mardi 15 mars 2016

Altitude 2911 m: le Puigmal



C'est étonnant et vivifiant :depuis la disparition de Lison, voilà plus de 4 mois, je retrouve enfin le goût de la vie. De la route, de la montagne, et je n'ai pas besoin de booster mon arrière train pour filer en Espagne. Mon projet n'est pas bien défini, ce sera fonction de l'enneigement.
Quand j'arrive au terminus de la route, au petit village de Queralbs, j'ai l'impression d'être chez moi tant j'aime ce lieu que je connais bien. Et que j'ai décrit ici (clic)

Les chats aiment ce petit cimetière où il y a beaucoup de jeunes morts en montagne et, à présent, la chatière de l'église leur est fermée.


C'est décidé, j'irai au Puigmal demain, il est accessible, quasi sans neige.

Mon hôtel à Queralbs

Demain...c'est aujourd'hui : je me réveille avec les rossignols et autres oiseaux dans le village endormi et j'attaque la piste de 11km qui conduit au col de Fontalba, 2070m.



La piste









Le Puigmal, 2911 m, est le second sommet des Pyrénées Orientales après le Carlit , 2921 m. Il y a deux façons de l'aborder, par la France ou par l' Espagne. Personnellement comme j'y suis allée deux fois en hiver, je choisis l' Espagne, face sud, donc peu enneigée. Le Carlit en hiver est bien plus difficile. Et beaucoup plus long d'accès, surtout,  car la route est fermée.
On peut aussi atteindre le Puigmal par Nuria . En prenant le train à crémaillère pour gagner du temps.
 Je roule dans un poudroiement de soleil levant et de poussière, dans la plus parfaite des solitudes.

La longue piste de terre bien carrossable

Col de Fontalba : 2070 m
Le Puigmal n'est pas visible
Il est 8h10 lorsque je démarre du col; j'ai mis les crampons dans le sac, sait on jamais. J'ai déjà fait ce circuit il y a 4 ans, un 11 mars. Il y avait moins de neige mais un vent à 120 qui avait rendu la montée difficile. Pourtant ce jour là j'avais mis le turbo ! Je montais plus vite qu'aujourd'hui. Ah oui, j'avais 4 ans de moins !!!
Ce matin, je monte bien, cependant mes jambes sont lourdes, mon souffle court: souffrirais je enfin du manque d'oxygène ?
Cim del Borrut 2665 m

Au bout d'une heure de marche , j'ai grimpé 380 m de dénivelé et je fais la pause petit dej' car je suis à jeun, naturellement...

Non je n'ai pas oublié mon appareil posé sur un roc
Altitude 2450 m
 Je marche en direction de ce que je nomme "la muraille". La muraille c'est un gros mamelon de roche, qui monte très rude sur une longueur 250m pour un dénivelé de 125 m. Certains ont emprunté le grand névé mais je n'ai envie ni de chausser les crampons ni de dévisser comme l'an passé alors je choisis le chemin dans la pierre qui glisse fort et fait reculer.
Je monte lentement, en gérant au mieux mon souffle: je sais qu'en haut le Puigmal sera "une formalité". Et je me régale car j'aime la pente ardue qui motive et la pierre, mon élément.
Le silence et la solitude sont parfaits jusqu'ici. Mon esprit vagabonde mollement...

"La muraille" qui conduit au Borrut, 2665 m
 Je rencontre les premiers randonneurs du jour, tous plus vêtus que moi qui suis en tee shirt.
Un  vent d'est en rafales est quand même bien glacé, je remettrai vite le pull.

Le sentier et la pente de "la muraille"








Se retourner offre de jolies vues sur les bleus d'Espagne; Montserrat, au loin, flotte un instant avant d'être avalée par la brume avec ses dentelles de pierre.
Le sommet se profile, je suis heureuse.





 Il y a peu de neige et si j'y marche c'est par choix car on pourrait -presque- arriver au sommet sans y mettre les pieds (comme en 2012)



Me voici au sommet, il est 10 h 50 , j'ai mis 2 h 20 seulement pour monter les 850 m de dénivelé positif, je me suis bien débrouillée, j'ai retrouvé ma "pêche d'enfer" : enfin !!!

