mercredi 7 mai 2014

La montagne de sel

Dans un précédent billet, (Ansovell 7 habitants) je vous avais proposé une future "expédition" en Espagne, en Catalogne plus précisément, à la montagne de sel de Cardona. J'avais eu cette information dans ce  petit village , il n'en fallait pas plus pour attiser ma curiosité.
Donc en ce samedi 3 mai, je prends la route pour plus de 200km bucoliques à travers montagnes et villages en direction de Cardona, que je vous décrirai dans un prochain billet car on ne peut parler de la mine sans parler de la ville qui en a subi l'influence.



En ce dimanche matin je suis du premier voyage vers le "centre de la terre".
Un 4x4 remorque notre wagon de voyageurs

En route vers l'entrée de la mine













Nous ne sommes pas nombreux au 1er voyage, les visites se font en catalan, espagnol ou anglais . Français sans doute aussi sur demande.
Pour moi, c'est catalan.


Arrivés au bas de la longue pente, on se trouve face à l'étincelante montagne de sel, haute de 170 m, d'un blanc très lumineux.


La montagne, partie émergée de la mine




Aiguilles de sel au pied de la montagne.


A l'entrée de la mine, notre guide nous accueille et nous coiffe; c'est parti pour un voyage dans les entrailles du sel de la terre. Un fabuleux voyage car il règne une extraordinaire atmosphère de couleurs  dans ces galeries : non, le sel n'est pas que blanc. Et on s'aperçoit avant même d'entrer que le sel habille tout : portes, éclairages, le moindre objet est transformé en statue de sel. Comme dans une grotte calcaire mais à grande vitesse.

Faudrait pas rester trop longtemps ici !!!


Revenons en arrière dans le temps.
Il y a des millions d'années la mer cantabrique occupait une grande partie de l'Espagne et, à la faveur de mouvements tectoniques, cette mer s'est fermée et est donc devenue une mer intérieure. Qui sur une très longue durée s'est asséchée tout en subissant des dépôts de sédiments, des pluies, des dépôts argileux, ce qui donnera au sel ces drôles de couleurs.
Cette mer s'assécha et la formation des Pyrénées souleva à la verticale ces strates, ainsi aujourd'hui les couches de sel sont verticales et non horizontales.
Au néolithique déjà ce gisement fut exploité.Puis à l'époque romaine bien sûr et sans discontinuer ensuite.
Sur un site de 1,8 km de long et 600m de large, l'exploitation ne cessa plus jusqu'en 1990.
Sel certes mais surtout phosphates pour l'industrie chimique et les explosifs.

Exploitation à ciel ouvert


Ce n'est qu'en 1902 que les hommes créèrent la première galerie souterraine.
En 1990, à la cessation d'activité de la mine, ils étaient à -1308 m . Les strates avaient retrouvé leur horizontalité d'origine et les machines avaient du être réadaptées en fonction de cela.
Au fil des galeries (où les photos sont interdites, sauf en un lieu précis), la jeune guide nous raconte l'histoire avec compétence et brio: un régal.
Alors suivez nous.
Le sel n'est pas que blanc : il passe par toutes les teintes en fonction des sédiments et des dépôts minéraux ou de terre; l'éclairage crée un paysage magique, un ruissellement de teintes dans une température de 17 °.

L'échelle pétrifiée (ph internet)
Des objets témoignent de la vie des mineurs, couverts d'une pellicule de sel et de corrosion. Tenue, outils, une échelle abandonnée, étrange fantôme.

Les mineurs du début 20 eme travaillaient en tenue très légère, et la mécanisation restait très sommaire, cependant un système de rails et de wagonnets amenait le sel à l'extérieur.

Orifice pour dynamite











 Plus tard, la dynamite aida considérablement au travail : des orifices témoignent encore de charges non abouties.


