenant du premier chantier, en 1975, lorsque l'autoroute était en construction.
En images très abîmées.
Cette année là, sur la commune c'était l'attraction.


(Vues ci-dessous) prises à ma vigne qui a fait peau neuve depuis.
1975


même vue, 2015




2015
même chose en 1975

 Tout en travaillant, j'observe et je me souviens...le temps se dévide à l'envers, 
autoroute à contresens...
J'égrène, en taillant, de vieux  souvenirs.

1969 : j'ai 19 ans . Avec mon amoureux, nous sommes étudiants à Montpellier, à 160 km. Insouciants.Nous faisons le trajet avec une vieille 2 CV que nous bichonnons comme un trésor! La route est très fréquentée, l'autoroute n'existe pas, elle est en chantier je ne m'en souviens pas. Elle sera inaugurée 2 ans plus tard. Et se nommera La Languedocienne.




Doubler les camions est un véritable exploit qui demande une technique à laquelle nous sommes rôdés : coller à l'arrière train du camion pour être aspirés par l'appel d'air, déboîter furieusement comme une F1 et espérer qu'arrivés à hauteur du camion on ne sera pas refoulés...vers l'arrière. C'est hardi.

Le plaisir, c'est de faire la course avec d'autres étudiants, eux aussi en 2CV.
Les noms chantent en mes souvenirs : Pézenas, Valros, Montagnac, Nissan lez Ensérune, la Vitarelle...


1975 : un mariage et un enfant plus tard, notre carrière s'enrichit d'une formation à Montpellier. Sous le capot, un CV de plus, nous sommes en Dyane. L'autoroute existe entre Narbone et Montpellier mais nos finances ne nous permettent que les retour, pas les aller. La route est plus aisée et la fête estudiantine revient à pas vifs. D'autres noms chantent : la mer,La Grande Motte,  Palavas, la Plage des Aresquiers où nous campons certains soirs. Un petit canot pneumatique nous accompagne, les copains aussi et les pêcheurs nous offrent des petits poissons qu'on grille sur le sable.



Au retour, par l'A9 toute neuve, à Narbonne c'est "Tout le monde descend" : le ruban 2 fois 2 voies amorce une courbe élégante qui se perd dans les pins, la terre et son destin...Ce sera la petite dernière : Perpignan Narbonne mai 1978.

Pendant ce temps l'autoroute se construit chez nous , à grand renfort de monstrueux engins, les scrappers. Nuages de poussière et bruit infernal. Curiosité  ambiante. Inquiétude aussi; notre paysage va t'il être à jamais défiguré ?
La vigne qui sera mienne plus tard est amputée d'une moitié, d'autres plus ou moins mutilées. C'est la rançon de la modernité.

Mon amusement du dimanche est de rouler à fond de train sur l'autoroute en chantier, en 2CV toujours, avec l'enfant de 4 ans qui rit comme un petit fou ! (je ferai la même chose 32 ans plus tard sur la LGV)


1975
1976 : l'autoroute peaufine son cours et le 30 juin 1976, le tronçon jusqu'au Boulou est inauguré.
Une 2CV
Jour de la mise en service

Vers le Sud : faible trafic ce jour là

D'hier

et d'aujourd'hui
(2013, 1ers jalons de l'élargissement)
La circulation est faible, les camions s'imposent vite et les vacanciers remplissent les voies tout l'été.
C'est la Catalane, qui fuit vers l' Espagne et sa promesse d' Eldorado saisonnier.
Le département pousse un grand soupir : finis les bouchons de 30 km.
Le dernier tronçon entre le Boulou et le Perthus s'est construit il y a longtemps, à grand renfort de ponts et viaducs, de drames aussi., hélas..

39 ans ont passé....
L'autoroute a fait partie du paysage, sa déchirure jaune et laide s'est habillée de vert, d'arbres et de végétation, s'est incluse discrètement dans le quotidien, comme a fini par le faire sa proche voisine, la LGV.
La vie passe au rythme des saisons, des trains et des camions...

Le trafic a gonflé , enflé, débordé, les 3 voies bien ancrées ailleurs vont enfin voir le jour ici . Ainsi les camions passeront au ras de mes rangées de vigne...Sans que j'y prête davantage attention.




20 commentaires:

  1. Que legal, foi uma viagem no tempo.
    Deu para ver que você sempre gostou de colocar o pé na estrada, algumas coisas felizmente não mudam!
    beijos
    Adri

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    1. Obrigadinha, Adri. Am passeio no passado que prepara o futuro. Me pergumto algunas vêzes "como vai a ser nos anhos...2040"? Mas...o tempo para mim é pequenino...2040 = 90anhos ! Beijos

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  2. Bonjour Lison,
    passionnant ! une fois de plus mes souvenirs me reviennent en mémoire. J'ai quitté Montpellier en 1963 et n'y suis revenu qu'en 1981... et j'ai découvert l'autoroute A9. Je n'en dirais pas plus sinon je remplirais la page. Mais cela m'inspire un pour un prochain article...