2911 m

Je mets vite ma grosse veste mais la séquence congélation ne fait que commencer ! Il fait 4°, (moins 5° à l'ombre des cailloux), avec un vent environ à 60, je me mets à l'abri derrière un tas de cailloux, les rares visiteurs descendent vers des cieux moins hostiles et je reste parfaitement seule sur le 2nd toit des Pyrénées Orientales. Moment privilégié; j'essaie d'écrire sur mon cahier, c'est style élève de CP , quant à la graphie et en abrégé : trois mots essentiels : "Grandiose. Magique. Glacé".
Quant à manger, j'ai trop froid pour cela....mais je reste quand même une heure. Tout à fait solitaire. J'ai une petite mission à remplir...Séquence émotion...
C'est cette photo plastifiée et double face de Camille qui devait reposer au Carlit et je l'avais laissée à la maison, acte manqué. Je l'avais remplacée par la même, mais non plastifiée. Alors elle a sa place ici, quelques 10 mètres plus bas que le  Carlit...Avec ma Lison...Bien cachés ensemble sous la cavité de la croix, ensevelis sous les pierres, j'irai les revoir un jour. Ils m'attendront.

Sous la croix veillent mes chers disparus de 2015
Alors je quitte le sommet, je baguenaude un peu sur les crêtes , pour réchauffer mes pieds transformés en rondins de bois insensibles.
Non, ce n'est pas le courage qui m'anime, c'est un ineffable sentiment de liberté....
Mon Compostelle à moi, peut être...

Le paysage est grandiose. Comment ne pas vouloir en profiter, malgré le froid ?
Côté France

Vers l'Est, vers Nuria

La Sierra du Cadi
Quelques randonneurs arrivent cagoulés, avec de grosses lunettes, pas une once de peau n'est visible, le froid est cruel avec le vent. Le froid les rend muets avec des gestes ralentis : ils me surprennent...
 Je suis hors sentier, je caresse les crêtes alors que mes pieds se dégèlent . Je mange à peine un petit bout de fromage, je n'ai pris depuis le départ qu'un oeuf dur et une compote autrement dit rien, pour ce froid et ces efforts.
Et j'attaque la descente de "la muraille" ; un peu du mur de neige, pour le fun, et puis je cours dans la descente, comme j'aime. Enfin , au trot car un galop pourrait devenir gamelle et galère...J'avale le sentier raide et, réchauffée, je retrouve ma tenue légère.
Descente au pas de course
 J'évite le sentier au maximum, pour fouler cette pelouse douce  et brûlée; en bas là bas , presque au bout de la pointe m'attend un bon repas bien chaud.

Ah mais quand même ! je comprends pourquoi j'avais les jambes lourdes et le souffle court tout à l'heure: au vu de la forte pente descendante, et bien qu'est ce qu'elle était grimpante  dans l'autre sens ! C'est toujours la descente qui parle le plus.



Il est 13h30 quand je rejoins le parking, après 1h40 de marche . Je change de place mon camion pour bénéficier de la vue, à l'abri du vent : il fait encore plus froid qu'en haut, 2 petits degrés rôdent dans l'air.


Mais....je vais me rattraper ! Porte grande ouverte sur un paysage de rêve. J'en viens . Et la brume reprend ses droits. Tandis que j'ai un appétit féroce !



Plus tard, sous un ciel à peine menaçant, j'entame les 2 h 3/4 de route qui me conduisent auprès de mes chats impatients.


Toujours sous de beaux cieux...




En chiffres :
Dénivelé positif : 850 m
Temps de marche à la montée 2h20
Temps de marche à la descente : 1 h 40
Distance AR : 8 km

A titre de comparaison : Carlit , dénivelé 921 m, distance AR 16 Km mais la montée finale sur 421 m de dénivelé est sur 1.2 km. Autrement dit la fin de parcours est beaucoup plus ardue.


                                                                                                                   A Nicole B.....

21 commentaires:

  1. Pensées Pour Camille Pour Lison

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    1. Merci Claudie. En montagne on se sent toujours un peu plus proche des absents.