Le temps passant, la mécanisation s'intensifia, la mine travaillait sans discontinuer et au final, 300 km de galeries furent creusées.
Une ville dans la ville également avec cantines, salles de repos, ateliers de mécanique (les machines étaient montées sous terre, réparées, démontées, et même il existait une vraie signalisation routière. Ah comme j'aimerais voir tout cela!
1OOO hommes travaillaient alors,  sous terre.
On se contente de la féérie de nos premières galeries, étroites, celle datant du début 20 èmè siècle.
Magiques car à taille humaine.




 On marche sur un sol pommelé de sel, drôle de pavage en coussinets. Qui a recouvert les rails.






Sans cesse, goutte de l'eau, celle là même  qui crée stalactites et stalagmites : univers familier des grottes calcaires, déconcertant ici. Dentelle de cristaux, fragilité extrême du matériau.Puissance salée de la goutte qui perle au bout de chaque dentelle.







fragiles dentelles




La séance dégustation est ouverte.

Trois types de sel existent dans cette mine:
Chlorure de sodium, le sel commun
Chlorure de potassium 
Chlorure de magnésium qui était rejeté comme déchets ici, alors qu'il peut être utilisé dans l'industrie pharmaceutique. (Le plus amer)








Les 3 sels de la terre




















Lorsqu'en 1990, les dernières machines se sont tues, que le silence a envahi les galeries situées à moins 1308 m , là où régnait une température de 55 degrés, il restait encore un potentiel de sel à extraire puisque il est évalué à 2 km de profondeur.

Au niveau santé, les mineurs n'ont pas développé de pathologies, ce qui est surprenant car le sel paraît bien corrosif. Quant aux accidents, on a dénombré 80 morts sur 60 années d'exploitation.







Au fil du temps...











...et de l'avancée technologique.









En 2003 le site a été classé Parc naturel de la Montagne de Sel.

Que trouve t'on aujourd'hui ? 
Sur le carreau de la mine, un musée en plein air raconte toute l'histoire , celle des hommes, celle de la formation géologique du site, celle, très étonnante, des plantes "halophytes" qui se sont adaptées de façon étrange à cet univers gorgé de sel. Celle des femmes aussi, des familles entières d'immigrés venus du sud de l'Espagne en ce XX ème siècle naissant.
Des panneaux que j'effleure et que je pourrais lire un jour durant tellement ils sont fascinants...



Il ne me reste plus qu'à rejoindre celle qui m'attend sagement sans stress apparent, n'est ce pas ?




Et qui ne se réveille même pas !





16 commentaires:

  1. Bonjour Lison ;)
    Quel magnifique article que voilà ! J'adore les grottes, mais je n'ai jamais visité de grotte de Sel ! Je ne pensais pas qu'il pouvait se décliner en autant de couleurs ! Les stalactites et stalagmites sont vraiment superbes ! Cela doit faire drôle de visiter ce lieu comme pétrifié !
    Cela devait tout de même être vraiment dur de travailler dans cet environnement ... Les mineurs ne développaient-ils pas certaines pathologies, dues au contact permanent avec le sel ?

    La fin de votre article m'a bien fait rire, quelle sérénité se dégage de la Miss profondément endormie ;)

    Un gros merci pour ce dépaysement !
    Je vous souhaite une douce journée, peut-être avec le Soleil chez vous ? Chez moi, la Garrigues est bien sombre sous le ciel menaçant.

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    1. je n'imaginais rien de tout cela, avant d'avoir vu en préalable quelques photos sur internet. Mais la réalité, avec la vastitude, dépasse la photo : c'est grandiose; effet de surprise garanti car on n'imagine pas cette oeuvre d'art de la nature. réponse aux pathologie en additif dans le blog car j'ai posé la question. Pas de soleil, il a un peu plu ce matin mais j'ai travaillé en vignes cependant. Bisous

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  2. Cela m'a rappelé une mine de sel que j'ai visitée dans le Valais en Suisse.
    C'est impressionnant, et très intéressant, merci beaucoup pour ces belles photos et le reportage, et l'histoire.
    Et quel bonheur de retrouver la douceur et le calme avec le chat, adorable...
    bisous
    Laurence