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    1. J'ai failli dédier ce billet "A Pierre C...du bout du monde" (sans jeu de mots car il y a aussi le bout du monde près de Montpellier :-)) mais je n'ai pas osé. Bonne...euh ...nuit !Non ?

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    2. En effet, 10h29, c'est la nuit ici. "Le bout du monde", c'est à St Guilhem-le-Désert si je me souviens bien. Ma mère était venu nous voir en 1973 et, alors que je l'avais baladée jusqu'au bout de la presqu'île de Tahiti, elle m'a dit "mais tu m'as amené au bout du monde". Finalement le bout du monde, c'est partout...

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    3. Comme je le ressens et l'écris souvent: il y a toujours un bout du monde quelque part; mais je ne l'associe jamais à de la détresse ou de l'angoisse; juste à un bonheur de plus; on dirait que le lieu n'appartient qu'à soi, l'espace d'un instant. A bientôt. J'ai découvert le "Bout du Monde " de St Guilhem justement cette année de formation 1975; nos profs nous y avaient emmenés. J'étais à l'Ecole Normale de Montpellier, stage de spécialisation. Je te dis ça parce que c'est ton pays .

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  3. Sur un autre réseau, j'aurais multiplié les "j'aime"...
    Merci Lison pour vos billets...

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    1. Alors RDV sur l'autre réseau, je vais voir de ce pas si vous y êtes. J'y suis mais pas sous Lison, sous mon vrai prénom que donne mon billet précédent .Merci pour votre commentaire encourageant

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  4. La vie n'est- elle pas aussi une route ? Avec ses aires de repos, ses embranchements, ses sorties, ses paysages... (et quelquefois, ses accidents)
    C'est ce que m'inspire ton beau billet.
    Heureusement que tu t'es habituée au bruit des camions, parce qu'ils passent vraiment près. Bisous.

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    1. Si le lien ne marche pas, va voir dans mes archives mars 2013, c'était le 4 eme billet de ma "carrière" de blogueuse: cela répond à ton com :
      http://balades-lison.blogspot.fr/2013/03/les-chemins-de-la-vie.html

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    2. Le lien fonctionne bien. En effet, mon commentaire est un écho à ton billet d'alors, plein de poésie, et de justesse. Merci de m'y avoir emmenée :-)

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    3. Je ne pouvais que t'y conduire, sans avoir fait le lien avant de lire ton commentaire... Bisous

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  5. Très intéressant l'histoire de cet autoroute !!!! Que de souvenirs tu as ! Je penserais à toi quand je l'emprunterai ... peut-être en Avril ! Une escapade est prévue en Espagne ... Bisous Lison et merci pour le partage de mon dernier article sur FB ! J'ai vu !

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    1. Je t'attendrai au km 266 quand tu passeras. Plus simplement tu sortiras au Boulou (km 270) et on se rencontrera ! Bisous

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  6. Merci de nous avoir conté l'histoire de cette autoroute, Lison, et d'avoir joint des anciennes photos, c'est bien de voir la différence, l'évolution. Moi aussi, j'ai eu une 2CV et elle en a fait des kms elle aussi. :-)
    Belle semaine à toi, Lison. Bisous.

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    1. Gros bisous Françoise: j'en ai eues des 2 cv !!! Plein et ça se conduit particulièrement, quand on sait conduire ça on peut tout conduire ! Bisous

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  7. Je l'ai souvent emprunté pour aller à Montpellier.
    Maintenant grâce à toi je connais son intéressante histoire.
    Et ma première voiture fut une 2CV décapotable aussi, que de souvenirs.
    J'espère que tu vas mieux.
    Gros bisous Lison et câlins à la Tribu du Sujet

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    1. je crois qu'on "a tous dans le coeur" comme le chantait je crois Voulzy, une histoire de 2cv et puis aussi on a vu en grandissant, se rétrécir l'espace et notre paysage. parfois je pense aux ciels et paysages de mon enfance; il y avait des prés fleuris à côté de ma maison, j'avais des herbes et des fleurs jusqu'au cou...il y a une voie rapide ! Bisous

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  8. Qu'est-ce qu'elle raconte Amédine ? Sans intérêt cet article ? ....

    Moi je le trouve sublime. C'est plein de passion, de souvenir, de douceur, de tendresse, de réalisme.

    Ah, le temps des 2CV ! Je m'en rappelle bien moi aussi.

    Gros bisous
    Chantaloup

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  9. Un beau récit très vivant et apparemment " tout frais" .Je pense que je serais gênée par le bruit constant de l'autoroute.
    J'ai beaucoup aimé ce reportage de souvenirs.
    Douce soirée, bises Lison

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