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  2. Oui Amédine :) Ils sont toujours avec Nous :)

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    1. Je perle encore à mon père en montagne 5 ans après . Au début il me répondait, pendant 2 ans

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  3. Je reste médusé............. moi qui suis éclopé depuis ce matin, Pompom m'a fait tombé en attrapant mon pied (une plaie au genou et le pouce gauche enflé et noir).

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    1. Oups, fracture ??Et suture au genou ? Tu sais ce n'est pas en montagne qu'on se fait le plus mal car on y est très prudent. Ou alors on s'y achève!! MDR.. J'ai cassé mon doigt de pied cet été dans mon jardin et écrasé mon doigt l'autre jour dans un ruisseau en bord de vigne. Quant à l'amputation de mon pouce ce fut à la vigne. Pompon le sait très bien !Il devait être un humain dans sa vie précédente. Bon je plaisante c'est pas sympa; je compatis, Pierre. Si j'étais là je te soignerais j'enlève les douleurs

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    2. Non pas de fracture juste bien écorché et le pouce, un handicap pour le clavier de l'ordi (c'est mon instrument pour écrire). Tiens, ma vahine à aussi un pouce où il manque la moitié ; faut dire qu'elle a passé sa jeunesse dans les champs et à la pêche.

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  4. Heureuse que tu aies retrouvé l'énergie de reprendre la route, et surtout le plaisir de le faire. Pensées pour tes disparus, ils sont bien, là haut...

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    1. Merci Pastelle ça fait du bien de laisser derrière soi les passages à vide et d'être avide de passer à autre chose

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  5. Une ballade rafraîchissante et que de belles vues ...un horizon magnifique..Merci pour ton récit prenant . Mille pensées à tes disparus .c'est beau.

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    1. hihi, plus que rafraîchissante mais pas glaçante, pas encore. Oui c'est toujours beau quand il n'y a rien qui cache la vue, mais il faut aller haut parfois

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  6. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  7. Bonsoir ... Un réel bonheur de t'accompagner sur les hauteurs enneigées ou non ... le vue est splendide !!!
    Pensées amicales à tes chers disparus.
    BISOUS, douce soirée, caresses à tes Félins

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    1. Coucou, j'aime aussi balader mes lecteurs (trices) dans des endroits pas accessibles à tous. Comme j'aime voir des blogs sur des choses qui ne me sont pas familières lol

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  8. J'ai découvert tout à fait par hasard ce blog (en cherchant un article sur le restaurant la Francisqueta), et je me suis abonnée à sa news. Et je découvre maintenant en lisant le dernier article écrit que Lison n'est plus ... Suis désolée, mais je vais continuer à lire et commenter. Je suis catalane (de Banyuls-dels-Aspres, mais j'habite Nîmes depuis mon mariage). Je reviens régulièrement "au pays" que j'aime tant ! Elles sont si belles nos Pyrénées. Amitiés.

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    1. Ah je suis ravie , chère "voisine ", car je suis de Tresserre. Venez me voir lors de votre venue à Banyuls ; on me connaît à Tresserre, de par mes chats, mon originalité, mes vignes.On vous renseignera sans peine. Ah. Ma Lison...A bientôt peut être...Amédine

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  9. Un reportage superbe que tu sais si bien commenté avec enthousiasme .A tes côté j'ai pensé à Camille et Lison , le silence favorise le recueillement.
    Je suis heureuse que tu aies retrouvé ton entrain.
    Superbes photos de rêve.
    Douce soirée, bises Lison

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    1. Merci Andrée pour tes visites et ta fidélité à mon blog "aventureux".

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  10. Je viens de lire les messages que tu as envoyés ....oui, bien sûr tu peux citer mon nom!
    quant à la liberté, lorsqu'on y a pris goût, difficile de supporter les chaines
    Ton texte est émouvant

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  11. Lorsque je vois tes photos, ces paysages absolument magnifiques, lorsque je lis ton récit, je ne suis pas étonnée que tu sois si enthousiaste, et toujours partante pour de nouvelles aventures, et je t'envie ! :-)
    Merci pour ce magnifique reportage, Lison. Gros bisous.

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