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    1. Lison est unique; je vais la raconter dans mon 2nd blog : difficile car elle est inénarrable ! Mais en même temps elle mérite d'être connue.
      Comme cette mine, dont on dit qu'elle est la plus exceptionnelle au monde comme l'est sans doute celle du Valais ou celle de Pologne, ou d'autres encore. Il faut bien avoir quelque chose d'exceptionnel dans la banalité de notre monde actuel... Bisous Laurence, je suis en retard de blogs.

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  3. Bonjour chère amie,

    Quel beau reportage que vous nous faites vivre ! Vos photos sont fascinantes.
    Personnellement j'aurais eu de la difficulté pour me rendre dans les grottes, je souffre de claustrophobie !
    Gros bisous ♡ et des caresses à ce gentil minou !

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    1. C'est vrai que pour un claustrophobe ce doit être stressant; pour ma part je ne saurais m'essayer à la spéléo ou à la plongée sous marine. L' IRM ne me dérange pas, les ascenseurs oui, je suis une claustrophobe sélective. Bisous aussi et à bientôt.

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  4. J'aime ces belles histoires qui associent si bien, sur tes billets, dimension humaine et dimension esthétique.
    Couleurs fabuleuses que celles des dentelles de cristaux, mais aussi de cette montagne d'un blanc étincelant !
    Quant à Lison la féline, elle est tout simplement attendrissante...
    A bientôt, Lison l'humaine, en espérant un jour rencontrer Lison la minette...
    Je vous fais de grosses bises à toutes les deux (et aux autres membres de la Tribu du Sujet)

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    1. Bien sûr qu'il faudra que je te présente cette infatigable baroudeuse et ses congénères sédentaires.
      de sacrés phénomènes, on vit en clan : qui est le chat qui est l'humain ? Parfois...Merci pour ton commentaire, mon blog est un condensé minuscule de ce que je faisais dans mes albums photos majuscules. Bisous Norma

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  5. Lison bonjour!
    Quel beau et intéressant billet avec beaucoup des belles photos!
    J'adore la photo avec des "dentelles" et avec Lison!
    C' est toujours un grand plaisir de te voir et lire chère Lison!
    Merci et passe un bon weekend!
    Je t' embrasse fort!

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    1. merci ma chère Géli, a toi aussi beau week end.

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  6. Quel reportage passionnant que tu as admirablement commenté . Une visite que j'aurais aimé faire ! Tes photos sont superbes .
    J'aurais pensé , vu la nocivité du sel , que les ouvriers soient malades : problèmes respiratoires ou oculaires.
    Vous êtes vraiment complémentaires Lison et toi : l'une baroudeuse et l'autre pantouflarde , mais l'harmonie est là!
    Belle soirée, bises Lison

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    1. c'est vrai que les deux Lison apprécient fort ce moment d'intimité réciproque. élevée par moi elle a besoin de retrouver ce côté relation duelle : non mais c'est vrai ! Bisous

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  7. Oh quelle belle découverte ! Cela en est même impressionnant .
    Merci pour cette visite .
    Bon Samedi

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  8. Voici une visite guidée très intéressante, Lison ! Merci. Et bravo pour les photos. :-)
    Je continue ma lecture de tes autres billets. Gros bisous et une bonne soirée.

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  9. fabuleux étonnant fantastique et gigantesque ce lieu . Merci belles photos . une mine de sel inconnue pour nous ... il ne me faut pas de sel aussi je ne peux pas y aller ... Mdr!! très beau reportage et au final retrouvée ta Nina si délicieuse heureuse dans son abandon tranquil du sommeil.. bonne journée .

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  10. C'est féerique, des couleurs magnifiques et un reportage fort intéressant. Je ne connais pas cet endroit, tu aiguises ma curiosité il faudra que nous allions voir cette merveille.

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